COMMERCE MARITIME DE ROUEN DEPUIS LA MORT DE
CHARLES Vin jusqu'en 1600.
On peut juger, par ce qui précède, de ce qu'était le grand commerce normand au siècle. Grftcé à nos alliés comme à nos ennemis , il a toute la physionomie d'une petite guerre. Aussi est-il vrac de dire que , malgré les trêves et les traités renouvelés sans cesse entre les rois, et stipulant très expressément la sûreté du commerce, les hostilités ne cessèrent point entre les sujets. Il nous reste maintenant à présenter la série des faits qui se rattachent plus spécialement au commerce de la ville de Rouen.
A son avènement à la couronne, en 1 498, Louis XII
avait ratifié le traité de coniinerce conclu par son
prédécesstur avec rAngletem (4). Il avait fait la
paix, ia môme année, avec les rois de Casùile ei de Portugal, et en 4500, par l'intervention de Jacques IV, roi d'Ecosse , il s*était allié avec le roi de Danemarck Rouen pouvait donc se livrer à ses anciennes relations maritimes , sans avoir à craindre autre chose que ces vexations de détail auxquelles on était alors accoutumé. Telle fut la demande faite, en 1501, par rarchiduc, gouverneur des Pays Bas, afin d'obliger nos marchands à venir etaper à l'Ecluse et à Bruges , au lieu d'aller à Anvers, Nieuport, Dunkerque, Ostende, etc. (3) h'étape était un reste de la législation commerciale du mo^eu-àge , et consistait dans le privilège que le souverain donnait à une ville de faire exelusivement un commerce déterminé. On comprend combien celte mesure était tyrannique; aussi nos conseillers de ville s*opposèrent-i1s à ce que le roi rapprouvàt au nom des commerçants iranrais (A). Sauf ce léger nuagip et les inquiétudes ordinaires
(I) V. ci-desâus, ch. xiv.
(S) ^rch. de l'Emp, J. 457, pu XllI.
(S) J'ai dit plus haut, ch. XU, les causes du transport couHisret de Bruges à Aaven.
(4) V. aux Areh, inim. iê ilousis, A. 9, fol. W v» tl sait», les avis de Jehan le Pilleur, Noël Paviot, Pierre Dorant, Jean Le tm, lîeur de ITsperrier, Mare Salv^gant, Jeeq. le lîeor^ sienr de Bose-Benard, etc.
que causaient les pirates , la Normandie ftit heureuse sous un roi qui favorisa l agriculture et mé? ' rita, par son économie et son attention à diminuer les impots , le beau sumom de père du peuple. On entendit alors, peut-être pour la première fois, faire réloge de la concorde. Nicole Caradas, avocat du roi au Parlement de Normandie, annonçant, en février 450^, la conclusion de la paix entre la France, T Empire elle Castille, lemuna par cette réflexion , qui dut plaire singulièrement aux commerçants qui Técoutaient : « On ne sauroit plus demander que paix en ce monde; c*est la plus grand joie qu'on y puisse avoir. H faut en rendre grâces et remercier Dieu*., (4) » On ne se doutait guère qu'on était à la veille de la lutte terrible de François I*' et de Charles-Quint.
Durantles premières et les plus heureuses années du règne de François P', celles où la bonne administration de Louis XII se faisait encore sentir, le roi s'occupa de questions commerciales. On adressa, par ses ordres , des demandes aux négociants des principales villes du royaume. Voici quelques-unes des réponses que firent, en janvier lesdélégués de notre ville :
(1) .4rch. mun. de Houeiiy A. 10, fol. i44 v*.
Art. I*'. Prohiber Tenlrée des épiceries et drogues par autres porls que ceux des pays du roi.
Rép. : Les marchands oui plus dlntérêt et de proût à porter des marchandises en Portugal, Flandres et autres lieux, et à en rapporter des épiceries, qu'ils n'en trouveraient à cette défense* D'ailleurs , il serait impossible aux marchands de faire le voyage de Galicut sans la permission du rot de Portugal.
Art. 2*". Prohiber les laines étrangères.
