VIII. — VOmm-Timan [Salamat^ Iro^ Kéilak
Léon parle d'un détour du Nil vers l'ouest, détour qui aurait servi de limite au royaume de Gaoga ; cette indication parait s'appliquer au Reilak; malheureusement ce renseignement se lie à l'existence du royaume de Gaoga, qui me parait de jour en jour plus douteuse.
Un Africain entretint Burckhardtde l'Omm-et-Timan comme d'un affluent occidental du Nil Blanc, un autre a parlé A M. Kœnig d'une rivière de Goula dont la source était à huit journées au sud du Baguermi et qui se divisait en deux branches, dont l'une se dirigeait au nord-est sur Rôna, puis de Rôna au sud-est jusqu'au Nil.
Un homme de Rôna a assuré à Ignatius Pallme que le Nil Blanc passait à Rôna, à Bakkara (lisez traversait un pays habité par des Arabes Baggara ou Bouviers, les Salamat, lesRezegat, etc.], àDjenky et, à l)ynké, recevait un affluent, entrait dans leSennar, etc. Au-dessus de Rôna les informations obtenues par
Ignatius Pallnie confondent rOmui-et^Timan avec le Bahar-egb-GbzaI, et assignent des positions trop occidentales à Goula et à quelques autres districts.
Le sultan Teima a parlé à des voyageurs français du même affluent qu'il divisait en deux bras ; malbeureusement les noms indiqués par lui ne s'accordent pas avec ceux qui sont donnés par d'autres informateurs; ils paraissent inexacts» ce qui tient peut-être à ce que le sultan Teima connaissait mal cette région, ou peutêtre à ce qu'il ne désirait pas la faire bien connaître.
Âbou-Madian parla aussi à M* Perron d'une rivière qui coulant au sud du Darfour devait verser ses eaux ^ans le Ni) ; celte rivière longeait les terres des Rezegat : Abou-Madian n'en savait pas plus long n'ayant pas voyagé de ce côté et ayant quitté très jeune le Darfour.
Enfin, un bomme de Rouna et un Wadayen parlèrent à M. Fresnel d'un grand affluent du Nil qui traversait tout le Dar-Fertit.
M. d'Arnaud avait déjà découvert depuis assez longtemps, dans le lac Nu, l'emboucbure de cet affluent auquel il avait donné le nom de Keîlak ; les indigènes avaient appris à M. d'Arnaud qu'à peu de distance à l'ouest du lac et de son embouchure, le Keîlak recevait du sud-est un affluent assez considérable.
Depuis le mémorable voyage de M. d'Arnaud, l'existence de l'affluent oriental ne pouvait plus être mise en doute et les témoignages à peu près concordants des Africains, permettaient d'en tracer le cours jusqu'à quelque distance du lac Nu. La Société de géographie a publié il y a peu de temps deux cartes, l'une de M. Vayssière qui, d'après des rapports recueil-
lis sur les lieux, indique le cours du Kellak jusqu'à un village nommé Djonkor, qui est peut-être le Djenké de ma carte (Djonkor est peut-être aussi Djonkhor» synonyme de Medjous, idolâtre, pluriel Djenakher et Djenakherah ) ; l'autre de M. Brun-RoUet qui, plus audacieux» faisait sortir le Reilak du lac Fitri*
J'ai obtenu, quant à moi, sur l'Omm-et-Timan les renseignements suivants de l'exactitude desquels je suis pleinement convaincu.
Le nom d*Omm-et-Timan, mère des jumeaux, qui sert à désigner cette rivière, lui a été donné parce que ia femme d'un chef des Salamat, nommé Issa Wad (oulad) Djouroullé, accoucha sur ses bords de deux jumeaux, qui furent nommés Hassan et Hossein. C'est à une journée au sud-est des montagnes de Médogo que rOmm-Timan prend sa source ; elle est séparée du Fitri par les montagnes que je viens de nommer ot le Djebel-Djaé qui les continue à l'ouest; elle se dirige de l'ouest à l'est ; ses bords sont fréquentés par les Arabes Oulad-Hachid qui paissent des bœufs; rOmm-Timan traverse ensuite le territoire des Arabes Salamat, longe les terres des Dadjos, passe au-dessous du Djebel-Rôna et près de la ville de Boukhas, qui est la capitale du Dar-Rôna; de Boukhas il se dirige, en longeant le territoire des Rezegat, le Dar-Fônbrô, le Dar-Goula, le Dar-Banda, sur Djenké, puis sur le Djebel-Rachat. C'est à peu de distance au sud-est de cette montagne que ses eaux doivent se joindre à celles du Nil.
