‹ Mémoire sur le Port Recife (Pernambuco-Brésil) = Verhandeling over de Haven van het ReciefChapitre 4 sur 5 · PAR MONSIEUR · texte numérisé non relu

PAR MONSIEUR

ÉMILE BÉRINGER.

Préambule.

L’étude des questions se rattachant à l’entretien , à l’amélioration, au développement du port de Pernambuco rend intéressante, sinon indi.spensable la connaissance des modifications qu’il a éprouvées dans ces derniers siècles, soit par l’action des forces de la nature, soit par suite des travaux faits de main d’homme. Pénétré de l’importance de cette étude, M. Fournié, Directeur des Travaux Publics de la province de Pernambuco, me chargea de compulser les documents relatifs à l’ancien état du port, qui pourraient être rencontrés en PTollande dans les bibliothèques ou archives publiques ou privées. Ma mission me fut singulièrement facilitée par l’obligeante intervention de la Société Néerlandaise de géographie, dont le Président M. le professeur Veth et un membre, M. Leupe, archiviste de l’Etat à La Haye, me donnèrent de précieux renseignements et d’utiles conseils avec le plus cordial empressement. La Hollande était bien le pays qu’il fallait fouiller pour ce genre de recherches; car les Hollandais avaient occupé la province de Pernambuco de 1630 à 1654 et, pendant cet espace de temps relativement court, ils avaient jeté les fondements de la ville actuelle du Recife, transmettant à la postérité, dans des publications nombreuses et remarquables, tous les incidents notables de leur séjour au Brésil,

La carte au s-aiiyj) figure, en noir et bleu, la disposition actuelle de la ville du Recife avec ses environs, et en rouge et jaune l’état des lieux dans la première moitié du 17e siècle. Je vais indiquer les sources où j’ai puisé les données qui m’ont servi à dessiner l’ancienne configuration du port et de la ville, et transcrire quelques autres renseignements intéressants que je n’ai pu faire figurer sur la carte. Mais auparavant qu’il me soit permis, pour l’intelligence des explications qui doivent suivre, de rappeler quelques dates historiques.

Bâtes.

Vers 1534, peu de temps après la découverte du Brésil, Duarte Coelho, auquel le roi de Portugal avait fait don de la province ou Capitania de Pernambuco, vient s’y installer avec un certain nombre de familles portugaises et y fonder la ville d’Olinda, capitale de la province.

En 1580, le Portugal et ses colonies passent sous la domination espagnole. A cette époque Olinda possède déjà 700 maisons d’habitation et de nombreux édifices publics. Vingt usines à Sucre ou engenhos fonctionnent aux alentours.

En 1621, à l’expiration de la trêve de douze ans conclue entre l’Espagne et la Hollande, cette dernière accorde

LE PORT DE PERNAMBUCO ET LA VILLE DU RECIFE AU 17e SIÈCLE.

à la Compagnie des Indes occidentales des lettres patentes qui, entre autres privilèges, lui assurent le droit exclusif pendant vingt ans de trafiquer avec le Brésil, d’établir des forts, de conclure des traités etc,

Iæ 8 Mai 1624, une escadre de cette puissante Compagnie jette l’ancre devant Bahia.

Le 15 Février 1630, les premières troupes hollandaises débarquent dans la province de Pernambuco et s’emparent de sa capitale Olinda. A cette époque le Recife n’est encore qu’un hameau avec des entrepôts et quelques maisons d’habitation, situé à l’extrémité de la langue de terre appelée isthme d’Olinda, à une lieue environ au sud de la capitale.

Le 24 Novembre 1631, Olinda est évacuée et brûlée en grande partie à cause de la difficulté qu’on eût rencontrée pour la mettre en état de défense. C’est de ce moment que date le développement de la ville du Recife.

Le 23 Janvier 1637, Maurice Comte de Nassau débarque au Recife en qualité de Gouverneur général du Brésil-hollandais. Pendant les 7 années de son gouvernement, la ville du Recite se développe; un nouveau quartier appelé Mauriissiad s’élève sur l’île d’ Antonio Vaz, là où se trouve aujourd’hui le quartier dit bairro de S‘" Antonio; des travaux importants s’exécutent. Les arts et les sciences sont représentés par le géographe et astronome George Markgraven, l’architecte Post, l’aumônier François Plante, le médecin Guillaume Piso etc.

Le 6 Mai 1644 Maurice de Nassau abdique la dignité de Gouverneur et retourne dans sa patrie.

Le pouvoir des Hollandais au Brésil commence à décliner rapidement dès ce moment.

