‹ Mémoire sur le ganglion otiqueChapitre 8 sur 12 · V. SOL1PÈDES · texte numérisé non relu

V. SOL1PÈDES

Cheval ( equvs caba/lus).

Ouoique le ganglion otique d’aucun des mammifères que nous avons disséqués ne présente une masse aussi considérable que celui du cheval , néanmoins la préparation de ce ganglion est ici plus difficile que sur tout autre animal. Cela provient de ce que dans le cheval la troisième branche du trifacial se réfléchit fortement en dehors, immédiatement après être sortie du trou ovale, et que la portion cartilagineuse de la trompe d’Eustachi est appliquée étroitement contre celte branche, et lui est unie en partie , ainsi qu’au ganglion otique, par du tissu cellulaire.

Le ganglion otique du cheval ressemble sous plusieurs rapports à celui du cochon; car il est aussi disposé en deux masses principales, unies entre elles également par une portion intermédiaire, comme dans le cochon. La masse ganglionnaire postérieure est beaucoup plus considérable que chez cet animal : souvent elle est aussi divisée en deux moitiés qui sont situées, l’une plus en dedans , l’autre plus en dehors du bord postérieur de la troisième branche. Cette masse détache, outre le filet très fort qui va au muscle tenseur de la membrane du tympan , d’autres filets assez considérables qui vont au nerf auriculaire antérieur. L’autre renflement, qui est également plus volumineux que celui du porc , ne se montre pas aussi irrégulièrement conformé que lui, mais il offre les mêmes rapports relativement aux filets nerveux qui en naissent. Les renflemens antérieur et postérieur sont unis ensemble , non-seulement par une bandelette se dirigeant à la face interne du nerf maxillaire inférieur, mais encore par une autre qui est située au côté externe de ce nerf.

Si on examine les particularités offertes par sa disposition, on trouve que dans le cheval le ganglion otique l’emporte en volume sur celui de la plupart des autres animaux , non-seulement sous le rapport absolu , mais aussi relativement à la troisième branche de la cinquième paire; on trouve, deuxièmement, qu’il s’accorde avec celui du lièvre , du lapin et du porc , en ce sens qu’il affecte la forme de deux masses ganglionnaires unies entre elles, et que les nerfs qui naissent de ces deux masses offrent une disposition semblable.

J’aurais désiré examiner le ganglion otique de quelques autres mammifères, par exemple, dans les singes , les cétacés, la chauve-souris à longues oreilles ; mais malheureusement je n’ai pas eu d’occasion pour disséquer ces animaux.

Après avoir signalé le ganglion otique dans les mammifères dénommés, je cherchai

à le découvrir dans les oiseaux et les reptiles. Je m’attendais à le trouver du moins dans les oiseaux, auxquels beaucoup d’anatomistes attribuent un muscle tenseur de la membrane du tympan; j’explorai par conséquent, sur ces animaux, la région où il existe dans les mammifères. Mais -quelle fut ma surprise de ne pas découvrir une trace de ce ganglion, après plusieurs investigations fort attentives! D’abord je n’osais pas me fier à moi-même , parce que d’un côté j’avais la conviction que là où il y a un muscle tenseur de la membrane du tympan, il existe aitssi un ganglion olique; et que de l’autre côté je crus ne pas devoir élever le moindre doute sur les données des anatomistes touchant l’existence de ce muscle chez les oiseaux. Mais comme des recherches multipliées 11e me firent pas découvrir le ganglion olique, je résolus de me convaincre par moi-même de l’existence du muscle tenseur. J’ouvris avec précaution la cavité du tympan de divers oiseaux , et je ne reconnus aucun muscle qui, par son origine , son trajet et son insertion , aurait pu être assimilé au muscle tenseur du tympan de l’homme et des mammifères ; je trouvai cependant sur le milan et sur quelques autres oiseaux, dans la partie postérieure de la cavité du tympan, un muscle délicat qui s’insère par son tendon au sommet de la columelle , et qui a été décrit exactement par Galvani1. Toutefois ce muscle, par sa position, ne peut, avoir pour fonction de tendre le tympan; mais il a la même action que le muscle de l’étrier des mammifères2. Ce qui vient d’être dit s’accorde aussi avec la donnée de Blumenbach3, que la partie de l’osselet de l’ouïe qui représente le marteau dans les oiseaux n’a pas de muscle tenseur du tympan.