L'Omm-et-Timan n'est pas une rivière permanente, ellç ne coule pas pendant ia saison sèche, et son lit forme alors une chaîne de flaques et d'étangs sem-
( 31 ) blable de tout point à la chaîne du Batha« G*est pourquoi, bien que le développement de rOmm-et-Timan soit considérable, et bien que la direction ouest et est de cette rivière soit exactement le prolongement du Nil BlanCy entre le lac Nu et l'embouchure du Saubat, on ne doit pas la considérer comme le véritable Nil ; le Kir» qui possède plus d'eau et peut être navigué à une distance plus grande de son embouchure, a seul droit à ce litre.
Le Reïlak n'en reste pas moins une grande rivière; son cours ne saurait» en faisant abstraction de ses méandres, avoir moins de 6A0 milles de 60 au degré, puisqu'il embrasse plus de 9 degrés en longitude sous un parallèle moyen compris entre le 10^ et le 11* degré.
Il y a plus : le Reilak me semble posséder, à l'exclusion du Kir, le privilège de faire monter les eaux du Nil.
Le Soudan reçoit des pluies abondantes, fnais la distribution de ces pluies est très variable, très inégale; Je môme lieu souffre tantôt un déluge^ tantôt une sécheresse désastreuse qui affame ses misérables habitants; or le cheikh Mohammed a remarqué que les crues du Nil étaient toujours en raison de l'abondance des pluies tombées au Darfour.
Les pluies qui élèvent le niveau du Nil moyen et du bas Nil doivent être celles de l'hémisphère nord, puisque le Nil commence à croître à Rhartoum vers le mois de mai. Sous le A« parallèle cependant, le Kir, d'après don Ignalius Knoblecher, commence à croître au milieu du mois de janvier; ses crues sont, à cette époque de l'année, évidemment produites par les pluies
de rhémisphère austrat» ce qui montre clairement que la source du Nil doit être cherchée au sud de Téquateur.
Les eaux du Kir se traînant au milieu de plaines immenses, on concevrait qu'elles n'atteignissent Khartoum qu'en mai; mais je crois qu'elles ne l'alteignent pas et qu'elles se perdent en presque totalité dans les marécages sans limites du Baradjawb. Ces marécages, du reste» assurent une bonne économie des eaux: lorsque les crues du Reîlak ou du Saubat sont trop faibles, le niveau du fleuve près de l'embouchure de ses affluents étant très bas, les eaux qui couvrent les marais du Kir y sont entraînées et remédient un peu à l'insuffisance des apports de gauche et de droite ; lorsque, au contraire, le Keilak ou le Saubat apportent trop d'eau, le niveau du fleuve auprès de leur embouchure s'élève au-dessus de celui du Kir ; une partie de l'eau en excès va se répandre et se perdre de ce côté. A ce double point de vue, les marécages du Kir sont un lac Mœris naturel.
Il peut arriver quelquefois que les crues du Kir, qui précèdent celles du Keilak, étant très fortes, le niveau du lac Nu s'élève au-dessus de celui du Keilak; les eaux du Kir doivent alors pénétrer dans le lit de son affluent et y produire un contre- courant dont l'influence se fera sentir jusqu'à quelque distance du lac.
L'opinion que le Bahar-el-Salamat, Iri, Oulad-Rachid, etc., était un affluent du Ghari, n'a probablement pas eu d'autre origine qu'une observation de courant mal entendue et mal interprétée.
II* PARTIE. — £CL4IRCI8SEM£NTS SUB hk FLORE ET Là FAONB DU SOUDAN.
