XVIII. — Kèryà à Lobeïdh
Djedid-Ras-el-Fil i jour.
Djemâan I j*
Et-Towecha 3 j.
Ouad-Bichara ou Dar-Uammer. . . i j* i*
Àbou-Harax; • 7 j*
Lobeïdh 1 j*
Soit de. . . 14 ^ 1 5 jours.
▼Il« PAETIE. — POBTRAIT £T IICBUR8 DBS SOUDANIBNS.
L — Idée de ce travail .^ progrès des AJncains.
Ce travail commencé en Egypte, achevé en France, ne présente pas tout Tordre et toute la suite désirables. J'ai voulu publier de suite des faits intéressants, sauf à les grouper plus tard dans un ordre plus méthodique : c'est donc ici plutôt le journal de mes études ou le répertoire de mes notes que le tableau de ce que )*ai appris ; ce tableau d'ailleurs serait incomplet, car je ne veux point répéter ce que j'ai dit ailleurs ; je me borne à revenir sur les erreurs et à combler autant que je le puis les lacunes de mes travaux précédents. Le jour où je pourrai résumer dans un livre méthodique et complet le résultat de mes recherches» n'est point encore venu.
Je poursuis donc mes éludes avec patience et je les poursuis avec joie, car il me semble qu'en accumulant un grand nombre de faits dont la mention parait souvent fastidieuse, je réunis les éléments des plus hauts problèmesqu'agite la philosophie; je m'approche de la connaissance de ces lois immuables qui prési-
dent à la vie des sociétés comme d'autres lois prédident à la TÎe de la nature.
U* éloignant de l'Europe, foyer d'une civilisation industrielle sans égale, de celte Europe dont l'intelligence brilla d'une si vive lumière dans les deux der« niers siècles, je gagne TAfrique à demi musulmane, i demi barbare. J'y retrouve l'Europe du moyen âge, et cette Europe germaine et gauloise, hérissée de forêts, encombrée de peuplades misérables et féroces. Naturalisé pour ainsi dire dans un présent qui ressemble à notre passé, je comprends mieux l'histoire, je la vois se répéter devant mes yeux : ici j'assiste à la naissance d'un peuple, j'entends les premiers bégaiements d'une langue qui se forme; là je vois une nation qui commence à cultiver le sol; tente les premiers essais'd'une industrie grossière; fonde un gouvernement; érige des autels à desdicux récemment inventés, et, mise en rapports avec des peuples plus avancés, eq reçoit quelques idées qui décident de son avenir^
Je vois quelques États africains suivre une marche réellement progressive et je m'empresse de signaler ce fait. Mais ne croyez-vous pas, me demande-t-on, à l'infériorité des Africains? Ne les croyez-vous pas éternellement confinés dans l'ignorance et dans la barbarie? Pensez-vous qu'ils puissent jamais s'élever à la hauteur où nous sommes parvenus? Ma réponse est celle-ci : je crois à l'infériorité des Africains; je crois cependant qu'ils peuvent progresser, même sans le contact des autres peuples, plus lentement à la vérité et dans une moindre mesure. Je considère l'isolement dans lequel ils ont si longtemps vécu comme la principale cause deleur extrême barbarie, et cet isolement
leur était impoM par la nature même du sol qu41s habitent.
Le contact des Arabes a déjà inodifié leurfi mœurs et leurs idées. Le contact rie l'Europe les élètera plus haut, si l'Europe, plus tard, leur tend la main pour les guider au lieu de les oppritbet* et dé leé détruire.
Les Indous, les Égyptiens, les Grecs et les Rotiiains ont su créer, à travers les siècles, une civilisation qu'ils nous ont' léguée a sans ces maîtres illustres, noiis né serions encore que des Geltes; ne méprisons donc pàft tant les peuples qui n'ont pas eu leur part de ce grand héritage ! Certes les noirs n'ont point l'esprit des Grecs, et, livrés à eux-mêmes, n'égaleraient proba-» blement jamais ce peuple d'élite, mais s'ils n'ont poiilt le génie qui invente, ils ont peut-être â un assez haut degré la docilité qui imite, et s'ils ne peuvent s'éclai** rer d'une lumière qui leur soit propre , ils peuvetit réfléchir une partie de celle que l'Europe verse èur lé monde! Malheureusement leur esprit est naturellement futile et ils sont plus portée à singer nos soUises qu'à imiter ce qui fait notre grandeur (1).
