‹ Mémoire sur le traitement de la cataracteChapitre 1 sur 11 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

L’altération de l’œil, que les anciens ont appelée cataracte, et qui, mieux connue des modernes, consiste dans l’opacité du cristallin ou de sa capsule , appartient, par ses causes et par son siège, à la partie de la médecine dans laquelle on range les maladies internes ; mais elle est restée jusqu’à présent dans le domaine de la chirurgie, parce qu’elle n’a paru pouvoir céder à aucun traitement médical. On doit reconnaître que les procédés opératoires dirigés contre cette maladie ont acquis dans ces derniers temps une grande perfection* et qu’il en résulte journellement des succès remarquables.

Ces effets avantageux n’eu laissaient pas moins à lésirer un traitement mixte contre cette affection qui souvent se joint à d’autres infirmités pour allriser la vieillesse , et même se développe daus lespreniers âges de l’homme. En traitant l’épilepsie et la uanie par la cautérisation de la tête , j’avais eu occasion de remarquer un amendement notable ans des gouttes-sercines et dans des cataractes qui

existaient simultanément avec la maladie dont j’avais principalement eu vue la guérison. L’observation me fournissait donc une démonstration évidente, et l’induction semblait confirmer le résultat. Il ne paraît pas en effet plus difficile d’atténuer la cause matérielle d’une cataracte ou d’une gouttesereine , que de modifier la cause matérielle d’une épilepsie ou d’une manie. J’ai recueilli beaucoup de faits qui ont rempli mes espérances relativement à l’amaurose et à d’autres affections cérébrales. J’ai déjà eu l’honneur d’en entretenir l’Académie, et l’approbation qu’elle a bien voulu m’accorder, m’a soutenu dans la recherche difficile de nouveaux résultats.

Désirant appliquer à la cataracte le traitement des affections chroniques de la tête et des yeux, je n’ai pas tardé à sentir que j’étais dans des circonstances très-différentes. Beaucoup d’amaui'oses se sont offertes à mon observation parce que cette maladie est le plus souvent abandonnée à elle-même ; mais l’usage ayant porté jusqu’à présent le public et même les personnes de l’art à considérer l’opération comme l’unique chance de guérison dans le cas de cataracte, je n’ai eu pendant long -temps que des occasions rares et presque accidentelles d’éprouver un traitement dont les effets me paraissaient devoir être communs à cette maladie et à d’autres affections cérébrales et oculaires.

J’ai soigneusement noté les faits à mesure qu’ils se sont présentés , attendant , pour adopter une

opinion , que le nombre et l’analogie des résultats m’eussent permis de les considérer d’une manière un peu générale. J’étais favorisé dans ces recherches par le siège de la maladie; en effet, cette affection du cristallin se voit à l’œil nu, même long -temps avant quelle soit complète. On sait que les hommes de l’art qui pratiquent l’opération de la cataracte la font seulement lorsque la transparence du cristallin : et par conséquent la vision sont abolies, l’expérience leur ayant appris que cette opération réunit a1 ors le plus de chances favorables. Dans toutes les autres maladies internes , au contraire , il ne peut y avoir d’examen direct, et le diagnostic résulte de l’analyse de symptômes perceptibles à l’esprit plutôt qu’aux sens ; la cataracte offre donc à l’observa te\ir cet avantage qu’il peut en connaître les signes au moyen de la vue , ce qui , joint aux symptômes physiologiques , rend le diagnostic beaucoup plus sûr que dans toutes les autres affections internes.

Pour me tenir en garde contre toute opinion tant soit peu hasardée , j’ai constamment associé à mon observation celle de plusieurs médecins trop éclairés et trop amis de la science pour ne pas m’avertir si j’étais tombé dans quelque erreur.

Enfin , me défiant surtout de ces guérisons qui succèdent à un traitement quelconque et qu’on regarde à tort comme solides , parce qu’on a perdu de vue les malades, ce qui est souvent inévitable, j’ai cru devoir donner à l’observation de ces maladies le plus de temps possible : c’est-à-dire des mois et

même des années , afin que le témoignage du tcmp $ vint fortifier celui de l’expérience.

Page 1