LE TRAJET INTRA-OCULA IRE
On sait depuis longtemps que l'absorption est très active et très rapide à la surface de l'œil. Il n'est pas de chimiste qui n'ait démontré dans ses cours cette remarquable propriété, en mettant sur la conjonctive d'un animal une ou deux gouttes d'acide prussique, et déterminant ainsi la mort dans l'espace de quelques secondes. Il est évident que, dans une pareille expérience, le poison absorbé parla conjonctive passe tout de suite dans le torrent circulatoire et est porté vers l'axe cncéphalo-rachidien. Nul doute que toute autre substance solublc et non irritante , mise en contact avec l'œil , se comporterait de la même façon. Ce n'est donc pas sur ce fait suffisamment connu que je viens appeler l'attention de l'Académie.
Mais quel est le trajet suivi parles liquides après leur absorption sur l'œil ? Passent-ils en totalité dans les vaisseaux extra-oculaires pour aller se répandre dans le torrent circulatoire, ou bien passentils en partie dans les membranes et les milieux de l'œil? Telle est la question, également intéressante, selon moi, pour la science et pour la pratique, que j'ai mise à l'élude depuis plusieurs mois , et dont je suis en mesure de donner aujourd'hui la solution. J'ai fait, pour éclaircir ce sujet, une série d'expériences sur des lapins, des chiens et des chats avec l'iodure de potassium, le lait de chaux et le sulfate d'atropine. J'exposerai dans autant de paragraphes les résultats que j'ai obtenus avec chacune de ces substances , et je terminerai par les déductions auxquelles ces expériences m'ont conduit pour la physiologie et la pathologie.
$ I. Expériences avec ï iodiire de potassium .
J'ai choisi la solution d induré de potassium , paire que, d'une part, ce sel est très Boluble, et que, d'autre part, il est Facile à retrouver par l'analyse chimique ; et c me ma compétence dans ces
sortes de recherches pourrait être mise en doule, je nie liàte de dé-
claror qu'elles ont été faites à l'École de pharmacie, avec les conseils et sous la direction de M. P>ussy , qui non-seulement a bien voulu constater la plupart des résultats, mais encore les a plusieurs Ibis trouvés lui-même , et que , d'ailleurs , toutes les expériences ont été faites avec l'assistance de M. Bussy fils, qui a mis à ma disposition , avec beaucoup de zèle et d'empressement , ses connaissances en manipulations chimiques.
Exp. 1. — Le 1 0 juin 1 855, j'ai fait , à deux heures dix-sept minutes l'instillation, dans l'œil gauche d'un lapin, d'une solution contenant environ 20 grammes d'iodure de potassium pour 100 grammes d'eaudistillée. L'instillation a été répétée cinq fois, et nous avons eu soin, chaque fois, de tenir les paupières écartées pendant quelques moments, puis de fermer l'œil et d'exercer sur lui une légère compression par l'intermédiaire des paupières. Nous avons en même temps empêché le liquide de s'écouler sur l'œil droit. Au bout de sept minutes, c'est-à-dire à deux heures vinglqualrc minutes, j'ai extrait l'œil gauche , puis l'œil droit, l'animal continuant à vivre. L'œil gauche , celui dans lequel l'instillation a été faite , a été lavé dans de l'eau légèrement acidulée, dans laquelle j'ai ensuite versé de l'eau amidonnée. Je n'ai pas vu paraître la coloration bleue de l'iodure d'amidon. La cornée a ensuite été détachée complètement, puis essuyée avec un linge sur ses deux faces , coupée en morceaux , et enfin pressée avec un petit bâton de verre parfaitement propre, dans une soucoupe contenant à peine une cuillerée à café d'eau. Celle pression a été continuée pendant dix minutes environ, et recommencée après avoir laissé macérer pendant le même temps. J'ai ensuite versé dans cette eau de macération quelques gouttes d'eau amidonnée et deux gouttes d'acide nitrique. J'ai immédiatement vu paraître une coloration bleue qui ne m'a pas laissé de doute sur l'existence de l'iodure d'amidon J'ai soumis à la même pression le cristallin, le corps vitré et l'iris, mais je n'ai pas obtenu d'une manière aussi évidente la coloration bleue.
L'œil droit, soumis à la même préparation, ne m'a pas donné la moindre trace d'iode, ce qui prouve que la présence de ce dernier dans la cornée gauche n'était pas l'effet du passage de la solution dans le torrent circulatoire.
Il résulte pour moi de celle expérience qu'au bout de sept minutes l'iodure de potassium absorbé par la conjonctive était infiltré dans les mailles de la cornée.
