‹ Mémoire sur le Port Recife (Pernambuco-Brésil) = Verhandeling over de Haven van het ReciefChapitre 5 sur 5 · E PORT DE PERNAMBUCO ET LA VILLE DU RECIFE AU 17e SIÈCLE · texte numérisé non relu

E PORT DE PERNAMBUCO ET LA VILLE DU RECIFE AU 17e SIÈCLE

rent à traverser la rivière sans encombre (Laet p. 238). Plus tard, le 18 Février 1633, lors d’une nouvelle expédition tentée contre les mêmes retranchements, les Hollandais traversent la rivière si promptement que l’ennemi ne s’en aperçoit qu’après que le passage est effectué (Laet p. 325).

Une autre preuve de la faible profondeur de la rivière en cet endroit et de son peu d’importance au point de vue de la navigation c’est le silence gardé par les auteurs Hollandais sur le pont des Afogados, établi un peu en aval du pont actuel et défendu par le fort du prince Willem (les Hollandais avaient élevé ce dernier ouvrage avec les plus grandes difficultés, sur la rive droite, au milieu d’un terrain marécageux). Il est certain que si ce pont, représenté sur plusieurs cartes, avait présenté la moindre difficulté d’exécution, ou s’il avait existé quelque navigation régulière que sa construction aurait nécessairement entravée, les chroniqueurs n’eussent pas manqué de relater le fait.

En aval du pont, le thalweg de la rivière se trouvait à côté de nie Cheiradinheiro, aujourd’hui Nogueira, dont les Hollandais durent s’emparer en 1633, afin d’assurer leurs communications par eau avec le fort des Afogados qu’ils construisaient en ce moment (Laet. 326). De larges atterrissements s’étaient formés du côté opposé.

Entre l’ile Cheiradinheiro et le port proprement dit la rivière s’écoulait par plusieurs chenaux inaccessibles aux navires en basse mer, et découvrait, au droit du fort Fredrick Hendrick, une plage bien plus étendue que celle qui existe aujourd’hui.

Un peu au Nord de ce fort, à peu près en face du marché actuel, se trouvaient les chantiers de réparation des navires.

Rio Bébéribe.

Le rio Bébéribe débouchait, au 17e Siècle comme aujourd’hui, dans une plaine marécageuse, avec une pente très faible, sans lit bien déterminé. D’anciens plans et des gravures de l’époque représentent cette rivière fréquentée dans la partie inférieure de son cours par des navires de haut bord. Mais il ne faut voir là que la fantaisie de dessinateurs interprétant trop librement les récits des voyageurs ou des compilateurs. Il suffit d’ailleurs de parcourir les livres illustrés de l’époque pour se couvaincre de la grande infériorité des gravures sur le texte au point de vue de l’exactitude. Il y a des exceptions telles que les planches de l’ouvrage de Barlaeus, mais même là on peut relever des erreurs, bien que la gravure ait été exécutée d’après des dessins faits sur place par un artiste consciencieux. Ainsi dans le panorama qui représente au premier plan le château de Bôa "Vista, la légende nous apprend que les

hauteurs qu’on aperçoit entre le palais de ’V'rijburch et le fort Ernestus sont celles d’Olinda. Or il est impossible qu’un spectateur, placé du côté du chateau de Bôa Vista où le suppose le dessinateur, puisse apercevoir quoi que ce soit d’Olinda entre ces deux points: c’est du côté opposé de Viijburch que l’ancienne ville aurait dû être indiquée i). Evidemment ce n’est là qu’un détail qui ne saurait discréditer les travaux topographiques et artistiques si remarquables de Post. J’ai cru néanmoins utile de signaler le fait, afin de mettre les archéologues en garde contre dés conclusions trop précipitées. Mais revenons au Bébéribe.

Les documents abondent pour démontrer qu’à l’époque qui nous occupe, cette rivière n’avait dans la partie inférieure de son cours qu’une très faible profondeur.

A l’arrivée des Hollandais, alors qu’Olinda était encore la capitale de la capitania de Pernambuco, les marchandises apportées par les navires étaient déchargées près de la povoaçâo ou du village du Recife et transportées de là, sur des barques et des allèges — „in barken en lichters” — jusqu’au faubourg d’Olinda (Nieuhof p. 15).