En 1645, les principales places du Brésil-hollandais succombent devant les armes des colons portugais insurgés.

Dès 1646, le Récife est cerné étroitement. Les Hollandais n’ont plus que la mer pour communiquer avec l’extérieur.

Cette situation dure jusqu’au 20 Décembre 1653, date de l’apparition de la flotte espagnole qui, sous les ordres de Magalhaens, vient bloquer la place par mer.

Le 26 Janvier 1654, les Hollandais, enfermés au Recife, sont obligés de capituler. Ils évacuent la même année toute la province.

Documents utilisés.

Ces prémisses posées, voici la nomenclature des documents manuscrits ou gravés qui ont été utilisés dans la rédaction du plan représentant l’état de la ville du Recife et du port de Pernambuco dans la première moitié du 17” siècle.

Carte de la côte entre le rio Pào Amarello et les Afoga dos vers 1630, gravée par Hessel Gerritsz, avec quelquessondages le long de la côte. Elle est conservée dans la bibliothèque de Leyde.

Carte gravée de la côte entre le rio Pâo Amarello et les Afogados, vers la même époque, dédite à Henri Lonck par Nicolaus Joannis Piscator, et conservée dans la collection delà bibliothèque de Leyde. Au plan de la côte correspond un panorama pris de la rade. On y trouve en outre une petite carte de la capitania d-e Pernambuco. Une copie tronquée et sans nom d’auteur de ce document est insérée dans l’ouvrage allemand „Neue Welt durch Johann Ludwig Gottfried. — Erankfurt 1655.”

Carte manuLcrite hollandaise, no. 71 1 de la collection des Archives de la Haye, dressée en Juillet 1631 par l’Ingénieur Andréas Drewisch Bouge Saltensis. Elle donne avec grand détail la disposition du port, et parait avoir servi de canevas aux autres cartes publiées vers la même époque.

Carte gravée de la bibliothèque de I^eyde, représentant le port vers 1630 et portant la mention ,,Wilhelmus Hondius fecit — 1640.” Ce n’est évidemment qu’une copie de celle d’Andréas Drewisch.

Croquis manuscrit hollandais, no. 216s des Archives de la Haye, signé Johannes van Walbeeck. Il figure la contrée située entre Olinda, les Afogados et l’Arraial et a été dressé en 1632, suivant les informations de prisonniers portugais. Il contient une légende très intéressante tant au point de vue des habitations des environs du Recife qu’à celui du régime des cours d’eau.

Co.rte manuscrite du port de Pernambuco vers 1640, tirée d’un volumineux et précieux atlas qui se trouve aux Archives de la Haye et a pour titre ; „Verzameling van Pas-kaarten dienende tôt de vaart naar Oost en West- Indiên.” . . . Les cartes de cet atlas, dont la plupart sont inachevées, ne portent ni date ni nom d’auteur, mais elles sont dessinées avec le plus grand soin

Carte manuscrite de la Zône comprise entre Olinda au Nord, les Afogados an Sud, et les deux forts Arraial à l’Ouest, tirée du même atlas des Archives de La Haye. Elle est basée sur les mêmes documents que la précédente, mais embrasse une plus grande étendue de terrain. Sa comparaison avec les cartes modernes fait ressortir son exactitude. Je suis porté à croire qu’elle résume les travaux topographiques des Hollandais aux abords du port, opinion que confirme le passage de l’iiistorien Nieuhof (page 190) où il est dit qu’il serait nécessaire de lever, sur une lieue environ d’étendue, une carte du pays situé immédiatement au Sud des Afogados et encore entièrement

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inconnu des Hollandais. Or ceci se passait au mois de Janvier 1646, époque à laquelle les Hollandais commençaient a être cernés par terre, et après laquelle ils ne purent plus songer à exécuter des travaux topographiques en dehors du Recife.

Cartes du port vers 1630 et 1640 de l’ouvrage latin bien connu ,,Casparis Barlaei rerum per octennium in Brasiliâ.... Historia.” Ces cartes, que complètent plusieurs magnifiques planches représentant le panorama du port et diverses vues de la ville, offrent beaucoup d’intérêt. Cependant elles sont moins exactes que celles d’Andréas Drewisch et de l’atlas de La Haye. Ainsi la carte de l’atlas de La Haye indique les dispositions du port du Recife, du château de Boâ-Vista etc.... d’une manière plus conforme au texte et aux vues panoramiques de Barlæus que ne le fait le plan correspondant de l’ouvrage latin.

