‹ Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, depuis les temps les plus reculés jusqu 'à la fin du xvio siècleChapitre 2 sur 49 · ERNEST DE FREVILLE · texte numérisé non relu

ERNEST DE FREVILLE

11 y a des bomiaes dont l'existence est vouée tout entière à la scienice et à la vie de famille ; tel fut notre ami et ancien condisciple , Ernest de Fréville. 11 a accompli le devoir sans faste et sans bruit y et y s'enfermant dans Theureuse paix da foyer domestique, il a laissé des œuvres fortement étudiées et d*uue science sdide. C'est surtout à ces érudits laborieux et modestes que l'amitié doit un souvenir el un témoignage d'estime et d*afibctioD. Nous, nous efforcerons de le rendre à Ernest de Fré ville, en racontant sa vie et en analysant ses travaux historiques*

Charles-Ernest ob Prévillb Lokmb, d'une

tiiUjiUe aacieiine et uobie Ue Normaudie , uaquil à Roueo^le 24 février 181 1 ^ fit ses éludes au Lycée de cette ville, et, après les avoir complétées à Paris, Tut reçu élève de l'Ecole des Chartes eu 1 837, et arcbiviste-paiéographe par brevet du 28 lévrier 1 839. Les habitudes de sagacité ^ d*esprit critique, d'exactes et patientes recherches qu'il puisa aux savantes leçons de cette école, trouvèrent bientôt ItHir application dans les travaux dont il fui tixargè. Dés 1840 , M fut envoyé à Amiens , avec plusieurs autres collaborateurs de M. Augustin Thierry, pour recueillir les matériaux destinés à entrer dans la

collection des Documents relatifs à l'histoire du

Tien-Éiat. L'année suivante , Ernest de Fréviile

l'ut attaché , sur la recommandation expresse de M. Augustin Thierry (1), aux travaux historiques qui s'exécutaient à la Bibliothèque hupci iale. Il concourut, comme collaborateur de M. Fauriel, à la publication du poème sur la Croisade contre iêê Albigeoii. Eu 1841 , il fut désigné pour prendre part aux travaux préparatoires de la collection des Lettres missives de Henri IV. Lô Ministre des

11} Bibt. d9 VEeote des Charité^ 1** 8«rie, t 11, p. 200.

Uigiiizeo by LiOOgle

travaux publics le chargea, en 1842 et 1843, des inscriptions sur pierre et sur venu de la basilique de Saiutr Denis , et le oonima secrétaire de la

Confiiiiisbioii iiisliluèe pour piébidei aux travaux de restauration de ce monument.

Au milieu d'occupations si multipliées et si utiles,

notre, laborieux ami trouvait encore le temps do concourir pour des prix académiques. En 1845, l Acad^miie de Rouen avait proposé la question suivante : « Tracer thistmre du commerce maritime " 'de Rouen depuis les temps les plus recules Jusqu'à la fin du xvi' êiècie. » Ernest de Fréviile , qui était déjà membre correspondant de l'Académie de Rouen , concourut et obtint un succès éclatant. Il vint recevoir^ en 1846, dans sa ville natale, une récompense que TAcadémie tout entière était heureuse de lui décerner. Par une distinction extraordinaire, elle vota immédiatement une partie des fonds nécessaires pour Timpression du mémoire couronné; le Conseil général de la Seine-lutérieure et la Chambre de commerce de Rouen s*assacièreut à ce vole piu louis souscriptions. Depuis cette époque, Ërnesl de Fréviile ne cessa de pei'lecliuiiner sou iiiénioire sur le cuamicrcc,

s'efforçant de le rendre de plus en plus digue de rboQoeur que lui avait décerné sa ville natale.

En 1847 , il fut élu un des deux premiers auxiliaires de Tlnstitut (Académie des loseriptioas et Belles-Lettres); et il fut ehargè, en cette qualité, de eontinuer, sous la direction de

M. Laboulaye , les Tables de Bréquigny, ou Table chrûnohgique des pièces imprimées eaneemani f histoire de France. Cette collaboialioii active aux travaux de Tlnstitul ne Tempécha pas de publier des méiimires historiques dans la Bibliolhtqne de V Ecole des Charies, V Annuaire de là Société d' histoire de France j le Bulletin des ComiUs kislorujues et les Mémoires de la Société des Antiquaires de France. Analyser les principaux de ces mémoires , c'est le meilleur moyen de faire connaître un homme dont la vie fut dévouée tout entière au travail et à la science désintéressée.

Une des premières études historiques d'Ernest

de Frévillc «iul pour but d'exposer l'origine, l'organisation et l'histoire des grandes Compagnies au xiv" siècle (I). Ces bandes murccnaires, qui furent

(I) om. âe VJScole dt» Chartes, l'« série , t. Ui, p. a9»8-S81» et t. V, p. 233-355.

longtemps le fléau de la France , ont laissé un souYenir aussi vague qu'effrayant. L'auteur eiUrepi il de dissiper Tobscurité qui euveloppail rhistoire de ces Compagnies. Rapprochant avec autant de sagacité que d'exactitude les textes dispersés dans VlUani». Froissart, les Grandes

Chroniques de Saint -Denis ^ les luanuscrits du

Trésor, des Chartes el de ia Bibliothèque impériale i il parvint à faire connaître 1 oi igine et Torganisa-. tien de ces baades de pillards; A la cupidité, qui formait le premier lien de ces Compagnies, se joignait un esprit d'aventures qui avait toujours poussé la noblesse française aux expéditions hardies et. périlleuses. Ou n'était plus au temps où les Croisades ouvraient un vaste champ aux seigneurs avides d'émotions et de butin. La vie nomade 61 aventureuse des grandes Compagnies y suppléa. À l'appui de ces assertions, Ërnest de Fréville cite un de ces textes qu'il savait habilement découvrir dans les chroniques du moyenâge.

Froissart(l) y met en scène un des cheis de bandes mercenaires qui vante la vie joyeuse qu'il

(t) Chroniques, l IV, ch, xiv.

menait autrefois à la tète de ces pillards : • Comme nous étions réjouis, dît^^il^ de guerroyer par la maoière que nous avons fait! Quand nous che?auchious à l'aventure et pouvions trouver sur les champs un riche abbé, un riche i)rieur, un marchand ou une route de muiles de Montpellier, de Narboniie, do Bôziers, de Toulouse, de Carcassonne, chargées de draps de Bruxelles ou de pelletciies venaul de la foire du Landil (Saint- Denis), ou d'épiceries venant de Bruges, ou de draps de soie de Damas ou d'Alexandrie, tout était nôtre et rançonné k notre volonté. Tous les jours, nous avions nouvel argent. Les vilaius d'Auvergne et de Limousin nous pourvoyoient et nous ameuoieul en notre cbàtel les blés, la farine, le pain tout cuit , l'avoine pour les chevaux et la litière, les bons vius, les bœufs, les brebis et les mouti>ns gras, la poulaille et la volaille. Nous étious étoffés et gouvernés comme rois , et quand nous chevauchions, tout le pays tremUoit devant nous. Par ma foi « cette vie étoit bonne et belle (1). »

(I) On peut rapijruthcr d'autres icxles cilés dans le second article , i. V« |i. 247^248, de ia Hibl. de l'JScole de» Charte».

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