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thridate, où la structure de cette langue est très bien décrite au commencement du second vo— lume, et aussi dans le quatrième où se trouve une savante dissertation par le baron Guillaume de Humboldt. Ce fut alors que, pour la première fois, je fis connaissance avec une langue qui, je crois, n’a pas sa pareille dans tout le reste du monde, Je la vis, avec étonnement, conservée seulement dans un coin de l'Europe, par.
quelques milliers de montagnards, le seul fragment qui nous reste de peut-être cent dialectes, tous formés sur le même plan et d’après le même système, qui probablement existaient à une époque très reculée et étaient généralement parlés dans une grande partie de l’ancien continent. Comme les ossemens du mammouth et les coquilles d'animaux testacés, dont les races sont
l'Europe, et se soient conservées dans une seule langue qui n’est parlée que par un petit nombre-de montagards ? Commentse fait-il que la langue celtique, qui ne paraît pas être moins ancienne, en diffère aussi totalement dans sa ‘structure grammaticale? Faut-il faire revivre la fable de V’Atlantide, et croire que l'ancien et le nouveau continent se sont joints autrefois ? Au moins, on n’oubliera pas que les Basques ont été de grands navigateurs, et qu’ils fuent les premiers qui fréquentèrent les côtes de Terre-. Neuve.
« Mais laissons-là ces chimères, etc. »
Corresp. p. 432. (Note du traducteur.)
depuis long-temps éteintes, la langue basque. existe comme un monument effrayant de l’immense destruction produite par une longue suite de siècles. Elle est là, debout, entourée de langues dont la structure soit ancienne, soit moderne, ne ressemble en rien à la sienne, C'est une langue tout-à-fait étrange et seule de son espèce; comme celles de nos Indiens, elle est artificielle dans ses formes, et composée de manière à exprimer à la fois beaucoup d'idées ; mais lorsqu'on la compare à celles des aborigènes de l'Amérique , il est impossible de ne pas apercevoir l’immense différence qui existe entre elles. Il suflira, je crois, d’en donner un seul exemple. |
C’est un des traits les plus frappans de nos. langues indiennes, qu’elles sont entièrement dépourvues des verbes auxiliaires éfre et avoir. Je ne connais, dans aucun de ces idiomes, des. mots qui puissent exprimer abstraitement les idées qui nous sont communiquées par ces deux. verbes. Ils ont le verbe 5/0, je suis (dans telle situation ou dans tel lieu }, mais non pas le verbe sum; ils ont possideo, teneo, mais ils n'ont pas habeo, dans le sens quenous donnons à ce mot*.
Molina , dans sa Grammaire de la langue des Othomis, donne la conjugaison d’un verbe qui, dit-il, correspond :
Dans la conjugaison des verbes basques, au contraire, ces deux auxiliaires sont tout, c’est à eux que la grammaire prodigue cette profusion de formes qui leur permet d’exprimer à la fois toutes
au verbe latin sum, es, fui; maïs je suis porté à croire qu'il est dans l'erreur, et que ce verbe répond à séare, sto, comme dans les autres langues américaines : car il ditensuite qu'il n’est jamais joint à un adjectif, et que pour dire, par exemple, je suis riche, l'adjectif prend la forme d’un verbe, etse conjuguecomme en latin sapto, frigeo, etc. On ne s’en sert pas non plus comme auxiliaire dans la conjugaison des autres verbes. C’est pourquoi je ne vois pas comment on peut s’en servir. dans un sens purement substantif. Zenteno, convient que ce verbe manque absolument dans la langue mexicaine, et qu’il est impossible de traduire dans cet idiome lego sum qui sum des saintes écritures (Arte mexicana, p. 30). J'ai essayé en vain d’obtenir de M. Heckewelder une traduction de cette phrase en langue délaware, et je crois qu’elle ne peut être traduite. littéralement dans aucune langue américaine, (Note de l'auteur.)
Depuis que cette note a été écrite, un savant Mexicain, M. Najera, a décidé cette question. IL a traduit en langue othomi la onzième ode d’Anacréon, et, en expliquant la traduction du vers Avaxpéey, JÉpo et, il dit que le mot st est sous-entendu, parce que le verbe étre n’est pas dans la langue : « Es subauditur, quia hæc lingua verbo substantivo caret. » On dit dans cette langue, pour Anacreon, senex es, Anacreon, {u senex. La phrase est ainsi parfaitement intelligible, sans le secours du verbe auxiliaire.
