IG
l'œil droit d'un jeune chat dont la pupille était très mobile, el.se réduisait au grand jour à une fente linéaire. Au bout d'une demi-heure, cette pupille était déjà très large et immobile ; elle ne se resserrait plus lorscpac l'œil était exposé au soleil, tandis que la pupille gauche avait conservé toute sa conlractililô. Une heure après, le résultat était encore plus évident. Nous n'avons revu ce chat que le lendemain malin à dix heures et demie. La pupille droite était encore dilatée et immobile, et, en la comparant à la gauche, tout le monde aurait reconnu le phénomène de la myilfiasc belladonique. Le résultat s'est maintenu jusqu'au soir.
On ne refusera donc pas d'admettre que l'humeur aqueuse des lapins renfermait du sulfate d'atropine. Si j'admets que cetLc substance est passée directement dans la chambre antérieure, c'est parce que nous en avions instillé une trop petite quantité, et nous l'avions instillée depuis trop peu de temps pour que la substance ait pu être portée dans les yeux par la circulation générale.
11 resterait encore moins de doute à cet égard si j'avais instillé le sulfaLc d'atropine dans un seul des yeux de quatre lapins, et que j'eusse porté sur les yeux de deux autres animaux comparativement les humeurs aqueuses des yeux instillés et de ceux qui ne Pavaient pas été. Mais c'est un phénomène si ordinaire dans les salles de chirurgie et dans nos expériences de voir se dilater seule la pupi le de l'œil qui a reçu la belladone, que j'ai cru pouvoir expliquer le fait par le passage de cet agent dans la chambre antérieure et admeltre le même mécanisme chez les lapins qui ont servi à mon expérience. C'est, du reste, un point sur lequel l'expérience suivante ne laissera aucune incertitude.
EXP. XXVIII. — Le 27 juillet, j'instille dans l'œil droit de deux chiens, à trois reprises différentes, quelques gouttes de la môme solution d'atropine. Trois quarts d'heure après, la pupille de chacun de ces yeux est largement dilatée et immobile, tandis que la pupille gauche est mobile et se resserre à la lumière comme dans l'état normal. Les deux animaux sont sacrifiés par la section du bulbe, et j'enlève les yeux. L'humeur aqueuse des yeux droits (ceux sur lesquels a eu lieu l'instillation).est recueillie ; celle des yeux gauches est recueillie aussi, mais séparément de la précédente. L'humeur aqueuse droite est instillée goutte à goutte dans l'œil droit d"un chat, et l'humeur aqueuse gauche dans l'œil gauche du mémo animal. Une heure après, la pupille droiLe commence à se dilater, la gauche point. J'instille alors ce qui me reste, et que j'avais conservé, des humeurs aquéuses, environ moitié. Trois quarts d'heure après, c'està-dire une heure trois quarts après le commencement de l'instillation, la pupille droite est très fortement dilatée et immobile, môme au soleil, tandis que la gauche est aussi mobile et aussi contractile qu'à l'état normal et avant le commencement de l'expérience. Ce fait démontre donc que l'humeur aqueuse de l'œil droit des chiens contenait le principe actif de la belladone, et comme l'humeur aqueuse gauche n'en contenait pas, ce qui a été démontré tant par le résultai de l'instillation sur les chiens dont les pupilles ne se sont pas dilatées, que par celui de l'instillation sur le
chat dont la pupille gauche ne s'est pas dilatée davantage, il faut bien admettre que le passage avait eu lieu directement de la conjonctive dans la chambre antérieure, car si la belladone était arrivée par la circulation en retour, il y en aurait eu dans les deux yeux.
