‹ Mémoire sur le système grammatical des langues de quelques nations indiennes de l'Amerique du NordChapitre 127 sur 129 · TROISIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME QUESTION

Les langues américaines comparées avec celles de l’ancien monde.

Quand on jette les yeux, pour la première fois, sur la singulière structure des langues des hommes rouges de l'Amérique, quand on considère les formes jusqu'ici inconnues qui les caractérisent, on est irrésistiblement frappé dé l'idée qu’on se trouve au milieu d’une race d'hommes qui ne ressemble à aucune autre , et enfin qu’on est dans un nouveau monde. On voit une nouvelle manière de former les mots par le rapprochement et la jonction de syllabes et de sons

simples extraits d’autres mots, de facon à communiquer à la fois une masse entière d'idées ; une nouvelle manière de désigner les cas des substantifs au moyen des inflexions du verbe qui les gouverne; un nouveau nombre (le pluriel spécial) dans les formes du nom et du verbe; une nouvelle espèce de genres qui distingue les êtres animés de ceux qui ne le sont pas; l’idée du temps exprimée par la conjonction, qui doit s'accorder avec le verbe : on voit non seulement les pronoms, comme dans l’hébreu et quelques autres langues, mais les adjectifs, les conjonctions , les adverbes, combinés avec la principale partie du discours, et produisant une infinité de formes verbales. Quand on considère toutes ces choses et une foule d’autres smgularités quise trouvent dans les langues américaines, on est naturellement porté à se demander sil existe de semblables langues dans aucune autre partie du globe terrestre.

Je ne puis m'empêcher de considérer cette question comme extrêmement intéressante, et comme devant conduire à des découvertes importantes pour l’histoire du genre humain. A la vérité, il est constant que quelques-unes des formes qui caractérisent les langues indiennes, existent aussi dans celles de l’ancien monde, Nous savons que l’hébreu et ses langues affiliées,

ont des aflixes pronominaux et les verbes tranz sitifs et réfléchis, et que le genre y est même ex> primé quelquefois par une modification de cette partie du discours; nous savons aussi que les formes transitives du verbe se trouvent dans d’autres langues que celles de la famille dite sémitique; mais la question n’est pas réduite à ces termes; il s'agit de savoir, si parmi les nom-— breux idiomes de l’ancien monde, il s’en trouve aucun dont la structure et les formes grammaticales ont assez d’analogie avec celles des langues indiennes, pour qu’on puisse le comprendre dans cette classe de langues que j'ai appelée polysynthétique?

Cette question n'est pas entièrement neuve.

Le professeur Vater, qui par ses vastes Connaïissances en Philologie était bien en état de la résoudre, a pris la peine de comparer les langues américaines avec celles de l’ancien monde; mais dans cette comparaison, il ne s’est occupé que des formes compliquées du verbe qu'il a cru trouver dans trois langues, le basque, le tchouk: tchi, et la langue du Congo. Jusqu'à un certain point, M. Vater peut avoir raison, mais quelque ressemblance qu'il puisse avoir découvert entre ces différentes langues et celles de l'Amérique , ilme semble que leur système grammatical, con: sidéré dans son entier, à l'exception d’une de ces

langues qui, dans le fait, est un dialecte amécain , est bien loin d’être le même. Qu'il me soit permis de soumettre ici quelques observations à ce sujet.

1° LE BASQUE. En examinant cette langue, j'ai d’abord été porté à croire avec-le professeur Vater, en partie sur son autorité, et par quelque faible lumière que je crus voir jaillir de la comparaison que je fis d’un livre traduit en cette langue avec l’origmal, que les formes de ses ” verbes étaient à peu près les mêmes que celles de nos Indiens'. Je n'avais pas encore vu le M-

1 Voici ce que l’auteur écrivait à M. Heckewelder à ce sujet :

« Le professeur Vater est d'avis que la langue des Cantabres, que nous appelons Biscayens où Basques, peuple qui habite les côtes de l'Océan , au pied des monts Pyrénées, est formée sur le même modèle que celles des Indiens d'Amérique. Nous avons, dans la bibliothèque de notre société, une traduction dans cette langue de l’histoire de la Bible, par Royaumont. Je confesse qu’en la comparant avec l'original, j'ai trouvé beaucoup à dire en faveur de l'opinion du savant professeur ; c’est un fait extrêmement curieux, et qui mérite d’être examiné plus à fond. Il est à présumer que la langue basque était parlée autrefois par une partie considérable des habitans de l’ancien monde, et qu'elle s'étendait sur un vaste espace en différens dialectes. Comment est-il arrivé que les formes polysynthétiques qui la distinguent aient disparu du continent de

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