I, — Distribution géographique de quelques grands végétaux.
La latitude, l'abondance des pluies, le voisinage des rivières, des lacs ou des montagnes, déterminent la flore et la faune de chaque partie du Soudan.
Le dattier commun dans le Ranem dont les centres babités sont presque des oasis, se montre de même au nord de Wara, et de Rôbé et à Bara dans le Cordofan, il ne dépasse guère vers le sud le 13® parallèle; on en voit encore quelques-uns à Màsna, mais ils y ont été introduits et y sont cultivés comme arbres exotiques ; on m'en a signalé dans le voisinage du Kir par le 8« environ, ils forment sur ce point un bouquet chétif et ne donpent point de fruits*
Le baobab, plus capricieux, ne se règle pas seulement sur la latitude, il est assez fréquent dans leBornou, dont la capitale actuelle, Kougawa, lui doit son nom; il est très abondant aussi à Tchèrawa, situé à quinze journées dans le sud-ouest de Kougawa, mais on ne le rencontre ni à Kbsseri , ni à Loggoné , ni dans le Ranem, ni dans le Baguermi, ni dans le Waday, ni dans les petits États de Médogo et de Fitri. La capitale du Baguermi, Màsna, en possède un seul, il reparaît dans le Darfbur et le Gordofan; plus à Test il devient très rare; on ne le rencontre guère sur les bords du fleuve Blanc et il n'y est jamais très beau, cela tient peut-être à ce que les gens du pays, en employant le bois ou Técorce à divers usages, ne lui donnent pas le
(S4 ) temps de se développer. Le baobab parait avoir pour limite seplentrionale le 13* parallèle.
On signale à Walmemet, dans le Baguermi, un arbre qui parait y èlre seul de son espèce et dont les proportions sont encore plus colossales que celles du baobab ; cet arbre est une des curiosités naturelles les plus célèbres du Soudan; j'ignore complètement à quelle espèce il appartient : peut-être est-ce un figuier des banians?
Le deleyb» qui sur le fleuve Blanc ne dépasse pas, dans le nord, le 11* parallèle, commence à se montrer au Darfôur par celte même latitude; Souq-ed-Déleyba ou le marché des deleyb, qui me parait être le premier point où ceux qui se dirigent vers le sud rencontrent ce palmier, est placé sur ma carte par 10* 50' environ.
Je n'ai pas eu l'occasion de voir cet arbre, mais d'après le peu que j'en sais, je suis tenté de le considérer comme une espèce du genre Cocos^ ou peut-être même comme une simple variété du cocotier ordinaire (Cocos nucifera, L.) , si commun à Zanzibar et sur toute la côte orientale d'Afrique.
Le baobab, le dattier et le deleyb, peuvent servir utilement à la détermination des régions ou des zones botaniques du Soudan; ils peuvent fournir aussi des indications précieuses sur la latitude approchée de certains points : il est évident, par exemple, qu'on ne pourrait placer sous le 13* parallèle une source qui serait ombragée par des deleyb. Je sais bien que faire de la géographie positive avec de la géographie physique est une tâche délicate et dont les résultats sont vagues ; mais il faudra s'y résigner tant que les don* nées astronomiques nous manqueront ; le tout est de
Bavoir se servir à propos et avec circonspection des indications vagues de la géographie physique et dg n'en accepter les conclusions que quand elles sont confirmées par des itinéraires ou d'autres données.
Les mimosas, le talehh, le sount, l'hedjlit, le tamarinier, le harez, le sycomore sont communs à tout le Soudan septentrional; ces arbres y forment de vastes forêts dont les clairières seules sont habitées, et dont les profondeurs n'ont pas toujours été sondées : ces forêts mystérieuses, asile des bêtes fauves» rabougries parce qu'elles épuisent le sol depuis des siècles, sont le seul genre de désert (khela) que connaisse le Sou* dan; le Soudan n'a point de déserts arides ; mais, comme l'Amérique du sud et comme l'Inde , il a ses mattos, ses carrascos et ses jungles.