Le 10 Août 1630, les Portugais retranchés sur la rive droite du Bébéribe attaquent un convoi d’approvisionnements qui se dirigeait d’Olinda au Recife en suivant l’isthme. L’escorte du convoi traverse l’eau et pendant deux heures escarmouche avec l’ennemi. Pendant ce temps la rivière, „à la suite d’une tempête en mer”, s’est enflée au point que les tirailleurs hollandais ne peuvent plus la traverser qu’avec de grandes difficultés. ,, Quelques uns ont de l’eau jusqu’au cou, d’autres risquent de se noyer.” (Laet p. 199).

Le premier Octobre de la même année, les Hollandais traversent le Bébéribe à côté du fort de Bruyn pour démolir les maisons d’où l’ennemi inquiétait les terrassiers occupés à la construction du fort Ernestus (Laet p. 201).

Dans la nuit du i" Mars 1634, les Portugais franchissent le Bébéribe en face du fort de Bruyn, dont la sentinelle donne l’alarme à la garnison hollandaise. A cette occasion, l’historien Laet rappelle (p. 386) que, de ce côté, la rivière est pleine de bancs de sable qui offrent de nombreuses occasions de passer à marée basse, assertion reproduite presque dans les mêmes termes par Nieuhof (p. 15) à propos des palissades qui détendaient l’accès du Recife.

Dans un autre chapitre (p. 239) Laet est encore plus explicite. Il déclare qu’en basse mer on peut traverser le Bébéribe en face du Récife avec de l’eaujusqu’ aux genoux.

Maurice de Nassau, dans le testament politique qu’il

i) Cette vue du chateau de Bôa Vista ne concorde pas avec le plan de Mauritsstad qu’on rencontre dans le même ouvrage, mais elle s’accorde avec le plan de l’atlas de La Haye.

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lègue à ses successeurs en quittant le Brésil, insiste sur la nécessité de maintenir en bon état le pont du Recife. Il ne faut pas oublier, dit il, qu’avant la construction de ce pont nous avous failli perdre la ville, parceque les canots qui portaient secours ne pouvaient pas manoeuvrer en marée basse et restaient échoués au milieu de la rivière (Barlaeus p. 297).

Mais les renseignements les plus précis sont fournis par le plan déjà cité du fort Real, commencé par les Hollandais à remplacement du fort de Bruyn. En effet, la légende inscrite du côté du fort qui longe la rivière est ainsi conçue : „Este riacho de baixa mar fica secco quasi todo, salvo os canoës que ficam com 3 e 4 até 6 palmos d’agoa” (Ce ruisseau est presqu’entièrement à sec en basse mer, sauf des chenaux ayant de o“,66 jusqu’ à o“,88 et i“,32 de profondeur d’eau).

Il est vrai que certaines cartes pouvant inspirer confiance, comme celle de Hondius par exemple, indiquent de petits navires naviguant à l’embouchure de la rivière ; mais c’étaient là des yachts de très faible tonnage qui servaient de postes d’observation pendant la nuit et qui, en basse mer, étaient probablement échoués ou enfermés au milieu des bancs de sable. On trouve dans Laet (p. 385) à quelle occasion cette garde de nuit fut établie. Au commencement de 1634 les Hollandais, craignant une surprise du Recife, détachèrent de leur flotte les deux yachts l’Exter et l’Oost-Kappel et les nrent mouiller en face du fort de Bruyn à proximité de l’endroit où l’on supposait que l’ennemi allait traverser la rivière. Mais, ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’Exter n’était que de 15 lasts; quant à l’Oost-Kappel, son tonnage, bien que plus considérable, ne dépassait pas 30 lasts. Ce fut ce dernier yacht qu’un audacieux portugais aborda à la nage dans la nuit du 27 Eévrier 1634 et essaya d’incendier.

