‹ Mémoire sur le ganglion otiqueChapitre 9 sur 12 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Détermination du ganglion otique.

Comme l’iris et le tympan sont des organes homologues1, que les ganglions ophlhalmique et otique ont, d’après les recherches faites sur l’homme et les animaux, un rapport semblable avec ces organes respectifs t l’analogie déjà nous autorise à conclure que le ganglion otique est à l’organe auditif ce que le ganglion ciliaire est à l’oigane de la vision2. Or si, par plusieurs raisons fondées sur l’anatomie et la pathologie, le ganglion ciliaire doit être considéré comme l’organe central de

( i ) Il est sans doute despersonnes qui ne sont pas encore convaincues de l’analogie de ces deux organes, et qui croiront par conséquent devoir faire des objections contre cette proposition. L’exposé des preuves à Pappui de l’analogie existant entre l’iris et le tympan me conduirait trop loin ; je dois, par conséquent, renvoyer aux ouvrages des physiologistes qui ont démontré d’une manière, ce me semble, satisfaisante la concordance de ces deux organes.

(2) L’iris et la caisse du tympan , quoi qu’en dise notre auteur, ne sauraient être comparées

l’une avec l’autre.

L’iris , membrane contractile.

La caisse , cellule dans laquelle les vibrations sonores se propagent.

Il n’y a là aucune comparaison possible.

M. Arnold a sans doute voulu dire que l’iris dans l’œil jouait le même rôle que l’appareil des osselets avec les muscles et la membrane tympanique dans l’oreille, mais comment confondre cet appareil avec la caisse du tympan, qui n’est qu’une cavité ? G. B.

l’activité et des mouvemens automatiques de la membrane iris, Ion peut admettre, avec raison, que le ganglion otique préside aux mouvemens automatiques de la caisse du tympan.

La découverte de ce ganglion a, d’un côté, répandu plus de lumière sur la théorie des fonctions des diverses parties de l’organe auditif, et de l’autre côté elle a mieux fait connaître l’analogie de cet organe avec l’œil. C’est maintenant seulement que l’on voit pourquoi les mouvemens du tympan sont automatiques; car précédemment, lorsqu’on croyait seulement trouver des fdets du nerf facial allant au muscle tenseur du tympan, il était impossible d’expliquer comment l’action de ce muscle peut être involontaire, vu qu’il recevait des filets d’un nerf qui se rendait uniquement à des muscles volontaires1. •

La non-concordance des observations des anatomistes avec l’admission irrécusable que les mouvemens du muscle tenseur du tympan sont automatiques, dut frapper les personnes habituées à méditer sur ces sortes de choses. Quelques-uns, pour se tirer d’embarras, admirent que puisque le nerf pétreux superficiel qui appartient en partie au système ganglionnaire s’unit au nerf facial , les filets de celui-ci qui vont au muscle tenseur de la membrane du tympan pouvaient bien être formés en partie par le système ganglionnaire. Quoique cette manière de voir corrigeât un peu l’inconséquence que nous venons de signaler, néanmoins celte dernière explication était encore loin d’être satisfaisante.

J’espère, par l’interprétation des observations communiquées dans le premier chapitre, donner des renseignemens importans sur ce point. Mais voyons d’abord quelle est la fonction des ganglions en général , et principalement de ceux qui appartiennent aux organes des sens.

Nous reconnaissons dans les opinions des physiologistes sur l’usage des ganglions , deux tendances principales : en effet , l’explication des uns est mécanique , celle des autres est dynamique. Quelques-uns, tels queMeckel l’ancien, Zinn, Scarpa, croient que les ganglions servent à favoriser la ramification des nerfs, à opérer la fusion intime des filets nerveux, leur réunion, leur séparation, etc. , et même à diriger commodément les branches d’un seul et même nerf vers différentes parties. D’autres , comme Willis, Petit, Bianchi, Winslow, mais surtout Johnstone, Unzer, Metzger, Bichat, Reil leur assignent des fonctions plus élevées; quelques-uns de ces auteurs admettent que les ganglions sont destinés à modérer et même à arrêter l’influence réciproque des systèmes cérébral et ganglionnaire; d’autres les considèrent comme les centres et la source de l’activité nerveuse et , partant, comme de petits cerveaux;

(1) Cependant le muscle de l’ètrier reçoit son c’est passer sous silence un fait parce que l’exoerf de la portion dure, b’auteur n’en parle pas ; plication devenait embarrassante. G. B.

d’autres enfin réunissent ces deux vues: réunion pour laquelle nous croyons devoir

nous prononcer également.