Plan de détail du fort du prince Willem aux Afogados, dans l’ouvrage italien „Istoria delle guerre del regno del Brasil del P. F. Gioseppe di S. Teresa, carmelitano scalzo — Roma 1698.” Le même volume renferme un plan du port de Pernambuco vers 1640. Je ne le cite que pour signaler son évidente inexactitude, notamment en ce qui concerne une excroissance du quartier du Recife qui n’a jamais pu exister que dans l’imagination du dessinateur.

Coupe et plan manuscrits du fort Real, dessinés par l’architecte Christovâo Alvares en Décembre 1629 et classés sous les numéros 2161 et 2162 dans les Archives de la Haye. Il s’agit du fort que Mathias d’Albuquerque avait l’intention de construire sur l’emplacement occupé plus tard par le fort de Bruyn. Ces deux documents donnent des renseignements précis sur la largeur de l’isthme d’Olinda et le régime du rio Bébéribe.

D’autres cartes et plans anciens m'ont passé entre les mains, mais je crois inutile de les mentionner; les uns ne présentaient qu’un intérêt secondaire au point de vue spécial de mes recherches, les autres étaient soit des copies mal faites, soit des cartes dressées de mémoire ou d’après des croquis insuffisants.

Dans la réduction des plans à l’échelle uniforme de Vioooo) j’ai admis pour la verge rhénane de 12 pieds une longueur de 3“, 7 67 et pour la verge géométrique de 10 pieds une longueur de 3”,7i. Quant au pied de la „virga matheinatica” de Barlaeus (Werkschuh, suivant la traduction allemande), je l’ai supposé égal au pied géométrique.

De la copie à une même échelle des anciens plans du port et de leur comparaison avec les plans modernes, il résulte qu’ils sont, pour la plupart, loin de présenter la projection mathématique du pays. Les lignes principales se retrou-

vent, il est vrai, mais elles sont souvent altérées dans leurs raccordements. Comme exemple d’inexactitude topographique assez curieux, je citerai la courbure prononcée du récif qui ferme le port, courbure qui ne doit pas exister, comme on peut s’en convaincre, à défaut d’autres preuves, en jetant les yeux sur le panorama du port dessiné par Post dans l’histoire de Barlaeus — et qui cependant se retrouve, plus ou moins accentuée, sur toutes les cartes de l’époque. Il faut supposer que le levé du port n’a été fait dans son ensemble qu’une seule fois et qu’on s’est borné dans la suite à compléter ce premier travail par l’indication des forts, canaux, ponts, quartiers nouveaux etc. construits successivement par les conquérants. D'après le récit de M. Varnhagen (Historia das lutas etc. p. 44) ces cartes fondamentales pourraient bien avoir été celles levées par les Ingénieurs van Buren et Drewisch. Dans ces conditions, il a été parfois assez embarrassant de transporter sur la carte moderne les indications des anciens documents et de trouver des repères certains en nombre suffisant. J’ai suppléé, autant que possible, à l’imperfection des dessins par l’examen de visu du terrain.

Parmi les ouvrages anciens, dans lesquels j’ai trouvé des données intéressantes je mentionnerai:

Johamies de Laet^ — Historié ofte iaerlijck Verhael van de verrichtinghen der geoctroyeerde West-Indische Compagnie. — Leyden 1644.

Ba7'laeus ■ — Rerum per octennium in Brasiliâ.... Historia, Amsterdam 1647.

Johann Nieiihof — gedenkweerdige Brasihaense Zee- en Lantreize — Amsterdam 1682.

Ces trois ouvrages résument à peu près la période d’occupation du pays par les Hollandais. Le premier est une chronique qui commence à l’arrivée des Hollandais et s’arrête en 1636, peu de temps avant le débarquement du comte Maurice de Nassau. — Barlaeus raconte en détail la gestion du comte jusqu’à son départ en 1644. — Enfin Nieuhof narre les événements survenus entre 1640 et

Quant aux ouvrages récents, j’ai rencontré d’utiles renseignements dans les deux suivants:

Varnhagen — Historia das lutas com os Hollandezes no Brazil. — Vienna d’Austria 1871.

Netscher — Les Hollandais au Brésil. — La Haye 1853 L-

*) 'Van Kampen dans son „Magazijn voor Wetenschappen, Kunsten en Letteren — - Amsterdam 1829.’’ parle d’un plan du Recife publié par M. Koster (p. 384). Je n’ai pu trouver ce plan, qui date de 1809 à l8lo (p. 388) et qu’il serait sans doute intéressant de consulter au point de vue des modifications survenues plus récemment dans le port.

LE PORT DE PERNAMBUCO ET LA VILLE DU RECIFE AU 17e SIÈCLE.

