III. — Constitution des Soudaniens^ leur alimentation
L'incurie des Africains ou leur peu d'industrie rend leur existence précaire et misérable : tantôt tourmentés par la faim, tantôt atteints parles intempéries de l'air, ils s'affaiblissent ou contractent des maladies qui se prolongent en l'absence de soins éclairés. La race ne peut que se ressentir des souffrances de l'individu , elle tend à devenir chétive et scrofule use.
Ces maux, dus à la misère, doivent moins atteindre les riches que les pauvres et respecter habituellement ceux qui ont reçu de leurs pères un sang à la fois plus noble et moins appauvri.
Je dois le dire, toutefois, bien que les peuples bar*
barcs sou4)çonnenl à peine l*liygiènc et la médecine» leurs maux n'égalent pas les noires : les plus chétifs d*enlre les Africains paraîtraient robustes si on les comparait à cette multitude étiolée qui encombre nos manufactures ; chez nous le mal est invétéré, presque incurable ; les Africains, cependant, n*ont besoin que d'un peu de bien-ôlre pour acquérir la force et la santé.
C'est que, comme tous les barbares, ils vivent an grand air, ignorent les fatigues d'un labeur insalubre et ne font point usage d'aHmenls ou de boissons frelatées.
' L'alimentation des Soudaniens est au contraire substanticlle et saine, puisque la viande et le dokbn en forment la base; leur boisson est tantôt le lait, tantôt la bière de dokbn ; l'air et le mouvement hâtent la digestion do ces substances qui sont facilement assimilées. Les Africains riches en absorbent des quantités incroyables, aussi sont-ils généralement robustes et de haute taille ; ceux qui font usage de la bière de dokhn deviennent très gras, mais leur embonpoint n'est pas de l'obésité : tout se développe à la fois chez eux, les bras, les jambes et le corps. La fatigue, les privations leur font perdre cet embonpoint en quel* ques semaines, mais quelques jours d'abondance leur suffisent à le recouvrer, tant la nature de leur constitution et celle du climat favorisent la plénitude de la vie.
Les Africains se portent à l'amour avec une ardeur et une puissance dont nous avons lieu d'être confondus. La polygamie, peu pratiquée des Turcs et qui embarrasse mênie les Arabes, parait indispensable aux noirs: les princes soudaniens entretiennent un nombre
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tel (le concubineg qqe souvent ils sent loin de con«nallre tous leurs enfants; ils ignorent cependant les débauches auxquelles conduit la satiété. Les peuples civilisés et blasés ont seuls des vices, les peuples pri* mitifs n*ont que des défauts.
tes Soudaniens possèdent d@ grands troupeeui dti pioutonSy de chèvres et surtout 4e bosufs^ Ces derniers animaux sont en si grande abondance sur le fleuve Blanc que leç ipégoçiants européens^ qui font de ce côté la traitq de TivoirCi peuvent s*en procurer à raison de 10 piastres l'un en verroteries* Les indigènes cependant comme tous les pasteurs, se montrent économes de la viande de }purs troupeaux; si d'ailleurs ils viennent à tuer un bœuf, Tussige n'admet pas qu'ils en vendent la chair au détail, ils sont tenus de donner à leurs voisins ce qu'ils ne consomment pas ou de les appeler tous à un banqueL Cette coutume est quelquefois éludée sur les frontières occidentales de l'Abyssinie d'une manière assez ingénieuse et assez profitable : douze ou quinze pasteurs forment une association pour la viande; chacun d'eux doit à son tour livrer un bœuf qui est mangé par tous les noenibres de Tasspciatioq ; afin d'éviter les parasites, les associés vont s'établir au sein de quelque clairière éloignée el y passent deux ou trois jours; pendant la nuit, ils se gardent des bêles féroces par de grands feux; pendant le jour, ils dansent, ils chantent^ ils racontent des histoires, et par-dessus tout, ils mangent du bœuf à peu près cru; pressés d'accomplir leur tâche, ils se disputent .avec une noble éu)ulation le sceptre de la gloutonnerie.
Je discutais un jour avec un Fourien sur les mé^
( H9 ) rites de la viande erue et de la viande cuite; je lui représentais que la viande crue était d'une digestion peu Facile et remplissait de vers les intestins. « Cela se peut, me dit-il, mais si je jette contre un arbre un morceau de viande cuite, s'y colle-t-il? Non. Si c'est un morceau de viande crue, il s'y colle cependant» eh bien» notre corps est comme l'arbre» la viande crue s'y attache» elle se fond dans notre chair» elle est bien plus nourrissante que l'autrç. » Le raisonnement de oe brave homme me parut assez absurde. Je crois toutefois, mais par des motifs différents du sien» que la viande crue ou à moitié cuite est la plus nourrissante. Le mouton se mange rarement cru.