(i) Note ajoutét après le tirage du Bulletin*
Un savant philologue écrivait récemment qu'il n'y a point d'exemple d'un peuple sauvage devenu civilisé. Je ne prétends pas en chercher dans l'histoire, lliiitoire date d'hier; te court espace de temps qu'elle embrasse peut ne pas fournir l'exemple de l'évolution complète d*une rdce humaine : mais ces haches de pierre, ces débi it de pir<»giitti, que pions découvrons chaque jour en fouillant le sol de la vieille Europe, que sont-ils, sinon la preuve matérielle de la sauvagerie de nos ancêtres antéceltiques, anté^ermaniques?
Si nous n'avons point vu une même race suivre toutes les phases de sa vie, ttous avons Vu cepehdant quelques peuples passer de Tétât
(ili)
II, — De la populatiQ(^ du Soudan.
Quel est le chiffre de la population des divers États du Soudan, ou, en d'autres termes, quelle est ta densité de leur population ?
Celte intéressante question me préoccupe depuU longtemps. Il ne m*a pas été donné de la téëoudre ; mais il me sera peut-être possible de l'élucider un peU en discutant quelques-unes de ses principales données. La polygamie ou plutôt la promiscuité qui règne dans le Soudan est favorable à l'accroissement très rapide de la population. Les fillages du Soudan paraissent être très vaétes et très peuplés ; ceux qui servent de résidenc^e h des princes olfil souvent plusieurs Ueoei dé tour et la multitude de leurs habitants les ftit Ipeisembler à d'inlmenses fourmilières.
saaiTa^e à là barbarie; quelque^ autres spriir de |a barbarie pour 8*élever à la civilisation. Les traditions antiques de la Grèce ne nous montrent-elles pas l'ignorance et la grossièreté des premiers bommes? Nos ancêtres Celtes et Germains n'étaient-ils pas barbares et ne somihesnous pas civilisés? Je dirai plus, ne pourrions-nous pas distitigiier, pour leN. et TO. de l'Europe^ dnq époques tueceftsives: i* L'époqud des haches -de pierre et des eavemes qui est peutf-étrs celle des DolimiQS, des Menhirs, des Cromlechs; 2** l'époque des Gaulois et des GermainSi de César et de Tacite; 3° les siècles chrétiens du moyen âge; 4° les temps modernes à partir de la grande ère dé la découverte .de Fimprimerie, ou peut-être mieux de la découverte de l'Amérique; 5* enfili répoque actuelle préparée par le xtiii' siècle, se distinguant de celle qui Vu précédée, d'une ps9>l» par la vtpavr et rélectriek«^ asservies, la rapidité des voyages, rinstaptaoéité des communications; de Tautre^ par la création ou Timmense développement des sciences physiques et naturelles, ainsi que la naissance des études philologiques, ethnologiques basées sur une connaissance plus exacte du passé et du présent?
(dit)
Ces villages» toutefois, ne sont si vastes que parce que les habitations y sont clair-semées; la foule n'y est si nombreuse, si agitée» si bruyante que parce que le séjour des habitations est peu confortable, et que les noirs ont Thabitude de vivre autant que possible à l'aie et au soleil.
Le nombre des villages est d'ailleurs très restreint, il n*y a que de grands villages, parce qu'en cas d'attaque, de grands villages seuls peuvent se défendre, et ces villages sont d'autant plus grands et d'autant plus peuplés, qu'ils doivent moins de puissance défensive à la nature ou à l'art. Une petite troupe se maintient dans une forteresse. Une troupe un peu plus nom* breuse suffit à défendre un de ces boui^s solidement bâtis que l'on rencontre en Espagne; il faut presque une armée pour couvrir de misérables huttes entourées de haies ou de palissades.