D’après cela , nous devons voir dans les ganglions les organes centraux de l’innervation, puisque, d’un côté ils reçoivent, comme l’encéphale, les impressions conduites par les nerfs et réagissent sur les organes, et que de l’autre côté ils produisent aussi des excitations; nous y voyons en outre des isolateurs, puisqu’ils arrêtent les impressions qui vont au cerveau aussi bien que celles qui en viennent ; de sorte que dans le premier cas le sentiment n’arrive pas à la conscience, et que dans le second l’influence de la volonté sur les organes ne s’exerce pas au-delà du ganglion. Mais cette faculté isolante des ganglions n’a lieu que jusqu’à un certain degré ; car lorsque les impressions reçues sont trop fortes, elles sont conduites à travers le système ganglionnaire, comme cela se voit dans des maladies.

Voici sur quoi nous fondons notre assertion que les ganglions nerveux arrêtent, jusqu’à un certain point, l’influence réciproque des systèmes cérébral et ganglionnaire.

i° La volonté n'a pas d’influence immédiate sur l’augmentation et la diminution de l’action des organes de la vie végétative ; nous n’avons pas davantage la conscience des actes de la vie plastique. Mais lorsque les impressions qui agissent sur les ramifications du système ganglionnaire sont trop violentes, ou lorsque l’activité cérébrale est excessive i comme dans les passions, les efforts de l’esprit, alors ces deux systèmes exercent l’un sur l’autre une influence mutuelle , parce que les ganglions ne sont plus en état d’amortir les impressions reçues, mais leur servent en quelque sorte de conducteurs.

2° Non-seulement les organes de la vie végétative sont soustraits à la volonté, mais il existe même dans les organes de la sphère animale de l’économie plusieurs parties, qui sont pourvues de nerfs par des ganglions, comme l’iris et la caisse du tympan.

5° ïl résulte de plusieurs expériences faites sur des animaux que, d’un côté, les irritations mécaniques du système ganglionnaire ne sont pas accompagnées de douleur ou que de très peu de douleur, et que, de l’autre côté, les irritations du cordonrachidien n’exercent pas une influence très forte sur les fonctions des organes de la vie végétative. ,

4° D’après les expériences de M. Magendie , les douleurs sont plus fortes lors de I» section des racines postérieures des nerfs rachidiens , entre les ganglions spinaux et la moelle, que lorsque la section des mêmes racines est faite au-delà de ces ganglions.

5° 11 y a une parfaite concordance entre l’usage indiqué des ganglions et leur structure; en effet, les filets nerveux y sont plus ou moins disséminés et embrouillés, et les filets médullaires y sont plus ou moins complètement enveloppés d’une substance pulpeuse d’un gris rougeâtre ; car pour la conduite facile des impressions il faut abso-

SUR LE GAlNGLION OTIQUE. si

Jument que les filets nerveux soient continus sans la moindre interruption. Une autre circonstance qui vient à l’appui de cela , est le fait anatomique que les ganglions qui , comme les ganglions spinaux, n’arrêtertt pas aussi complètement les impressions , n’offrent pas une structure aussi complexe que ceux qui appartiennent exclusivement au système ganglionnaire , et qui ont la faculté de mieux arrêter les impressions. On sait que dans ces derniers les filets sont fortement enlacés, et que les deux substances qui les composent sont intimement unies et même confondues ensemble.

