TUMEUR ÉRECTILE VEINEUSE SITUÉE A LA JOUE ET A LA LÈVRE SUPÉRIEURE
droite; emploi de sétons d’abord, puis des épingles et des injections
DE NITRATE ACIDE DE MERCURE; ACC1DENS GRAVES; GUÉRISON DE LA TU¬ MEUR érectile ; excision partielle de la lèvre restée volumineuse.
Obs. VIII. — Mademoiselle L..., âgée de 2 ans et demi, me fut adressée par mon confrère et ami, M. Guionis, médecin à Hueil, en 1838; cet enfant porte
dans l’épaisseur de la joue droite et la moitié droite de la lèvre supérieure une tumeur d’une nature veineuse. Neuf mois auparavant on avait passé à traverl la partie superficielle de la tumeur quatorze petits sétons qui produisirent de la suppuration et l’ulcération des parties comprises entre eux et la peau. Après la cicatrisation des plaies, la tumeur s’affaissa un peu dans ce point, mais elle continua à grossir dans tous les autres.
Une maladie de l’enfant fit ajourner l’application de nouveaux sétons.
J’enfonçai dans la joue six épingles de gros calibre. Après trois jours les épingles sont retirées et le nitrate acide de mercure injecté dans les trous. La joue devint de suite rouge et dure; des vomissemens opiniâtres et abondans survinrent dans les deux jours suivans, accompagnés de rétention d’urine, de faiblesse extrême, de la petitesse et de la fréquence du pouls. Joue tendue, rouge, très douloureuse , la suppuration s’établit dans toute la tumeur. Une escarre de 12 à 15 millimètres de diamètre s’est formée près de l’ancienne cicatrice. Les accidens généraux cessent peu à peu ; néanmoins la faiblesse persiste pendant plusieurs semaines et de temps à autre il revint quelques vomissemens.
Les modifications dont la tumeur /ut ultérieurement le siège eurent pour résultat sa diminution, et la transformation d’une partie de son tissu en une substance cellulo-fibreuse; néanmoins il fallut encore, à quelques mois d’intervalle, recourir aux épingles suivies des injections de nitrate acide de mercure. A chaque fois l’injection détermina le retour de quelques vomissemens et provoqua des phénomènes locaux d’inflammation très prononcés, quoique moins violens qu’ils n’avaient été à la première.
Six mois après le commencement du traitement, l’on n’aperçoit plus de traces du tissu érectile ni sur les joues, ni sur la lèvre, tant du côté de la peau que de la membrane muqueuse de la bouche; seulement ces parties semblaient être hypertrophiées.
J’engageai les parens à attendre avant d’en venir à aucune autre opération ; et en effet les parties ont peu à peu diminué pendant les trois années qui suivirent la cessation du traitement. Cette diminution aurait sans doute continué à se faire spontanément; mais les parens, impatiens de voir la lèvre de leur fille bien conformée, ont fait auprès de moi de vives instances pour compléter la cure par l’excision des parties exubérantes; j’ai satisfait à leur désir en retranchant du côté de la face interne de la lèvre et de la joue droite une portion assez épaisse de ces parties. Malgré cela, il existe encore aujourd’hui une légère prédominance de volume du côté malade; mais avant d’en venir à une seconde excision, je veux attendre que la première ait produit tout ce qu’elle peut donner. Je sais par l’expérience d’un autre enfant dont la maladie et le traitement offrent, avec celui dont il est question ici, une très grande analogie, je sais, dis-je, que la rétraction des tissus continue à s’opérer pendant un grand nombre de mois qui s’écoulent après l’opération ; et qu’en voulant de suite rendre les parties symé-
Si
triques, on s’expose à faire descendre plus lard le côlé malade au-dessous de son volume naturel.
J’aurais pu rapporter un beaucoup plus grand nombre de faits; mais les observations ont entre elles beaucoup de ressemblance, et j’ai dû citer seulement celles qui pouvaient venir à l’appui de quelques-unes des propositions nouvelles émises dans ce mémoire.
Je résumerai en quelques propositions les idées principales qui peuvent ressortir de ce travail. 1° Les tumeurs érectiles comprennent des productions accidentelles, dont les unes paraissent formées par les vaisseaux capillaires proprement dits de la peau et du tissu cellulaire souscutané , dont les autres semblent produites par une agglomération de petites veines, largement anastomosées entre elles. Les premières de ces tumeurs disparaissent parfois spontanément; d’autres fois elles s’ulcèrent, versent ou non du sang, et s’affaissent dans les points qui ont été ulcérés. Les deuxièmes s’ulcèrent plus rarement ; et quand cela a lieu, elles versent du sang en abondance; leur guérison ou leur affaissement spontané est excessivement rare; mais arrivé à un certain degré elles cessent en général de s’accroître.
2° Le traitement des tumeurs érectiles renferme deux ordres de moyens qu’on emploie isolément ou concurremment; par le premier on les détruit, par le second on les transforme en d’autres tissus.
3° La première méthode convient essentiellement aux tumeurs cutanées, superficielles ; le meilleur moyen de l’accomplir consiste dans la cautérisation avec la pâte de Vienne.
U° La seconde méthode convient aux tumeurs veineuses, à celles qui occupent une grande épaisseur de parties. On parvient à transformer le tissu érectile en d’autres tissus en l’enflammant. Cette idée ingénieuse appartient à M. Lallemand. Le moyen que ce chirurgien conseille, c’està-dire l’acupuncture, ne suffit pas en raison de la difficulté qu’a le tissu érectile à s’enflammer. L’injection de substance caustique dans les trous des épingles, dont l’invention m’appartient, est beaucoup plus efficace ; mais elle est dangereuse et l’on ne peut en calculer au juste les conséquences ; le moyen le plus sûr consiste dans l’emploi des sétons combinés avec l'étranglement.