Examinons maintenant successivement l’état ancien du continent, des îles et des cours d’eau dont l’ensemble forme le port de Pernambuco.

Isthme d’Olinda et ville du Recife.

La langue de sable qui s’étend entre Olinda et la ville du Recife avait, dans sa partie septentrionale, à peu-près la même configuration qu’aujourd’hui, sauf cependant à un kilomètre environ au sud d’Olinda où sa largeur était un peu plus grande, par suite du delta qui s’y était créé sous l’action commune du Tacaruna et d’un bras du Bébéribe. Elle était souvent désignée sous le nom de récif de sable, par opposition au récif de pierre situé en face. Nieuhof (p. 15) évalue sa largeur moyenne à environ 200 pas.

Elle pouvait être parcourue en tout temps, quel que fut l’état de la mer.

Vers l’emplacement actuel de la croix appelée Cruz do Patrao, s’élevait la redoute dite de madame de Bruyn, construite par les Hollandais. La largeur de l’isthme y correspondait sensiblement à sa largeur actuelle.

Un peu plus loin on rencontrait le fort de Bruyn commencé par les Portugais (Laet. p. 193) et achevé par les Hollandais. Il existe encore sous le nom de forteresse de Brum. Les dessins du projet primitif de cet ouvrage, qui sont conservés aux archives de La Haye, indiquent qu’en ce point la largeur de l’isthme était de 34“,5o au moment de la haute mer, et que la marée basse découvrait une plage de 23 mètres inclinée suivant une pente de o'“,o8 environ par mètre.

A partir du fort de Bruyn et en se dirigeant vers le sud l’isthme occupait une surface bien inférieure à celle qu’il présente aujourd’hui. Ainsi le fort S. Jorge, construit par les Portugais vers l’endroit où se trouve maintenant l’église du Pilar, était baigné par les eaux du Bébéribe ; et au delà, entre ce fort et l’entrée de la ville du Recife (actuellement j Largo dos voluntarios da patria), l’isthme ne comprenait que l’étroite zone limitée par la rue des Guararapes et la partie Est de la rue du Pharol. ;

La ville du Recife, telle qu’elle s’est développée peu de temps après l’abandon et l’incendie d'Olinda, s’arrêtait à l’église j

Madré de Deus, et les défenses établies sur le bord même de la plage pour la protéger contre les surprises de l’ennemi, étaient en deçà des rues de la Restauraçao, D. Maria César, de la place d’Apollo et de la rue d’Amorim. On voit combien la ville actuelle s’est agrandie aux dépens du port et de la rivière: au sud, elle s’est emparée des bancs de sable qui existaient à l’emplacement de la rue Tuyuti, I

de la place du fort do Mattos, de l’église Madré de Deus, de la Douane; a l’Ouest, elle a empiété de plus de 150“ sur le lit du Bébéribe.

Il est à remarquer que les rues de F ancienne ville correspondent exactement aux voies publiques actuelles^ ce qui permet de dire que la disposition de ce quartier est encore aujourd’hui ce qu’elle était au 17e siècle.

Ile d’ Antonio Vaz.

L’île d’ Antonio Vaz, qui est incorporée aujourd’hui à la ville du Recife sous le nom de quartiers de Sto. Antonio et S. José, n’était occupée en 1630 que par le couvent encore existant de S‘“. Antonio et quelques maisons échelonnées sur la plage. Tout le reste n’était guère qu’un vaste marais couvert par le flot et duquel émergèrent quelques ilôts. Le plus important de ces derniers était compris entre le fort de Cinco Pontas, le couvent des Carmes et le jardin des Princesses. Il était coupé en deux par un bras mort de la rivière lequel entrait du côté du Lyceo de Artes e Officios, passait vers la place de S. Pedro et pénétrait jusqu’à l’église de S“. Rita, à peu de distance de la plage. Un autre petit ilôt de i"*, 10 de hauteur apparaissait au Sud du fort de Cinco Pontas.

Lorsque les Hollandais se furent emparés de l’ile d’Antonio Vaz ils élevèrent le fort Ernestus autour du couvent et le fort Fredrick-Hendrick à l’emplacement du fort actuel de Cinco Pontas; ils établirent, en outre, quelques redoutes du côté du continent et des ouvrages à cornes contre le bras mort dont je viens de parler, au Sud du fort Ernestus. Peu de temps après l’arrivée de Maurice de Nassau, des habitations nombreuses furent construites à l’abri de ce dernier fort. Elles s’étendirent bientôt jusqu’au fort Fredrick-Hendrick et constituèrent une ville peuplée et commerçante appelée Maurdsstad ou Mauricea, du nom de son fondateur. La partie la plus ancienne de cette ville avait pour centre la place du marché, aujourd’hui place de l’Indépendance. Son agrandissement se fit vers le Sud et en peu de temps des rues bien alignées sillonnèrent les terrains marécageux qui séparaient les forts Ernestus et Fredrick Hendrick et qui étaient vendus aux intéressés, à des prix élevés, par la compagnie des Indes occidentales.