II. — Distribution géographique dé quelques espèces animales^
C'est près des grands lacs, des étangs ou des eaux courantes que se groupe la vie dans le Soudan. L'hippopotame habite, avec le crocodile, le chenal profond des grands fleuves (1); il abonde dans le Ghari, près et au-dessus de Loggoné ; on le retrouve dans l'Ommet-Timan, dans le Tchàdô, dans le Fitri, dans le lac Debaba et dans les étangs du Batha, comme dans le Kouara et dans les affluents du Nil.
Les Africains en distinguent deux variétés dont l'une
(i) Peut-être y creuse-t-il les fosses qu'il habite, peut-être sontelles l'ouvrage de la nature; dans le premier cas le travail des hippopotames expliquerait jusqu^à un certain point la conversion des cours d'eau en (chapelets d'étangs profonds, phénomène si fréquent dans toute l'Afrique.
est de couleur claire» l'autre de couleur foncée. C'est près de ces eaux que se montre le rhinocéros et peutêtre aussi ce monocéros dont les Africains nous entretiennent; d'après eux, ce monocéros appelé ab-gam^ c'est-à-dire le père ou le maître de la corne, porte audessus du front une corne longue et droite» tantôt nuancée comme l'albâtre égyptien» tantôt noire; cette corne est mobile sur une sorte de pédoncule charnu et érectile ; l'ab-garn la laisse d'ordinaire retomber en avant» il la redresse pour combattre et en frappe son ennemi de façon à le jeter en l'air et à le faire retomber sur une corne plus petite» située en arrière de la première.
Tel est le rapport des Africains, je ne me porte pas garant de sa véracité» j'inclinerais cependant à croire que Tab-garn existe réellement.
C'est dans les mêmes lieux que se rencontrent encore l'éléphant» dont j'ai décrit ailleurs les mœurs, la girafe, l'antilope» le buffle sauvage, plus terrible que le lion, le chameau et le bœuf auquel les Soudaniens imposent la selle et le bât.
Ces.grands animaux» si redoutables ou si utiles à l'homme, m'amènent à parler d'un insecte aussi petit par ses dimensions que grand par les effets qu'entraîne sa présence : cet insecte, qui diffère probablement de la mouche tsetsé des missionnaires de l'Afrique australe (1)» est nommé ham au Darfour et au Waday» bodjoué dans le Baguermi» kigé au Bornou, mbououba (pi. lodjri) en langue feliata; je n'en connais pas le
(i) La mouche tsetsé attaque les bœuf;}» tandis que la mouclie Ham ne les attaque pas.
( 37 ) nom scientifique et ne l'ai décrit ailleurs que sur oui* dire. C'est ce pelit insecte qui préside dans le Soudan a la distribution des grandes espèces de mammifères; il habite les bords des grands lacs et des grands cours d'eau de presque tout le Soudan; sur quelques points il dépasse à peine le 12* parallèle, sur d'autres il atteint presque le lA*. Dangereux pendant la saison sèche, alors que l'eau n'est pas profonde, il disparaît pendant les pluies : il fait son habitation sur les arbres: c'est de là qu'il se précipite par essaims sur les animaux dont il suce le sang avec avidité. Il interdit au chameau le voisinage des fleuves et dés Jacs; chasse pendant la saison sèche l'éléphant, dans les oreilles du* quel il s'introduit, des bords du lac Tchàdô, du Ghari, de rOmm-el-Timan et le force à se réfugier auprès de Sairamban ou dans le Batha, où l'attendent les chasseurs. 11 menace le cheval et force le èavalier à revêtir sa monture d'une sorte de filet.
Il épargne cependant le bœuf et il en résulte que les Arabes ne paissent de chameaux que sur la lisière septentrionale du Soudan et paissent des bœufs partout ailleurs.