Exp. II. — Le 15 juin 1855, à onze heures du matin, en présence de MM. Bussy père et fils et de M. Bauchet, j'ai instillé, avec une pipette, une solution de 10 grammes pour 100 d'iodure de potassium dans l'œil gauche d'un lapin. L'instillation a été répétée sept ou huit fois, en laissant l'œil alternativement ouvert et fermé. Au bout de onze minutes, l'œil gauche a été extrait et lavé trois fois dans l'eau distillée, après que toutes les parlies molles extérieures avaient été détachées de la sclérotique. Nous avons constaté que les eaux de lavage ne contenaient point du tout d'iodo. Puis j'ai enlevé la cornée avec des instruments très propres, j'ai recueilli l'humeur aqueuse dans une capsule, et M. Bussy père a lui-même fait sur la coulée, l'humeur aqueuse et le reste de l'œil, les recherches nécessaires pour retrouver l'iode, de la manière suivante :
1° La cornée , placée dans une capsule du porcelaine avec un petit morceau de potasse dont la pureté avait été préalablement essayée, a été soumise à la calcination pendant quinze minutes , au moyen d'une lampe à esprit-de-vin. Le résidu de la calcination a été délayé dans un peu d'alcool, qui avait pour objet de dissoudre tout ce qu'il pouvait y avoir d'iodure de potassium. La solution alcoolique, versée dans une autre capsule parfaitement propre, a été soumise à l'évaporalion ; le résidu blanc donné par cette dernière a été dissous dans quelques gouttes d'eau distillée, à laquelle on a ajouté ensuite une goutte d'eau amidonnée et une goutte d'acide nitrique. Au moment où cette dernière est arrivée , nous avons vu paraître de la façon la plus évidente la coloration bleue indiquant la présence de l'iode.
2" L'humeur aqueuse, placée dans un verre de montre, a d'abord été mélangée avec un peu de potasse, puis traitée par l'eau amidonnée et l'acide nitrique ; et nous avons vu paraître encore la coloration bleue : elle était même plus foncée , et indiquait une plus grande proportion d'iode que celle de la cornée.
3" Le reste de l'œil (iris , sclérotique , cristallin et corps vitré) a été soumis aux mêmes préparations que la cornée, et nous a donné une coloration bleue non moins incontestable que celle de l'humeur aqueuse et de la cornée.
L'œil droit, examiné de la môme manière, ne nous a fourni que des résultats négatifs, c'est-à-dire que la coloration bleue de l'iodure d'amidon n'a été donnée ni par la cornée, ni par l'humeur aqueuse, ni par le reste du globe oculaire.
Il ressort de cette expérience que l'iodure de potassium, mis en contact avec la surface de l'œil, est passé dans la cornée, l'humeur aqueuse et une partie , sinon la totalité , des autres éléments de l'œil , et l'on ne croira sans doute pas qu'il y a été amené par la circulation générale ; car, s'il en avait été ainsi, l'œil droit aurait dû en renfermer autant que le gauche. D'ailleurs, nous avons cherché l'iode dans l'urine sans en trouver; c'est la preuve qu'il n'était pas passé par la conjonctive une assez grande quantité d'iodurc de potassium pour qu'on pût le retrouver dans loutes les parties de l'organisme, ce qui aurait eu lieu certainement, si l'animal, ayant vécu plus longtemps, la suhstance avait pu quitter l'œil dans lequel elle élait entrée.
Afin de répondre tout de suite catégoriquement à l'objection qui me sera certainement faite, que l'iodure de potassium a pu être apporté dans l'œil par la circulation générale , je dois rappeler que, quand cette substance a été ingérée dans l'estomac, elle ne se trouve pas dans les liquides de l'économie au bout de douze, quinze ou vingt minutes, mais plus lard. Voici, pour le lapin , les résultats auxquels je suis arrivé : Le 21 juillet, nous avons (exp. III) fait avaler à deux lapins, en leur ouvrant de force la bouche, et l'instillanl avec, une pipette, environ 10 grammes d'une solution concentrée d'iodurc de potassium. Chacun d'eux en a certainement avalé une quantité plus grande «pie celle qui a pu è|iv absorbée parla conjonc-
live dans les expériences qui précèdent et clans celles qui vont suivre. L'œil droit de l'un de ces animaux , examiné seize minutes après, ne contenait d'iode ni dans la cornée , ni dans l'humeur aqueuse, ni dans l'humeur vitrée. L'œil gauche , examiné vingtdeux minutes après, n'en contenait pas non plus, et nous n'en avons pas trouvé davantage dans l'urine. L'œil de l'autre animal (il était horgne), examiné trente-trois minutes après l'ingestion, en contenait dans l'humeur aqueuse et l'humeur vitrée. Il faut, en effet, pour que l'iode se retrouve dans tous les organes, que la circulation leur en ait apporté pendant un temps plus long que celui après lequel nous en avons trouvé clans l'œil instillé des animaux de nos deux premières expériences.
