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Mémoire sur le genre potérion

tas Éponges ont longtemps été les parias de 1b science. Renvoyées pnr les botanistes aux zoologistes et par ceux-ci à ceux-là, c'étaient les seuls organismes qui fussent quelquefois complètement passés sous silence dans les manuels des deux sciences '). Ce ne fut qu'après les recherches de M. Cirant * , de M. Carter •'•} et surtout de M. Lieberk iihn que le doute ne fut plu* permis et qu'elles furent définitivement classées parmi les animaux. Cependant il s'en faut encore de beaucoup que ions les naturalistes soient d'accord touchant In place que ces êtres doivent occuper dans ta série animale Tandis que la plupart inclinent à y voir des animaux qui ont leur plus proches parents parmi les Protozoaires, d'autres continuent à suivre l'exemple de Pallas et d'Ellis, qui les rangeaient à la suite des Zoophytes, c'est-à-dire des Polypes ou des Coelentérés de la zoologie moderne. Les uns et les autres invoquent des arguments tirés de la structure Bnato-

1) L-s-» vponge» tu- vint pu* «'tu-oro »dmi*t« d»m I» mteomlo i-ditio» «le IVxcclIcnt Manuul Ae &Oi>lo!»ie île l'eu M, J. van d«-r Hoevcn, parut en 18<9

2i Observations and expérimenta ou tho Structure und F miction» of (ho Sponip», dan» I Rdmb. Philo* Journ. IS25 p ÎH, 1K2U p. lia, 336 et 1827 p 121

3) Note» on tho frtj<h»ater Spon^e* iu the hanka of Borubav , dan* Ann- a Maija/ of Natur. HÎKtory, |S4* p 303, 1819 p. 81, 1857 p 21.

4) Beitrâge *ur Anatotnie dor Spungilleu , dati< ArcU t Anat u. Phv»iol., 1K5« p l, 3H9, Wfi. — Beitritfe «ur Anatomie der SponKÎen , ibid. 1857 p 376, 1850 p. 353 . 515 — Bewe^ungiierwheimingen bei den Schwâiunieii , ibid. 1X63. p 717 — Beitragtmr Auatumio der KaJkapoiifjien , ibid. 1865 p 732 - Ueber du* contractile Gewcb*- «ier Spon^ien, ibid. 1867 p. 74,

inique des éponges, les uns pour prouver que ce» êtres ne sont qu'une Bggrégation de Khizopodcs ou de Monades, les autres pour assimiler le système aquifère des éponges au système gastro-vasciilairc <les Coelentérés.

De telles divergences d'opinion ne peuvent résulter que d'un manque de connaissances assez étendues et approfondies pour porter un jugement sûr touchant une question d'une tulle importance. Aussi le nombre des espèces d'épongés qui ont fait le sujet d'un examen approfondi est encore trè.-. retreint .Vous devons à M. Bowcrbank ') des recherches nombreuses sur les parties constituantes du squelette de beaucoup d'épongés : à M. Oscar Schmidt -} une étude plus approfondie des éponges de l'Adriatique et de la Méditerranée ; M. M. Duchassaing et Michelotti :! ) ont décrit, bien que d'une manière très insuffisante , un certain nombre d'espèces de la mer Caraïbe; quelques espèces , telles que les [/>/a!onema , les Eupleclclla , les Corbitelta , qui se recommandent à 1 attention , par la beauté de leur squelette, ont fait le sujet de l'examen de plusieurs zoologistes émiiients, de M. M. Gray +), Rrandt"-), Max S ch ni t z e fl l , Lovén < ) , Wyville Thomson"), Claus'J), llerklots et Marshall"), etc.;

1) On the Anatomy and Physiology uf the Spongiadae, dans les Philo* Transact. 1858 p. 270; 1W>2 p. 717, 1087. - A Monogruph of the Uriti.h Spongiadne, I, Londou 1H64. (Publié par la Ray Soeiety)

2) Die Spougien de* Adriatiseheu Meera, Leipuig 1862. — Supplément, 1801 - ZwoittK Supplément, 1S66. — Dritte» Supplément , 1868, portant eticoro le titre de; Die Sponi^ien der Kiii-te von Algier, mit Xachtriige zu den Spongien des Adriatnchen Mecres.

3) Spongiaires de la mer Caraïbe, publié dam» le* Xatuurk Verhand. v d. Hall. Maat». der Wetens. 2 J « Ver». D). 21, 2' 1 ' ut Haarlem , 1864.

4) Proc. of the Zool. Sue-. 1835 p. 63, et e» plusieurs endroits de* Ami. u Magni. of Natur Hist.

5) Symbolae ad polypoa llyalocliuetidcs spoctantoH. Pctersburg 1859

6.i Die Hyalouemen , ein Bcitrag iur Naturgejchiclite der Spongien , Bonn 1860. 7) Oefver». of Koug). Vetansk Akad Forlmnd. , 1868 p ioô.

6) On the Vitroou» Sponge*, dans le» Ann. a. Magaz. of Nat. Dist 1868 p. 114.

9) Uebcr Euplcctella aspcrgillum, oin Beitrag lur Naturgeschicbte der Kieselacliwâmm* Marburg u. Leipzig, 1868

10) Notice sur deux espèce» nouvelle» d'Épongés de la famille des Lophospongiae , dans le* Archives Néerlandaises, T. Ul p 435.

M. Gray i) n déjà essayé de réunir les résultats des recherches des dernières années, en publiant un arrangement systématique du la clnsse entière, et enfin M. Haeckel *) s'est plus spécialement occupé des Calcispongcs et vient de publier un prodrome d'un système de ce groupe intéressant.

Cette brève ^récapitulation des principaux travaux sur les éponges pendant les dernières années indique bien , que ces organismes sont rentrés en faveur parmi les naturalistes. Aussi leur étude a déjà produit des résultats d'un haut intérêt. Cependant je ne crains pas d'être démenti, en affirmant qu'il n'y a aucune classe d'animaux , qui exige encore plus que celle-ci des recherches suivies, surtout afin do démêler ce qu'il y a d'accidentel et de variable dans la forme extérieure, de ce que l'on peut nommer la forme typique des diverses espèces. C'est un essai de ce genre que je vais tenter dans les pages suivantes.

En 1822 le Major Général Th ornas Hardwicke*) rit le premier connaître l'existence sur les eûtes de l'île de Singapore d'une éponge de très

1) Note» on the Arrangement of Sponges, with tlie description of somo new Garnira, d«ns les Proc. of the Zool. Society, tS67 p. 492.

2) Ueber den Organismus dur Schwâmme und ilire VerwauUchaft mit den Corallen, dans le Jetiaische Zoit» I'. Mod. u. Naturw. 1869, V. p. 207. — Prodromu» eine» Sypteni.i der Kalkachwiimme , ibid. p. 230.

3) Asiatic Boaoarchoa T. XI p. 180. — Férusaac, Bull, d Sciences nalur. , 1826. T. VIII p 105.

La description donnée par Hardwicke est conçue dans le* terme* suivants. „SpoHijia finlrra

„Root. — Kranching, the shoots of Tarious thiekneas, from the siito of a fingor to 3 inches in diameter, Mightly divergiug, coroposed of enrth, sand, and brokon shelts, and verv fragile.

„Sltm. — Cylindrical , of the «aine ccllular texture as the bowl , and about the same leugth, m eircuinference , pretty equal-from 15 to 17 inches diameter — surface porous.