Afin d’assurer à Mauritsstad des conditions normales d’existence, les Hollandais, se souvenant de l’exemple de leur mère patrie, assainirent le terrain par l’ouverture de différents canaux. Le plus important, de 30 mètres environ delargeur en gueule, fut construit entre le fort Fredrick Hendrick et l’église actuelle de Rosario, en suivant un alignement

LE PORT DE PERNAMBUCO ET LA VILLE DU RECIFE AU 17e SIÈCLE.

droit passant par le côté Ouest des rues Doiningos Theotonio, de l’Assumpçâo, de la Penha et du Livramento. Il communiquait avec le rio Capibaribe par un autre canal qui s’embranchait derrière l’église du Livramento et aboutissait vers l’extrémité actuelle du pont de Boâ Vista, limite des terrains bas de l’île d’ Antonio Vaz. Enfin un 3e canal, qui débouchait vers l’emplacement de l’arsenal de guerre, le reliait avec le port. Ces canaux, outre l’avantage de drainer la ville, fournissaient des remblais pour exhausser le sol et étaient probablement destinés aussi à servir de voies navigables dans le genre de celles qu’on trouve en si grande abondance dans tous les ports hollandais.

Un rempart avec fossés et palissades fermait la ville du côté du continent et suivait un alignement brisé partant du fort de Cinco-Pontas, passant par l’église du Terço, la ruelle située entre les places S. Pedro et du Carmo, la rue des Trincheiras, l’église St. Antonio, et aboutissant au couvent de St. Antonio ou fort Ernestus. Les trois bastions de ce retranchement étaient situés, le premier entre l’église du Terço et la rue du visconde de Suassuna, le second au débouché de la dernière ruelle du côté Nord dans la rue du visconde de Suassuna, le troisième à côté de l’église paroissiale de St. Antonio.

Les rues anciennes correspondent bien avec les rues actuelles qui ont la place de l’Indépendance pour centre, mais il n’en est pas de même des rues situées plus au sud. L’explication de cette apparente anomalie me parait facile. En effet, il est presque certain que les divisions de la ville dessinées sur les anciens plans ne représentent pas des constructions réellement faites, mais seulement des projets d’alignements de l’architecte Post, projets qui, comme tant d’autres encore de nos jours, ont été modifiés en cours d’exécution. La direction de quelques vieilles rues encore existantes, comme celles de S. José, du Nogueira etc., corrobore cette hypothèse. D’autre part, on sait que les Hollandais, lorsqu’ ils furent bloqués par les Portugais, durent démolir eux-mêmes, pour les besoins de leur défense, une grande partie de la ville qn’ils avaient élevée. Il n’est donc pas étonnant que, lors de la reconstruction ultérieure de la cité, on se soit écarté du plan primitivement adopté.

En dehors de l’enceinte de la ville et du coté Nord, un peu en arrière de l’emplacement du palais actuel de la Présidence, s’élevait le château construit par Maurice de Nassau et dénommé Vrijburch. C’était un bel édifice avec deux grandes tours donc l’une servait de phare et était aperçue de 5 à 6 lieues en mer (Nieuhof p. 18.) Il était entouré de jardins et de dépendances qui sont représentés à grande echelle sur une des planches de l’ouvrage de Bar-

laeus. Par des considérations stratégiques il dût être démoli lors du siège de la ville en 1645. (Nieuhof p. 139).

Les terrains marécageux qui s’étendaient à côté du châeau de Vrijburch, furent incorporés au domaine du Gouverneur et transformés en viviers au moyen d’une digue qui passait à peu-près vers le milieu du nouveau pont de S. Izabel. C’est là que le comte Maurice de Nassau, d’après le récit de son panégyriste Barlaeus (p. 144,) transplanta 700 cocotiers qu’il avait été chercher à trois ou quatre lieues de distance. Ils étaient déjà âgés de 70 à 8o ans et la hauteur de leur tronc variait de 10 a 15 mètres. Ce détail est d’autant plus curieux que, dès la première année, le produit de la vente des fruits des cocotiers ne s’éleva à rien moins que 8 leichsthalers par pied, tant l’opération avait été faite adroitement !