Dans ces deux premières expériences, l'iode a été retrouvé sept et onze minutes après l'instillation à la surlace de l'œil ; mais on peut le retrouver beaucoup plus tôt, et cette rapidité avec laquelle la solution est portée dans l'humeur vitrée et l'humeur aqueuse vient encore mieux démontrer qu'il s'agit d'un transport direct, et non pas d'un transport par les voies circulatoires. Ainsi, le 24 juillet (exp. IV), nous avons instillé, également sur un lapin, la solution d'iodure de potassium goutte à goutte pendant deux minutes. L'œil a été retiré six minutes après le commencement de l'expérience. La cornée et l'humeur aqueuse renfermaient une quantité considérable d'iode. Sur un autre animal (exp. V), l'œil retiré au haut de quatre minutes nous en a donné une quantité plus grande encore; et sur un troisième (exp. VI), l'œil retiré trois minutes après le commencement de l'opération nous en a fourni de même. J'ai eu soin, dans ce dernier cas, d'examiner l'humeur aqueuse après avoir ponctionné par la sclérotique avec un trocart fin, afin d'évacuer la chambre antérieure sans toucher la cornée. J'ai de cette façon une réponse à l'objection qui pourrait être faite, que l'humeur aqueuse pourrait se charger d'iode en traversant la cornée qui en contient beaucoup. Ici, en effet, la cornée n'a pas été ouverte, et cependant l'humeur contenait encore une proportion notable d'iode. Enfin le 27 (exp. Vil) j'ai enlevé l'œil une minute et demie après le commencement de l'instillation, je n'ai pas trouvé d'iode dans l'humeur aqueuse, mais il y en avait assez clans la cornée pour donner une teinte pensée, et non pas bleue, ce qui prouve qu'il était passé de l'iode, mais pas autanl que dans les autres expériences, sans doute à cause du peu de temps qui s'était écoulé entre l'instillation et la mort.
Exp. VIII. — Le 17 juin, j'ai instillé avec l'aide de M. Bussy lils une solution d'iodure de potassium de 10 grammes pour 100 d'eau dans l'œil gauche d'un lapin. L'instillation a été répétée huit Ibis dans l'espace de six minutes, et vingt-cinq minutes après le commencement de 1 expo rience les deux yeux ont été enlevés eu commençant par le gauche. Nous avons l'ail ensuite dos investigations analogues à celles des expériences
précédentes, cL qu'il nous paraît inutile de détailler longuement. Nous donnons seulement les résultats.
Sur l'œil gauche :
1° L'humeur aqueuse, traitée par l'eau amidonnée et l'acide nitrique sans addition préalable de potasse, nous donne des traces très sensibles d'iode.
2° La cornée, traitée par la calcination, en donne également des traces sensibles.
3° Le corps vitré et le cristallin, examinés sans calcination préalable, n'offrent point d'iode.
4° La sclérotique, la choroïde et la rétine, calcinées séparément et traitées ensuite par l'eau amidonnée el l'acide nitrique, ne donnent point d'iode.
Œil droit:
1° L'humeur aqueuse n'offre aucune trace d'iode. 2" De même pour la cornée.
3° Le reste de l'œil, membranes et milieux compris, a donné au contact de l'amidon et de l'acide nitrique une coloration bleuâtre qui a disparu très vite, et sur laquelle nous aurions eu des doutes si nous ne l'avions pas vue reparaître en présentant à la solution un peu d'acide sulfureux.
L'urine de l'animal, calcinée avec de la potasse, puis traitée successivement par l'alcool, l'évaporation, l'eau distillée, et enfin l'amidon etl'acide nitrique, nous a donné aussi des traces d'iodure d'amidon, qu'un petit excès d'acide nitrique faisait disparaître, mais que l'acide sulfureux faisait reparaître.
Celle expérience nous montre qu'au bout de vingt-trois minutes une partie de l'iodure de potassium avait quitté l'œil gauche, et qu'il s'en élait répandu assez dans le torrent circulatoire pour qu'on en trouvât dans l'urine et même un peu dans la partie postérieure de l'œil non expérimenté. Mais comme la cornée et l'humeur aqueuse de l'œil inslillé en contenaient beaucoup, tandis que les mêmes parties de l'autre œil n'en renfermaient pas, il faut bien admettre que sur le premier la substance absorbée était passée directement dans la cornée et l'humeur aqueuse, et y avait séjourné. Mais combien de temps peut durer ce séjour ? C'est ce que j'ai cherché à résoudre en partie par l'expérience suivante :
E-XP. IX. — Le 17 juin, après avoir instillé pendant cinq minutes dans l'œil gauche d'un autre lapin la solution d'iodure de potassium (20 grammes pour 100 d'eau), je n'ai enlevé les doux yeux qu'au bout do quarante-trois minutes.
Œil gauche :
1" La cornée ne contenait plus d'iode.
2" L'humeur aqueuse en renfermait une quantité très appréciable, 3" Le reste de l'œil n'en contenait pas du tout. Œil droit :
I " Cornée, point d'iode.
2" Humeur aqueuse, point d'iode,
3° Le reste de l'œil, calciné en masse, renferme une quantité appréciable d'iode.
Nous en trouvons également dans l'urine.