Parmi les objections qui ont été faites à cette manière de voir on doit noter surtout celle de Haase. Il dit que tous les nerfs spinaux, qui pourtant se rendent en partie à des organes obéissant à la volonté, forment des ganglions; qu’au contraire l’estomac, sur lequel la volonté est sans influence, reçoit des rameaux de la dixième paire qui ne possède pas de ganglion. Ceux qui connaissent les recherches anatomiques et physiologiques récentes trouveront dans ces objections de nouvelles preuves à l’appui de notre opinion; en effet, les ganglions spinaux appartiennent exclusivement à la racine postérieure, des nerfs rachidiens, racine qui préside à la sensibilité. Or le nerf vocal est , d’un côté , aussi un nerf du sentiment ; et , de l’autre côté, il a dans son trajet, outre ses nombreux enlacemens , un ganglion et un plexus ganglionnaire.

Voici les motifs qui me font croire que les ganglions doivent être considérés comme des centres et des sources d’innervation.

i° Les fonctions du système ganglionnaire peuvent s’opérer, alors que celles du système cérébro-spinal sont diminuées ou même abolies. Ainsi dans l’apoplexie et quelques autres maladies, où l’activité du système çérébro- spinal est affaiblie et même abolie, où le sentiment et le mouvement, toutes les activités sensoriales et intellectuelles sont détruits, nous voyons néanmoins la vie végétative continuer.

Ainsi la digestion, la circulation et l’hématose ne souffrent pas immédiatement, lors de l’ablation de l’encéphale ou de la moelle épinière , puisque ces actes peuvent continuer pendant quelque temps, si on a soin d’entretenir la respiration artificiellement1.

(1) Il est démontré jusqu’à l’évidence, parles expériences de Bichat, Emmert et Legallois, que les mouveinens du cœur ne dépendent pas immédiatement du cerveau par la dixième paire, comme le eroyaientles anciens , et quercttepaire de nerfs n’exerce par conséquent point d’influence immédiate sur lesmouvemens du cœur. Il est décidé en outre par les expériences de MM. Wilson Philip, Treviranus, Clift, Nasse et Flourens; con-

tre l’assertion de Legallois, que les mouvemens du cœur ne sont pas plus sous la dépendance immédiate de la moelle que du cerveau, et que, l’influencé du cordon rachidien ri’est que médiate. Enfin Monro, Fovvler, Meyer, et Arnemann n’ont observé , après la section des nerfs des extrémités, que la perle du sentiment et du mouvement, mais aucun trouble dans la nutrition.

2° 11 résulte des expériences de MM. PetitetDupuy , qu’en enlevant le premier ganglion cervical il s’ensuit un trouble non-seulement dans la nutrition de l’œil , mais même dans la nutrition générale.

5° Il y a des monstres , privés tout-à-fait de l’encéphale et de la moelle épinière , dont le système ganglionnaire et les organes de la vie végétative sont conformés d’une manière convenable et même mieux que de coutume.

4° Dans les animaux inférieurs, où chaque partie du corps a son ganglion propre, chacun de ces ganglions exerce sur la partie qu’il pourvoit de ses rameaux une action telle que cette partie peut avoir une vie indépendante, du moins pendant quelque temps,

L’encéphale est apte à recevoir les impressions du monde extérieur, et par suite, à déterminer des changemens dans les organes; de même il peut lui-même exercer des impressions, ce qui doit le faire considérer non-seulement comme l’organe central de. la vie animale, mais aussi comme la source de l’innervation. De même les ganglions peuvent être pris non-seulement pour des centres, mais encore pour des sources de l’activité nerveuse, parce qu’ils déterminent des changemens dans les organes de la vie végétative, tant par suite des impressions qui leur ont été communiquées que parleur faculté propre de produire des impressions.

Si cette manière de voir ne peut être appliquée dans toute son étendue qu’aux «anglions de la vie végétative, nous pouvons dire des ganglions intervertébraux seulement qu’ils modèrent jusqu’à un certain point l’action des influences extérieures sur le svstème cérébro-spinal. Mais les ganglions des organes sensoriaux possèdent aussi , sous quelques rapports, les propriétés des premiers ganglions, de sorte que non-seulement ils soustraient à l’empire de la volonté les organes qu’ils fournissent de nerfs, mais ils deviennent aussi des centres pour l’activité deces organes, qui se manifeste par des mouvemens automatiques.