Comme les oiseaux ne m’offrirent ni muscle tenseur du tympan , ni ganglion otique , je présumai bien que le dernier ne se trouverait pas dans les reptiles. Geoffroy4 et Scarpa3 font mention, il est vrai, dans le lézard, d’un muscle qui , d’après le dernier auteur, tend la membrane du tympan. Geoffroy a dit : « Cet osselet par

(1) Commentât. Bonon., Bononiœ i?83, p. 4 22.

(2) Cette assertion me paraît tout-à-fait inexacte. Le seul muscle de la chaîne des osselets dans les oiseaux est un muscle tenserr, quoi qu’en dise notre auteur. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à le mettre à nu et le comprimer un peu, pour tendre la membrane du tympan : cette expérience est si simple, celte disposition si manifeste que je suis étonné qu’un anatomiste aussi habile s’y soit mépris. Le muscle tenseur existe chez tous les oiseaux au dehors et en arrière du tympan; il s'attache à la pièce cartilagineuse qui

dans les oiseaux représente le marteau, il est pourvu d’un assez long tendon , qui s’étend jus-

qu’à la membrane du tympan dans laquelle il

semble s’épanouir. J’ai fait voir à bien des personnes l’action du muscle en question, qui consiste toujours à tendre la membrane tympanique. Ce muscle a d’ailleurs été décrit et bien représenté par Scarpa. ( De structurel fenestræ rotundæ auris et de tyrnpa.no secundario anatomiœ observationes.) Mutinœ, 1772. G. B.

(3) Manuel d’anat. cornp., Gœtt. 1824, p. 58j.

(4) Dissertations sur l’organe de l’ouïe de l’homme , des reptiles et des poissons. Amsterdam, 1778.

(5) Anat. disquis. de audita et olf acta , edit. ait. Mediolani, 1795, p. 3i , sect. ï , cap. 4» § 1 5 ,

Pl.v,fig.i4,«.

sa position semble répondre au marteau dans les animaux quadrupèdes. Il a la forme d’une pointe de clou , ou pour mieux dire d’une épine ; plus large par sa partie supérieure , il se termine en pointe par sa partie inférieure. Celle-ci posée entre les deux lames du tympan ne va se terminer à aucune autre partie s mais l’extrémité supérieure est attachée principalement par un petit muscle à la pointe que forme l’os postérieur du crâne, que l’on pourrait appeler os occipital .» Voici comment s’exprime Scarpa : « In lacerta agili prcsterea muscularis substantiœ quidquam conspiciendum est, quod appendicem cartila gineam ihtrorsum trahens tympanum, pro re natâ, valet intendere. » Cependant comme la membrane du tympan des sauriens est un peu convexe en dehors et que ce muscle, par sa position, s’accorde avec celui des oiseaux, on peut lui appliquer ce qui a été dit de ce dernier. Malgré des recherches fréquentes entreprises sur le lézard gris, la grenouille, l’orvet et quelques autres reptiles, je n’ai jamais pu apercevoir de ganglion au voisinage du nerf sous-maxillaire ou de la cavité du tympan , ni de fibres musculaires aux osselets de l’ouïe ; fibres que Comparetti prétend avoir trouvées. D’après cela et d’autres motifs encore qui seront exposés au chapitre suivant, je crois devoir admettre que les oiseaux et les reptiles n’ont point de ganglion otique ni de muscle tenseur du tympan.

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