Du côté Ouest de Mauritsstad, entre la prison actuelle (Casa (le detençâo) et les maisons voisines, se trouvait le château de Boâ Vista, propriété de Maurice de Nassau. On y arrivait par une petite digue qui aboutissait aux fortifications de la ville près de la place du Carmo.

Vers le sud, une digue de plus de deux kilomètres de longueur, avec fossé du coté du continent, reliait le fort Fredrick Hendrik au quartier des Afogados. La rue Impériale est établie sur ce terrassement.

Derrière le fort Fredrick Hendrick la plage s’étendait beaucoup plus loin qu’aujourd’hui dans la direction du récit de pierre. Pour préserver le fort contre quelque surprise de l’ennemi on le prolongea jusque dans l’eau par deux grands ouvrages à cornes et la redoute Amelia ou Aemilia.

Rio Capibaribe.

Du côté du continent les Flollandais n’ont apporté aucun changement notable à ce qui existait avant leur arrivée. Longtemps encore après leur arrivée ils ne s’aventuraient guère dans ces terres d’alluvions, couvertes de marais et de broussailles, où l’ennemi à chaque pas leur dressait des embûches et se dérobait aisément à leur poursuite. On ne doit donc pas s’étonner si les documents précis manquent sur la vallée du Capibaribe à peu de distance en amont de la ville. Il est vrai que pendant la courte période du gouvernement de Maurice de Nassau l’exploration topographique du pays eut pu être faite, mais à cette époque tous les efforts ne tendaient qu’à relever l’industrie sucrière à son ancien niveau, à rétablir ce qui avait déjà existé et non à créer du nouveau. On conçoit que dans ces conditions les travaux graphiques ne présentaient plus la même urgence qu’à l’origine quand il fallait couvrir le pays de fortifications et le rendre habitable.

LE PORT DE PERNAMBUCO ET LA VILLE DU RECIFE AU 17e SIÈCLE.

Par la carte de l’atlas de La Haye on voit que du Poço da Panella à Capunga le Capibaribe coulait entre les mêmes berges qu’ aujourd’hui, si ce n’est près du lieu dit Taquary où il passait un peu plus au Sud. Sur la rive gauche se trouvait le fort Arraial, construit par les Portugais après qu’ils eurent été expulsés du Récife. Il était situé sur la petite hauteur qu’on rencontre à l’Ouest, quand on suit la ligne ferrée entre les stations de la Mangabeira et de la Casa Amarella. C’est le même emplacement que vient de désigner M. le major Codeceira, membre de l’institut archéologique de Pernambuco, en se basant sur des données historiques et d’anciens actes publics. Un autre Arraial, construit vers 1646 et appelé Arraial novo do Bom Jezus par les Portugais et Altena par les Hollandais, était situé sur la rive droite. Sa position correspond à celle de la colonne commémorative élevée il y a quelques années par l’institut archéologique.

A partir de Capunga l’ancien lit du Capibaribe différait notablement du lit actuel. La rivière, au lieu de passer à remplacement du pont de la Magdalena, suivait le bras mort que traverse la route de la Passagem, contournait l’île du Retiro, et là se bifurquait. Le bras du Nord passait devant l’Hôpital portugais, longeait l’Hospice Pedro II, faisait un grand coude qui s’étendait jusqu’au quartier de l’Hospicio, et se réunissait au Bébéribe. Le bras du sud ou des Afogados passait entre les îles de Maruim et de Anna Bezerra et sur l’emplacement du pont actuel des Afogados ; il recevait les eaux des rios Giquià et Tigipiô, contournait l’île de Nogueira autrefois Cheiradinheiro, et débouchait dans le port. Le nom de rivière des Afogados est donné dans les anciens documents tantôt à tout le bras sud du Capibaribe, tantôt seulement à la partie de ce bras en aval des rios Tigipiô et Giquià, tantôt au rio Giquia, tantôt au bras Nord du Capibaribe. Cette confusion s’explique facilement, car tous ces cours d’eau communiquaient ensemble et parcouraient les mêmes terrains marécageux.