Si de semblables organes existent pour l’œil et l’oreille, dans l’iris et la caisse du tympan, il s’agit de savoir où sont dans l’appareil olfactif et gustatif, les parties analogues dont les mouvemens involontaires seraient opérés par le ganglion sphéno-palatin et le ganglion maxillaire? Quels sont les appareils locomoteurs qui modèrent et amortissent l’influence trop intense des substances sur l’expansion du nerf olfactif et du nerf •mstalif, et protègent de la sorte ces nerfs contre de trop fortes impressions, tout comme l’iris fait cela pour l’expansion du nerf optique1? C’est le diaphragme et le canal excréteur de la glande maxillaire qui, par leur activité, rendent ce service aux organes des sens; ils sont, par conséquent, à ces organes du goût et de l’odorat, ce que l’iris et la caisse du tympan sont à l’œil et à l’oreille. Il paraîtra peut-être

(t) Ce rapprochement me paraît un peu forcé. G. B.

SUR LE GANGLION OTIQUE. 2j

paradoxal de voir citer, comme organes analogues, l’iris, la caisse du tympan. Je diaphragme et le canal excréteur de la glande maxillaire. Essayons de démontrer celle analogie. — Toute matière odorante qui exerce une action insolite sur l’expansion du nerf nasal, provenant de la seconde branche de la cinquième paire, est rejetée hors du nez par des contractions involontaires du diaphragme que nous nommons éternuement 3 et par là l’impression trop forte sur les nerfs olfactifs est mitigée ou empêchée. La foute par laquelle l’impression est communiquée au diaphragme n’est aucune autre que celle qui est admise presque généralement pour l’éternuement, depuis la découverte faite par Meckel du rameau profond du nerf vidien; aucun physiologiste moderne ne voudra considérer l’encéphale comme opérant lui-même cette transmission; ce que l’on était pourtant obligé d’admettre avant la découverte de Meckel L Or, que l’éternuement s’opère sans la coopération de la volonté, cela provient évidemment de l’existence du ganglion sphéno-palatin, qui produit le mouvement automatique du diaphragme, qui se rapporte à l’organe olfactif. — C’est de même le ganglion lingual ou le maxillaire, dont les nerfs se ramifient sur le canal excréteur de la glande maxillaire, qui influe sur l’excrétion de la salive et l’excite plus ou moins, suivant les circonstances , de sorte que l’action trop forte des substances sur l’organe du goût est mitigée par leur mélange avec la salive, qui les dispose en outre à être éloignées plus promptement. Il s’ensuit que ce ganglion a une fonction analogue à celle des autres ganglions des organes sensoriaux.

Après avoir étudié l’usage des ganglions en général et celui des ganglions sensoriaux en particulier, il nous reste à exposer la fonction du ganglion otique. Sa disposition anatomique chez l’homme et les animaux, ainsi que son analogie avec le ganglion ophthalmique, doivent nous déterminer à admettre qu’il est l’organe central des mouvemens automatiques de la caisse du tympan(i) 2. L’anatomie comparée nous a surtout appris que le ganglion otique n’existe que chez les animaux qui ont un muscle tenseur du tympan.

La non-existence du muscle chez les oiseaux et les sauriens peut être présumée

(i) Cette théorie de l’éternuement est égale-

ment forcée, elle n’est pas simple comme la nature. Comment, l’impression reçue par le nez traverserait le ganglion de Meckel, parcourrait le plexus caæotidien , pour aller chercher le nerf phrénique ? Le détour est vraiment trop compliqué pour un acte aussi simple. Le cerveau, dit l’auteur, ne prend aucune part à l’éternuement r il ne faut jamais avoir éternué pour soutenir une pareille proposition. Ne sent-on pas d’avance que

l’on va éternuer, ne s’y prépare-t-on pas, etc. Puisqu’on sait qu’on va éternuer il faut bien que le cerveau y prenne part.

Quand on pique un membre d’un individu endormi, et que ce membre se retire, quel est le ganglion qui effectue cette rétraction ? G. B.