Nous voyons donc ici l'iodure de potassium séjourner dans l'humeur aqueuse au bout de quarante-trois minutes, tandis qu'il a abandonné la cornée et le reste de l'œil, et nous voyons, comme dans l'expérience précédente, la substance apportée par la circulation générale se retrouver dans les éléments postérieurs de l'œil opposé sans qu'on puisse la constater dans la cornée et la chambre antérieure.
Il semble donc que l'humeur aqueuse retient plus longtemps que les autres parties les substances qui ont été prises à la surface de l'œil; c'est ce qui ressort encore de l'expérience suivante :
Exp. X. — J'extrais les deux yeux d'un lapin soixante-quatre minutes après que M. Bussy fils a instillé dans l'œil gauche seulement, et toujours pendant cinq minutes, la solution d'iodure de potassium, et nous constatons ensemble :
Sur l'œil gauche :
1° Dans l'humeur aqueuse, quantité très sensible d'iode. 2° Dans la cornée, quantité également sensible. 3° Dans le corps vitré et le cristallin examinés ensemble, des traces d'iode.
4° Dans la sclérotique, la choroïde, l'iris et la rétine, quelques traces d'iode.
Sur l'œil droit :
1° Point d'iode du tout dans l'humeur aqueuse examinée très attentivement.
2" Point dans la cornée.
3° Point dans le cristallin et le corps vitré.
i" Des traces incontestables dans les autres membranes examinées ensemble.
On voit donc ici la substance absorbée séjourner plus d'une heure dans l'humeur aqueuse. Il est vrai qu'elle se retrouve aussi dans la cornée, tandis que l'expérience précédente, faite avec la même proportion d'iodure de potassium, ne nous a pas permis d'en trouver dans cette membrane après quarante-trois minutes. Sans doute, ces résultais s'expliquent par des différences individuelles. Ce qui reste important, c'est qu'au bout de soixante-quatre minutes l'humeur aqueuse contient encore beaucoup de la substance qui a été mise en contact avec la conjonctive, tandis que l'humeur aipieuse de l'autre œil n'en renferme pas encore, et cependant l'iodure de potassium était passé dans le torrent circulatoire, car la partie postérieure de ce môme œil en a reçu, el d'ailleurs rions ••n avons trouvé dans 1 urine •
ËXP, M. — Le 2 juillet, j'ai lait une expérience analogue à la précédente, mais en n'examinant que les humeurs aqueuses. Les deux yeux ont été enlevés soixante-dix minutes après le commencement de l'instillation. L'humeur aqueuse de l'œil gauche qui avait été instillé nous a donné une quantité appréciable d'iodure d'amidon, tandis que celle de l'œil droit ne nous en a présenté aucune trace.
Exp. XII. — Les deux yeux d'un lapin sont ponctionnés quatre-vinglquatorze minutes après le commencement de l'instillation qui avait élé faite sept ou huit fois dans l'es|iace de cinq minutes avec la solution à 20 grammes pour 100. La ponction a été faite avec un trocart explorateur, mon intention étant de n'examiner que l'humeur aqueuse. J'ai trouvé encore beaucoup d'iode dans l'humeur aqueuse de l'œil instillé ; l'humeur aqueuse de l'autre œil en renfermait aussi; mais comme la coloration bleue a été beaucoup plus faible, nous avons dû penser qu'il y avait moins d'iode. Néanmoins nous en avons conclu qu'au bout d'une heure et demie l'humeur aqueuse de l'œil opposé avait commencé à recevoir de l'iodure de potassium parla circulation générale.
Exp. XIII, faite le 25 juin. — Cette fois, les yeux ont été retirés deux heures après l'instillation (toujours sur un lapin). Sur l'œil instillé, il y avait encore beaucoup d'iode dans l'humeur aqueuse, un peu dans la cornée, un peu aussi dans le corps vitré et le reste de l'organe. Sur l'œil non instillé, il y avait un peu d'iode, se traduisant par une coloration pensée plutôt que bleue, dans l'humeur aqueuse, la cornée et les membranes postérieures.
Il y a donc encore ici une quantité d'iode plus appréciable dans l'œil opéré que dans l'autre , et comme la circulation générale en amenait aussi bien dans le premier que dans le second , c'est seulement cette différence de quantité qui nous autorise à invoquer encore cette expérience, comme [trouvant le trajet intra-oculaire du liquide absorbe à la surface de l'œil.
Il serait intéressant de savoir pendant combien de temps la substance absorbée à la surface de l'œil peut se retrouver dans la chambre antérieure Pour résoudre cette question, j'ai fait l'examen de deux yeux d'un lapin (exp. XIV) cinq heures après l'instillation de la solution iodurée dans le gauebe. Je n'ai trouvé d'iodure d'amidon nidansl'un ni dans l'autre ; mais, ce jour-là, j'ai eu des doutes sur la pureté de l'acide nitrique que j'avais à ma disposition.