(Ajouté par le traducteur.)
les idées accessoires du verbe; tandis que laction ou la passion principale s'exprime séparément, au moyen du participe. Par exemple, je l'aime, amo eum, est un verbe transitif, et se rend en basque par maitetuba dot, qui littéralement traduit signifie amatum illum habeo ego. Maitetuba est le mot qui exprime la forme du participe amatum; les trois autres idées sont comprises dans le monosyllabe dot, dont la première lettre d, signifie z//um, la seconde o est la racine du verbe auxiliaire habeo, et t représente le pronom personnel ego'. On peut dire, à la vérité, que ces formes sont compliquées comme celles des verbes indiens, et que, comme celleci, elles servent à exprimer à la fois plusieurs idées ; toutefois, la différence de leur arrangement est si grande, qu'il est impossible de dire qu'il existe de l’affinité entre elles ou qu'elles sortent de la même source. Il y a plusieurs autres formes dans la structure du basque, qui diffèrent essentiellement de celles des langues américaines, mais je me dispense de les désigner ici, afin de ne pas ajouter à la longueur de ce rapport. | |
2° Les TrcHOUKTCHI. Sous ce nom sont com—
\Mithridates, tom. 4, p. 323.
ep
prises deux différentes nations, ou tribus, dont l’une est appelée les ‘Tchouktchi sédentaires , et l’autre les Tchouktchi errans ou nomades. On les appelle aussi les Tchouktchi aux Rennes (Rennthier Tschukischi). Les premiers demeurent dans la partie nord-est de la péninsule asiatique, séparée par un étroit bras de mer du continent américain ; les autres habitent la partie méridionale de cette péninsule, au nord du fleuve Anadir. Les Tchouktchi sédentaires parlent un dialecte du karalit ou langue des Esquimaux, et de cette circonstance, ainsi que de leurs mœurs et de leurs habitudes, il y a lieu de supposer qu'ils sont de race américaine, et une colonie de ce continent‘; leurs voisins nomades, au contraire, paraissent être une branche de la famille des Tartares Koriaks, qui habitent au sud de l’Anadir et parlent un dialecte de leur idiome, Autant que nous pouvons juger par le peu de connaissance que nous avons des langues des Tartares de Sibérie et des Samoïèdes qui résident dans les parties septentrionales de la Russie Asiatique, nous ne croyons pas qu'il existe au— cune affinité étymologique ou grammaticale, entre ces langues et celles des Indiens Américains ,
‘ Mithridates, tom. 3, 2° part.; p. 462.
= AB celles du nord-ouest de l'Europe, paraissent en: différer encore davantage , étant de la classe que j'ai appelée analytique”. | Pendant que je suis sur Le chapitre de l'Asie, il ne sera peut-être pas hors de propos d'observer qu'il y a dans cette partie du monde une langue qui nous est-très peu connue, mais qui mérite l'attention des philologues”; c’est la langue géorgienne. D’après la description de cette langue par M. Frédéric Adelung, dans les additions au Mithridate, 1 paraît qu’on a trouvé ou apercu dans quelques-unes de ses formes de la ressemblance avec celles des Indiens d'Amérique” ; cela est d'autant plus remarquable que cette partie de l'Asie est considérée comme le berceau de l’espèce humaine. Il faut espérer que des savans s'occuperont de cette langue. Il est encore à désirer que quelque habile orientaliste compare nos langues indiennes avec celles qu’on appelle
* Corresp. avec Heckewelder, p. 400.
? Elle l’a attiré eneffet, etilenest résulté, outre plusieurs savantes dissertations dans le Journal asiatique, un dictionnaire de cette langue par M. Klaproth, qui devait étre suivi d’une grammaire par le même auteur, que la mort nous à trop tôt enlevé. Voyez lefRapport annuel fait par M. Abel Rémusat à la société asiatique, ‘le 24 avril 1823, p. 52. (Note du traducteur.)
$ Mithridates, tom. 4, p. 130.
sémitiques, et particulièrement avec l’hébreu, que beaucoup de personnes considèrent encore comme la source primitive du langage humain : il est temps que cette question soit enfin mise hors de doute.
3 Le conco. Ici nous nous trouvons au milieu d'un pays inconnu, tant nous savons peu de chose des langues parlées par les populations noires de l'Afrique. Ce serait un fait aussi curieux qu’étrange, si les idiomes des races noires et ceux des races rouges se trouvaient construits, d’après le même système de formes grammaticales; mais il faut bien prendre garde à ne pas nous laisser entraîner à de vaines théories, avant d’avoir rassemblé assez de faits pour fonder notre jugement. |
De toutes les langues parlées par les noirs qui habitent la côte occidentale de l'Afrique, celle du Congo nous est la plus connue par les ouvrages dAstley, Dapper, Grandpré, Baudry-Deslozères et autres, qui ont écrit sur ce sujet. Dans. l'année 1659, une grammaire de cette langue, par Giacinto Brusciotto di Vestralla, fut imprimée à Rome aux frais de la congrégation de propagandé fide : j'espère en obtenir un exemplaire pour la bibliothèque de notre société’. Le
? 4 4 PAT L'auteur n’a pas été assez heureux pour se procurer
professeur Vater, dans la première partie du troisième volume du Mithridate, a puisé à ces sources et à d’autres qu'il avait à sa disposition, et nous a fait connaitre les traits principaux du caractère grammatical de cet idiome ; à cemoyen, nous pouvons nous en former une idée assez claire. |
On ne peut pas nier que cette langue ne soit synthétique à un très haut degré, et il paraît qu’à quelques égards ses formes ressemblent à celles des langues d'Amérique; mais il y a entre elles des différences très essentielles. Les cas des noms substantifs, par exemple, sont exprimés dans le congo par des inflexions de l’article, tandis que cette partie du discours manque aux langues indiennes !. Le congo, au lieu d’adjectif, se sert de la forme génitive du nom substantif; il dit eau de feu pour eau chaude, ce que les Indiens ne font point; enfin, le pronom possessif est mis après le substantif, avec un article
cet ouvrage ; mais, par les bons offices du prince de Musignano, la Société est en possession de plusieurs dès vocabulaires et autres ouvrages philologiques publiés par la Propagande. (Note du traducteur.) Il a été depuis découvert que les langues indiennes ont aussi l’article; mais elles en font fort peu d'usage, et ce n’est qu'avec peine qu’on a pu le découvrir. Voyez le mémoire ci-dessus. (Note du traducteur.)