(2) Cette proposition, selon moi, est inexacte, puisque les oiseaux ont un muscle tenseur sans posséder de ganglion otique. G. B.

du reste par la disposition particulière de la caisse du tympan de ces animaux; car leur caisse du tympan offre, comme on sait, une direction opposée à celle quelle a dans l’homme et les mammifères. En effet, dans ces derniers, elle est convexe en dedans, dans ceux-là elle l’est en dehors. Il faudrait par conséquent, si les oiseaux et les sauriens avaient un muscle tenseur du tympan, que leur membrane du tympan fût amenée dans une position opposée à celle qui lui est naturelle, afin de pouvoir être tendue. Or un semblable arrangement serait contraire à toute disposition naturelle. Mais, de plus, le muscle tenseur est inutile pour les oiseaux et les sauriens, parce que leur tympan est tendu en dehors par le sommet de la columelle.

Il résulte en outre, de l’anatomie comparée , que le ganglion otique est, relativement à la troisième branche de la cinquième paire et à d’autres parties, d’autant plus volumineux et se montre d’autant plus intimement et diversement uni avec ï’organe auditif, que l’oreille externe est plus grande et plus développée ; puisqu’il est même double dans les animaux qui ont l’oreille extérieure mobile et très grande. J’ai trouvé cette dernière disposition dans le lièvre , le lapin , le cheval et le cochon, qui ont tous des oreilles fort longues. C’est aussi dans ces animaux que les connexions du ganglion otique avec les rameaux de la troisième branche qui sont en rapport avec l’organe auditif sont les plus nombreuses et les plus diverses; car il donne naissance non-seulement à un fort filet qui se rend au muscle tenseur du tympan, mais en outre à de nombreux filets qui vont au nerf temporal superficiel , au nerf ptérygoidien et au buccinateur. Les autres mammifères , tels que les ruminàns, dont l’oreille externe est assez développée, ont aussi un ganglion otique volumineux, mais simple. Dans le bœuf, le mouton, le chevreuil et la chèvre, ses rapports avec les rameaux de la troisième branche de la cinquième paire sont également assez considérables; en effet, sa connexion avec le nerf buccinateur est intime et très forte; mais il n’envoie au nerf temporal superficiel que de faibles filets. — Le ganglion otique est bien plus petit dans ceux dont l’oreille externe est médiocre, comme le chat, le chien, le putois, le hamster et le rat; il n’est uni que faiblement et en partie seulement avec les rameaux dénommés du nerf trifacial. Enfin , le ganglion otique le plus petit est offert par les animaux privés d’oreille externe , comme la taupe.

Il résulte de tout cela que le ganglion otique est l’organe central qui préside aux mouvemens automatiques de la membrane du tympan, puisqu’on ne le trouve que dans les animaux qui ont un appareil de tension pour le tympan; et qu’il est d’autant plus intimement uni à l’oreille, que l’oreille externe est plus grande , plus mobile , et peut par conséquent recevoir plus de rayons sonores.

Quant aux mouvemens de la membrane du tympan, il faut distinguer ceux qui succèdent à une impression réfléchie par le nerf auditif sur l’appareil de tension du Ivmpan, d’avec ceux qui sont le résultat immédiat des vibrations de l’air. Ces derniers

SUR LE GANGLION OTIQUE. s5

mouvemens sont de véritables vibrations en harmonie avec celles de l’air; mais les premiers mouvemens consistent davantage en une simple tension et relaxation de cette membrane , qui sont déterminées de la manière suivante. Des rayons sonores exerçantune action trop forte sur l’expansion du nerf auditif, se communiquent par l’anastomose de ce nerf avec le nerf facial , et par la connexion de celui-ci avec le petit nerf pétreux superficiel, au ganglion otique qui, conformément aux impressions reçues, réagit sur le muscle tenseur de la membrane du tympan, de telle manière que cette membrane se tend proportionnellement à l’intensité du son , afin de modérer l’action trop forte des rayons sonores sur le nerf acousique. Cette manière de voir s’accorde , d’un côté , avec ce fait d’observation que la perforation du tympan est ordinairement suivie d’une très grande sensibilité pour les sons forts, et de l’autre côté aussi avec les expériences de M. Savart 4, qui font voir : i° que c’est la différence de hauteur et de profondeur des sons , mais non celle de force et de faiblesse, qui influe sur les vibrations du tympan, et que les osselets de l’ouïe entrent en action lorsque le son devient très fort ; 2° que des membranes tendues, la force des sons étant la même, vibrent moins facilement et d’une manière moins étendue qu’à l’état de relâchement, de sorte que la tension de la membrane du tympan tempère la force des sons sur l’oreille, et que le degré de tension augmente ou diminue suivant la force des sons, afin d’en amortir ou faciliter la transmission.