' Rép. : On pense qu'il ne croît pas dans ce royaume la centième partie des laines que Ton met
en œuvre, el que, sans avoir des laines étrangères,
la draperie, et particulièrement les draps ûns et les bonnets, ne se pourraient fabriquer. Lesquels bon- ' nets et draps lins sont ensuite exportés dans beaucoup de royaumes. La prohibition des laines étrangères tuerait cette industrie et ruinerait , par conséquent, une des sources principales des revenus du roi. '
Art. 3*. Prohiber les draps étrangers.
Rép. : Cette prohibition entraînerait nécessaire* ment des représailles fort dommageables à la chose publique.
Arl. 4^ Ne faire que le comiiiei-ce de troc, sans» bourse délier; chasser les marchands étrangers, malgré leurs lettres de naturalité, a cause des ^bus qulls commellent; refuser tous congés pour
exporter.
Rép. : Cet article paraît raisonnable de tous points , sauf le troc , car il est des marchandises qu'on ne saurait avoir sans argent, à moins de
perdre beaucoup sur celles que l'on offrirait. Il semble qu'il serait bon de contraindre les marchands étrangers, principalement les Anglais, à remployer leurs deniers en marchandises de ce royaume, ainsi que Ton fait au royaume d'Angleterre (1).
. Ces questions et ces réponses, où percent déjà les embarras que le défaut de colonies allait donner à la France, indiquent du reste une industrie assez prospère, puisqu'elle repousse ieprjincipe des prolubitions et ne craint qu'une seule chose , c*est de manquer de matières premières.
Les fabricants et teinturiers de draps étaient alors très nombreux dans notre ville, puisqu'un
procès, qui renioiKti à l'aiinée 1513, s'éleva, pour
(0 Jrch, mun. de Aotien, A. il, fol. 184 et suiv.
l'usage des eaui de Aobec, entre les leiaiuriers de
DaniûUl qui teignaieiU en bleu , el ceux de Rouen qui teignaient en garance (I). Il paraît que'ceux de Oamétal finirent par avoir Tavantage et par accaparer entièrement la rivière, en sorie que les drapiers de Rouen, qui commerçaient avec Lyon, l'Ëspagne et lè Portugal , et avaient besoin de couleurs joyeuseif étaient obligés d'envoyer teindre leurs draps à Paris el à Meaux, au grand dommage des artisans de la ville. L'un de nos principaux drapiers^ Nicolas Baudry, résolut, en 1530, de Mre cesser cet abus. 11 se fit amener, par un nommé Alvaro de Farde, de très bonne garance , et en fit teindre cinq pièces de drap à Marlainville. Les teinturiers en bleu portèrent leurs réclamations devant le conseil de ville , et les draps furenl confisqués. Mais lorsque MM. les conseiUers, qui se connaissaient en industrie , eurent vu ces belles el riantes étofies , ils n'eurent pas le courage de condamner Nicolas Baudry. Le monopole des teinturiers en bleu fut trouvé excessif et nuisible, et sur les conclusions du Mémoire de M* Jean le Tellier, avocat, pensionnaire de la ville cl chargé d'examiner Taffaire, la teinture dite en gachet ïui autorisée (2).
(1) .4reh. mun. de fiouen^ A. 10, fol. 310 el suiv.
(2) /d.,Al5, fol. il6.
Ma» Se plus grand obstacle à Fessor de rindus> trie et du commerce de Aouea fut assurément I'Idsatîable flscalilé dont les règnes de François el
des princes, ses descendants, présen le al le tableau. Comme si l*énorme rançon du roi , les frais et les pei Lurbalioiis de la guerre n'eussent pas suftisam ment épuisé le royaume^ la cour des Valois se livrait aui plus folles profusions. Nous renonçons à nombrer les édits eniauiés par ces règnes nécessiteux , les impôts révoqués sur remontrances , puis reparaissant sous de nouvelles formes. iNous laisserons juger, par un seul exemple , de Tabus scandaleux des créations d'oflices , si à charge aux villes el au commerce. Ainsi, on nomma, en 4^4, des visiteurs de pruneaux, à Rouen. Ils furent supprimés, il est vrai , mais rétablis peu après (4). Voici maintenant pour les impôts. En 1548 , Henri II demanda aux Roueonais 85,500 livres, pour leur part de la solde de cinquante mille homnies. Il fallut se cotiser par paroisse, engager les revenus à venir, vendre les immeubles et même les approvisionnements de blés de la ville. Toutes ces ressources épuisées , il s*en manquait encore de plus de 50,000 livres pour arriver à la somme. Alors on envoya faire des remon- Irances au roi, qui n'accorda aucune remise, et
(1) mm, i€ Hùuen^ A. 16, fol. ait.