entre deux : on dit père le mien au lieu de mor père". Ces diverses formes, ainsi que d’autres que je ne rapporterai pas iC1, ne se trouvent dans aucune des langues de nos sauvages.
Je dois convenir cependant que, quant à ce qui regarde les verbes, la ressemblance est considérable. Ainsi que les Américains, ce peuple africain peut, par le moyen de cette partie du discours, exprimer un grand nombre des idées accessoires qui peuvent s’y joindre; mais je n'ai pas les moyens de décider s'il peut le faire au même degré que les sauvages de l'Amérique.
Beaucoup de raisons portent à croire que le congo n’est pas le seul parmi les idiomes de l’Afrique occidentale qui ait des formes compliquées, et que les langues de tous les peuples qui habitent cette côte sont formées sur le même modèle. Oldendorp, dans son Histoire des mis-
sions , nous a donné une phrase en dix-huit de
ces langues; elle paraît avoir échappé à l'observation du professeur Vater, et fait voir qu’au moins elles ont dans leurs. verbes les formes transitives des Indiens. Cette phrase est : « Dieu m'a aimé et a lavé mes péchés avec son sang. » Dans le dialecte du Congo, cette phrasé est ex-
primée par Christus ensolani sukkula nituam
| Mithridates, tom. 3, 1"° part., p. 212.
mie 03 =
sinu mengaman. Le mot ensolani, par une forme transitive , exprime l’idée complexe « m'a aimé, » etle dernier motmengaman, de mengu, « sang, » comprend celle de ce substantif joint à la préposition « avec. » L'auteur traduit les trois autres mots, sukkula nituam winu, par
« a mon corps lavé d’impureté', » | Je né fatiguerai pas le comité en offrant la traduction de la même ou de semblables phrases dans les autres langues africaines, dont cet auteur nous donne des exemples, dont six, ditsl, sont des langues-mères*, et les autres des dialectes dérivés de celles-ci. Je me contenterai de renvoyer à son ouvrage, qui doit confirmer ou contredire ce que j’avance : je pense que ces langues sont toutes formées sur le même modèle. Il semble résulter des faits et des observations qui précèdent, que les langues des nègres de la côte occidentale de l'Afrique sont à un très haut degré complexes et synthétiques dans leurs formes. On ne peut pas dire cependant jusqu’à quel point cela s'étend; mais nous en savons assez
*C. G. A. Orpenporrs, Geschichte der mission, etc. Histoire de la mission des frères évangéliques aux îles Caraïbes, de Saint-Thomas, Sainte-Croix et Saint-Jean, Barby, 1777, 2 vol., t. [, p. 344.
24 Le congo , 2 l’aminyo, 3 le mandingue, 4 le yalof (wolof), 5 le serère, 6 le serawalli.
— H0Û pour pouvoir conclure qu'elles diffèrent à plu" sieurs égards de celles des Indiens de l’Amérique. Leur plus. grande ressemblance. paraît consister dans la combinaison du verbe avec les autres parties du discours.
Il ne serait pas impossible que les grands traits qui caractérisent nos langues indiennes ne se trouvassent pas réunis au même degré dans d’autres langues; mais il faudra encore beaucoup de recherches et de travail avant qu'on puisse décider cette question avec con— naissance de cause. L'étude des divers idiomes, considérés sous le point de vue de leur structure et de leurs formes grammaticales, est d’origine toute récente; les difficultés qu’elle présente ne doivent pas nous en détourner; il faut espérer que nous découvrirons un sentier qui nous conduira à une connaissance plus exacte et plus profonde que nous ne la possédons encore, de l'origine, de l’histoire, et des mélanges des différentes familles d'êtres humains, qui habitent aujourd’huiet ontautrefois habité le globe terrestre.
… Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération et de mon respect.
Peter S. Du Ponceau.
OUVRAGE QUI, À LA SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE : DE Dia L | ; 3 L'INSTITUT ROYAL DE FRANCE, | LE 2 MAI 1839,
a remporté le prix fondé par M. le comte de VWolney ;