On peut donc presque dire que le chiiïre de ces agglomérations humaines est en raison inverse des moyens défensifs qu'elles empruntent à la nature ou à l'art.
D'un village àTautre s'étendent d'ordinaire dévastes espaces incultes. Les frontières des États sont des marches, c'est-à-dire des bandes de terrain dont la largeur varie entre une et dix journées entièrement abandonnées aux bêtes fauves, et couvertes de forêts insondées que l'on ne traverse pas sans crainte.
C'est ainsi qu'un désert arbreux sépare leDar-Four du Waday; que d'autres solitudes séparent le Waday du Djebel-Tama, du Kanem et du Baguermi. C'est ainsi que le Djebel-Géra et leDjebel-Som sont séparés du Djebel-Olé et du Djebel-Koubà, par d'immenses
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plaines non point inhabitables» mais entièrement inhabitées.
Quelles ressources alimentaires les noirs et les Arabes tirent-ils du Soudan : les Arabes sont pasteurs et dès loi^ ne peuvent être nombreux; les noirs échappent à peine à la vie sauvage, beaucoup d'entre eux cherchent encore leur subsistance au sein des forêts, se nourrissent des fruits que leur offre la nature ou du gibier que leur flèche peut abattra ; ceux-là encore ont besoin d'espace et ne peuvent être nombreux; leurs frères phis avancés commencent à culriver la terre; ils défrichent les forêts en y mettant le feu et sèment sur les cendres aux premiers jours de la saison pluvieuse. L'étendue du sol qu'ils cultivent ainsi doit toutefois être bien restreinte, puisque partout, dans le Soudan, la propriété territoriale individuelle est à peine connue. Les Soudaniens, ainsi que les Germains de Tacite^ ne possè<ient d'autre sol que celui de l'enclos qui environne leurs cabanes, le champ qu'ils ont semé ne leur appartient que jusqu'à la récolte. Depuis cette récolte jusqu'aux semailles prochaines, il n'a point de maître: le droit d'y semer s'acquiert en y plantant sa lance et en semant le même jour (1).
(i) Note ajoutée après le tirage du Bulletin.
Dans quelques parties du Soudan, on remue la terre avec des bêches. Sur le bord des grands cours d*eau, toutefois, on trouve une lisière inondée chaque année^ plus fertile à la fois et plus facile h travailler que les terrains arrosés seulement par les pluies; ceux qui la cultivent n'ont besoin que d'un pieu assez fort à pointe charbonnée; saisissant le pieu à deux mains et l'élevant en l'air, ils frap*^ peut le sol de sa pointe qui y pénètre assez profondément, ils im* priment alors au pieu une secousse circulaire de façon à ce que le trou devienne un cène très évasé. Sur les frontières de l'Âbyssinie,
Cèï élftl d# obo5ei n'umèo^ que r«ir«ment dea coniesiaiioDS, car, dans le Soudan, ce n*est point comice çbei nima, la terre qui manque & Tboptime, mais l'homme qui manque à la terre,
La prineipale culture dana le Soudan oriental est eelie du dokhn, M* Thibaud» qui a cullivé lui-môme^ dana le Kordofan, le dokbn pour la nourriture de ses domestiques, m'a assuré, au Caire, qu'un hectare de dpkbn pe pouvait nourrir que de huit à dix hommes. C'est peu sans doute, chaque tige de dokhn porte beaucoup de grains, mais les tiges sont fort espacées.
D'un autre côté , cependant, quelques racines et quelques tubercules (éculeots contribuent puissam* fpent à l'alimentation des Soudaniens, Je ne crois pas que le m^uioc soit connu dans le Soudan oriental, mais on y rencontre un tubercule que je crois fort 0tre celui du Conifolvulus batçitaf; cette plante, toute-' foia» n'eat )'ob)et d's^ucune culture,
L^ gp^Tue» quelques fruits, celui du f^tus^ par exemple, quelques graines sauvages; la chair des bœufs, de^ moutons, des chamet^ux, de J'éléphant, de l'antilppe, de l'hippopotame et du crocodile même, ainsi que ceUe de quelques poissons, ajoutent encore quelque chose à l'alimentation des Soudaniens.