„C«p or Korl. — Circular and «mbconical . in diameter at the brim 17 inches, about tho tniddle 12}, and near the bottons 7 inches, capable of containing thirty six quart» of water: in substance corky, but non-clastic, mado up of colis or tubes, running into one another, and divided by n sleuder membrane, not more than half a line in thick-

grondes dimensions, ayant la figure d'une coupe, ce qui lui a fait donner par les marins le nom de Coupe de Neptune, nom que eette éponge a conservé dans les musées. M. Schlegcl !) lui donna en 1S5S le nom de Po- U-rioH Neptuni, M. 0 ray *), dans son classement systématique des éponges, lui appliqua le nom de likaphiophora patera. Nous conserverons le nom générique de Ihteriou , ne fut-ce que parce qu'il est le plus ancien.

L'occasion qui m'a conduit aux recherches dont je vnis rendre compte , m'a d'abord été fournie par l'envoi de cinq spécimens de cette éponge >nu musée de l'université d'Utrccht par M. (t. A. Frank, marchand naturaliste à Amsterdam. Puis, la bienveillance de M. Westerman, directeur du jardin zoologique à Amsterdam, et celle de M. Oltmnns, conservateur au musée de cet établissement , m'ont mis à même d étendre cet examen aux spécimens du même genre, au nombre de dix, qui s'y trouvent conservés.

née*: «ver the «rholo surfin*-, both within and witliout, are spread innumcrahle pore», tliu moiitli ot' which are cloxod with eapillar) — cottonr — fibres in converging radii from de circumference to the centre of eacb porc; thèse when «een tinder the power ot a commun Ion», bave a ilonnv appearanee.

,,Tho hoight of the *pe<-imen, from which tins iltwription m takeu , i* 37 inehea."

Panni le» figure* do la Planche 8 c'est de la fiç. IV, que la figure do llartwieke *e rapproche lo plu» Seulement ta coupe ont un peu plu» large et bombée au milieu, et l'un des côté» du bord est plu» éviwc.

1) Voici le passage, extrait de «on Manuel do Zoologie (Iîandleiding tôt do beoofoning der dierkunde. Il p. -ti'2) , où il. Schlogol a décrit cette éponge. „Kcne vuorul nm harc grootte en liaren eigenaardigen vorni inerkwaardige soort i« die, welke uiuu i.cheop»licden van tijd tôt tijd uit de »ee van Aehter-lndiG medebrengen , en die bij hen onder den naam van NrptutiUH-beker bekend i». Dote noort , wolke nicn dcrhalve Spoiqia (Pain-ion) Sep/nui kati noonion , bceft do gedaante van eenen onçevoer vier voot hoogen , regtop stannden trochter , die aun deu bovenrand tweo tôt drie voet in middellijn lueft , wiiina steel echter gehoel inftsaief i» Zij lit mot het ondereinde van de*eti utecl aan den grond der *ee vast, zoo air de voelal daaraan gegroeide koralen en nndere zeedieren bewjj*en. De vanden van den trechter zijii ongeveer een duim dik , van vole kloine ronde gaten doorbnord , van buiten ochter aau de ineente plautn-n door. eone minder poreuse kniMl overtrokken."

2) Proc. of the Zool, Society of London, 1867, Part. II p. 524 l»n diagnose est: Sponge cup»haped, friable, wiLh a hardor external caae; pore» minute. Spiculc* pinfhaped, fawiculated.

Enfin j'ai pu aussi examiner li s spécimens nu nombre de sept , appartenant nu musée de Leyde , grâce il l'obligeance de M. Uerklots, qui de plu* h mis à ma disposition une dizaine de photographies , qu'il nvait fait exécuter, soit d'après quelques uns de ces spécimens, soit d'après d'autres qui n'avnient fuit que passer nu musée de Leyde Le nombre total des spécimens que j'ai pu confronter ainsi, a été de vingt sept , dont la plupart ont été l'objet d'un examen approfondi. Ce n'est peut-être pas encore assez pour établir, avec une certitude parfaite, les limites de la variabilité des espèce». Cependant je crois que cela suffit pour en jeter les premières bases.

Malheureusement je ne saurais indiquer avec quelque précision les lieux d'où ces spécimens ont été apportés par des navires marchands, qui ont fait le voyage de Java, de Sumatra ou de Singnpore, mais sans qu'on ait pris soin rie noter l'endroit où l'objet a été péché. Il n'y en n qu'un seul dont la provenance soit bien connue, C'est celui qui a été présenté au jardin botanique de Rotterdam, par M. G. van Bcest Halle, assistant résilient de Bnnnroeknn (Bczockic). Cette éponge provenait des récifs de l'île de Sepoedi , située à l'est de Madura; son nom malais est Kembaug-Karung , ce qui signifie: Fleur des récifs. Je dois cette communication à M. Ranwenhoff. C'est déjà une indication précieuse à recueillir, puisqu'elle dénote que, parmi ces éponges, il y en n qui croissent sur les récifs et, par conséquent , dans une mer peu profonde. Les corps qu'on trouve incrustés dans la base de la tige , et parmi lesquels on rencontre quelquefois des madrépornires de plusieurs espèces, confirment cette indication. Du reste, on peut admettre avec beaucoup de vraisemblance , que plusieurs autres récifs dans le détroit de Malacca et dans la mer, qui baigne les îles de Sumatra et de Java, ainsi que les petites îles voisines, sont le siège de ces éponges Keste encore à savoir si les diverses formes, que nous énumèrerons , soit espèces ou variétés , ont chacune leur habitat particulier, on si elles se trouvent les unes à côté des autres.

Un Potérion est toujours composé de deux parties, bien distinctes l'une de l'autre, tant par leur figure que par leur structure, savoir: In coupe et la tige solide qui la porte. La longueur relative de ces doux parties varie

cependant beaucoup. Dans quelques uns des spécirneus que j'ai pu examiner, la partie inférieure de In tige avait été enlevée, et l'on ne pouvait, par conséquent, juger de sa longueur totale; mai», dans ln plupnrt , la tige est conservée intégralement, ce qui se reconnaît toujours facilement , puisque In partie In plus inférieure de lu tige s'étend en largeur pour former la racine. Celle ci , à son tour , produit des stolons en se bifurquant ou en se trifurqunnt , et s'inemste en même temps, 1ml à l'extérieur qu'à l'intérieur, des corps étrangers environnants, tels que grains de quartz, fragments de coraux, coquilles, etc. Le rapport entre la hauteur de In tige et celle de la coupe varie de I : •> jusqu'à 1 ; 1,5. Kn général les tiges les plus courtes sont aussi les plus épnisses. Leur diamètre, mesuré à la partie In plus mince, varie de 6 à 1S centimètres.

La tige est ordinairement cylindrique , du moins dans sn partie moyenne Cependant elle peut adopter des formes moins régulières, comme l'indique aussitôt l'inspection des figures VIII . IX, X et XI de la Pl. 3. Quel quefois on peut se convaincre (pie ces tiges irrégulières sont le résultat de In réunion de deux ou de trois tiges simples, qui se sont soudées pour n'en former qu'une seule, mais montrant parfois encore des indices tris évidents de leur origine multiple (fig. X).

En quelques eus, le diamètre de la tige n'augmente pas sensiblement vers le haut, et alors la coupe qui la surmonte s'en distingue tout d "abord par l'aspect extérieur (fig. 1 , Il , XII elc .i. Toutefois, il s'en faut de beaucoup cpie la limite entre les doux parties soit toujours aussi tranchée. En d'autres cas, la tige augmente même si graduellement en épaisseur qu'elle parait se continuer immédiatement dans In coupe (fig V, VI, VII). On reconnaît alors cependant encore l'endroit où finit la tige et où commence la coupe, à In petitesse des pores qui se trouvent à In surface de In première.

Ln coupe présente des différences encore bien plus grandes et plus nombreuses que In tige.

