INTRODUCTION
L'Europe civilisée et savante cherche depa'is long^ temps à percer le mystère qui enveloppe encore certaines parties du monde ; elle veut connaître ses domaines futurs et dénombrer les peuples gui y naissent pour la servir. Le Soudan» région oubliée de l'ancien monde, pareil cependant au Brésil ou à Tlnde et plus voisin de nous, fixe plus particulièrement l'attention des hommes d'étude et mérite d'attirer le regard des hommes d'État.
Les géographes de l'antiquité ne nous ont laissé sur le Soudan que des rapports confus; les géographes arabes n'y ont guère ajouté que des fables; c'est à notre siècle et à nous qu'il appartient de résoudre le problème africain : cette tâche est la nôtre comme la double conquête de l'Inde et de l'Amérique fut colle de nos aïeux.
L'Europe a dirigé sur le Soudan quelques explorateurs, mais la plupart ont péri victimes du climat, tandis qued'autres se sont vus arrêtés dans leur marche et n'ont pu fournir à leur retour que des renseignements de peu de valeur. Le Soudan, cependant, n'est pas plus insalubre que nos colonies; il s'est montré souvent très hospitalier; il n'est di£Bcile ni de le visiter, ni de le connaître.
Seulement il ne faudrait pas croire que tout individu, ayant une teinte des sciences naturelles, puisse faire un explorateur : le Soudan n'admet que des hommes faits à son climat, préparés à un genre de vie et à un genre d'études tout particuliers, c'est-àdire des hommes ayant habité sous les tropiques, ayant vécu avec les Arabes, connaissant à fond leur langue, leurs lois, leur culte, leurs habitudes et leur duplicité; ayant vécu aussi avecles noirs, connaissant les ressorts par lesquels on agit sur leur esprit futile, ce qu'on peut leur demander, ce qu'on peut en attendre; il veut des hommes rompus à la discipline des camps ou des bâtiments de guerre, habitués à la fru* galité du soldat comme à son mépris de la mort, sachant se faire obéir de ceux qui les servent et respecter de ceux qui les approchent. Le Sénégal , la Guinée, le Congo, d'une part, l'Abyssinie, le Sennar et Zanzibar de l'autre, voilà les écoles où peut se former un explorateur de l'Afrique ; l'Algérie n'est pas du nombre.
Le peu de succès d'un grand nombre d'expéditions, mal conçues et mal conduites, détourna les gouvernements d'en tenter de nouvelles et les géographes durent chercher à résoudre par voie d'enquête les questions
qu'ils ne pouvaient résoudre de ^visu. Par malbeuf on crut encore Tenquèie trop facile, on crut qu4e tout voyageur était à même de recueillir sur TAfrique des renseignements, que l'on croyait tous les Africains susceptibles de fournir; il en résulta une confusion presque inextricable et la science, loin de progresser, recula.
On confie à un magistrat le soin de diriger une enquête judiciaire, à un o£Bcier le soin de conduire une reconnaissance militaire, chaque genre de recherches a son initiation ; pour s'informer avec fruit de l'Afrique, il faut déjà posséder une notion pratique et assez étendue de l'Afrique et des Africains ; il faut avoir subi cette lente initiation nécessaire à l'explorateur.
Il faut encore que le géographe ainsi préparé rencontre des informateurs; or les gens capables de nous renseigner sur le Soudan ne se rencontrent point partout; c'est à Tripoli, à Kharthoum, à Siout, à Djedda ou au Caire, où ils viennent pour s'instruire, que Ton peut rencontrer des gens du Darfour, du Waday, du Baguermi, du Bornou; on peut au Sénégal recueillir des renseignements utiles sur la partie occidentale du Soudan, mais on obtient sur toute la route desTakrouris ces mêmes renseignements. Quant à l'Algérie, elle n'est point sur la route des pèlerins; plus distante du ^udan qu'aucune autre partie de l'Afrique, elle n'en reçoit pas de caravanes et son horizon ne s'étend point au delà du pays des Ghamba. La partie du Soudan située au sud de l'Algérie nous est, d'ailleurs, assez bien connue pour que la meilleure enquêté ne puisse rien ajouter d'utile à ce que nous en savons^
On ne s'étonnera pas^ après ce que je viens de dire,
(8) si les travaux tentés en Algérie sur le Soudan ont donn^ de si médiocres résultats, et Ton s'expliquera Terreur singulière de ces cartes qui, reportant la science d'un demi-siècle en arrière, transforment le Waday, le Kanem, le Baguermi, qui sont de grands royaumes, en autant de villes situées au sud du lac Tchad. L'Algérie ne peut évidemment fournir d'informateurs que pour ce qui concerne l'Algérie elle-même et les contrées qui en sont le plus voisines. M. Carette a montré tout le parti qu'on pouvait tirer de cette classe d'informateurs.
