‹ Mémoire sur le traitement chirurgical des abcès du sein, par la méthode du drainageChapitre 4 sur 11 · Guérison complète. Exeat · texte numérisé non relu

Guérison complète. Exeat

Ce fait nous a paru d'autant plus cligne d'être noté qu'il présente les doux genres de preuves élablissaul l'existence des abcès canaliculaires, savoir : d'une part le mélange du lait avec le pus, et d'autre part la sortie du pus en nature par les orifices du mamelon.

ABCiîS CANALICDLAIRE CHUO.MQUE DU SEIN ; mciSION; VENTOUSE ; INJECTION

d'eau ; nÉUNioN primitfve.

Obs. XII. — Durand (Marie), âgée de 22 ans, lingère. Entre à l'hôpital Saint- Aiiloine, salle Sainte-Marthe, n» 13,1e il juin 1851.

Celte l'enime, accouchée depuis dix-huit mois, a allaité son enfant jusqu'à Il y a quatre mois, époque à laquelle l'enfant a succombé. Depuis quelques mois, la malade, qui avait eu ses règles . pendant une partie de l'allaitement, les a vues se supprimer. C'est à partir du moment où l'allaitement a cessé que le sein gauche s'est engorgé et est devenu douloureux et rouge. Depuis celte époque, l'organe est resté très-douloureux. Quand la malade entre à l'hôpital, ]e sein gauche, examiné avec soin, présente une masse globuleuse d'une couleur uu peu violacée, du volume du poing. Au centre de cette, masse, on reconnaît une lluctuation assez difficile à constater à cause de l'épaisseur considérable des tissus indurés qui enveloppent la collection liquide. Ce n'est pas sans revenir à plusieurs reprises sur l'examen des symptômes que le diagnostic est enfin posé.

Le 14 juin, un bistouri à lame étroite est plongé au centre de la masse, et, arrivé à une assez grande profondeur, il fait jaillir un Ilot de pus mélangé de lait liquide et en griuneaux. La pression eu fait écoider la valeur de deux cuillerées ; après quoi l'application réitérée de la ventouse à pompe et un lavage abondant font sortir le reste du pus. ranscmentpar occlusion.

15. La malade n'éprouve pas la moindre douleur. On peut mômetixerccravcc la main une pression assez forte sur le sein à travers la cuirasse, sans développer de sensibilité. Les jours précédents, le moindre attouchement était douloureux. On ne lève pas le pansement.

16. La réunion est complète; l'insensibilité se maintient ; l'engorgement a diminué. On ne trouve aucune trace de pus à la face interne de la cuirasse. La réunion primitive a été obtenue d'emblée.

Les 17 et 19 juin, le'résultat se confirme. On continue de protéger le sein au moyen d'une cuirasse de sparadrap. L'engorgement a diminué. 20. Même état. On peut réellement dire que, dans les cas de ce genre, la

guérison est en quelque sorte instantanée, puisqu'à partir du moment de l'opteition, tout phénomène morbide cesse, et que la sécrétion de la lymphe plastique se substitue instantanément à la sécrétion purulente.

23. Le succès est confirmé. La cicatrice de la plaie faite par l'incision se déprime, ce qui s'explique par la rétraction du tissu cicatriciel qui s'est formé dans toute la longueur du trajet de l'incision et à l'intérieur de l'abcès.

La malade a été suivie jour par jour jusqu'au 8 juillet. La giiérison ne s'est pas un seul instant démentie. L'engorgement s'est complètement dissipé.

On a gardé cette malade à l'hôpital beaucoup plus longtemps qu'on ne le fait dans les abcès aigus, parce que la chronicité de l'abcès pouvait laisser quelques doutes sur la solidité de la guérison.

Ce fuit nous a paru remarquable sous plusieurs rapports. D'abord, (luoi qu'il n'y eût pas, à proprement parler, de très-grandes difficultés de diagnostic, cependant la masse indurée qui entourait la collection étant fort épaisse, la perception d'un liquide au centre de cette masse était assez délicate pour justifier quelques hésitations. L'exploration, telle que la conseille M. Robert pour les kystes du sein, a été dans cette circonstance d'un grand secours. De plus, il y avait un grand intérêt à savoir comment un abcès chronique (nous croyons pouvoir qualifier ainsi une collection purulente ayant deux mois et demi d'existence, trois mois peut-être) se comporterait à l'égard du nouveau mode de traitement. Si l'on ajoute à cela qu'il s'agit d'un abcès du sein, et que ce sont précisément ceux-là qui ont donné généralement les résultats les moins favorables à notre méthode, que ce sont ceux où laréunion immédiate a oiïert le plus de difficidtés, on comprendra tout l'intérêt qui s'attache ù un résultat aussi net et aussi décisif, d'autant plus remarqué qu'il était plus inattendu. C'est, en elTet, pour les abcès chroniques à membrane kystique ou pyrogêni([uc bien constituée qu'on a élevé le plus de doutes sur la possibilité d'une guérison par première intention. Malgré les idées fort contestables qui régnent encore au sujet de la membrane pyrogénique, on admet assez volontiers que dans les abcès chauds et récents où le tissu pyrogénique n'a eu qu'à peine le temps de naitrc, et, à plus forte raison, celui de s'organiser, on puisse ramener les parois delà collection aux conditions voulues pour la réunion immédiate; mais on refuse nettement d'admettre que, quand une membrane d'enveloppe bien arrêtée, bien organisée comme celle d'un abcès enkysté, a eu le temps de s'établir, on puisse, par un simple lavage, modifier instantanément une pareille création organique, de manière à y substituer le travail de la sécrétion lympbo-plastiquc à celui

de la formation du pus, et cela sur l'heure et sans une série de modifications intermédiaires.