Quant m sa figure, elle peut avoir la forme d'une coupole renversée (voir les planches photographiées et la fig. 111 de la Planche 8), d'un vase, dont le bord scier e, soit perpendiculairement ou à peu prés {fig. Il), soit

se reploie vers l'extérieur (fig. VIII), — d'un verre ù vin , se rapprochant plus ou moins de ceux . dont on se sert habituellement pour le vin de Champagne (h'g. VI et VII). Quelquefois le contour est circulaire ou ïi peu près, mais ordinairement il n'est pas si régulier , souvent même , il est plus ou moins anguleux ou elliptique, ainsi que l'indiquent les divers tracés des bords, ajoutés aux figures. Dans quelques spécimens, la dilatation dans un sens et la compression dans l'autre, paraît êtro normale; ce sont ceux figurés dans les fig. XII, XIII, XIV, qui se distinguent aussi des autres par l'expansion plus ou moins subite de la coupe en forme d'entonnoir, mais dont le bord se continue en deux grandes lèvres, opposées l'une ù l'autre.

Un autre genre de différences est offert par l'absence ou la présence d'excroisseiiceB à la surface de la coupe. Il est très rare qu'elles manquent presque entièrement, comme dans les spécimens représentés dans les fig. VII , XI et XVI, et même là, on remarque encore ça et là un léger épaississement de la paroi, qui est comme un premier indice d'une de ces excroissences, commençant à se former. Mais la partie supérieure de la coupe, sur un espace plus ou moins large, en est presque toujours dépourvue. C'est, comme nous le démontrerons bientôt, la partie la plus jeune.

La forme de ces excroissences varie beaucoup, mais on y reconnaît deux types, qui en quelques cas cependant passent insensiblement de l'un à l'autre. Le premier de ces types se voit isolément dans les figures III et VIII. Ce sont des crêtes ou dos côtes longitudinales, c'està-dire , s 'étendant de bas en haut et se perdant ù leurs extrémités dans la surface générale. Ces crêtes sont simples, ù bords quelque peu arrondis, et ne s'élèvent pas beaucoup au dessus de la surface générale.

L'autre type , qui est le plus ordinaire , est représenté dans les figures l, 11, V, X etc. Les excroissences sont tantôt en forme de verrues plus ou moins isolées , tantôt en forme de bosselures on de larges plis sinueux , à bords arrondis, qui souvent se bifurquent et se rencontrent les uns les autres, en laissant entre eux des intervalles tantôt larges, tantôt étroits. La hauteur de ces plis au dessus de la surface générale varie beaucoup, mais elle peut s'élever jusqu'à 10 centim. et même plus.

Les figures A, B, C, D (Pl. 3, fig. XVII), représentant des sections

transversales d'une partie de la paroi, peuvent donner nue idée de ces formes d'excroissences.

Kn général la paroi de la coupe a sa plus grande épaisseur à sa base; elle diminue vers le haut et est la plus petite dons le voisinage immédiat du bord, qui, quelquefois, est presque tranchant, mais ordinairement plus ou moins arrondi. Le trait pointillé, qui, dans les figures, indique la surface intérieure de ln paroi , peut servir à éclaircir cette forme. Cependant la règle, qnc l'épaisseur de lu paroi diminue avec la hauteur, n'est pas absolue. Dans le spécimen, représenté dans la fig. IX, qui, par son irrégularité, se distingue du reste beaucoup des autres, le bord est très épais et constitue deux sortes de lèvres horizontales.

La paroi interne de la coupe ne pré-sente pas, en général, de telles irrégularités de surface. Quelquefois on v remarque pourtant des lignes élevées, placées à une certaine distance les unes des autres, et à peu près parallèles au bord Ces lignes indiquent clairement les divers états, par où l'éponge a passé. Ce sont autant de lignes d'accroissoment. Deux des spécimens ont , au fond de la coupe, un prolongement intérieur en forme de cône. Dans l'un de ces cas (fig. VIII en a) , ce prolongement interne de la paroi a perdu son sommet , et l'on ne saurait par conséquent indiquer sou étendue totale, mais dans l'autre (voir la fig. I. en a et , séparément , en A), ce prolongement s'élève perpendiculairement comme un pivot , tout au milieu du fond de la coupe ; sa hauteur est de i) centim. et son épaisseur à sa base de 3 ou de ."> centim , selon ln direction dans laquelle la mesure est prise. Dans son voisinuge , on remarque encore quelques autres excroissances, mais qui ne sont hantes que de 0,5 ii 1 centim.

l'ar contre , lu surface pariétale interne présente quelquefois des cavités , dont il faut encore distinguer deux sortes. Dans l'une, une ou plusieurs cavités plus petites s'ouvrent largement, en guise de culs de sac, dans In cavité générale. Une de ces envités secondaires se voit dans la section photographiée (Pl. 2) au côté droit, près de la base de la coupe. Klle est petite ici, mais quelquefois ces cavités sont bien plus larges, comme celles indiquées dans la fig. X (Pl. 3) par les lettres g et A. Dans ce dernier cas il existe encore une troisième cavité, qui ne pouvait être indiquée dans la

figure, puisqu'elle se trouve hors du trajet du trait pointillé, représentant la poroi interne. L'existence de ces cavités secondaires semble démontrer que le corps de l'éponge est souvent le produit de l'agglomération de deux ou de plusieurs individus, primitivement isolés, mais qui , en se développant dans le voisinage immédiat les uns des autres , se sont rencontrés et ont fini par se réunir pour ne former qu'un seul corps. Cette réunion est surtout évidente, lorsque l'existence de ces cavités secondaires va de pair avec In présence de deux ou de plusieurs tiges , ainsi (pie c'est le cas pour le spécimen , représenté dans la rîg. X.

L'autre espèce de cavités dans la paroi est aussi très remarquable. Je l'ai rencontrée deux l'ois, dont une dans le spécimen, dont la section est représentée dans la figure photographiée (Pl. 2), où l'on voit cette cavité nu côté gauche, non loin de In base de In coupe. C'est une cavité de forme sinueuse et irrégulière, longue de 12 et large d'environ 3 centim., qui se trouve dans la substance même de la paroi et communiquant avec la cavité générale par un petit orifice circulaire et s ouvrant à l'extérieur par deux orifices pareils Le diamètre, sensiblement égal, de ces trois orifices est de 3 à 3,5 millim. On ne les voit pas dans la figure , où ils sont cachés par la paroi même. L'intérieur de cette cavité est tapis*'- d'une paroi mince, parfaitement unie , ne montrant aucune espèce de pores, de sorte qu'il n'y a aucune communication directe avec le système aquifère de l'éponge. La cavité contient de la bout- desséchée , qui y a pénétré par les orifices que nous venons de mentionner.

Le second spécimen , où l'existeuce d'une telle cavité dans la paroi h pu être reconnue, est celui représenté dans la fig. XV. Une partie de la surface avait été dénudée par quelque frottement violent. I) en était résulté une large ouverture, qui conduisait dans une grande cavité, à paroi lisse, mais se distinguant pourtant de celle du cas précédent, par la présence d'aires poreuses.

Bien que je n'aie pu reconnaître que deux fois, avec une parfaite certitude, l'existence dépareilles cavités, dans l'épaisseur de la paroi de la coupe ; il est cependant très probable qu'elles se rencontrent aussi ailleurs, et même peut être, partout où la paroi s'est beaucoup épaissie par le développement

des exeroissences extérieures. En effet, l'origine de ces cavité», tout à fait isolées du système aquifère de I éponge, s'explique facilement. On peut, dans quelques cas, en suivre de près la formation, aux endroits où ces exeroissences sont très exubérantes^ en se rencontrant, elles se soudent souvent parleurs bords sur un parcours plus ou moins large. Les orifices extéiieurs, qu'on rencontre en beaucoup de cas, sont nions les seuls endroits où la soudure ne s'est pus accomplie. Quant aux orifices conduisant de ces cavités à l'intérieur, ils ne sont que des pores eH'érents , qui se sont agrandis, ainsi que cela arrive pour beaucoup d'autres, par le passage continuel de l'eau et l'usure des bords qui en est la conséquence. Enfin , la comparaison des deux ens où l'intérieur d une telle cavité pouvait, être examiné, démontre, qu'au début , les aires poreuses de la surface sont conservées , mais qu'elles finissent par disparaître.