Le bras septentrional du Capibaribe, très^tortueux dans son cours, sans berges bien arrêtées, communiquant avec le rio Bébéribe par deux grandes dépressions, n’était pas propre à la navigation. On le franchissait à gué très facilement. Le passage ne devenait pénible que pendant les marées de syzygies et en cas de crues (Laet p. 439.) Maurice de Nassau y établit un pont en bois qui était construit sur l’emplacement de la Casa de detençâo et aboutissait a peu près en face de la rue da Ponte Velha (du vieux pont), en laissant à la rivière un bien plus grand débouché qu’élle n’a aujourd’hui. Ce pont est décrit dans Barlaeus (p. 15 1.) Il a été achevé en sept semaines, avait 319 mètres de longueur

et reposait sur des pieux en bois de Bibaraba très rapprochés les uns des autres, au moins du côté Est à en juger d’après la gravure de Barlaeus. Du côté de l’île d’Antonio Vaz il débouchait au droit du château fort de Boâ Vista. Du côté opposé il aboutissait à une digue fondée peutêtre comme le pont sur pilotis et se retournant presque à angle droit dans la direction de la rue da Ponte Velha.

En aval de ce pont, la rivière se divisait de nouveau en deux bras qui contournaient un petit îlot dénommé Maria Gonzalvo sur la carte de Piscator et Schoenmakers bos sur celle de Drewisch. L’un de ces petits bras s’étendait jusqu’en face du quartier de l’Hospicio et l’autre jusque vers le miieu du pont S. Izabel, car en ce dernier point l’île d’Antonio Vaz se prolongeait sur une centaine de mètres plus au Nord qu’ aujourd’hui. Au confluent du Capibaribe et du Bébéribe s’avançait une langue de terre qu’on voit encore aujourd’hui en face de la fonderie Starr et sur laquelle était construit le tort Waerdenburch. Ce fort qui à marée haute, se trouvait au milieu de l’eau (Nieuhof p. 19; avait à l’origine quatre bastions, mais les fondations du bastion extérieur n’offraient pas des garanties de solidité suffisantes ; on dut reconstruire le fort avec 3 bastions seulement et même transformer plus tard ces derniers en redoutes plus élevées afin de mettre la garnison mieux à l’abri de l’humidité (Barlaeus p. 136.) De la position du fort de Waerdenj burch on doit conclure à un rétrécissement sensible de la rivière en cet endroit. Mais il ne faut pas perdre de vue que derrière le fort s’étendait une large zone de terrains marécageux qui, par les hautes marées ou en temps de crue, contribuaient sans doute à assurer un large débouché aux eaux du Capibaribe.

Entre le fort de Waerdenburch et le port proprement dit le bras Nord du Capibaribe avait un lit beauoup plus large que son lit actuel. Les détails concernant la construction du pont jeté par Maurice de Nassau entre le quartier du Recife et l'île d’Antonio Vaz, qu’on trouve dans Barlaeus (p. 149,) donnent des renseignements précieux sur le régime de la rivière en cet endroit. Le pont occupait le même empla cernent que le pont actuel du 7 Septembre, seulement une de ses culées était au débouché de la rue de Madré de Deus et l’autre à l’entrée de la rue 1° de Março, ce qui donnait au pont une longueur bien supérieure à celle du pont actuel. A peu près au milieu de la rivière se trouvait un chenal qui avait 4“, 08 de profondeur (undecim pedes mathematicorum) -en basse mer. L’amplitude de la marée y était de 2™6o 1). Avant de rien décider on construisit un pilier

I) La différenee entre la marée haute et la marée basse à l’em-

LE PORT DE FERNAMBUCO ET LA VILLE DU RECIFE AU 17e SIÈCLE.

d’essai dans la rivière. Le résultat fut bon et la compagnie des Indes Occidentales concéda l’établissement du pont à un architecte moyennant la somme de 240,000 florins. L’architecte commença du côté de l’île Antonio ,Vaz et construisit quinze piles en maçonnerie. Mais arrivé vers le milieu de la rivière il rencontra un courant si violent et une profondeur d’eau si considérable qu’il désespéra de pouvoir achever le pont et abandonna son entreprise. Maurice de Nassau prit alors les travaux en main. Il renonça au système de piles en maçonnerie et résolut d’asseoir le tablier du pont sur des palées en bois. A cet effet il fit couper des pieux de 40 à 50 pieds (14"', 84 à i8“,55) et les enfonça de 12 pieds (4“, 45) dans le lit de la rivière, les uns verticalement, les autres obliquement, ainsi que le figure le panorama de Mauritsstad qui se trouve dans l’ouvrage de Barlaeus i). Ce procédé réussit et en deux mois le pont se trouva terminé. D’après le traducteur allemand sa longueur était de plus de 100 verges (371“. ou 377"‘.), mais Barlaeus, au moins dans l’édition d’Amsterdam, se borne à dire qu’il s’étendait sur une longueur d’un nombre de verges très considérable. ,,Multas decempedes excurrens.”