II ne suffit pas d'avoir des informateurs, il faut encore savoir ce que valent leurs allégations ; il faut savoir peser leurs témoignages et ne jamais les compter: les Africains, en effet, sont unanimes sur les chrétiens anthropophages, les hommes à queue, l'identité du Niger avec le Nil, la puissance des talismans et une foulç d'autres niaiseries. Ils ne s'accordent presque jamais sur les itinéraires et prendre alors une moyenne est le procédé le plus défectueux que je connaisse.
Ce qu'il faut, c'est connaître assez les Africains pour juger de suite de ce que peut savoir celui qu'on interroge et ne lui rien demander au delà de ce qu'il sait parfaitement. Quelques-uns cherchent tout d'abord à nous tromper, leur peu d'intelligence ne leur permet pas d'y réussir; d'autres, pressés de questions, n'osent avouer leur ignorance et suppléent avec un peu d'imagination à ce qu'ils ne savent pas : ce sont les plus dangereux, parce que l'erreur est plus difficile à découvrir.
J'ai ramassé cette année une douzaine de vocabulaires : parmi mes informateurs tant softas que pèle-
riDs, au nombre de plus de quarante; trois ont cherché à me tromper. Pour deux d'entre eux la chose n'a pas eu de suite : leur ayant demandé d'abord les noms de nombre, comme je fais toujours, j'ai vu que leur numération ne pouvait se rapporter à rien de ce que nous connaissons et j'en suis resté là. Quant au troisième» la chose a été plus sérieuse : il savait les trois quarts des mots que je lui demandais, et l'erreur, ne portant que sur un quart, n'est devenue appréciable qu'après plusieurs contre-épreuves et une perte de quelques heures.
L'un des premiers informateurs dont je viens de parler avait fait , pendant quelques années, le commerce du Gourou entre l'Achanti et le Bornou ; venu à El Azhar pour y étudier, il se vantait depuis longtemps auprès de ses camarades de posséder les langues des Achantis, de Goundja, etc. : il ne pensait pas que jamais on pût mettre à l'épreuve ses connaissances à cet égard, la mosquée d'EI Azhar ne renfermant ni Achanlis, ni gens de Goundja. Un jour, cependant, quelques-uns de ses camarades l'engagèrent à passer chez moi pour me communiquer ce qu'il savait; il fit d'abord quelques difficultés, mais voyant qu'on allait se moquer de lui, il vint et se trouva plus mystifié que moi.
L'autre était un assez mauvais drôle et mentait avec une assurance très remarquable ; je m'en aperçus tout de suite, mais ne dis rien. J'avais en ce moment, chez moi, un visiteur qui m'engagea à demander à mon informateur quelques itinéraires. Cet homme, me dit-il, venant des bords du lac Tchad , pourra vous donner de bons renseignements. Nous allons faire
mieux, répondis-je, nous allons lui demander Titinéraire de Sydney à Péking, et m'adressaiit à lui : Connais-tu Sydney? — Sans doute, c'est près de chez moi. — Tu dois connaître aussi Péking? — Péking, oui, c'est dans l'ouest à douze journées. — Indique<*moi les étapes. — On passe à Masna, à Ma6, à Rôbé, à
Fertit, à Tripoli Nous rinoes beaucoup de son
impudence, après quoi je le fis jeter à la porte.
Je dois déclarer, du reste, à la louange des noirs, que je les ai généralement trouvés honnêtes et de bonne foi; le génie de l'Europe est fait pour leur imposer; tout ce qu'ils voient chez nous les frappe d'étonnement et d'admiration. Les bateaux à vapeur qu'ils ont vus sur le Nil, le chemin de fer qui côtoie ce fleuve, les troupes anglaises qui récemment ont traversé le Caire, leur font voir que l'Europe est aussi supérieure à la Turquie ou à l'Egypte, que la Turquie ou l'Egypte elles-mêmes peuvent être supérieures à la Nigritie; ils commencent à sentir en nous des maîtres et il nous devient facile de les conduire.
Hais je l'ai dit et je le répète encore , il ne faut exiger de chaque Africain que ce qu'il peut donner; il ne faut point le presser de questions sur des^ faits qu'il doit ignorer, il ne faut point fatiguer son esprit, peu accoutumé à la réflexion, et s'il se trompe, il ne faut point discuter avec lui son erreur, ce serait perdre son temps) il la corrigerait par complaisance, ou se troublerait et ne dirait plus que des sottises.