Ceux des spécimens qui ont l'apparence la plus fraîche et qui n'ont pas encore été longtemps exposés à l'air et ù la lumière, ont tons une couleur brun-jaunâtre. Cette couleur est plus claire, presque d'un blanc sale, dans les spécimens qui ont été longtemps conservés dons les musées et qui, par conséquent, ont subi l'influence prolongée del'airetdela lumière. Dansquclqttcs spécimens, une partie de la surface est décolorée, tandis que l'autre a conservé sa couleur. 11 me paraît donc extrêmement probnhle que la couleur, à l'état frais , est toujours brunâtre. Cette couleur réside dans la couche mince de substnnee sarcodique desséchée, qui recouvre la surface, partout où celle-ci est encore intacte. La surface extérieure est entièrement divisés- en petits polygones, plus ou moins réguliers (fig. 7 A, B, C, Pl. 4). Ces polygones sont des facettes un peu concaves, ayant, chacune, un orifice circulaire au milieu, qui conduit à l'intérieur, et qui n'est autre chose qu'un pore allèrent. Nous appellerons, pour cette raison, ces facettes , les aires poreuses extérieures. Le diamètre de ces aires et de ces pores varie beaucoup; celui des premières est de 1 à 6 millimètres et celui des seconds de 0,1 millim. à 3 millim. Souvent l'orifice ou pore est tout à fait caché sous l'enduit sarcodique, qu'il faut alors enlever, pour voir le pore sous-jacent, dans lo feuillet cortical. En règle générale, In tige n'a que des aires poreuses très petites et des pores très rapprochés les uns des autres (fig. 7 C) Quant à la surface de la coupe,

elle est parsemée d'aires poreuses de toutes les grandeurs, sans qu'on y puisse remarquer aucune régularité. Ordinairement, les parties supérieures de la coupe , qui sont aussi les plus jeunes , ont des aires poreuses et des pores plus petits que les parties, qui se trouvent au milieu ou près de la hase; mais il s'en faut beaucoup que ce soit une règle sans exception. Même dans des spécimens qui se ressemblent beaucoup, à tous les autres égards, il existe souvent une grande différence, dnns la distribution des aires po rcuses et des pores de grandeur diverse.

Les aires poreuses offrent encore une particularité , que je ne saurais passer sous silence, et que Hardwicke, le premier qui ait donné une description de cette éponge, avait déjà remarquée V. 1b note a la page 3). Aux endroits où la couche sarcodique des aires est encore intacte et le pore sous-jacent très petit, on voit clairement à l'oeil nu, mais mieux encore à la loupe, des stries qui, partant de la circonférence de l'aire, se rencontrent comme mitant de rayons à son centre (fig. 7 A , Pl. 4). Le nombre de ces rayons varie avec le diamètre de l'aire. Dans les (tires très petites, il n'est que de G à 8; dans les plus grandes, il s'élève jusqu'à 20 et plus. Ces rayons ne sont que de petits plis de l'enduit sarcodique, qui recouvre le feuillet cortical sous-jacent. M. O. Schmidt a décrit, à la surface de lAxiitella polypmdes, des réunions astriformes de pores, autour d'un portcentral l), réunions qu'on pourrait êtro tenté d'assimiler aux aires poreuses et aux plis rayonnants des Polério». Ce serait pourtant une erreur , car chaque aire n'est pourvue que d'un pore unique, central. Peut-être M. M. H a e c k e 1 *) et M i k 1 u c h o - M a c 1 a y 3 ) verront-ils dans ces plis rayonnants une confirmation de leurs idées sur les affinités des éponges avec les polypes. Quant à moi, je ne crois pas que ces plis puissent être comparés à aucune

1) Cela rétulte clairement de la description que M. O. Seliroidt eu a donnée. Kn effet, il dit d»n« «es Spwgim de* Adriatitclutt Merm, p. 08: „Selir bemcrkbur, nanientticn an trocknou Exemplareo, i*t die Gruppirung der Au**tr.miougBli>chi>r; sio finden sich nahmlich in seornlormicher Anordnuni? Rruppenweixe in rtaehen Verticfungen . indem gemoinlich nm oin mittlerea Loch die andern ira Krei*e uinherliegen."

2) Jaumekt ZriUckrift fur MtJiciu «nd Katnnei-r<ucJ>nf( 1R70, Bd V p. 230.

3) lbid. 1808 Bd. IV. p. 238.

l>nrtie du corps d'un polype, soit aux bras, soit aux plis méscntériaux. C'est une simple analogie de forme, rien de plus. Peut-être, sont-ils le résultat d'un commencement de différenciation de fibres musculaires, dans la couche sarcodique, qui, certainement, se coutracte et se dilate nu dessus des pores. En prenant une tranche mince de lu surface, afin d'enlever une des aires, et en In pinçant dans du beaume de Canada , pour la rendre transparente , on voit souvent nu microscope (fipr 1-*), que des prolongements réticulaires «les plis rayonnants de la couche sarcodique recouvrent une partie du pore , lequel, en d'autres cas, est tantôt tout à fait couvert et caché par la snreode , tantôt plus ou moins largement ouvert , par suite du retrait de la couche sarcodique. Ces prolongements réticulaires ont beaucoup de ressemblance avec les réticulations bien connues des pseudopodes des Gromies et d'autres Foraminifères. Il va sans dire, cependant, que des recherches ultérieures, faites sur des objets fraîchement péchés, pourront seules nous éclairer tout à fait, sur la véritable nature de ces plis rayonnants.

La surface intérieure de la paroi de la cavité possède aussi des pores, situés dans des aires poreuses (rig. î» Pl. 4); mais celles ci sont beaucoup moins nombreuses que celles de la surface extérieure. Aussi ces aires poreuses intérieures no sont pas contiguês, mais éparses, c'est à dire séparées les unes des autres par des intervalles plus ou moins larges. Les aires poreuses intérieures différent encore par la forme de celles de l'extérieur. Elles sont en général circulaires, un peu plus concaves, avec une petite éminence conique au centre, composée de spieules. Ces spieules recouvrent le petit orifice central (fig. 11 e), dont le diamètre n'est que d'environ 0,2 millim. l/s tout est aussi enduit d'une couche sarcodique, mais sans aucune trace de plis rayonnants. Cette structure normale et primaire ne se rencontre du reste que dans les parties supérieures de la coupe. Aux parties inférieures et plus anciennes, le» orifices sont largement ouverts, ayant un diamètre de 2 à 3 millim., et le petit cône central a disparu.