peu s'en CiiUul que les conseiUers el échevins ,
réduits au sort de la curie romaine, ne fusseul aiis eu prison, laulede pouvoir pa^er 1 impôt (4). En même temps-, nos toiles el nos draps sont atteints par des larùs excessii:» , et la franchise des foires est sans cesse attaquée, parce qu'il fut avéré que c'était le côté le plus sensible de la ville pour l(ji faire financer.
Au milieu de toutes ces misères, on aperçoit une institution lUiie : la juridiction consulaire. Ues Tannée dans une requête au roi sur le commerce, nos conseillers de ville avaient demandé que les débats entre marchands et relatifs au commerce « fussent traités et décidés en la maison de ville, par les conseillers d icelle, ainsy que sont les contestations en foires et comme Ton fait à Bruges, . . . sans y laisser plaider advocatz ne procureurs. Et dient lesd. marchandz que [ la ville de Rouen ] seroit Tune des bonnes villes du monde , se ainsy estoit faict (2). » L'avertissement fut tenu pour bon, mais on se garda bien d'en faire profiter ceux qui l'avaient donné; on craignait, sans doute, de voir renaître cette commune dont Tesprit de suite et la
(1) jirch, mun. de itoue» , A. tS, fol. 299 v» el pisê. i — A. 16, fol. 9 v* et 9uiv., 48 V* ti suiv.
(3) /d., A. 5S» fol. m.
iéoacilé avaieolcté si embarrassaots. Toulefois, on
eiitreUiil nos conseillers du projet qui leur était si agréable. Henri II, nouvellemenl roi, pensa se les attacher, en leur enjoij^oanl , le 9 janvier i^^, de consulter les marchands de la ville, aûn de savoir s'il était commode pour eux qu'ils eussent « une bourse, estrade ou change. » On s empressa, sur cette missive royale, de trouver à Rouen un lieu commode et d'en faire tlrcbser le plan qu'on envoya à Henri 11, avec les avis de la Compagnie, et une supplique, afin que les marchands fréquentant noire ville jouissent des mêmes privilèges que ceux qui allaient à Lyon t). Il était temps de s'occuper de cette affaire, car le commerce de Rouen était déjà au plus bas, cependant on ne se hâta nullement. On attendit pour agir, « que les estrangers eussent désisté de fréquenter la ville ; que les habilants fussent du tout espuisez d'or et d'argent , et prestz d'abandonner le pays (2). » Alors parut, en mars 7^, un édil dont le début trahit quelques inquiétudes. On s'efforce d'y relever l'ancienne réputation commerciale de Rouen , et de rappeler les étrangers ; on accorde enfin cette Bourse et ces consuls que la ville demandait depuis quarante ans.
(!) Jrch. mu», de Âouen^ A. 15, fol. 538 v« et suîv.
(9) V. le DUeouri âe réception de M. J. fiondeauœ^ dans le Précis de V-écadémie de Rouen^ année 1S44, p. lis et suiv.
Maiii i\06 conseillers , qui s'allendaieiil à voir ia juridictioD consulaire joinle à leurs foDotioas , mirent oppasiiioa à i eui egislremeQt de Tédil, et ce ne fut réellemenl qu'après la réunioD des justices des ¥iHes à la justice royale , par 1 Ordonnance de Moulins, en Tannée 4565, que la résistance des conseillers fut tout-à-Cul vaincue (1].
L'établissement des consuls à Rouen a donné
naissance à un traité de droit maritime iortesiirné, et qui est intitulé le Gmdon de la Mer, « Le Guidon, observe M. A. Fremery, dans ses Etudes de DroU commercial {% a été composé entre 4556 et 4563. Après 4556, car il se réfère à la juridiction des juges consuls et parle du greûier des assurances, établi, sous lautorité du roi, par la communauté des marchands ; avant 1583, car il se réfère à l'ordre et à la Comtwm varech et choses gayws, au goustv- MîER (3). Or, le vieux Coustunucr, qui , en effet, traitait de ces matières , aux chapitres XVII et XIX , a
(1) Nous reviendrons avec détail sur cette question dans notre seconde partie.