Il me semble qu’on n’a pas eu jusqu’ici assez égard à la différence des mouvemens de la membrane du tympan, suivant que ce sont seulement des vibrations, ou bien des tensions et des relâchemens. On a même donné le nom de mouvemens automatiques aux vibrations du tympan produites par les ondes sonores. Ce qui est évidemment un mauvais emploi du mot automatique en effet , ces mouvemens du tympan qui succèdent immédiatement à des impressions extérieures, et qui en dépendent uniquement, ne peuvent pas être qualifiés d’automatiques; ce nom ne peut et ne doit être donné qu’aux mouvemens qui sont exécutés par l’appareil locomoteur du tympan, sous l’influence du ganglion otique, pour les distinguer des mouvemens qui consistent en vibrations de celte membrane, produits immédiatement parles vibrations de l’air.

Ces deux espèces de mouvemens de la membrane du tympan s’accordent parfaitement avec ses deux fonctions; savoir: i° de transmettre les vibrations sonores, et 2° d’être un moyen de protection pour les expansions nerveuses de l’intérieur de l’oreille. Lors de la transmission des rayons sonores, cette membrane est mise en vibration par les oscillations de l’air ; lorsque la membrane du tympan existe, il est

(1) Bulletin de la Société philomat. 1822, p. 90. — Annales de chi unie e de physique , mai 1824, tom. 26, p. 5.

nécessaire quelle soit mise en vibration, sans quoi elle ne pourrait pas transmettre les sons. La membrane du tympan est un moyen de protection, ncn-seulement en empêchant l’impression immédiate de l’air et d’autres a gens sur le nerf acoustique , mais aussi en modérant l’action trop furie exercée par les rayons sonores sur l’oreille interne. Ce dernier avantage est opérépar l’action du muscle tenseur du tympan, qui est sous l’influence du ganglion otique, et qui tend le tympan suivant la force des sons. Ce n’est que celte espèce de mouvemensde la membrane du tympan que nous devons considérer ici , et c’est sous ce rapport seulement que la membrane du tympan avec son muscle a de l’analogie avec l’iris, qui subit également des changemens en rapport avec l’intensité de la lumière qui frappe l’œil; changemens qui ont pour effet de rétrécir plus ou moins la pupille, et par là de diminuer l’action d’une lumière trop vive. Mais la membrane du tympan se distingue de l’iris, en ce qu’elle peut être mise en vibration immédiatement par les oscillations de l’air, tandis que l’iris n’est pas directement déterminé à agir par l’action de la lumière, comme nous l’ont appris les expériences de Lambert, Fontana, etc. Cette différence est évidemment en harmonie avec l’objet du sens lui-même.

11 s’agit de savoir maintenant si la membrane du lympan peut, par sa tension, contribuer à la perception plus distincte des objets, suivant la distance où ils sont placés, tout comme il arrive par suite de la contraction de la pupille. Tourtual 1 le nie, car il dit que c’est une fonction propre à l’iris, dont il n’y a pas d’analogue dans l’appareil auditif qui n’est pas destiné à nous représenter l’espace. Les expériences de M. Savart démontrent, il est vrai , que ce ne sont pas les sons forts, comme Bichat le croyait, qui délerminent la rangée des osselets de l’ouïe à se détendre pour relâcher la membrane, mais que cette action est produite par les sons faibles, et qu’alors la tension est diminuée pour que la membrane puisse vibrer mieux, parce que les membranes tendues reçoivent des vibrations moins grandes et transmettent des vibrations plus faibles. Mais cela n’autorise pas Tourtual à l’assertion négative sur ce que nous venons de dire, parce qu’il est possible que la tension de la membrane du tympan étant plus forte , la perception des sons soit moins distincte à cause de l’étendue moindre des vibrations. En effet , de même qu’il n’y a qu’un certain degré de contraction de la pupille qui puisse contribuer à la perception plus distincte des objets, de même il peut être nécessaire que la membrane du tympan ait un certain degré de tension pour mieux percevoir les rayons sonores. Cette manière de voir est confirmée par les observations où le relâchement du muscle tenseur du tympan on la dilacération du tendon de ce muscle ont été suivis d’un affaiblissement de l’ouïe et d’une paracousie.