Une autre fois, le 3 juillet (exp. XV), j'ai fait l'examen six heures après l'instillation , et j'ai trouvé très positivement l'iode en quantité notable dans l'humeur aqueuse et dans l'humeur vilrée que j'avais écrasée dans un verre de montre avant d'ajouter l'eau amidonnée et l'acide nitrique. Je dois ajouter que lé crUalli'n écrasé de môme après l'ouverture de sa capsule, ne m'a pas offert du tout d'iodure d'amidon, tandis qu'après avoir calciné cet organe et irailé le résidu de la calcinalion par l'eau amidonnée et l'acide
nitrique, nous y avons trouvé un peu d'iode. C'est d'ailleurs un résultat que nous avons obtenu dans d'autres expériences. Je n'ai pu examiner sur ce lapin que. l'œil droit, le gauche ayant été enlevé quelques jours auparavant pour servir à d'autres études.
Dans une autre expérience (exp. XVI), nous avons fait l'examen de l'œil instillé dix-sept heures après. Je n'ai point trouvé du tout d'iodure d^amidon dans l'humeur aqueuse ; et comme il n'y en avait pas non plus dans l'urine, j'en ai conclu que l'iodure absorbé avait dû non-seulement quitter l'œil, mais être éliminé de l'organisme du lapin par les urines.
Je n'ai détaillé que les expériences faites sur les lapins ; je dois ajouter, pour ne laisser aucun doute, que nous en avons fait d'autres sur les chiens, et que les résultats ont été analogues. Ainsi , après avoir instillé la solution d'iodure de potassium à 20 pour 1 00 dans l'œil gauche d'un chien (exp. XVII), à quatre reprises différentes, le 'I 9 juillet , à trois heures du soir , et enlevé les yeux à quatre heures et demie, c'est-à-dire quatre-vingt-dix minutes après, j'ai retrouvé l'iode en quantité très appréciable dans la cornée (examinée après calcinalion) et dans l'humeur aqueuse, tandis que les mêmes parties de l'œil droit ne m'en ont offert aucune trace , et qu'il n'y en avait pas non plus dans l'urine. Sur un autre chien (exp. XVIII), la recherche de l'iode a été faite quatre heures après l'instillation ; je l'ai trouvé également dans la cornée, dans l'humeur aqueuse et dans l'humeur vitrée, tandis que je n'en ai pu apercevoir ni dans l'œil droit ni dans l'urine. Sur un troisième (exp. XIX), l'examen a été fait cinq heures et demie après l'instillation, et j'ai retrouvé l'iode dans les deux yeux et dans l'urine.
On remarquera dans ces résultats quelque chose de différent de ceux qui ont été observés chez le lapin : c'est que l'iodure de potassium n'est pas passé aussi vite dans toute l'économie. Cela peut tenir ou à ce que l'absorption est moins active, ou à ce que la quantité instillée n'a pas été exactement la même. Le phénomène que je tiens à faire ressortir, savoir le passage et le séjour, dans l'œil, de l'iodure absorbé n'en est que plus évident.
Je suis donc autorisé à conclure des expériences qui précèdent : 4° que l'iodure de potassium absorbé à la surface de l'œil passe dans la cornée et dans l'humeur aqueuse , où l'on commence à le retrouver au bout de deux minutes, et séjourne dans celte dernière pendant vingt à trente minutes avant que la circulation générale puisse en avoir apporté une quantité appréciable ; 2° que les autres parties de l'œil, et particulièrement le corps vitré, la sclérotique et la choroïde en reçoivent plus tard que la cornée et l'humeur aqueuse ; 3° que l'humeur aqueuse retient pendant plus longtemps que les autres éléments de l'œil la substance absorbée , tant celle qui est entrée directement, que celle qui a pu être apportée plus lard par les capillaires.
§. 2. Expériences (ailes avec le lait de chaux.
