‹ Mémoire sur le traitement curatif du choléra épidémiqueChapitre 9 sur 10 · MANIÈRE D'ADMINISTRER LE REMÈDE · texte numérisé non relu

MANIÈRE D'ADMINISTRER LE REMÈDE

Quoique, dans le principe, nous ayons eu particulièrement recours au charbon dans la première période de la maladie, nous étant ensuite convaincu par des expériences ultérieures de la plus grande efficacité de l'acide carbonique , nous avons presque abandonné l'usage du premier , comme étant moins actif et plus désagréable à prendre que l'autre.

Pour obtenir l'acide carbonique , la méthode la plus prompte et la plus convenable est de recourir aux substances qui le contiennent ea excès. On pourra era^Dloyer les suivantes :

1° On dissoudra trente grains de bi-carbonate (et non de sous-carbonaie) de potasse ou de soude dans un petit vase plein d'eau. D'un autre côté , on prendra vingt grains d'acide citrique ou tartariquc ; on les dissoudra dans une quantité égale d'eau , mais dans un autre vase plus graud , en ajoutant uae ou deux petites çyil-

Jerées d'un sirop quelconque. La solution de sel contenue dans le petit vase se versera dans le grand , et le malade boira immédiatement avant que l'efTervescence soit terminée. Si les circonstances le permettent , on peut se servir avec avantage du suc de citron à la place des acides indiqués , dans la proportion d'une cuillerée à soupe pour la même quantité de bi-carbonale : dans ce cas , il n'est pas nécessaire d'ajouter le sirop. Celui-ci n'est pas ajouté pour rendre la potion plus agréable , mais pour augmenter la viscosité de la mixture et empêcher que le gaz ne s'échappe rapidement. Quand il paraîtra convenable d'user de stiraulans » ce qui est généralement nécessaire dans l'état de collapsus de la maladie , on ajoutera à la potion quelques grains de bi-carbonate d'ammoniaque, de deux à cinq grains , selon l'époque de la maladie ou l'intensité des symptômes, et on l'administrera delà même manière. Quand la réaction aura commencé , on cessera de faire usage du bi-carbonate d'ammoniaqus., mais non de celui de potasse ou de soude , si l'on croit convenable de continuer l'emploi de l'acide carbonique.

Quand les évacuations sont très-abondantes et très-fréquentes , et qu'il paraît nécessaire de ne pas augmenter la tendance de la nature à les produire , on pourra administrer le bi-carbonate d'ammoniaque. Le sel qui se forme alors ,

loin d'avoir un effet purgatif sur les intestins , a , au contraire , une tendance à exciter la diaphorèse et à stimuler la peau ; action que n'a pas la combinaison de l'acide avec la soude et la potasse , puisque cette dernière combinaison est purgative. On doit alors substituer le bi-carbonate d'ammoniaque à celui de soude , et ajouter une double quantité d'acide ou de suc de limon à la même quantité d'alcali , c'est-à-dire , quarante grains d'acide citrique ou tartarique , à trente grains de bi-carbonate d'ammoniaque.

Si une plus grande excitation est nécessaire , et qu'on continue d'employer le carbonate d'ammoniaque , il faudra ou diminuer la quantité do l'acide ou augmenter celle de l'alcali. Si le volume de gaz produit par la combinaison des deux substances n'est pas plus grand que qclui que le malade peut avaler en une seule fois sans inconvénient , on fera bien d'augmenter la quantité de bi-carbonate, pour laisser de l'alcali en excès.

Au lieu de la potion dont nous venons de parler , on peut user d'eau de Seltz ou d'eau carbonisée , quand la chose est plus facile et plus au goût du malade.

On peut faire cependant une objection à l'usage de ces liqueurs fermentescibles , c'est que, à moins que le malade ou les assistans ne soient accoutumés à en faire usage , il est rare

que le malade les prenne sans qu'elles aient perdu la plus grande partie de leur acide carbonique ; par conséquent, dans ces cas, le reste est presque inutile, puisque l'eau qui n'a pas été comprimée , ne retient qu'une très-petite quantité d'acide carbonique.

Comme succédané de l'acide carbonique et en le combinant avec lui, nous pouvons employer le charbon végétal pur. La meilleure méthode et la plus simple pour l'obtenir , est de brûler un bouchon de bouteille jusqu'à ce qu'il soit entièrement noir et charbonné,de le pulvériser, et de l'administrer dans un peu de lait ou d'eau. On peut l'administrer à la dose d'une cuillerée ou deux , et répéter cette dose à des intervalles qui varient selon l'intensité des sym ptômes et l'urgence du cas. Quand on l'administre sous forme de lavement , comme nous l'avons recommandé ci-dessus , on doit l'employer en plus grande quantité ; car , il est rare que le malade le retienne long-temps , surtout dans la période de la maladie caractérisée par les évacuations.

On ne doit pas oublier non plus , qu'il y a d'autres moyens d'obtenir l'acide carbonique dont nous pouvons faire usage dans certains cas. Le vin de Champagne , le cidre et les bières de toute espèce contiennent , quand elles sont bien préparées et convenablement mi&es ea bouttille ^

une certaine portion d'acide carbonique. On peut employer ces boissons , dans certains cas particuliers , pourvu qu'elles contiennent ce gaz en quantité suffisante, et que le malade les boive avant qu'il ne s échappe. Mais , généralement parlant » on doit les proscrire , parce que quelques-uns de ces véhicules renferment un principe stimulant qui ne convient pas dans la première période de la maladie , et que d'autres pburraient irriter l'estomac dans quelque période que ce 8oit de la même maladie.

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