Quelques années plus tard, lors du siège du Recife par les Portugais, on établit encore de ,,ces gardes de nuit” (brantwaghten) vers le même endroit. Nieuhof, qui raconte le fait (p. 143), ne dit pas si c’étaient des chaloupes ou des yachts, mais il narre que la première embarcation était postée entre le fort de Waerdenburch et le fort de Bruyn et l’autre entre le premier de ces forts et les jardins de Maurice de Nassau sur l’île d’ Antonio Vaz. C’était donc seulement à l’embouchure même du Bébéribe que stationnaient des embarcations pouvant exiger un certain tirant d’eau.

En somme, on peut affirmer que le Bébéribe n’était accessible qu’à des barques ou à des petits canaux qui circulaient dans des chenaux très étroits et sans doute à marée haute seulement.

Bras morts ou cambôas entre le Capibaribe et le Bébéribe.

La branche Nord du Capibaribe communiquait avec le Bébéribe par deux dépressions dont le nom générique est Cambôa en portugais.

La première, appelée encore aujourd’hui Cambôa de Tacaruna, se détachait du Capibaribe en face de l’hôpital Portugais, passait près de la station de Manguinho et à l’Ouest du pont de Maduro et débouchait dans le Bébéribe à l’emplacement de l’Hôpital des Lazaros.

La seconde, moins importante que la précédente, la suivait à peu près parallèlement en passant à l’Est du lieu dit Chora Menino, et par la Station do Principe, le cimetière et le chemin travesa de S. Amaro.

D’après la légende du croquis de Waldeeck la Cambôa de Tacaruna, pendant l’été, était à sec à marée basse, et avait environ o“,5o' d’eau à marée haute. Pendant l’hiver, au contraire, ou ne pouvait la traverser près de son origine dans le Capibaribe qu’à la nage ou en canot; plus loin près du pont de Maduro on avait de l’eau jusqu’au cou, et enfin du côté du Bébéribe l’eau arrivait jusqu’à hauteur de ceinture d’homme. Dans eette même saison les marées du Bébéribe ne se faisaient plus sentir au pont de Maduro.

Les marais ou pantanos d’Olinda, alors comme aujourd’hui, étaient alimentés par le ruisseau d’Agoa fria après sa jonction avec les petits cours d’eau Jacaré et Bartholomeo. La légende du croquis de Waldeeck dit que ce ruisseau était presque à sec en été, mais avait en hiver une profondeur d’eau de deux piques.

Avant-port.

L’avant-port ou Poço était situé un peu au Nord du fort de Bruyn, à l’emplacement qu’il occupe encore aujourd’hui. C’était un mauvais mouillage par les gros temps. Il avait d’après Laet (p. (91) 5“, 6 5 à 5“,97 de profondeur.

D’après Nieuhof (p. 15) son entrée était à 500 pas au Nord du récif calcaire et on y rencontrait 6“,9i' d’eau à marée haute.

Le port intérieur était compris entre le quartier du Recife et le récif de pierre. C’est encore là qu’il se trouve aujourd’hui. La passe pour y entrer était étroite à en juger par les deux bancs de sable qui s’y étaient formés.

Le port ou du moins la passe d’entrée n’avait pas, suivant toute probabilité, une profondeur de plus de 4“, 50 à 5“,oo. Les navires de guerre hollandais y entrèrent à l’époque de la prise d’Olinda, mais ces navires n’avaient

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en général qu’un tirant d’eau très faible i). Quant aux navires de commerce, ils étaient obligés de mouiller d’abord au Poço pour attendre que la marée haute leur permit d’entrer. En effet Laet dit (p. 185) en parlant de l’avant port que „c’est l’endroit où les navires venant du large sont d’abord ancrés avec leur chargement complet.” (Welk is de plaetse daer de Schepen unter See kommende, haer vooreerst met hare voile ladinghe setten), et, plus loin (p. 191) que c’est là „où les grands navires sont obligés de mouiller” (ten anker moeten kommen).

Le récif de pierre qui protège le port présentait en face de l’embouchure du bras des Afogados une passe qu’on appelait anciennement Barreta ou détroit français, (’t france gat) et qui a été fermée il y a quelques années. A l’extrémité du récif s’élevait le fort maritime, aujourd’hui fort Picâo.

Inondations.

Je n’ai rencontré que très peu de renseignements sur les crues du Capibaribe et les inondations qui en sont la conséquence habituelle.