Il est plus facile d'injecter ces éponges que la plupart des autres, à cause de la grande résistance de leur paroi. Je me servis à cet effet d'une seringue, munie d'un tube très mince, pouvant entrer dans l'un des petits pores superficiels. Afin d'empêcher l'écoulement du liquide,

qui aurait pu être reniené h la surface par la résistance du tissu intérieur, j'environnai la plus grande partie du tube de la seringue d'un bouchon de liège et d'une plaque de caoutchouc, d'où sortait la pointe du tube. En introduisant celle-ci dans un des pores, et en appliquant fortement la plaque de caoulehoue contre la surfnce environnante, le liquide ne pouvait remonter » la surface, mais devait pénétrer dans le corps même de 1 éponge , c'est à dire, suivre les mêmes voies que l'eau, dans l'éponge à l'état naturel. Le résultat invariable était qu'après qu'une assez grande quantité d'un liquide quelconque avait été injectée, celui-ci commençait à sortir par un ou plusieurs des grands pores eflérents, situés vers le milieu ou vers la base de la cavité; jamais il ne sortait par les pores, encore recouverts de leur petit cône composé de spicules. Cependant, cela ne prouve nullement que cette dernière voie soit nussi obstruée pendant la vie, puisque les spicules, qui constituent les petits cônes qui ferment le passage, ont sans doute une certaine mobilité, qui leur permet de s'écarter les uns des autres

A lin d'examiner la structure des parties internes qui constituent le corps de ces éponges , je fis partager un des spécimens en deux moitiés égales , en le coupant lougitudinalcrnent avec une scie. Celte opération se fît aussi facilement et aussi simplement qiiu s il se fût agi d'un corps composé de liège ou de quelque bois mon, tel que celui du tilleul ou du saule. Seulement, la partie inférieure de la lige, qui est incrustée iant ù l'intérieur qu'à l'extérieur de corps étrangers, offrit un peu plus de résistance. Une des moitiés ainsi obtenues est représentée par la photographie à la Planche 2 , au quart environ de sa grandeur véritable.

Le squelette entier de 1 éponge est formé par de petits spicules siliceux (Pl. I, fig. 5 et G), avant tous, à peu près, la même forme, celle d'épingles droites ou quelque peu courbées, dont la longueur varie de 0,234 à 0.540 millim. et est en moyenne de 0,391 millim. , tandis que leur épaisseur est de 0,005 à 0,013 millim. Ces spicules sont réunis en faisceaux par une substance agglutinante transparente, qui résiste à l'action, même prolongée, de l'acide acétique concentré, mais qui se dissout facilement dans la potasse caustique, après quoi les spicules peuvent être isolés.

\m couleur de ces faisceaux de spicules est d'un blanc gris, mais se change en jaune orangé par l'acide nitrique, ce qui indique la présence d'une substance albumineuse.

Afin de déterminer la quantité relative d'acide silicique , 0,397 gr. de la substance du squelette furent brûlés dans un creuset de platine, chauffé nu rouge vif. La cendre était blanche et avait encore tout à fait conservé la forme primitive des faisceaux , de sorte qu'à première vue, on ne la dirait pas différente île la substance non brûlée, mais au moindre attouchement elle tombait en poussière, c'est à-dire , que les spirilles qui la composaient, se séparaient les uns des autres, la substance agglutinante ayant disparu. Le poids de cette cendre était de 0,1293 gr Par conséquent, l'acide silicique entre pour 71% dans In composition du squelette et constitue à lui seul près des trois quarts du poids de la substance sèche de l'éponge.

Le squelette a partout essentiellement la même composition. Il est formé «le spieule*. réunis en faisceaux, et constituant des lames fibreuses, d'épaisseur diverse, qui ressemblent beaucoup aux fibres d'un bois mou ou à celles du carton, t'es fibres sont peu élastiques , inHis nullement fragiles , comme c'est ordinairement le cas pour les fibres des éponges siliceuses. On peut, nu contraire, les fléchir, tout comme on ferait des fibres de bois on d'une autre substance résistante , mais non cassante.

Ces fibres, en s'anastomosnnt en tout sens, constituent la trame d'une espèce de réseau ou plutôt d'un tissu trahéctilaire ou aréolairc , dont les interstices entre les mailles sont en communication les uns avec les autres d'une façon directe ou indirecte. Dans la tige (V. Pl. 2 et les fig. 1 et 2 de la Pl. 4,i ce tissu est beaucoup plus compacte, plus dense que dans les pnrois de lu coupe; les fibres sont plus grosses et occupent bien plus de place que les interstices; dans la paroi de la coupe i fig. 3 et 4 , Pl. 4) c est le contraire qui a lieu; là, les fibres trahéculnires sont en général beaucoup plus minces , mais ce sont les interstices qui occupent In plus grande place. Il y a encore une autre différence entre le tissu de In tige et celui de la coupe. Dans la tige , les anastomoses se font presque toujours ù angles aigus et la direction générale des fibres est dans le sens de la longueur; dans la conpc , la direction des fibres varie beaucoup , et elles font les unes

avec le» outres des angles très variables. Cependant, on peut remarquer aux endroits, où le tissu montre encore une certaine régularité, (ce qui est surtout le cas dans le voisinage du sommet), que les fibres trabéeuloires ont deux directions principales, les unes, qui Bont les plus épaisses, dans le sens de la largeur de la paroi , les autres, plus minces, dans le sens de sa longueur. Par conséquent, ces deux sortes de trabécules sont à peu près perpendiculaires les unes aux nutres et constituent des séries de mailles quadrilatères, larges d'environ 3 millim. , entre les surfaces extérieure et intérieure de la cavité. Cette disposition régulière des mailles se rencontre partout où la paroi ne s'est \><\t épaissie par les excroissences, et demeure encore visible dans les parties de la paroi qui avoisinent la cavité, même là où le reste de la pnroi est constitué par un tissu nréolaire plus irrégulicr; seulement, une partie de ces séries s'est alors transformée en des canaux plus larges, avant un diamètre de G à 7 millim. et aboutissant chacun ù un des grand porcs efférents qui s'ouvrent dans la cavité. En quelques endroits , deux de ces canaux se réunissent sous un angle très aigu, pour n'en former qu'un seul. (V. la figure photographiée Pl. 2, et Pl. 4 fig. 4 M).

Ces mêmes canaux se retrouvent du reste aussi dans la tige, et s'y font distinguer encore plus aisément, au milieu du tissu plus dense environnant. On les voit dons la figure photographiée et dans la figure 2 hb Pl. -I, qui représente une portion à un faible grossissement, ainsi que dans la fig. 1 représentant une section transversale d'une tige, de grandeur naturelle.

Les parois de ces canaux sont formées par le même tissu trabéculaire que le reste du tissu. La direction générale des canoux principaux est ù peu près parallèle à l'axe de la tige; quelques-uns poursuivent leur cours en ligne droite sur une distance de 8 à 10 centimètres. Tous aboutissent aux grands pores efférents, qui se trouvent ou fond de la cavité de la coupe D'autres canaux plus petits et ayant un trajet moins régulier s'ouvrent dans les premiers (V. la fig. 2 bit).

La couche extérieure du squelette se compose d'une lame continue, qui recouvre tout le système trabéculaire. L'épaisseur de cette lame ou feuillet cortical est de 0,5 millim. dans le voisinage du bord , mais elle augmente jusqu'à 1,2 à 1,5 millim. vers la base de lu coupe. C'est ce feuillet cortical qui

est le siège des porcs afférents et efférents. Les spicules siliceux sont disposés dans les aires poreuses, en séries radiales [fig. 12 et 13 Pl. 4); de telle sorte que les pointes des spicules sont toutes dirigées ver» la cavité du pore ainsi que vers l'extérieur (fig. 10 et fig. 11). Ces pointes sortent à la surface en s° enfonçant dans la couche sarcodirjiie. Aux endroits où les aires poreuses ont encore conservé leur structure primitive, le pore est environné d'une forêt de spicules, qui en défend l'entrée. La disposition différente de ces spicules défensifs, dans les pores afférents et dans les pores etférenls, se voit dans les figures. On y remarque aussi la forme différente du canal pour les deux espèces de pores. Le canal de chaque pore aficrent fig. 10 c) se rétrécit d'àhord en forme d'entonnoir, pour s'élargir ensuite en sens contraire; sa partie la plus étroite se trouve par conséquent au milieu. I,cs pores efférents (fig. 11 c) ont, nu contraire , leur partie la plus étroite a la surface même. Ceci explique pourquoi les pores efférents anciens sont en général plus largement ouverts, par suite de l'usure des parois, (pie les pores afférents.