Des deux bras du Capibaribe aucun n’avait une profondeur suffisante pour permettre une navigation régulière. Cependant à marée haute des chaloupes pouvaient remonter le bras sud ou des Afogados. C’est par là que les Portugais avaient l’habitude d’expédier les caisses de sucre qui provenaient des fabriques établies dans la plaine de Varzea. Les colis étaient transportés jusqu’à la Barreta soit sur des chariots qui suivaient le bras des Afogados, soit sur des barques qui descendaient la même rivière. Arrivés à la Barreta ils étaient transbordés sur des barques plates qui les amenaient aux magasins du Recife ou à Olinda (Nieuhof p. 16). C’est par le même bras que passaient les embarcations destinées à accompagner les Hol-

placement du pont du Recife n’est pas mentionnée dans l’histoire de, Barlaeus éditée à Amsterdam en 1647, mais elle figure dans la traduction allemande qui a paru à Clèves en 1659. Il est possible que le traducteur ait puisé ce renseignement dans les documents qui ont servi à la deuxieme édition de l’ouvrage latin publiée à Clèves en 1660. Le chiffre de 2m.6o que je présente, a été calculé dans l’hypothèse très vraisemblable que le traducteur en parlant du niveau des hautes eaux a entendu se servir de la même unité de mesure, le pied géométrique qu’il a employée quelques lignes plus haut pour indiquer le niveau des basses eaux.

I) Les dimensions en mètres sont calculées en supposant qu’il s’agit de pieds mathématiques. Si l’on admet que l’auteur latin a entendu parler de pieds rhénans, il faut évaluer la longueur des pieux de 12™, 56 à i5“,7o et leur fiche à 3“,77c.

landais lorsqu’ils tentaient quelque entreprise contre les Portugais établis dans la plaine de Varzea. L’expédition dirigée contre l’Arraial en Août 1633 donnera une idée exacte de ce qu’était la navigation sur le Capibaribe à cette époque (Laet p. 345).

Les Hollandais, après avoir traversé le Capibaribe aux Afogados, étaient allés par terre jusqu’en face de l’Arraial et s’étaient installés sur la rive droite de la rivière. Pour faciliter le passage et pourvoir à leur subsistance, ils font venir du Recife deux chaloupes et le yacht l’Exter, le plus petit des navires venus d’Europe, armé de 2 pièces de bronze et de 4 de fer et pourvu de 20 hommes. Après qu’on eut allégé et dématé ce navire, qui n’était que de 15 lasten de capacité i), la petite flottille s’engage dans le bras des Afogados. Mais les embarcations touchent si souvent qu’il faut attendre la marée suivante pour pouvoir se remettre en route. On arrive ainsi jusque vers la Jaqueira à une portée de mousquet du camp hollandais. La rivière en ce point fait un grand coude, ce qui oblige les embarcations à ranger la rive concave, la seule qui présente une profondeur suffisante. Mais l’ennemi qui s’était retranché sur cette rive, ouvre un si violent feu de mousqueterie contre les embarcations qu’il met un grand nombre de Hollandais hors de combat et force les autres à gagner la rive opposée en abandonnant yacht et chaloupes.

Le 29 mars 1634, lors d’une nouvelle expédition dirigée contre l’Arraial, mais qui n’eut pour résultat que l’incendie du quartier des Italiens, les Hollandais eurent encore recours au Capibaribe pour transporter leur matériel chargé sur deux chaloupes (Laet p. 387).

Mais si à marée haute des embarcations légères pou vaient pénétrer jusqu’à une certaine hauteur dans le Capibaribe, il n’en est pas moins vrai que, du côté des Afogados surtout, la rivière était guéable presque en tout temps. Ainsi, le 13 Juillet 1631, quatre compagnies hollandaises avaient passé sur la rive droite et attaqué les retranchements portugais ; après l’engagement et malgré une vaillante charge des Portugais qui venaient de recevoir du secours, elles réussi-

ij Voici au sujet du tonnage et du tirant d'eau des navires hollandais la note inscrite page 179 dans l’ouvrage de M. Netscher:

„Le lasl pour mesurer la capacité des vaisseaux, était le même qui ,,est encore en usage en Hollande, et équivant à deux tonneaux. Pour „donner une idée nette de l’extérieur des vaisseaux de ce temps là, il „suffira de dire que les dimensions d’un vaisseau de 200 laSts étaient ,,de 125 pieds rhénans de longueur (38“,25), 29 pieds de largeur „(9“,oi) et de il pieds */2 de profondeur (3™,6i) jusqu’à fond de „cale (de Jonge I p. 392, extrait d’un document officiel de 1630). La „dunette de ces vaisseaux était beaucoup plus haute que le reste du „tillac.”

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