Il ressort de tout ce qui précède que les liquides non astringents rais en contact avec la surface de l'œil passent dans la cornée et de là dans la chambre antérieure. C'est là le fait principal que je tenais à mettre en évidence. Gomment doit-on le comprendre et l'expliquer? Pour ce qui est de la cornée, le liquide est-il porté dans cette membrane par des vaisseaux capillaires qui lui appartiennent et par ceux de la conjonctive ? ou bien les capillaires de la coDjonctive le laissent-ils transsuder dans la cornée de la périphérie vqrs le centre, ou bien enfin y a-t-il tout simplement imbibition endosmotique de la membrane, et transport du liquide dans ses mailles sans intermédiaire de capillaires? Ces questions sont difficiles à résoudre. Cependant la perméabilité incontestable du tissu de la cornée, que la plupart des anatomistes ont constatée et signalée, tend déjà à faire penser que les liquides peuvent, en effet, la traverser directement et l'imprégner comme cela a lieu pour d'autres membranes, dans les expériences relatives à l'endosmose. D'une autre part, les résultats que m'a fournis la projection de la chaux sur l'œil, dans quelques expériences dont je n'ai pas encore parlé, sont également favorables à cette manière de voir. Il m'est arrivé de verser du lait de chaux sur l'œil d'un animal vivant une demi-heure après avoir excisé les paupières et la conjonctive, et cautérisé vigoureusement la plai;; avec l'azotate d'argent, et alors que la surface traumatique était parfaitement sèche et dépourvue, en apparence au moins, de capillaires en communication avec la cornée. Néanmoins, au bout de cinq minutes, cette membrane était blanche et infiltrée de chaux dans toute son épaisseur, ainsi que nous nous en sommes assurés en l'excisant et la plongeant dans une solution très étendue d'acide chlorhydrique, où elle est redevenue transparente. J'ai, d'autre pari, obtenu plusieurs fois le même résultat en versant la chaux après la mort des animaux. Est-il possible, dans l'un et l'autre cas, d'expliquer l'infiltration calcaire de la cornée autrement que par une imhibition endosmotique qui a lieu des couches superficielles vers les couches profondes. U se peut certainement que pendant la vie les vaisseaux sanguins, après avoir absorbé une substance mise en contact avec l'œil, la laissent exsuder à la périphérie de la membrane, et lui permettent de s'infiltrer dans son épaisseur. Mais c'est un phénomène qui ne saurait, comme le précédent, être démontré par l'observation directe, et • pic le raisonnement seul peut faire admettre. Pour ce qui est du passage des liquides dans la chambre antérieure, on peut le comprendre lui-même de deux façons, ou bien par le transport direct à travers la cornée, comme dans le phénomène de l'endosmose,
ou bien par une sécrétion qui se ferait ;'i la surface Çéreuge des chambres de l'œil au moyen de matériaux provenant des capillaires . La rapidité avec laquelle j'ai vu passer l'iodure de potassium dans mes expériences IV, V et VI, doit déjà faire penser qu'il y a transport direct à travers la cornée, et que, si cette voie d'introduction n'est pas la seule, elle est au moins la principale. Mais le fait devient incontestable en présence des résultats que nous avons obtenus avec cette substance sur le cadavre.
Des yeux de lapin et de mouton, extraits depuis quelques heures, ont été préparés le 27 juillet et le 2 août de la manière suivante : Chacun d'eux a été suspendu par un fd et avec des épingles recourbées en crochet au-dessus d'un vase renfermant une solution concentrée d'iodure de potassium, et disposé de telle façon que la cornée seule plongeât dans le liquide. Au bout d'une demiheure, de trois quarts d'heure et d'une heure de cette immersion, nous avons retrouvé l'iode en quantité considérable dans la cornée, l'humeur aqueuse, le corps vitré, et même dans le cristallin, où nous n'avons pu le retrouver cependant qu'après la calcinalion (1 ). Il est possible que la solution, après avoir pénétré dans la cornée, ait imbibé de proche en proche la sclérotique, et que cette membrane ait permis ainsi l'introduction dans l'œil. Mais ces résultats ne montrent pas moins que le passage peut avoir lieu dans la chambre intérieure par imbihition et sans l'intermédiaire des capillaires. Nous avons trouvé, comparativement, une plus grande proportion d'iode que sur le vivant, ce qui est dû, sans doute, à la durée plus longue du contact de la solution iodurée avec la cornée et au défaut de renouvellement.