Sous le feuillet cortical de la surface extérieure se trouvent les espaces ou cavités intermarginales (fig. S & Pl. I) , dont le nombre est égal h celui de» pores afférents ffig, A et). Ces espaces intermarginaux constituent aussi la couche extérieure de la tige (fig. 1 et 2 o) , mais seulement dans sa portion supérieure. Dans la partie inférieure , servant de racine , ils ne se rencontrent plus. Bien que les mailles qui environnent les espace» intermarginaux ne soient (pie la continuation des mailles qui composent le reste du tissu trabéculaire , elles s'en distinguent pourtant par leur structure particulière , surtout dans la tige , où elles sont beaucoup moins serrées que celles qui composent le tissu intérieur. Celles de la paroi de la coupe sont réunies au feuillet cortical par de petits piliers , dont chacun s'épate ordinairement en un petit bouton, qui le soude à un des coins de l'aire poreuse (fig. 14 et 15 er, Pl. 4) Ces mêmes piliers se rencontrent aussi à la paroi interne de la cavité , et quelquefois ils s'élèvent même en petites pointes on papilles an dessus de la surface, qu'elles rendent ainsi rugueuse (fig. 9).

!/• parenchyme sarcodique, auquel le squelette que nous venons de décrire, sert de support , a laissé des traces encore très évidentes. La surface

libre des trnbécules est enduite partout d'une couche mince, jaunâtre, qui n'est autre chose que du sarcode desséché (fig. 6 b Pl. 4). En beaucoup d'endroits , il y a des expansions membraneuses de la même substance entre les trabécules , surtout entre celles qui constituent les parois des grands canaux. Ces membranes (fig. 10 Pl. 4) ne sont pas attaquées par l'acide acétique , mais elles se désagrègent bientôt dans la potasse caustique. On y remarque toujours des spicules, qui ne se distinguent pas de celles qui composent les faisceaux tnibéculaires, mais qui sont éparses en des directions varices. De véritables fibres cornées ne se rencontrent nulle part; cependant il se pourrait qu'une partie des membranes ait déjà une certaine solidité pendant la vie, quoique je n'aie pu remarquer aucune différence qui l'indiquât. Il y a encore une antre raison qui me semble prouver que toutes ces expansions membraniforracs sont simplement du sarcode desséché. Toutes ces membranes renferment une grande quantité de cellules (fig. 17), qui apparaissent surtout après la macération dans la potasse caustique, où elles ne subissent aucun changement, bien que la substanco de la membrane, dans laquelle elles se trouvent, finisse par disparaître complètement.

La paroi do ces cellules est par conséquent beaucoup plus résistante, et doit être assimilée aux substances chitincuses. Leur couleur est d'un blanc jaunâtre à la lumière incidente, et d'un jaune brunâtre à la lumière transmise. Elles ont en général une figure sphérique ou elliptique et leur diamètre varie de 0,021 à 0,088 millim. Elles contiennent une substance granuleuse, renfermant quelques molécules, réfractant fortement la lumière, qui sont probablement de la graisse; dans quelques-unes on distingue encore clairement un noyau. Lo contenu de plusieurs de ces cellules est en voie de division. Quant à la nature de ces cellules, il me paraît probable qu'elles sont dos corps reproducteurs , bien qu'elles diffèrent sous quelques rapports des corps reproducteurs, ovnles, gemmes ou spores, qu'on a trouvés dans d'autres éponges. Peut-être pourrait-on aussi les assimiler aux cellules jaunes des Radiolaires.

L'examen de la structure anatomique de ces éponges fournit aussi quel-

ques données sur la manière dont elles se développent. Les conclusions qu'on en tire, peuvent servir, en même temps, à expliquer l'origine de» formes très variées qu'on rencontre parmi ces éponges et à élucider la question des espèces.

Faisons remarquer d'abord , qu'on voit dans la tige , coupée longitudinalement (V. la figure photographiée Pl. 2) , la limite nettement tranchée de ce que l'on pourrait nommer, comme dans les végétaux, la tige ascendante et la tii/e detc endante ou racine. Cette limite se reconnaît facilement à la présence de corps étrangers , grains de quartz , etc. , qui ne se rencontrent dans les tissus que jusqu'à une hauteur nettement déterminr'e. Dans la section photographiée , cette limite (environ à la moitié de la hauteur de la tige) est presque une ligne droite. Ce n'est qu'au dessus de cette limite qu'on rencontre les grands canaux , largement ouvert*, qui traversent la tige dans sa longueur, ainsi que les espaces intermarginaux , dans lesquels s'ouvrent les pores sfl'ércnts de la tige. Celle-ci s'accroît par conséquent dans deux directions, en haut et en bas, tout comme la tige d'un arbre.

Quant à la coupe, j'ai déjà dit qu'en général la partie qui avoisine le bord est la plus jeune, et que celle qui constitue la baso est la plus an cienne. Cela résulte de plusieurs faits. D'abord, les poros, tant afférents qu'efférents , sont pour la plupart largement ouverts dans les parties voisines de la base , tandis qu'ils sont généralement très petits et souvent fermés, dans les parties supérieures de la coupe. Or, cette différence ne saurait s'expliquer autrement que par une plus longue «sure des parois des canaux poreux, situés dans le feuillet cortical , par l'action de l'eau qui les traverse, bien que ce feuillet lui-même s'épaississe en même temps, ainsi qu'il résulte de sa plus grande épaisseur, qui est le triple ou le quadruple de celle dans le voisinage du bord, épaisseur qui a en même temps pour effet que la concavité des aires poreuses augmente depuis le bord jusqu'à la base. l'ne comparaison du tissu trabéculaire des parties supérieures et inférieures conduit au même résultat; les trabécules sont plus épaisses et les interstices plus grands dans la partie inférieure. Tous deux vont en «'amoindrissant en s'approchant du bord. Enfin il existe aussi une légère différence dans la grandeur des spicules des diverses parties de la

coupe, ce qui tend encore à confirmer que le bord ost la partie la plus jeune, c'est-à-dire, celle où l'accroissement se fait avec le plus d'activité. J'ai mesuré, en quatre endroits différents du spécimen, représenté dans la photographie, la longueur d'une dizaine de spicules. Voici les résultats:

Distance du bord en centimètres. 0,5 1 20 36

minimum 0,234 0,2«0 0,279 0,296

maximum 0,407 0,479 0,540 0,500

moyenne 0,329 0.357 0,396 0,390

La longueur des spicules augmente par conséquent avec ln distance du bord , mnis à 20 centiin. , c'est-à-dire à la distance moyenne entre le bord et la base de la coupe, cette longueur a déjà atteint son maximum. Ce n'est que dans le voisinage immédiat du bord que !a différence est assez sensible. Cependant cette différence est beaucoup trop petite, pour expliquer, à elle seule, la largeur plus grande des trabécules dans les parties plus anciennes Le nombre des spicules doit augmenter en même temps dans les trabécules déjà existantes. Par conséquent , bien que les parties dans le voisinage du bord soient celles où la croissance se fait avec le plus de vigueur , l'augmentation de volume a lieu dans tout le corps de l'éponge, aussi longtemps que celle-ci continue à vivre. Les nouvelles spiculos se forment dans le tissu sarcodique qui avoisine les trabécules et s'ajoutont aux spicules qui constituent celles ci.