J'ai été conduit aux recherches dont je vais parler par l'observation d'un malade qui était entré dans mon service , à l'hôpital Cochin, pour une opacité complète de la cornée survenue immédiatement après la projection accidentelle d'eau de chaux des badigeonneurs dans l'œil gauche. J'avais été frappé de la rapidité avec laquelle l'opacité était survenue, et ayant constaté, au bout de quelques jours , que la membrane, au lieu d'être mortifiée, comme je l'avais craint d'abord, retrouvait peu à peu sa transparence , je pensai que nous avions eu affaire à une imbibition de son tissu par la chaux absorbée à la surface de l'œil, et je fis, pour m'éclairer à cet égard , les expériences suivantes :
Exp. XX. — Le 8 juin 1855 , je laisse tomber du lait de chaux dans les deux yeux d'un chien , à quatre heures quatre minutes du soir. La cornée gauche commence à blanchir à quatre heures sept minutes , et la droite à quatre heures neuf minutes. L'opacité semble marcher de la périphérie vers le centre , en commençant par le côté externe de la membrane. A quatre heures dix minutes, je laisse tomber avec la pipette une nouvelle quantité de lait de chaux. A quatre heures quinze minutes , les deux cornées sont blanches comme de la porcelaine. A quatre heures vingt-deux minutes, nous laissons tomber de temps en temps sur l'œil gauche quelques gouttes d'un collyre contenant d'abord 2 , puis 3 , puis 5 gouttes d'acide chlorhydrique pour 20 grammes d'eau distillée. Quelques instants après avoir porté la dose d'acide à 8 gouttes , à peu près à cinq heures, nous voyons l'opacité diminuer, puis disparaître, non pas en totalité, mais en grande partie, et la transparence se rétablir assez pour que nous puissions voir la pupille, qui auparavant était toutà fait masquée. Nous avons d'autant mieux apprécié le résultat, que l'œil droit, dans lequel nous n'avions pas mis de collyre acide, a continué à nous offrir unecornée blanche comme de la porcelaine. Ce résultat ne peut être interprété que d'une seule manière : la chaux, mise en contact avec la conjonctive, était passée dans la cornée, et en infiltrant ses mailles, lui avait fait perdre sa transparence. L'acide chlorhydrique, en passant à son tour dans la membrane , a dissous la chaux , ou plutôt a formé avec elle un chlorure solublc qui a été entraîné peu à peu , ou dont la présence au moins a permis à la transparence de se rétablir. En conséquence, il y a eu passage de la chaux d'abord, et ensuite du collyre acide de la surface de l'œil dans l'épaisseur de la cornée.
Je ne me dissimule pas que cette interprétation est en opposition avec l'idée qu'on se fait généralement du mode d'action de la chaux sur l'œil. On suppose qu'elle agiteomme un caustique, c'està dire en détruisant les parties qu'elle touche, et faisant perdre pour toujours à la cornée sa structure naturelle. Il en est ainsi, en effet, lorsque l'œil est atteint par la chaux vive, qui agit par l'intensité de son calorique. Mais il n'en est plus de môme lors-
que la chaux est éteinte depuis longtemps et froide , comme celle qui forme le lait de chaux; si, en infiltrant la cornée, elle la détruisait comme ferait un fer rouge, un acide minéral concentré ou la potasse caustique, celle membrane ne pourrait pas reprendre ultérieurement sa transparence et sa vilalilé. Du moment où nous faisons disparaître l'opacité par l'emploi d'un agent capable de neutraliser la chaux, il faut bien admettre que celle-ci a pénétré le tissu de la membrane et s'est combinée avec lui. Nous en avons une autre démonstration dans l'expérience suivante :
ëxp. XXI. — Le 8 juin 1855, à dix heures quinze minutes du matin, nous versons, M. Bussy fils et moi, du lait de chaux sur les deux yeux d'un lapin, en ouvrant les paupières et écartant la membrane clignotante. A dix heures dix-sept minutes, les deux cornées sont complètement opaques, sans ramollissement ni ulcération, et même sans dépolissement ni dessiccation de leur surface.
Les yeux sont enlevés cinq minutes après. Nous détachons les cornées et recueillons l'humeur aqueuse. Celle-ci n'est pas trouble ; nous y ajoutons un peu d'eau distillée, et ensuite une solution d'oxalate d'ammoniaque. Nous n'avons pas de précipité blanc, ce qui prouve que la chaux, peutêtre à cause du peu de temps qui s'est écoulé (huit minutes) n'est pas passée en quantité appréciable dans l'humeur aqueuse.
Après avoir bien examiné les deux cornées et constaté que l'opacité occupe toute l'épaisseur et jusqu'aux couches profondes de ces membranes, nous plaçons chacune d'elles dans un verre contenant environ 10 grammes d'eau distillée. L'opacité persiste. Au bout de dix minutes, nous versons quelques gouttes d'acide chlorhydrique, et tout de suite nous voyons l'opacité disparaître en grande partie, comme cela avait eu lieu sur le chien vivant. Les membranes étant retirées du verre, nous laissons tomber dans la solution quelques gouttes d'oxalate d'ammoniaque dissous dans l'eau distillée, et nous voyons paraître un précipité blanc d'oxalate de chaux beaucoup plus prononcé que celui qu'on obtient en traitant de la même manière la cornée normale. Un peu plus tard, les deux membranes, redevenues transparentes, ont été plongées dans le lait de chaux, où nous les avons vues redevenir immédiatement opaques ; puis, traitées encore par l'acide chlorhydrique, elles ont perdu, comme la première fois, leur opacité, et la solution, traitée elle-même par l'oxalale d'ammoniaque, a donné le même précipité blanc d'oxalate de chaux.
Dans cette expérience, l'analyse chimique prouve donc ce que l'observation sur le vivant nous avait fait admettre, savoir, que la cornée s'imbibe de chaux, et que celle substance peut êlre entraînée par l'acide chlorhydrique.
Voici d'ailleurs une autre démonstration donnée également par l'analyse chimique.