Laet rapporte (p. 344) que, lors d’une crue survenue à la suite de grandes pluies en Juillet 1633, les ouvrages de nie d’ Antonio Vaz courent le plus grand risque d’être emportés et que le niveau des eaux est tel qu’il dépasse d’environ 6 pieds (i“,88) le niveau le plus élevé que les Hollandais aient encore pu constater sur ce point.

En 1641 a lieu une grande inondation dont Barlaeus (p. 227) trace le sombre tableau. Tous les cours d’eau débordent, les digues sont rompues, les plantations emportées par le courant, le continent changé en mer et les agriculteurs obligés de se transformer en marins. Le nombre des victimes en hommes et bestiaux est très considérable, notamment sur les rives du Capibaribe. La canne à sucre est noyée ou dévorée par les insectes. Une épidémie succède à l’inondation.

Conclusion.

Si maintenant ou envisage l’ensemble de la carte et qu’on ne la considère qu’au point de vue du régime des cours d’eau ou des marées, ou peut résumer aisément l’état des lieux dans la première moitié du 17e Siècle.

Le Bébéribe, entre le village de ce nom et Olinda, traversait de vastes marécages. Entre Olinda et le Recife il était accessible à des embarcations légères, mais pouvait être facilement franchi à pied à basse mer. Vers son embouchure.

son lit avait une largeur beaucoup plus grande qu’aujourd’hui : l’isthme s’est agrandi considérablement à ses dépens.

Le Capibaribe suivait la même direction que de nos jours en amont de Capunga. Plus en aval, il se divisait en deux bras qui s’écartaient, vers leur milieu, de la direction des deux bras actuels et qui, vers leur embouchure, présentaient une largeur bien supérieure: le quartier de S. José n’était qu’un grand marais couvert par le flot et le pont du Recife avait un débouché de près de moitié plus grand que le pont actuel dit du 7 Septembre.

En haute mer et en prenant par le bras des Afogados, on pouvait remonter le Capibaribe jusque vers Monteiro et peut être même un peu plus haut. Sous le pont du Recife l’amplitude de la marée était de 2“, 60 et la profondeur d’eau du chenal, en basse mer, de 4™,o8.

Le Capibaribe et le Bébéribe communiquaient entre eux au moment de la haute mer par deux larges dépressions ou cambôas. Le flot, déjà amorti par les marais qui prolongeaient en quelque sorte les berges des deux rivières, y perdait presque toute sa vitesse et ne pouvait plus envoyer qu’un faible volume d’eau dans le Capibaribe. La communication entre les cours d’eau et la mer se faisait par la Barrêta et le chenal à l’extrémité du récif

Le port occupait à peu près le même emplacement qu’aujourd’hui, avec une profondeur d’eau égale sinon moindre. Le chenal d’entrée parait ne pas avoir eu plus de 4“, 5 O à 5“ de profondeur.

Le Poço ou avant-port avait de 5“, 60 à 6“,oo et sa passe d’entrée près de 7“, 00 de profondeur.

Dans des temps plus modernes une partie des berges du Capibaribe à été fixée, quelques bras morts ont été interceptés, certains marécages ont été supprimés, la petite barrêta a été fermée. Mais par contre, au lieu de chercher à assurer à l’embouchure du Capibaribe la forme d’entonnoir qui convient aux rivières à marées, on l’a rétrécie à l’Est et à l’Ouest du quartier de S‘° Antonio: c’était diminuer le volume d’eau à emmagasiner pendant la marée, réduire les chasses de jusant et favoriser les ensablements .

Ainsi donc, d’une part, on a facilité un peu la propaga tion du flot dans le Capibaribe en l’empêchant de trop s’égarer sur sa route, et d’autre part, on a diminué son volume en rétrécissant le passage par où il entrait. Ces deux opérations ont maintenu un état d’équilibre tel, qu’on peut affirmer sans paradoxe que le port de Pernambuc o est aujourd’hui encore dans le même état qu’il y a deux cents ans.

I Voir la note déjà citée de l’ouvrage de Netscher (p. 179).

E. BÉRINGER.

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