(i) Die Sinne des Mcnschen. Münster, 1827, p. 66 et 67.

Là découverte du ganglion otique est importante, en outre, en ce que nous n’avons plus besoin de considérer l’encéphale comme l’organe qui Communique à l’appareil locomoteur de la membrane du tympan les rayons sonores forts, puisque mes investigations ont démontré une voie par laquelle cette transmission peut avoir lieu vers la membrane du tympan. De même que, d’après les recherches de Tiedemann1, il y a des rameaux du ganglion ciliaire qui s’anastomosent avec le nerf optique et la rétine, de même un filet nerveux en rapport avec Je ganglion otique s’anastomose avec le nerf acoustique et se ramifie sans doute avec lui dans le labyrinthe de l’organe auditif. Dans les cas où l’action de la lumière n’est pas trop vive , l’affection immédiate des nerfs ciliaires qui s’épanouissent avec la rétine détermine, sans l’intervention du cerveau, et seulement par la réaction du ganglion ciliaire sur l’iris, des mouvemens dans cette membrane qui correspondent à l’intensité de la lumière; de même l’impression de forts rayons sonores sur le filet nerveux qui s’épanouit avec le nerf acoustique produit dans le tympan des changemens proportionnels à la force des sons, en ce que l’affection est transmise au ganglion otique-, lequel réagit sur le tympan. Lorsqu’au contraire l’impression des rayons sonores èst par trop forte, à tel point que l’organe acoustique en est affecté d’une maniéré extrêmement désagréable, il me paraît très vraisemblable que le cerveau prend aussi part à la transmission de ces rayons, non-seulement parce que dans ce cas nous en avons la conscience, mais aussi parce que des parties entrent en action qui sont sous la dépendance de la volonté; cardans ce cas non-seulement nous fermons les paupières, mais nous élevons aussi la mâchoire inférieure, en diminuant ainsi la lumière du conduit auditif externe.

Une autre question est celle de savoir pourquoi le ganglion otique est en rapport avec le nerf auditif par le nerf facial , et pourquoi il ne s’anastomose pas immédiatement avec le nerf acoustique. Je crois que cela tient à ce que le nerf facial pourvoit de rameaux les muscles de l’oreille externe , circonstance qui semble établir une concordance entre les mouvemens du pavillon de l’oreille et ceux de la membrane du tympan. 11 est vrai que les muscles qui chez l’homme s’attachent à l’oreille externe sont de peu d’importance, parce que d’ordinaire ils n’exercent pas d’influence sur le mouvement du cartilage de l’oreille; mais ils sont, au contraire, très agissans chez beaucoup de mammifères.

Comme le ganglion otique s’anastomose en outre avec la troisième branche du nerf trifacial et avec le glosso-pharyngien , nous devons également apprécier ces anastomoses.

La position du ganglion au côté interne de cette branche n’a évidemment pas lieu

{1) Zeitschrift für die Physiol., vol. 1 , cah. 2.

M. LE DOCT. FRÉDÉRIC ARNOLD. — MÉMOIRE uniquement àcausi de la proximité de l’organe acoustique; mais il y a sans doute à cela une cause physiologique. Cela résulte déjà du rapport intime qui existe entre cette branche de la cinquième paire de nerfs, le conduit auditif externe et la membrane du tympan, rapport qui a lieu par le nerf temporal superficiel, auquel se rendent quelques filets du ganglion otique. Il s’ensuit de ce rapport que, suivant que les rayons sonores reçus par le canal auditif et conduits à la cavité du tympan sont forts, le nerf en question peut communiquer ses impressions au ganglion otique, d’autant plus que ce rameau de la troisième branche de la cinquième paire doit être considéré, non comme un nerf du mouvement, mais comme un nerf du sentiment. Cela semble confirmé, en outre, par l’observation que chez les animaux qui ont l’oreille externe grande et très mobile l’anastomose du ganglion otique avec' le nerf temporal superficiel ou auriculaire antérieur est surtout forte et intime.