Des faits que nous avons mentionnés dans le cours de ce travail, il résulte que, chez 12 malades atteintes d'abcès du sein, la réunion primitive a été couronnée de succès, non-seulement dans les cas où la collection était sous-cutanée, mais dans ceux-là même cfui siégeaient au milieu du tissu glandulaire, soit que la collection fût placée dans les espaces interlobulaires, soit qu'elle eût intéressé directement les canaux lactés.

C'est, à la vérité, sur un nombre beaucoup plus considérable de sujets que les tentatives de réunion primitive ont eu lieu : mais ce chiffre de guérisons immédiates, qui reste à peu près dans la proportion d'un cmquièrae sur le total des abcès traités, est encore un résultat bien suffisant pour attirer l'attention du praticien et pour justifier les efforts qu'il peut tenter dans la voie que nous avons indiquée.

Quelle différence, en effet, n'y a-t-il pas entre l'état si pénible dans lequel restent des mois entiers certaines femmes atteintes d'abcès du sein, et cette guérison si rapide et si complète en même temps?

Si toutefois ces guérisons vraiment surprenantes ne s'obtenaient qu'à la condition d'exposer les malades à des accidents généraux ou locaux capables d'aggraver la position dans le cas d'insuccès, on pourrait hésiter dans l'emploi d'un mode de traitement où le praticien jouerait, aux dépens du malade, une espèce de quitte ou double ; mais il n'y a rien ici de semblable ; le pis-aller, c'est le retour de la suppuration dans l'abcès qu'on vient de réunir, mais avec l'avantage constant d'une diminution notable dans l'intensité des phénomènes inflammatoires. C'est chose remarquable que de voir, dès le lendemain du jour où la réunion primitive a été tentée, l'absence de seusibifité d'un sein qui, la veille encore ne pouvait stipporter la plus légère pression sans causer de vives douleurs, et qui, à quelques heures de distance, peut tolérer des pressions peu d'instants avant insupportables.

Maintenant il est de notre devoir de bien préciser comment, à la suite des tentatives de ce genre , des accidents pourraient survenir, quelle est leur nature et quels sont les moyens de les prévenir.

S'il arrivait qu'après avoir tenté la réunion primitive et appliqué la cuirasse, on laissât s'écouler plusieurs jours sans s'occuper du sein malade, sans en explorer attentivement la susceptibilité, on serait exposé à voir survenir une collection beaucoup plus considérable que la

première, et dès lors avec le retour et peut-être l'aggravation des phénomènes primitifs.

Nous n'avons jamais été complètement témoin d'un accident de ce genre, parce que, dans la défiance que nous inspiraient nos premières tentatives, nous avons toujours pris des précautions qui ont mis nos malades à l'abri de toute déception fâcheuse ; mais ce que nous avons observé nous a suffi pour prévoir ce qui serait advenu dans l'absence de ces précautions. Il nous reste à les faire connaître; mais dès à présent nous pouvons affirmer que, dans les premières vingt-quatre heures qui succèdent à une tentative de réunion immédiate, il n'y a jamais ni surprise ni accident. Ce ne serait qu'une persistance mal entendue à poursuivre la réunion immédiate quand elle ne se fait pas d'emblée, et à maintenir la cuirasse lorsque du pus se reforme dans l'abcès, qui pourrait amener des phénomènes de rétention de pus et des troubles généraux plus ou moins graves.

Aussi donnons-nous le précepte de s'assurer au bout de vingt-quatre heures, par lapalpation et par la pression, de l'état de la mamelle et du retour ou de l'absence complète de la sensibilité morbide.

Aussitôt que le sein redevient un tant soit peu douloureux à l'exploration externe, nous enlevons la cuirasse pour nous assurer de visu de l'état des choses. Le pus s'est-il reproduit, nous lui donnons issue par le décollement des lèvres de la petite plaie, dont la réunion est encore trop peu résistante pour faire obstacle à l'entrée d'un stylet ou d'une sonde cannelée dans le foyer de l'abcès. Nous rentrons alors dans les conditions de la réunion secondaire.

Nous n'avons pas besoin de dire que le mode de pansement doit être exactement soumis aux règles de l'occlusion, telles que nous les avons formulées dans des travaux publiés déjà depuis longtemps ; seulement nous ajouterons : 1° que f emploi des cuirasses pleines est plus obligatoire ici que partout ailleurs ; 2* qu'on ne doit jamais négliger de fixer le bras du côté malade le long du corps; 3» qu'il faut éviter toute compression forte sur le sein qui a été opéré.

Chez plusieurs de nos malades, nous avons eu recours à l'emploi du chloroforme pour pratiquer le lavage, qui est excessivement douloureux au moment où l'incision vient d'être faite, et où la sensibilité exagérée du sein et les anxiétés de l'état général n'ont point encore eu le temps de s'apaiser; mais nous pensons qu'on pourrait se dispenser de l'agent anesthésique, moyennant qu'on apportât beaucoup de temps et de dou-

cour dans le lavage, surtout si l'on avait soin do protéger les parois du foyer contre les douleurs que cause le tube à injection en engainant celui-ci dans un de ces cylindres souples et élastiques dont nous faisons un si fréquent usage dans la pratique de la chirurgie.

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