En le questionnant avec une extrême sobriété» on obtient tout ce que sait chaque informateur; mais ce que savent la plupart d'entre eux est fort peu de chose, et on le comprendra aisément: avant de quitter leur
pays, les pèlerins du Soudan connaissent leur village et les villages voisins jusqu'à une très faible distance; ils peuvent donc donner quelques renseignements sur les mœurs de leurs compatriotes, la flore ou la faune de leur pays; mais il ne faut pas les interroger sur les districts qu'ils n'ont point visitée eux- mêmes et qui sont situés à plus de vingt lieues de leur village : on courrait risque d'y rencontrer les chrétiens anthropophages et les hommes à queue. Lorsqu'ils sont partis de leur pays pour se rendre à la Mecque, le; but de leur voyage était l'accomplissement d un devoir religieux, non le développement de leurs connaissance» géographiques; ils n'ont point noté d'itinéraires; fatigués après de longues journées de marche, ils se sont occupés dé trouver à souper, sans se préoccuper d« savoir le nom du lieu où ils s'arrêtaient. Us n'ont fait aucun effort pour retenir des noms ou des distances qu'ils n'avaient appris que par hasard et, pour peu qu'il se soit écoulé quelque temps, il ne leur reste, d'un si long voyage, que de vagues réminiscences» bases incertaines sur lesquelles le géographe ne peut rien construire de sérieux.
Ce que je viens de dire des Takrouris s'^appUque également aux marchands arabes.
Je le déclare donc sincèrement: après avoir recueilli auprès de ces deux classes d'hommes un grand nombre d'itinéraires, qui ne m'ont appris qu'à douter et que je me garderais biep de pubHer sachant ce qu'ils valent, les indications et les itinéraires des pèlerins noirs, des étudiants d'Ël-Azhar et des Djellabs ne valent presque rien, et il me paraît imprudent d'en faire usage dans la construction des cartes. M. Jomard,
qui a entre les mains tant d'élémenls de cette nature» a dû, après de laborieux efforts» renoncer à s'en servir; je ne pouvais» quant à moi, que suivre l'exemple donné par un savant aussi illustre.
Est-ce à dire pourtant qu'on ne pubse auprès d'aucun Africain recueillir des renseignements utiles? en aucune façon. Il y a une distinction à établir entre les informateurs que je viens de désigner et deux classes d'hommes qu'il est généralement possible de consulter avec fruit.
La première comprend les guides du désert et les marchands* noirs qui trafiquent dans les parties du Soudan que les Djellabs n'atteignent pas.
La seconde comprend les princes africains et les Soudaniens d'un rang élevé, en un mot, les gens qui ont gouverné les royaumes, inspecté les provinces, fait mouvoir des armées en pays ennemi.
Malheureusement les informateurs de ces deux catégories ne sont point aussi nombreux que les autres, et c'est une bonne fortune géographique très rare que d'en rencontrer un.
C'est après bien des efforts inutiles et bien des déceptions, que j'ai eu cette année une bonne fortune de ce genre; je me suis empressé d'en tirer tout le parti possible.
Un de mes Africains, le cheikh Abdallah, de l'Afnou, chef de chambrée des étudiants noirs à El-AEhar, interrogé un jour par moi, sur les Soudaniens qui se trouvaient au Caire, vint à me citer un parent du sultan de Baguermi» du nom de cheikh Ibrahim; il m'apprit que ce personnage ayant effectué l'année dernière le pèlerinage, se trouvait encore pour quelque temps en
Egypte et était descendu au Caire chez Ismayl-Pacha. Abdallah me parla d'Ibrahim comme d'un homme intelligent, bien au fait de tout ce qui concernait le Soudan et très désireux de s'instruire. ^
J'invitai Abdallah à m'amener le plus tôt possible le cheikh Ibrahim. Ce dernier ne se fit pas attendre : isolé au Caire où il n'a point d'égaux parmi les noirs et peu de relations parmi les blancs, il se trouva fort heureux de pouvoir passer chaque jour quelques heures dans mon jardin , à m'entretenir de son pays et à recueillir de moi, sur le reste du monde, sur les grandes découvertes de la science moderne et même sur les doctrines de l'islam, des renseignements qu'il lui eût été difficile de puiser autre part.
Le cheikh Ibrahim est un homme intelligent et fort éclairé pour un noir; quoique encore jeune, il a pris part à plusieurs des guerres soutenues par le Baguermi contre le Bomou, du temps de Mohammed-el-Kanemi; il a voyagé dans presque tout le Soudan, a passé deux ans dans le Waday, un an au Darfour, quelques mois dans le Dar-Sila; il parle, en outre de sa langue maternelle et de l'arabe, les langues du Bornou, du Waday, du Darfour, du Fitri, des Kirdi-Sara.