(2) Etudes de droit commercial^ p. 282, noie \.
(5) Cf. ch. I , arl. 2; ch. iti, art. 2; ch. xi, art. 2; ch. xx , art. 8. — inédit, du Guidon , la plus ancienne qui soit dans les biblioflièqnps puhli<nics de Paris, est à la bibliothèque Alazarioe, n» d04()i. Elle a été donnée à Bouenen I60S. Le Guiéon a été réimprimé par M. Pardessus dans ses Loi» marUimes , U II, p. 578 et su îv.
été remplacé par la Coutume de Normandie , rédigée en 4583, en exécution des lettres patentes de Henri 111, de 1577. » Cet espace peut encoie être resserré, ce nous semble» puisqu'on vient de. voir <pie la juridiction des Prieur et Consuls fut contestée jusqu en i 565 , et qu'il est d'ailleurs certain que rédît de , ne sortit aucun effet, avant d*ètre enregistré au Parlement de I^ormandie, en 4563.
Le Guidon est l'œuvre d'un particulier dont le nom est resté inconnu. M. Pardessus n'hésite pas à dire qu'il a été composé à Rouen (1) ; du moins at-il été composé en I^ormandie. il n'y est question que des ports de Rouen , du Havre , de Honfleur, de Dieppe , de Fécarap et de la côte de Caux ; et dans les modèles d'actes maritimes par lesquels il est terminé, on ne trouve que des noms normands, tels que ceux de Mathieu Alorge, de Rouen, et de Richard Manissier, de Fécamp. Le Guidon est un traité des assurances maritimes , desquelles il donne une bonne définition : « Asseurance est un contract par lequel on promet indemnité des choses qui sont transportées d'un pays en autre , spécialment par la mer , et ce par le moyen du prix convenu entre l'assuré qui fait ou fait faire le transport , et l'assureur qui promet l'indemnité. Elle se l'ail et se
(I) Lais marU.y t. Il, p. 586, note %
dresse par conlract porlé par escrit, appelié vuigai* renient Poliee d'asseuranee.)^ On ne sait d'ailleurs à quelle époque les assurances maritimes , qui existaient dans la Méditerranée dès le xi' siècle, furent établies dans l'Océan, et on ne le saura jaiiiais exactement, car le Guidon nous apprend que les assurances anciennes étaient faites sans écrit, en cm/iat\c^. Elles ont pris probablement naissance à Rouen , pendant les guerres du xv* siècle ; il est certain du moins qu a cette époque , cette sorte de conU*at était en usage dans les Flandres, avec lesquelles notre ville a toujours été en grandes relations (4).
Mais les assurances maritimes, si utiles alors, puisque notre commerce ne se faisait guère qu'à main armée, comme au mo.yen-âge, auraient cessé d'être un trafic possible, si nos côtes n'eussent été protégées, Louis XII et François P' paraissent avoir pris à coeur celte affaire, qui avait déjà été soulevée aux Etats tenus en 4484, sous Charles VIII. Louis XII demanda , en 1501, une aide aux Etats de notre province , « pour dresser une flotte , pour la sûreté du royaume, et mesmement pour le bien du pays de ?iormandie (â), » et
(1) Pardessus, loi» marU.^ t. Il, p. 370.
(2) A. Canel , nechcrcheê »ur les Etat» de Sarmaniie au s VI» tièclc, p 6.
nos registres municipaux portent la preuve que le
cardinal G. d'Amboise s'efforça de stimuler, sur ce sii^et , le zèle de nos conseillers de ville Le clos aux Galées de Rouen reprit donc un peu d'aciiviié. Un navire au moins y fut construit aux frais de la ville, ec 4508» et tout porte à croire qu'il prit part au glorieux coinbat que les marine iiunnands» bretons et écossais livrèrent aux Anglais , à la hau* teurde Saint-Mahé , en 1513 (2). D'autre part, François releva « en 4517» rinstiiulion des milices garde-côtes, et , en 4544 , il fit équiper » dans tous les ports de France, une armée navale qui se réunit à Fembouchure de la Seine , et partit de là pour aller combattre les Anglais. Le roi lui -môme vint voir cette belle flotte, composée de 450 gros vaisseaux ronds , 60 flouim et 25 galères , la plupart faites en I^Iormaudie. Elle appareilla» le (> juillet 4545, du Havre, de Leure, de Honfleur, d*Harileur et de Dieppe , et se réunit sous les jeux du roi, qui était à la pointe des Phares , avec toute sa cour (3) .
