QUATRIÈME OBSERVATION
Madame deM , âgée de 27 ans, ayant les yeux
grands', assez volumineux et affectés de myopie dès l’enfance, était atteinte depuis sjxmois d’une gouttesereine double survenue à la suite d’une rougeole qu’elle avait éprouvée vers les deux tiers d’une grossesse. Il y avait trois mois que cette dame était accouchée lorsqu’elle me consulta : ses yeux 11e me présentèrent aucune lésion apparente , si ce n’est que l’œil droit était sensiblement plus volumineux et plus saillant que le gauche -, les pupilles étaient parfaitement mobiles. La malade avait été très-sujette à l’ophtalmie 5 elle ne pouvait plus ni lire ni écrire, et, comme elle était myope, elle avait quelque peine à se diriger. La cautérisation sincipitale et les ventouses scarifiées , le collyre ammoniacal et l’électricité rétablirent la vision dans les deux yeux, mais moins parfaitement dans le gauche qui avait été le plus faible depuis long- temps , que dans le droit. Il parut même pendant quelque temps que la vision était plus étendue qu’elle ne l’avait jamais été.
Madame de M étant devenue de nouveau en-
ceinte , je 11e crus pas devoir continuer le traitc-
meut au-delà de quatre à cinq mois. Au printemps de 1822, elle partit pour la Suisse où elle voulait faire ses couches. La vision se soutint avec des variai tions que l’usage du collyre ammoniacal et de l’élec- 1 tricité faisait cesser immédiatement. Peu de temps après ses couches , la malade étant sortiepar un temps humide et froid, eut une ophtalmie à la suite de laquelle la vue s’altéra de nouveau. Cette dame revint à Paris et me consulta un mois après l’invasion de l’ophtalmie ; la vision était nulle dans l’œil gauche où je reconnus une cataracte. Je ne remarquai aucune trace de cette maladie dans l’œil droit 5 mais la vision était fort altérée de ce côté. Tous ces faitsfurent constatés par M. le docteur Amb. Auvity ,
médecin de madame de M
Deux mois plus lard, je commençai un traitement semblable au premier ; il en est résulté le rétablissement de l’œil droit, et cette amélioration se soutient depuis plus de deux ans } mais la vision ne s’est aucunement développée du côté gauche. L’opacité du cristallin n’a pas diminué depuis le début de la maladie.
La cataracte me parait s’être formée, chez cette malade , en même temps que l’inflammation dont elle est probablement l’effet } la malade étant alors en Suisse, je n’ai pu observer les rapports directs des deux affections. L’opacité du cristallin et la cécité de l’œil gauche , ont été complètes en moins d’un mois. Deux années d’un traitement qui avait pour objet la goutte-sereine de l’œil droit et la ca-
taracte de l'œil gauche , n’ont point sensiblement modifié la maladie du cristallin. Ce fait me parait contraster beaucoup avec d’autres que j’ai cités, et surtout avec celui dont M. Pépin est l’exemple. Chez cc malade, l’œil gauche, privé de la vision depuis six nns, était affecté de cataracte seulement depuis trois ou quatre ans. De très-blanc qu’il paraissait, le cristallin est devenu d’une couleur grise noirâtre, tellement obscure qu’on distingue difficilement ce corps. Il me paraît présumable que si, dans cet œil , la vision se borne à la perception du jour, seul bienfait du traitement pour cet organe , cela dépend probablement d’autres causes qui par leur ancienneté et leur intensité sont insurmontables.
Un exemple presque semblable à celui-ci s’est rencontré chez M. Delcros ; ce malade avait usé ses yeux par le travail du cabinet. La vision, déjà fatiguée , se trouva beaucoup plus faible encore après des inflammations de la tête et des yeux. M. Delcros avait des symptômes de goutte sereine et de cataracte, quand je commençai le traitement. En établissant une courant de fluides vers la tête , au moyen de la plaie sineipitale, je diminuai d’abord en apparence l’opacité du cristallin 5 mais ce fut pour peu de temps, et l’affaiblissement de la vision fit toujours de nouveaux progrès jusqu’à la cécité complète .