Usant avec lui de circonspection et même d'une certaine méfiance , je ne le consultai pas d'abord sur la géographie; je commençai par lui demander quelques renseignements sur l'histoire ; il me récita d'un trait et en commençant par la fin, les listes royales de diverses contrées du Soudan ; je fus tenté de croire aune mystification ; cependant la durée qu'il assignait aux monarchies, cadrait bien avec le nombre des générations et celui des princes ; ses indications s*accor-
(14) datent assez a?ec celles du cheikh Mohammed» celles fournies à M. Fresnel el celles que j'avais déjà recueillies, elles étaient seulement plus nettes, plus complètes, plus vraisemblables et je ne tardai pas à reconnaître qu'elles devaient être préférées. Je m'empressai de transmettre ces renseignements à M. Jomard ; je suis à même d'ajouter aujourd'hui quelques développements à ce que j'écrivis aloi^ et je le ferai dans le cours de ce travail.
Satisfait des renseignements que le cheikh Ibrahim m'avait fournis sur l'histoire, j'osai aborder la géographie; les indications que j'en ai obtenues à cet égard, me paraissent mériter la plus grande confiaoce, parce qu'Ibrahim est d'accord avec Denham , Glapperton et les voyageurs récents, pour tout ce que ceuxci ont pu voir par eux-mêmes ; que ses routes du Fâcher à Lobeidh, de Lobeidh à Khartoum el deKhartoum à Soaken, sont parfaitement conformes à ce que j'en sais pour les avoir suivies en personne; qu'il est toujours d'accord avec lui-même; que les dessins qu'il trace sur le papier sont la traduction suffisamment exacte des notes que j'ai écrites sous sa dictée; que tous ses itinéraires sont faciles à relier; qu'il est possible de former des triangles; qu'il reconnaît, à leur seule position relative sur ma carte, toutes les localités que j'y ai placées; parce qu'enfin, je n'ai aucun motif de douter de sa bonne foi, et qu'il me dit nettement ce qu'il sait et refuse de parler de ce qu'il ne sait pas. Inten^ogé sur Rôna, il m'en nomme la capitale, m'en indique la situation, me dit que l'Ommet-Timan y passe, mais déclare n'y avoir pas été et n'en pas savoir davantage. Questionné sur le cours
inférieur de rOmm-et-Timan , il répond que cette rivière passe près de Goula et de Banda au sud du territoire des Rezégat» à Djenké auprès du Djebel- Rachat > situé au sud du Gordofan; mais qu'il n'en sait rien de plus et qu'il ignore complètement si cette rivière se jette dans le Nil, qu'il n'a vu qu'un peu audessus de Khartoum et sur le cours supérieur duquel il ne sait rien.
Je dirai de plus que les indications du cheikh Ibrahim me paraissent fournir l'explication nette et précise de beaucoup de faits jusqu'à présent mal exposés ou mal compris; ils jettent une lumière très vive sur bien des questions longtemps obscures : ce sont» à mes yeux, de véritables révélations et je n'ai pas craint de m'en servir pour esquisser la .carte assez détaillée d'une des parties les plus inconnues de l'Afrique.
Je montrerai en quelques mots commeni-j'ai construit cette carte.
Je n'ai pas attribué à la journée de marche une valeur constant^ à laquelle il eût fallu toujours me tenir; j'ai distingué au contraire trois sortes de journées : 1* celle des nomades dans le désert ; 2* ceile des caravanes dans le désert; 3*^ celle des Takrouris dans le Soudan.
La première de ces journées peut être égale et quelquefois même supérieure à 20 milles, tandis que la troisième doit varier entre 12 et 16 milles, distances mesurées en ligne droite.
La journée des nomades dans le désert est très forte, parce que les nomades ne craignent point la fatigue et suivent une même ligne droite d'un puits à un autre, c'est-à-dii^e sur une distance de deux à trois journées*
La journée des caraTanes est moins forte , parce que les chameaux sont pesamment chargés.
Enfin la journée des Takrouris dans le Soudan, donne très peu de chemin en ligne droite, parce que le Soudan est coupé de fourrés épais, de marécages, de lacs ou de rivières qui doivent èlre tournés et que les Takrouris, désireux de trouver chaque soir un gtte et un souper, suivent les lignes habitées plutôt que la ligne droite.
Je vais éclairer ceci par un exemple.