Ce fut alors, sans doute, que François I*' visita ,
(1) Cr. Areh, mun de Jtouen, A. iO, fol. 90 à 1 10 i U. 1, fol.
(2) a. Arch. d9 l'Ew^e , K.. 79, n»* I& €t 14} L. Guérin , Hist, marit, de FrwMe^ t. p. 104 et suiv.
(5) Mêm. 4e MarHn Hu BeUap, 1. X.
pour la première fois , sa Doayelie ville du fiavre ,
dont les fondations avaient été jeléeb en 1517, et à laquelle il avait accordé des fraœliistta en 4524 . Le Port^dê Grdeê grandit rapidement» et les armateurs de celte cité naissante rivalisèrent bientôt avec ceux de Dieppe, dans nos guerres contre les Flamands et les Espagnols. On sait qu'en 15oô, les Uavrais enlevèrent, k.eux seuls, plus de Ironie navires à la marine des Pays-Bas, et que, réunis, en 4557, aux Dieppois et autres Normands de la côlei ils prirent aux Espagnols pour une valeur de plus de 200,000 écus (4).
Mais la piraterie qui anime les ports de mer, en temps d'hostilités, n'a jamais été d'une grande ressource pour noire ville, la guenc la faittoujours déchoir. Dès 4557, le Conseil résolut de faire travailler aux remparts les pauvres valides, au nombre de neuf à dix mille, « pour éviter à plus grand péril (2) ; » et pourtant la même année, le roi , sans avoir égard à la requête des habilants du Havre , avait accordé que toutes les épiceries , drogueries et aluns entrant en France par l'Océan fussent descendus au port de Rouen (3]. Ces mesures ne purent
(1) L. GuérÎD, Hiit, marU* de Frmee^ t. 1, pp. iSi etSSS.
(S) dreh, m»»* 4» Roum, A. sS , deoiiène cahier topplémentaire.
(3) id.yk, 17, fol. ISi V*.
coiyurer l'aoéantissomenl de notrecommeree, car la
guerre civile viiii biL iilôtse mêler à la guerre étrangère. £q 1562, Rouen est pris par les réformés el repris par Charles IX. La même année, les Anglais, qui ont loi^ours regretté la Normandie, s'établissent au Harre, et ne le rendent, en 4563, qu'après un siège opiniâtre. Les atiaires se raniiuèrentun peu avee la paix d' Amboise et avec le traité de 4 564, entre
Charles IX ut Elisabeth. Néanmoins les émoiion^i
renaissaient iacessamment dans la viUç , qui prenait insensiblement la physionomie d'une place de guerre. Ou arme quatre cents bourgeois, en 4572. C'étaient tous les marchands et principaux bour-'
geois de Rouen. Ils prêtèrent serment entre les mains du gouverneur de Carrouges (4). La défiance est dès lors si grande qu'on visite tous les navires qui arrivent au port , de crainte qu'ils n'apportent des armes et des munitions de guerre (2). D'ailleurs les pirateries étaient plus furieuses que jamais , et on en fit le sujet des plaintes les plus vives (3). Elles furent sans résultat, car le roi venait de conclure un nouveau traité avec l'Angleterre, et c'étaient précisémenl les Anglais qui nous piilaienl le plus. Le moment approchait où la France allait payer les
(I) Areh, mtm. JIokm, A. 19 , fol. M v«, el B. », ptui*
1%) M.«A. t9,roi.s8a.
(5) M., Ibid., fol. 907 et suiv.
fautes des Valois , et où le dernier d*entre eux. verrail la bourgeoisie, jusqu alors si dévouée à la
royauté, se soulever contre elle. Lorsqu'en 4582»
Henri III demanda aux Rouennaîs de nouveaux subsides pour la solde des cinquante mille hommes , la ville épuisée répondit que , depuis huit ans, elle avait secouru le roi de plus de 4 ,300,000 livres ; que depuis un an et demi, elle lui avait payé comptant 230,000 livres ; qu'enlin elle avait fait de grosses pertes sur mer. Elle termine par des demimenaces de révolte. Henri III la déchargea du tiers de l'impôt (4). Rouen était dès ce moment une ville * ligueuse ; sept ans après elle était en pleine révolte, et avait entraîné dans son parti Falaise, Argentan i Lisleux y et toutes les villes et passages sur lai haute Seine , excepté le Pont-de-l'Arche (2).