L'abondance du gibier, la fécondité des troupeaux et du sol dépendent surtout de l'abondance des pluies. Or, je l'ai dit ailleurs, il tombe dans le Soudan à peu prè» autant d'eau que dans l'Inde, mais cette eau n'est
les lisières des cours d'eau sont quelquefois partagées eqtre un c^r- Uin nombre de propriétaires; lorsque ceux-ci veulent donner au sol M| fa^n, ils font appel à leurs voisins, dont ils paient le travail par le don d'une eertaint quantité de viande, d'un mouton, d'une chèvre.
P»? *gPlppçBJ répartie entre leç dififérente d}slriçtj : len ups sopt soqvent inopcjés, tandis que les autfes souffrent de la sécheresse; cette dernière circons^n<3e entraîne toujours la famine, car le nègre inapréyo^anl e( d'ailleurs noisérable ^ n'a pas amassé de provisioas ; de^ milliers d'hommes dès lors shcgoi^* beat à la (^m > ou périssent en d^pptant è d'^H^feii ^l)^ ferre moins ipgrate (1).
LgS guerres se ppqrsqivent j^veq ^ch^rn^np^^t ^ cqfpnje phez tous les barbares, le vainqueur ne gc^rde p^s de mesure; si le fanatisme s'en mêle, il extermine les vaincus, ainsi qpç le firent souvent les J^ifs ; si la cupidité Tanin)^, il les réduit en esclavage et les trans^
(l) NQte flijoptée après le tirage da Bulletin.
L'arbre à pain introduit à Fernando-Po, depuis quelques ^nqéefi Ta été récemment au Gabon par les missionnaires américains. Il faut espérer qu'il pourra s'y acclimater et qu'il pourra se répandre de ce point gur tout le Soudan. On sait que la culture de l'arbre à pain est celle qui, sur un terrain donné, peut nourrir le plus grand nombre d'^wines.
Celte culture garantit donc de la famine les peuples qui s'y adp|i« nent. Si les commerçants ou les explorateurs qui visitent l'Afrique intérieure connaissaient mieux nos colonies intertropicates, il leur serait facile d'introduire et d'acclimater dans le Soudan un grarid nombre de plantes utiles. G'esl en leur rendant de pareils services qa^»n peut mériter et obtenir U confiance des populations. On expïte <|E| contraire la inéfiapce des noirs en montriint un zèle intempestif pour l'abolition d'un traBc qui les enrichit, ou pour le triomphe d'une religion qu'ils abhorrent L'acclimatation des espèces coloniales dans le Soudan me parait possible, parce que le climat du Soudan est pareil à celui de la plupart des colonies. Pas d'acclimatation réelle tu dfhors de la parité de climat. Cet axiome semble niais à furet d'être évident; je le répète cependapf, parce que je le voi^ toi|s \ff joyijrs jnçtire eft oubli.
porte au loin, de toute façon il tend à faire de sa conquête une solitude^ un désert ! Les épidémies enfin sont fréquentes : la variole exerce les plus grands ravages dans le Soudan; la suette y régnait cette année; le choléra y a déjà fait au moins deux apparitions depuis 1832. G*est pourquoi je ne pense pas que le Soudan soit extrêmement peuplé. Je ne proposerai pas un chiffre approximatif, c'est aux voyageurs seuls qu'il appartient de fournir de telles évaluations, encore est-il hien difficile aux voyageurs d'apprécier l'importance d'une population clair-semée dans d'immenses villages, mohile, insaisissable, souvent cachée dans les montagnes ou derrière des marécages; et j'avoue que je n'oserais émettre une opinion sur la population des villages du Soudan que J'ai visités moimême.