Les rameaux qui vont aux muscles massetcr, temporal et ptérygoïdiens sont aussi de quelque importance pour l’organe acoustique; ils sont en rapport avec le ganglion otique, non-seulement en ce que celui-ci reçoit plusieurs filets courts de la petite portion du nerf trifacial , mais aussi en ce que le nerf ptérygoidien passe à travers la substance du ganglion. Ce qui démontre les rapports de ces nerfs avec l’organe auditif, c’est que, lors de l’action des muscles mentionnés, le condyle de la mâchoire inférieure est pressé contre la paroi inférieure de la portion cartilagineuse du conduit auditif externe ; il s’ensuit que ce conduit est un peu rétréci; ce qui diminue la transmission des rayons sonores. Le phénomène qui s’observe fréquemment, que les muscles masseters entrent en action lorsque des sons trop forts frappent l’oreille , s’explique d’après cela par l’anastomose du ganglion otique avec la petite portion de la cinquième paire; la contraction de ces muscles a pour objet de tempérer l’action des sons sur le nerf acoustique. Il est digne de remarque que c’est précisément dans les ruminans que l’anastomose avec le nerfmassétérin est si considérable, puisque, comme nous l’avons vu, l’extrémité antérieure du ganglion passe en majeure partie dans ce nerf.

Enfin, pour ce qui concerne l’anastomose du ganglion otique avec le nerf glosso^ pharyngien , une question qui se présente naturellement est celle de savoir pourquoi il est précisément en rapport avec ce nerf? Ici encore nous aurons recours à l’analogie de l’œil avec l’oreille. Il résulte de recherches exactes que la longue racine du ganglion ophthalmique naît du ganglion de Gasser, qui est le deuxième ganglion intervertébral du crâne; de même dans l’oreille il y a, outre la courte racine venant de la petite portion de la cinquième paire, une racine longue qui tire son origine du premier ganglion intervertébral que représente le ganglion des nerfs glosso-pha-

ryngien et vocal1. En considérant premièrement , que le ganglion du nerf vague qui est en rapport intime avec le ganglion pétreux envoie à l’oreille externe un nerf 2, qui en partie se rend aux glandes du cérumen, en partie s’anastomose avec le rameau auriculaire postérieur du nerf facial; secondement, que le nerf de la cavité du tympan se ramifie un grand nombre de fois dans cette cavité, on ne sera pas surpris de l’existence de l’anastomose avec le ganglion pétreux; au contraire, on trouvera dans les circonstances indiquées la nécessité de cette anastomose. Le premier ganglion intervertébral du crâne est, par conséquent, avec l’oreille dans le même rapport que le deuxième avec l’œil; car de même que ce dernier donne naissance, outre la longue racine du ganglion ciliaire , au nerf lacrymal , comme je m’en suis assuré par mes recherches , de même le premier donne naissance, non-seulement à la longue racine du ganglion otique, mais encore au nerf découvert par moi qui se rend aux glandes du cérumen, qui par leur nature correspondent évidemment à la glande lacrymale.

11 résulte de tout ce qui vient d’être exposé, que le ganglion otique est, par les anastomoses les plus diverses, dans le rapport le plus intime avec l’organe acoustique ; mais que son rapport avec le muscle tenseur du tympan est surtout important pour éclairer sur son usage et sa fonction physiologique. Il s’ensuit de ces rapports, des résultats obtenus par l’anatomie comparée , et de l’analogie de ce ganglion avec Je ganglion ophthalmique, qu’tV doit être considéré comme l'organe central qui préside aux mouvemens automatiques de la membrane du tympan.

(1) Journ. de Physiol. de Tiedemann, vol. 3. (2) Loc. cit. , p. 149-

eah. 1 , p. 1 47 » *48-

DO

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