Malgré les airs de république que notre cité se donnait à cette époque; malgré ses velléités de ressusciter la Compagiue iioniiande, Rouen se trouva bientôt dans un état à (aire pitié. Après le siège que cette ville soutint contre Henri IV, depuis le 1 4 novembre i 59 1 jusqu au iO avril 4 592, elle se trouva si misérable quil lui fallut vendre du blé de la réserve pour pajer ses rentes, à mesure que les
(t) ^ek, mm. de nouen , A. 20, fol. 117 el saîv.
(2) Palma Cayet , Chron, Nov,, 1. 1 , ann. 1589.
échéances arrivaient. Son port n*esl plus fréquenté que par quelques marchands de la Bretagne, de la Gnymne, de la Flandre, de la Hollande et de
rScosse, qui ont soin de n'apporter que les denrées de première nécessité : du vin, du blé , dû beurre, du poisson sec et salé. 11 était temps que cette indépendance, eût un terme. Rouen fit» en 4594, sa soumission ù Henri IV, i[ui ii aspirait, comme il le disait lui-même, qu'à « faire le mariage de la France avec la paix. »
Mais le désordre avait été si grand , le gouvernement était encore si faible , qu'on fut bien des années avant de rétablir la sécurité et ragriculture. La première chose dont on eut à s'occuper fut d'éviter la famine. On défendit l'exportation des grains, sous peine de crime de lèse-majesté, et l'on prit tous les moyens pour ramener l'abondance dans la ville (1). Le roi s'intéressa à la navigaUuii. Il écrivit lui-même à la reine Elisabeth et à l'amiral d'Angleterre, pour faire restituer h un nommé Nicolas Missart, de Pont Audemer, le navire que lui avaient pris les Anglais, au retour des Terres- Neuves 1^2^). Quelques années après, en 1606, le même prince posait , de concert avec Jacques P%
(1) Jrch, mi/ft. de Bouen^ A. 90, fol. ISS.
(2) The Life of Th. Egerton , p. 598 et suiv,
roi d'Angleterre, d'Ecosse el d'Irlande, des règles
au sujet des conleslalions qui pourraieni s'élever entre les marchands français et anglais. Deux notables bourgeois fureiU nommés, qui, sous le nom de conservateurs du commerce » devaient juger touies les conlestalions et s'adjoindre un troisième conservateur, anglais , en cas de partage. Rouen est la première ville nommée dans cette convention (1). Tout promettait donc le retour de la pros périté, lorsque le roi fut assassiné, et remplacé par une régente , qui clait loin de posséder son habileté consommée. £n 4646, nos Etats se plaignent que les lois sur la navigation sont mal observées, et que la piraterie est préférée au loyal trafic (â). La iiiam ferine de Richelieu, mais surtout le gouvernement éclairé de Colbert , pouvaient seuls relever les affaires. Colbert, sorti d'une famille de négociants, était lait pour comprendre tout ce que peut le commerce maritime pour ta grandeur d'un Etat. 11 envoya, en 1664, ua homme de beaucoup de taleçt, le chevalier de Clerville, visiter les ports et les côtes de la Normandie et de la Picardie. M. de Clerville, dans son rapport au ministre, débute de celle façon remarquable : « Ayanl demandé à tous
{{) B. 1. F» Brienne ( 17 décembre
(2) A. Caue) , sur les Etats de Normandie , [>. S2.
les plus habiles marchands et négoUans avec
lesquels il a eu occasion de parler ( iiotaniment à ceux de Rouen ) quels expédients on pourroit tenir pour restablir le commerce qu'il a trouvé entièrement ruiné partout, il luy a esté respondu que, pour cela, il ne falloit que de l'ordkb, et puis encore de l'ordre (4). »,
(i) B. I., F> Golbert , iiS, fol. I.