La position de Wara embarrasse depuis longtemps les géographes et m'embarrassait d'autant plus moimême, que je trouvais la longitude assignée par Browne à Kôbé, beaucoup trop orientale.
D'après Browne on compterait de Kébé à Wara quatorze journées.
Et d'après le Fakih-Ibrahim, un des informateurs de M. Fresnel, vingt-huit journées, c'est-à-dire le double.
Un guide arabe du Gordofan m'a donné la route de K6bé h Wara en onze journées.
Le cheikh Ibrahim m'en indique une qui emploie vingt-deux journées, c'est-à-dire encore le double. En admettant les itinéraires de Browne et de mon Arabe, on plaçait Wara trop loin de Màsni et de Hborgou.
En admettant ceux du Fakih-Ibrahim et du cheikh Ibrahim, on plaçait Wara trop près de Màsôà, de Mborgou et du lac Tchad, ou trop dans le nord, et Wara ne saurait être placé au-dessus du 15* parallèle par deux raisons au moins; la première, c'est que les positions de Rôna, de Mbbrgou, de Mà6, bien établies déjà par plusieurs itinéraires, devraient être sacrifiées en raison des itinéraires sur Wara; la seconde,
( 17 ) c'est que Wara se trouve à deux jours au moins au sud de la limite des cultures soudaniennes, lesquelles ne dépassent très probablement pas le 15™* 30', Textrème limite de la région arrosée par les pluies estivales, coïncidant à peu près avec le 16"* 30^
D'un autre côté, en partant de Wara pour se rendre à Kôbé, on se dirige vers le sud-est, d'après au moins le témoignage de quelques informateurs, parmi lesquels il faut compter le cheikh Ibrahim.
Enfin, et pour rendre la question encore plus embrouillée, on nous dit que de Kôbé ou du Djebel Ghalla, on fait route sur Wara au sud- ouest et que Wara est à l'est de Màsnà. Toutes ces assertions qui paraissent si contradictoires et si inconciliables avec le peu que nous savons déjà, vont s'accorder cependant et la position de Wara sera déterminée avec une exactitude suffisante.
Les routes de onze et de quatorze jours, en effet, sont des lignes à peu près droites, est et ouest, tirées de Wara à Kôbé ; ces routes ne sont suivies que par les nomades voyageant à grandes journées, ces deux roules n'en font peut-être qu'une.
Les routes de vingt-deux et de vingt-huit jours sont celles des Takrouris; elles passent par le Batéha, le Batha, le Wadi-Baré, etc. De Wara on se dirige au sud-est pour gagner le Baléha, on suit la même direction jusqu'à Kerwadjit; à partir de Kerwadjit on marche à l'ouest-nord-ouesl, ou au nord-ouest pour gagner le Djebel Ghalla ; ce coude énorme explique la longueur de ces routes, ou mieux de cette route et fait comprendre en même temps pourquoi les uns placent
K6bé au sud-est de Wara, tandis que les autres placent Wara au sud-ouest de K6bô.
La route directe de Hisna à R6bé ne passe point à Wara» tnais. au sud-est de cette ville» à Kerwadjit» d*où il ressort que Wara n'est pas à l'est de Màsna, mais plutôt au nord^est ou à l'est-nord-est de cette fille» ainsi que le reconnaît très nettement le cheikh Ibrahim. Quelques Soudaniens disent que Wara est à l'est, parce que l'est pour eux est plutôt la Kiblè* (c'est-à-dire le point vers lequel ils doivent se tourner pour faire leurs prières) que le lieu moyen du lever du soleil ; or le Djihat-el-Kaaba» c'est-à-dire la direction de la Kaaba» est pour les gens de Màsna à peu près l'est-nord-est» c'est-à-dire la direction même de Wara.
J'ajouterai en passant» que la position que je donne à Wara satisfait à toutes les autres données du problème e4 s'accorde avec les positions de Mà6» de Mbàrgou» du Fitri» de Sila» de Rôna» etc. C'est en contrôlant et corrigeant ainsi une foule d'indications les unes par les autres» que j'ai pu arriver à tracer l'esquisse que je présente au public. Je me suis appuyé pour ce travail sur les positions assignées àLobeidh et à Màsfia par Je baron Ruppell et le docteur Barth. J'espère que ce travail» pour imparfait qu'il puisse être, ne sera pas jugé indigne de l'attention des géographes» que ses conclusions principales seront appréciées par une critique savante» confirmées par l'examen» des faits» qu'enfin il ne sera pas inutile aux progrès d'une science dont l'objet véritable est d'ouvrir le monde à l'essor de tous les peuples et aux triomphes de la civilisation.