‹ Mémoire sur le traitement de la cataracteChapitre 4 sur 11 · TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBSERVATION

Madame la comtesse de Monchcnu , octogénaire, avait la vue affaiblie, mais en rapport avec l’état de ses autres organes , lorsqu’à son réveil, le 11 janvier i8a3, elle reconnut qu’elle était aveugle. Durant la journée , la vision se rétablit imparfaitement du côté droit, mais resta nulle du côté gauche.

27 janvier 1823. Consulté par cette dame le 27 du même mois, voici dans quel état je trouvai ses yeux :

Conjonctives et cornées ternes, pupilles resserrées et presque imperceptibles, opacité de la chambre antérieure paraissant avoir essentiellement lieu dans le cristallin. La vision , dans l’œil droit , est bornée à une petite distance, et tellement faible que la malade ne peut ni lire, ni écrire-, elle ne distingue les couleurs que d’une manière très-confuse , et croit voir des fleurs très-variées sur une robe d’un blanc uni.

Un oculiste , ayant été consulté par cette dame, avait dit que l’opération serait praticable lorsque la vue serait complètement nulle dans l’œil droit comme elle l’était dans le gauche.

Malgré la perte de l’œil gauche, je ne considérai ce fait ni comme une goutte-sereine ni comme une cataracte complète , mais comme une lésion de toutes les parties de l’œil dans laquelle chacun offrait, si je puis m’exprimer ainsi, son contingent; mais je ne pensai pas qu’il y exit une seule partie lésée

d’une manière assez intense pour que la maladie n’eût pas d’autre cause. Sous le rapport de l’intensité, cette maladie était récente et n’avait été déterminée ni par l’apoplexie , ni par la pléthore cérébrale à la suite desquelles les différentes altérations des yeux , dont elles sont la cause , sont des plus difficiles à guérir, môme dans l’état aigu.

Madame de Monchenu consentit facilement à la cautérisation sincipitale que je pratiquai au moyen de la pommade ammoniacale. Je donnai à cette dame tous les autres soins par lesquels j’accompagne cette première base du traitement-, des ventouses légèrement scarifiées et posées à la nuque , quelques laxatifs , mais surtout le collyre ammoniacal et l’électricité furent administrés successivement, selon la marche de la maladie, pendant l’espace de quatre à cinq mois.

Dès le premier mois la vision se rétablit dans l’œil gauche, et fut améliorée dans le droit. Toute opacité des conjonctives , des cornées et de la chambre antérieure des yeux avait disparu, et l'on pouvait reconnaître de l’éclat dans les yeux.

Vers la tin du traitement, l’état des organes et de la vision était tel que la malade voyait des deux yeux la véritable couleur des objets , et pouvait de plus lire et écrire.

La vision se maintient au même degré depuis plus de deux ans, et c’est peut-être une chose digne de remarque que ce sens ne subisse plus de variations défavorables tandis que les autres facultés physiques

de la malade diminuent sensiblement depuis un an. Je pense que ce fait appartient à la cataracte incomplète accompagnée de l’opacité des membranes antérieures de l’oeil et de la lésion imparfaite des deux ordres de nerfs qui animent les yeux.

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