EXP. XXII. — Le 9 juin, je verse du lait de chaux dans l'œil gauche seulement d'un lapin. Deux minutes après, la cornée commence à blanchir; sept minutes après, elle est blanche comme de la porcelaine. L'œil
est enlevé trois minutes plus tard, c'est-à-dire douze minutes après le commencement de l'expérience. M. Bussy fils le soumet ensuite à la calcination à blanc dans un creuset de platine. Le résidu de la calcination est traité par l'eau distillée et ensuite par l'oxalale d'ammoniaque, et il s'y forme un précipité blanc d'oxalate de chaux. Peut-être une partie de la chaux se trouvait-elle dans les autres membranes de l'œil ; mais comme la cornée était blanche, nous sommes autorisés à penser, d'après les résultats des expériences précédentes, que la plus grande partie de la chaux se trouvait dans cette membrane; et pour répondre tout de suite à l'objection qui se présente tout d'abord, savoir, que la chaux constatée n'était peut-être que celle qui se trouve à l'état normal dans l'œil, j'ajouterai que nous avons traité de la même manière l'œil droit, qui n'avait pas reçu de chaux. Après la calcination, l'oxalate d'ammoniaque nous a donné, il est vrai, un précipité blanc, mais beaucoup moins considérable. M. Bussy père, qui nous a guidés dans celte expérience, a constaté la différence.
Exp. XXIII. —Nous avons fait le 24 juillet une expérience encore plus démonstrative que la précédente. Nous avons commencé par prendre les deux yeux d'un lapin à l'état sain, nous avons mélangé les deux humeurs aqueuses et fait calciner ensemble les deux cornées. Les humeurs aqueuses ont été traitées par quelques gouttes d'acide chlorhydriquc, puis quelques gouttes d'oxalate d'ammoniaque ; en agitant, nous avons eu un précipité blanc peu abondant, mais réel, d'oxalate de chaux dû à la présence d'une certaine quantité de chaux normale. Les deux cornées ont été calcinées à blanc dans un creuset de platine; le résidu traité successivement par l'eau distillée, deux gouttes d'acide chlorhydrique et quelques goutlcs d'oxalate d'ammoniaque. Nous avons eu un précipité blanc, semblable à celui de l'humeur aqueuse, etdonné sans aucun doute par la chaux normale de la cornée. Les deux liquides ont été conservés chacun dans un verre de montre.
Nous avons ensuite pris deux yeux d'un autre lapin, sur lesquels nous avions versé quelques heures auparavant du lait de chaux. Les deux cornées étaient tout à fait blanches. Los deux humeurs aqueuses ont été recueillies dans uta verre de montre; traitées comme tout à l'heure, elles nous ont donné un précipité blanc qui nous a paru plus abondant, mais cependant le fait n'a pas été assez positif pour que je puisse assurer que la chaux était passée dans l'humeur aqueuse. Les deux cordées, au contraire, traitées, comme nous l'avons dit, après calcination, nous ont donné un précipité d'oxalate de chaux tellement blanc comparativement à celui des cornées normales, que personne n'aurait pu mettre en doute la présence d'une quantité de chaux très sensiblement plus grande. Nous avons d'ailleurs conservé les quatre liqueurs dans les verres de montre, que nous avons simplement recouverts d'un bouchon de liège. L'éyaporation s'est faite; le résidu calcaire est resté adhérent aux parois du verre, et nous avons pu constater encore mieux la présence d'une quantité de chaux plus grande dans celui de la seconde expérience que dans celui de la première.
Si ces résultais ne me permettent pas d'affirmer que le passage de la chaux a eu lieu dans la chambre antérieure, ils m'atitoriseùt
à déclarer, avec la certitude de ne pouvoir être contredit, que la chaux s'était infiltrée en quantité notable dans les mailles de la cornée.
J'avais constaté, sur le chien de l'expérience XX, que l'œil, après avoir recouvré, par l'instillation du collyre à l'acide chlorhydrique, une partie de sa transparence, était redevenu opaque au bout de quelques heures. Ce retour d'opacité peut être attribué, ainsi que je m'en suis assuré par d'autres expériences dont je n'ai pas à m'occuper ici, à l'inflammation et à la sécrétion plastique consécutives ; mais il est dû aussi à l'infiltration de la chaux qui reste dans la cornée malgré l'instillation de l'acide, ou de celle qui, se trouvant encore dans les vaisseaux de la conjonctive, et des régions voisines, a pu être apportée ultérieurement à la cornée.
Exp. XXIV. — En effet, dans une nouvelle expérience, j'ai, en présence de MM. Bussy père, Bauchet et Bussy fils, le 15 juin, fait blanchir avec le lait de chaux successivement l'œil droit et l'œil gauche d'un lapin, puis j'ai ramené les deux cornées à leur transparence par l'instillation pendant quinze minutes d'un collyre contenant 6 gouttes d'acide chlorhydiïque dans 50 grammes d'eau. Au bout d'une demi-heure, les deux membranes étaient redevenues presque aussi opaques qu'avant l'instillation de l'acide.