Les trabécules cependant subissent non seulement un épaississement , elles s'allongent aussi en même temps, puisque les mnilles augmentent en extension. Par conséquent, il y a un déplacement lent mais continuel des spicules déjà préexistantes dans les trabécules. En un mot, le squelette , composé d'une quantité innombrable de petits corps, ayant chacun une croissanco limitée, augmente constamment en volume par l'augmentation illimitée de leur nombre. Aussi n'y at-il aucune raison pour que cet accroissement cesse, tant que les conditions demeurent telles que l'éponge puisse continuer à vivre. Elle continuera donc à s'accroître, surtout en hauteur, mais aussi en largeur. Les excroissances, qui ne se rencontrent ordinairement pas dans le voisinage du bord de la coupe, mais seulement à quelque distance, sont évidemment

Longueur dos spicules en parties de millimètre.

des parties venues plus tard , c'est-à-dire , que la partie de la paroi où elles se trouvent, a commencé par avoir une surfaco unio, comme cèlle des parties supérieures. Elles sont le produit d une vie exubéranto, d'une espèce de bourgeonnement. Ainsi s'explique leurs formes excessivement variées, et le degré très différent de développement, qu'elles atteignent dans des spécimens , qui se ressemblent beaucoup à d'autres égards.

Après cet exposé sommaire des résultats de notre examen , passons maintenant à la question difficile, des espèces qu'il faut admettre dans le genre Poférion. Rien n'est plus usité eu zoologie , que de donner un nom spécifique nouveau , à chaque forme qui présente quelque notable différence. Aussi le nombre des noms spécifiques va tous les jours croissant, d'une manière qui devient vraiment embarrassante pour la science. A dire vrai, il n'y aurait pas grand mal à cola, si, en môme temps que l'on impose un nom spécifique nouveau , on n'avait la coutume de considérer la question de l'espèce comme définitivement résolue, et celle do la variabilité bien et dûment écartée.

C'est certainement le parti le plus facile à prendre , mais , à mon avis , ce n'est pas celui qui est le plus profitable à la véritable science, dont la méthode n'est pas simplement analytique mais qui doit être encore synthétique, en conservant sous la même dénomination, les organismes qui ont do telles affinités les uns avec les autres, qu'il est probable qu'ils sont unis par une véritable parenté.

Ce que je viens de dire, s'applique surtout à la classe dont le genre PotérioH fait partie. 11 n'y a peut être pas d'autres animaux , dont les caractères , tirés de la forme générale du corps , présentent des variations aussi grandes que les éponges. Quelle est la limite de ces variations? C'est une question qu'on ne saurait résoudre en thèse générale. Certainement, quelques éponges sont plus variables que les autres. Chacuno exige une étude particulière, et cette étude ne saurait conduire à un résultat parfaitement sûr que quand elle a été faite sur un très grand nomhre d'individus, pendant leur

vie, h dos âges différents, et en tenant compte de toutes les influences, qui peuvent modifier leur structure.

Il s'en faut de beaucoup que l'étude quo j'ai faite du genre Poitrio* remplisse ces exigences. Aussi je n'ai nullement la prétention qu'elle décide la question d'une manière péremptoire. C'est un premier essai, rien de plus. Cependant cette étude suffit pour en déduire avec quelque probabilité, que parmi les vingt-sept spécimens que j'ai pu passer en revue, quelque grandes que paraissent les divergences au premier abord, il n'y en a que trois ou quatre, qui se distinguent assez des autres, pour les en séparer comme une espèce particulière. Tous les autres sont reliés entre eux par des formes intermédiaires, ou bien, la différence peut être considérée comme l'effet de l'âge, des circonstances extérieures, ou enfin de la réunion de deux ou de plusieurs individus en un seul.

Je crois donc qu'il ne faut admettre, pour le moment, que deux espèces: le Poiérioa Neptuni, comprenant une grande variété de formes, et le Polério» Ampkilrilae, qui paraît moins variable.

î. POTÉRIOK NEPTUM.

Il est très difficile de donner une diagnose, qui s'applique également bien à la grande diversité de formes que présente cette espèce.

J'v rapporte tous les spécimens, dont le bord de la coupe ne se continue pas en deux lèvres, à peu près verticales, c'est-à-dire, situées dans le même plan que le reste de la paroi de la coupe. Cette diagnose différentielle peut suffire pour le moment. Du reste, une description plus détaillée et l'inspection des figures feront connaître encore d'autres différences plus ou moins essentielles, entre les deux espèces.

Pour faciliter cette revue, nous distinguerons quelques formes principales, que nous diviserons en formes simples et en formes composées.

A. Forme» fimpkê.

Celles-ci 60 reconnaissent à la simplicité do la tige et de la cavité de la coupe qui la surmonte. Si l'on n'en peut pas conclure avec

certitude qu'elle sont nées d'un seul embryon, il est pourtant évident que la réunion de plusieurs individus , si elle a eu lieu , s'est fait en très bas âge,

Il y a en effet, ici aussi, des gradations. Telle forme paraît simple à l'examen superficiel , qui pourtant, lorsqu'on y regarde de près, présente des indices plus ou moins douteux qu'elle est née de !a réunion de plusieurs individus, dont la soudure a fait disparaître les limites, qui les séparaient à un Age inoins avancé.

Parmi ces formes simples, on peut distinguer les quatre formes principales suivantes, que j'indiquerai comme autant de variétés, mais dont quelquesunes passent par des gradations presque insensibles d'une fore à une autre.

a. Cupuliforme. Dans les formes que je considère comme typiques, comme celles qui sont représentées dans les planches photographiées (Pl. 1 et 2) et dans la figure I de la Pl. 8, In coupe est hémisphérique à sa base et surmonte uno tige cylindrique, conservant à peu près le même diamètre jusqu'à son insertion. La coupe est en général large, à parois épaisses et bombées, surtout à cause des excroissances larges et sinueuses, dont la surface est couverto. La hauteur de la coupe n'excède pas beaucoup sa largeur.

Ces caractères peuvent cependant subir plusieurs modifications. Les excroissances larges et sinueuses peuvent être remplacées en tout ou en partie, par des excroissances plus simples, en forme de crêtes ou de côtes, s'élevant peu au dessus de la surface (fig. III). \& hauteur delà coupe par rapport à sa largeur peut augmenter et , en même temps , son bord s'évaser un peu , par suite de son accroissement même. En comparant les figures 1 et II , il ne faut certainement pas beaucoup de perspicacité , pour voir dans le premier un état plus jeune que l'autre. Rappelons que l'accroissement se fait surtout dans les parties qui avoisinent le bord (p. 19) et que les inailles du tissu trabéculaire sont plus petites en cet endroit qu'en d'autres. Il suffit que ces mailles s'étendent en largeur, pour que le bord prenne la forme évasée, telle qu'on la rencontre en quelques cas. Enfin, la tige, qui n'est jamais parfaitement cylindrique, mais dont le diamètre augmente toujours quelque peu, en s approchant do la base de la «oupe, prend en quelques cas (fig. V) dans le voisinage de celle ci une plus

grande épaisseur, de aorte que la limite entre elle et la base de la coupo s'efface de plus en plus. Lorsque, en même temps, la coupe croît plus en hauteur qu'en largeur, on passe à la seconde variété principale, qui est la suivante.

b. Poculifornifi. Quelques spécimens (fig. VI , VII) ont une figure très allongée, la hauteur surpassant de beaucoup la largeur. En général, la coupe est à peu près conique et ressemble à un de ces verres dont on se sert habituellement pour le vin de Champagne. Sa base so continue insensiblement dans la tige qui la porte. Lorsque cette forme est très prononcée, telle que dans les figures VI et VII, elle est si différente des formes typiques de la première variété, qu'on les dirait parfaitement distinctes. Cependant, en examinant plusieurs spécimens, l'on ne tarde pas à se convaincre qu'il y n des formes intermédiaires, telles que celles représentées dans les figures III , IV, V, auxquelles j'aurais pu en ajouter d'autres encore, si je n'avais craint de multiplier les figures au delà du nécessaire.