L'esprit du Bédouin assez logique, saisit de suite les grands traits, s'élève assez facilement à la généralisation ; rien n'est plus heureux par exemple et mieux trouvé que les appellations de Rif, de Belad-el-Djerid, de Sahara, de Soudan. Le Bédouin, fidèle à son système, a divisé en deux groupes toutes les tribus de pasteurs éparses dans le Soudan : au nord il voit les pasteurs el Bil (Àrab el Bil) ou pasteurs de chameaux (Arabes à chameaux], au sud les Baggara ou Bouviers. Les pasteurs el Bil ne sont point tous Arabes non plus que
les Baggara; mais cette division» simple et ingénieuse» permet au premier mot de reconnaître sous quelle latitude vit une tribu. Si nous apprenons, par exemple» que les Beni-Djerrar paissent des chameaux, nous saurons entre quels parallèles il nous faut les chercher.
J'ai cité» dans Le désert et le Soudan^ les Baggara du Cordofan comme une tribu ; j'y avais été trompé comme bien d'autres. J'avais d'ailleurs l'exemple des Kubabich (bergers) du même pays, et des Màaii (chevriers) d'Egypte» qui» quant à eux» sont bien réellement de simples tribus. C'est en entendant plus récemment citer les Salamat, les Oulad-Rachid el jusqu'aux Arabes du Bornou méridional comme baggara, que je pris de meilleures informations et acquis une nouvelle preuve de l'esprit de généralisation qu'apportent les Arabes dans les choses de la géographie.
lU* PABTIB. BTHMOGBAPHIB.
Paris, i8 août i855.
I« — Diiferses races de pasteurs.
Le Soudan est habité par des peuples noirs ou bronzés» dont j'examinerai ailleurs l'origine et les traditions; il est parcouru aussi par des nomades » appartenant à trois races principales : les Touaregs» les Tibous» les Arabes.
Les Touaregs se rattachent aux Berbers» aux Ghelouhhs, aux Kabiles de l'Algérie ou du Maroc» et aux
(ta» )
Zenaga du Sénégal (l), coiume l*a récemment fait voir M. Faidberbe. On croit que les Touaregs, anciens maîtres des oasis du Belad-ei-'Djérid, en ont été chassés par les Arabes lors de l'irruption de ces derniers en Afrique.
Les Tibous sont un peuple noir^ dont la langue ne présente aucun rapport soit avec la langue berbère soit avec la langue arabe : il est probable qu'à une époque reculée» les Tibous habitaient et cultivaient le Soudan: une invasion les aura contraints à chercher un reluge dans le désert iibyque dont ils occupent quelques oasis* Ils paraissent plus stupides et plus misérables^ moins guerriers et moins nombreux que les Touaregs : j'ai fait connaître dernièrement les noms de quelques-unes de leurs tribus : je ne parlerai ici que des Gounda et des Sogeida, cultivateurs dans le Kanem, des Kreida et des Goràân qui paissent des chameaux sur les frontières du Waday, du Kanem et du Baguermi.
La plupart des Touaregs et des Tibous vivent de la culture des oasis et quelques-uns d'entre eux ensemencent les clairières du Soudan : la vie pastorale, en efl'et, esl moins le résultat d'une disposition naturelle de certains peuples, que celui de l'aridité de la région qu'ils habitent: quelque mépris que semblent professeur les pasteurs pour ceux qui cultivent la terre, ils se bâtent de la cultiver eux-mêmes dès qu'elle leur présente des champs fertiles : ils paissent parce qu'ils n'ont point de terres arables et cessent d'être pas-
(i) Probablement les Zenhag^ae que Léon comprend au nombre des Numides.
teurs dès qu'ils en possèdent. Il en est à cet égard des Arabes comme des autres nomades : tandis que les uns plus pauvres veillent sur les troupeaux et dorment sous la tente, d'autres plus riches vivent dans les oasis à l'ombre des dattiers qu'ils ont plantés et dans des maisons qu'ils ont bâties.
La vie pastorale ressemble au prolétariat : on y entre et l'on en sort. Une grande partie de l'Afrique et de la Syrie est cultivée par les fils des Bédouins, et Volney nous a montré en Syrie des cultivateurs» qui las de subir une tyrannie sans nom, abandonnaient les récoltes qu'on voulait leur ravir pour s'enfoncer dans le désert, y vivre sous la tente, y paître des troupeaux, y souffrir une misère nouvelle, mais y jouir d'une liberté inconnue.