Les deux yeux se sont violemment enflammés, et sont devenus le siège d'un hypopion formé par un mélange presque solide de matière plastique et de pus plutôt que par du pus véritable.
Huit jours après, les deux cornées avaient perdu un peu de leur opacité, la gauche moins que la droite. J'ai enlevé l'œil gauche, j'ai détaché la cornée, et en la plongeant dans de l'eau additionnée d'acide chlorhydrique, je l'ai vue redevenir transparente comme dans l'expérience XXI. La solution, traitée par l'oxalate d'ammoniaque, a donné un précipité blanc.
Il résulte de ce fait que non-seulement l'instillation acide qui avait permis à la membrane de reprendre une partie de sa transparence ne l'avait pas débarrassée de toute sa chaux, mais que, huit jours après et malgré des lavages à l'eau faits tous les jours, et même quelques nouvelles instillations acides, la membrane ne s'était pas débarrassée du corps étranger, comme elle l'avait fait pour l'iodurc de potassium. Cela ne tient-il pas à ce que la chaux est emportée bien plus difficilement qu'elle n'est apportée dans la cornée ?
§ 111. Expériences avec la belladone et le sulfate d'alropine .
Les résultats que je viens d'exposer, et en particulier ceux que j'ai obtenus avec l'iodurc de potassium, devaient nie faire penser que l'action si mystérieuse et si inexpliquée jusqu'à présent de la belladone sur l'iris lenail peut-être au passage de relie substance
dans la chambre antérieure. Je ne pouvais le démontrer par l'inspection directe, et l'analyse chimique ne me fournissait non plus aucun moyen de reconnaître la substance. Je ne trouvai d'autre procédé pour arriver à un résultat que de recueillir l'humeur aqueuse d'animaux dont les pupilles auraient été dilatées par la belladone, et d'instiller cette humeur aqueuse dans l'œil d'un autre animal. Je fis d'abord l'expérience suivante :
Exp. XXV — J'employai la belladone de la même manière que j'ai coutume de le faire sur les malades, c'est-à-dire que je fis l'instillation sur la conjonctive de quelques gouttes d'extrait de cette substance délayée dans l'eau. Je commençai par instiller dans l'œil d'un lapin l'humeur aqueuse retirée d'abord de l'œil droit et ensuite de l'œil gauche d'un autre lapin dans les yeux duquel j'avais fait tomber, trois quarts d'heure auparavant, la solution belladonée; mais je m'aperçus bientôt que le lapin n'était pas l'animal le plus propre à cette expérience, parce que ses pupilles sont habituellement dilatées et peu mobiles, et que, d'autre part, la belladone ne leur donne pas la plus grande dilatation possible.
Exp. XXVI. — Dans une autre expérience, après avoir instillé une quantité plus grande de solution belladonée dans les deux yeux d'un lapin à trois heures et demie du soir, je ponctionnai l'œil gauche à quatre heures un quart, et j'instillai toutde suite goutte à goutte l'humeur aqueuse que j'avais recueillie, dans l'œil gauche d'un jeune chat. L'œil droit fut ponctionné à cinq heures, et l'humeur aqueuse instillée dans le même œil du chat. A six heures, la pupille de ce dernier était dilatée, mais cependant se resserrait encore un peu à la lumière. Cet effet a duré jusqu'à neuf heures du soir, après quoi la pupille n'a pas offert une dimension plus grande que celle du côté opposé. La dilatation que j'ai obtenue n'a pas été assez grande pour me convaincre que l'humeur aqueuse était en effet chargée de belladone. Pour lever tous les doutes, il fallait une substance qui, en très petite quantité, pût faire dilater plus incontestablement la pupille. Le sulfate d'atropine dont M. Giraldès avait fait connaître à la société de biologie l'année dernière les propriétés remarquables me parut devoir être mis en usage, et, pour plus de sûreté, je recueillis l'humeur aqueuse sur quatre yeux de lapin. Le résultat a été cette fois tellement probant que je crois devoir rapporter en entier l'expérience.
Exp. XXVII. - Le 2 juillet, nous faisons dissoudre 1 gramme de sulfate d'atropine dans 10 grammes d'eau. Nous instillons avec une pipette quelques gouttes de cette solution dans les yeux de deux lapins à trois heures et demie. A quatre heures, les pupilles sont dilatées. A quatre heures un quart, elles le sont davantage ; à quatre heures et demie, plus encore, et surtout beaucoup plus qu'elles ne l'avaient été sous l'influence de l'extrait dè belladone. A quatre heures trois quarts, je fais, aidé de M. Bussy fils, la ponction des quatre cornées avec un trocart explorateur qui était propre, et n'avait encore servi à aucune expérience du même genre. L'humeur aqueuse, recueillie avec soin dans des verres démontre dont la propreté ne laissait rien à désirer, a été instillée goutte à goutte cl en dix fois dans l'espace d'un quart d'heure dans