Du reste, les excroissances de la surface, qui contribuent beaucoup à modifier la forme générale, montrent la même diversité que dans la variété précédente.

C'est à ces deux variétés qu'appartient la grande majorité des spécimens, qua j'ai pu examiner.

r. Ify/iorraferiforme. Un des spécimens conservés au musée du jardin zoologique d'Amsterdam, mérite une mention particulière pour sa forme gracieuse et régulière. C'est celui représenté dans la figure VIII. Ce Potérion ressemble tellement à un vase, fait de main d'homme, qu'on s'y tromperait en le regardant à distance. Même les crêtes ou côtes longitudinales et parallèles qui s'élèvent à la surface , contribuent à l'illusion. Ce beau spécimen a une hauteur de 0,92 mètre; la circonférence du bord, presque circulaire, est de 1,75 mètre. La tige n'est pas cylindrique , mais paraît composée de trois tiges réunies , qui se sont soudées pour n'en former qu'une seule. Ceci fait présumer que ce spécimen n'est pas simple, mais composé de trois individus réunis. Cependant la coupe elle-même ne présente aucune trace de cette réunion. Seulement, le fond de la cavité n'est presque pas concave, mai»

à peu près plat, tel que l'indique le trait pointillé. C'est là une différence de toutes les autres formes simples , qui mérite certainement detre remarquée , et qui , peut-être , tend à confirmer l'opinion que ce spécimen est le résultat de la soudure de trois individus, qui étaient voisins lorsqu'ils étaient jeunes.

d. Ringen$. Je distingue par ce nom un Potérion du même musée , qui s'écarte autant des autres par sa forme irrégulièro et presque monstrueuse , que le précédent par sa forme régulière et gracicusr. Il est représenté, vu par une do ses faces, dans la fig. IX A; mais pour bien faire comprendre la forme singulière de ce spécimen, il faudrait multiplier les figures, puisqu'il se montre très différemment sous des aspects divers. La coupe est montée excentriquement sur une tige tout à fait irrégulière et ne ressemblant en rien aux tiges ordinaires. Mais ce qui distingue surtout ce Potérion , c'est l'épaiasissement du bord de la coupe, qui se présente comme ayant deux lèvres horizontales (fig. IX A et B en «et à), dont lune a 10 centim. de largeur, tondis que l'autre, un peu moins largo, présente quelques échancrures.

C'est un des spécimens les plus petits, parmi ceux que j'ai examinés. Sa hauteur totale est de f>6 centimètres, dont un peu plus de la moitié revient à In coupe. Cependant, il est plutôt vieux que jeune, comme le démontre le grand nombre de pores largement ouverts, qui se montrent même jusque sur les bords de la coupe.

Vu la forme très anomale de ce Potérion, il ne sera pas superflu d'ajouter ici le résultat des mesures d'une dizaine de ses spicules, faites près de la base de la coupe. Leur longueur varie de 0,247 à 0,à04 millim. ; elle est en moyenne de 0,398 rnillim. C'est à peu près le même chiffre quo celui obtenu pour les spicules des autres spécimens (V. la p. 19).

B. Formes com/waées.

Parmi les spécimens, reçus de M. Frank, il y on a un, dont la forme n'est pns moins irrégulière que celle du précédent ; mais cette irrégularité est évidemment duc à la réunion do plusieurs individus en un seul corps.

La coupe (V. la fig. X), qui ressemble au premior abord à une coupe

simple appartenant à la variété mpuli/orme est portée par une tige, qui fuit avec elle un angle obtus. Cette tige porte des traces évidentes de sa formation de trois tiges primitives, soudées ensemble (6, c, d). A une distance de 7 centim. de l'insertion de cette tige, on voit encore le fragment d'une quatrième tige en a; c'est celui dont la section est représentée de grandeur naturelle dans la fig. 1 de la Planche 4'. A cotte multiplicité de tiges répond aussi une multiplicité de cavités, dont trois, plus petites, s'ouvrent comme autant de culs de-sac dans la cavité principale de la coupe, mais dont seulement deux {// et A) ont pu être indiquées dans la figure, la troisième se trouvant dans un autre plan. Il est par conséquent évident que, dans ce cas, l'éponge se compose de quatre individus, qui ont commencé leur vie isolément, mais qui étaient déjà, chacun , composés d'une tige et d'une coupe , lorsqu'ils se rencontrèrent par suite de leur voisinage et se confondirent en un seul corps.

Ce même spécimen présente encore une autre particularité très intéressante. Les deux tiers inférieurs de la surface de la coupe sont couverts d 'excroissances très fortes, lamelleuses et sinueuses, qui ne Be trouvent pas au tiers supérieur, dont la surface est unie. Or dans cette région , dans le voisinage immédint du bord , une nouvelle tige ou racine (e) est en voie de formation. C'est un fort bourrelet, quelque peu allongé, d'un tissu plus dense que celui de la paroi, et renfermant des grains de quartz et des fragments de coquilles, tout à fait comme une racine ordinaire. Il faudrait avoir vu cette éponge à la place qu'elle occupait pendant sa vie, pour expliquer complètement cette formation étrange. Elle croissait probablement dans quelque anfrartuosité de rocher. En tout cas, il est clair que son bord avait fini par atteindre un point du sol et qu'un support nouveau avait commencé à se former en cet endroit.

Peut-être cet exemple pourra t-il servir à expliquer l'origine d'autres formes, encore plus compliquées, qu'on rencontrera plus tard.

Un des spécimens du musée d'Amsterdam mérite aussi une mention toute particulière. C'est celui qui est représenté dans la fig. XI. Sa figure est celle d'une coupe de grandes dimensions, haute de 0,75 mètre et largement

ouverte, montée sur une tige très courte, mais très épaisse. Ajoutons que cotte tige est complète, puisqu'elle se continue dans la racine. Cette tige présente des traces évidentes de sa composition de deux ou de trois tiges primitives. Le fond de la cavité do la coupe montre aussi un cul-de-sac (a), ayant une profondeur de l centim. et une largeur à son entrée do 3,5 centim.

Il est très probable que cette cavité est encore le reste de celle d'un des individus qui se sont réunis, pour former la coupe, telle qu'on la voit maintenant. Cette coupe est encore très remarquable par l'absence presque complète de ces excroissances,, qu'on rencontre si fréquemment à la surface , qu'on les croirait presque caractéristiques et nécessaires , si l'examen de plusieurs spécimens n'avait déjà prouvé qu'elles peuvent exister à des degrés très varies.

Leur absence n'est pas non plus absolue dans le cas qui nous occupe. Seulement , elles sont réduites à quelque légères éminences , en guise de bourrelets, qui s'élèvent très peu au dessus de la surface générale.

Parmi les spécimens du genre Potérion, conservés au musée du jardin zoologique d'Amsterdam , il y en a deux qui se distinguent beaucoup de leur congénères et qui ne paraissent pas reliés aux autres par des formes intermédiaires. Ce sont ceux représentés dans les figures XII et XIV A et B. Il en existe un pareil au musée de Lcyde, dont la figure XIII donne la figure, vue dans une direction quelque peu oblique. D'après une communication de M. Oltmans, les spécimens qui se trouvent au musée du jardin 200I0gique proviennent d'un dou fait à cet établissement, il y a une trentaine d'années, par la factorie de la Société Néerlandaise du commerce, à liatavia.

L'un de ces spécimens (fig. XII) a une hauteur de 1 ,25 mètre ; leR deux autres sont un peu plus petits, n'ayant qu'une hauteur de 1,07 et de 1,04 mètre, mais dans ces deux cas, la portion inférieure de la tige a été enlevée. Tous trois se ressemblent à plusieurs égards, mais, en mco>e temps, il existe quelques différences , qui indiquent que cette espèce aussi est sujette à des variations assez notables.

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