§ IV. Déductions physiologiques cl cliniques.
I. Pour la physiologie, mes expériences me paraissent de nature à faire admettre dans la cornée une propriété endosmotique des plus prononcées et des plus curieuses à la connaissance de laquelle nous n'étions préparés ni par la lecture des auteurs, ni par les leçons de nos maîtres. Si le passage dans son tissu cl dans la chambre antérieure ne peut être nié pour des substances que leur composition chimique ou leur action physiologique nous a permis de retrouver, ne sommes-nous pas autorisés à croire qu'il a lieu également pour d'autres substances qui, vu la petite quantité absorbée, ne peuvent être aussi bien constatées par l'analyse chimique et les autres moyens d'investigation? Je suis ainsi tout naturellement
(1) Il est impossible, ainsi que jo l'ui fait pressentir plus llQUI, de trouver l'iode dans le cristallin sans calcînalion prdalablo, parce quo l'acide nitrique . bu lien de réagir sur l'iodure de nolassium, se combino avec l'albumine liés abondante dans cet organe, et la coagule.
amené à poser une question grave pour la physiologie : les larmes ne peuvent-elles pas passer aussi à travers la cornée et dans la chambre antérieure, et n'est-ce pas à ce passage continuel et au renouvellement du liquide qu'est due la remarquable transparence de ces milieux ? Je me sens entraîné par tous les résultats que je viens d'exposer à une réponse catégoriquement affirmative. J'avoue pourtant que mon opinion est établie sur l'analogie et le raisonnement, mais non d'après la démonstration expérimentale. L'analogie me fait penser que si un liquide chargé d'iodure de potassium, de chaux ou d'atropine est reçu dans les mailles de la cornée, et de là dans la chambre antérieure, le liquide lacrymal peut bien se comporter de la même manière. Je vois là toujours des conditions favorables à l'endosmose, savoir : d'un côté une membrane perméable et contenant un liquide dans ses mailles, et de l'autre un liquide (les larmes) continuellement répandu à la surface de l'œil. On objectera peut-être que ces deux liquides ne sont pas de composition aussi différente que le sont le liquide normal de la cornée et celui que nous avons instillé dans nos expériences. Mais il n'y a pas non plus entre eux une identité telle que l'endosmose soit pour cela impossible. Quelques différences suffisent dans la proportion des sels et dans la température pour que Je courant endosmotique puisse s'établir. Or, quoique les analyses n'aient pas encore été faites rigoureusement, je trouve, d'après les indications deHuschke, des différences assez sensibles entre l'humeur aqueuse et les larmes pour justifier l'opinion que j'émets en ce moment. Le raisonnement me dit encore que ce mode de réplétion de la chambre antérieure est tout aussi admissible, et même explique mieux la reproduction si prompte du liquide que la sécrétion au moyen d'une séreuse (membrane de Descemel) dont tous les analomistes parlent sans l'avoir jamais ni vue ni montrée, et qu'enfin ce serait un usage, important ajouté aux autres usages beaucoup plus secondaires que les physiologistes accordent à l'appareil lacrymal.
J'aurais voulu pouvoir prouver, par des expériences, la justesse de celte vue physiologique. Dans ce but, j'ai enlevé sur un lapin et un chien la glande lacrymale (orbilaire externe), puis j'ai ponctionné la cornée pour voir si l'humeur aqueuse se reproduisait. Chez le lapin , la reproduction n'a eu lieu qu'incomplètement ; mais je n'ai dû rien en conclure, car j'ai bientôt remarqué que la même chose avait lieu après toutes les ponctions de la cornée chez cet animal ; la chambre antérieure ne se remplit de liquide que très lentement et incomplètement, l'œil s'enflamme toujours et souvent suppure, et l'on peut expliquer la nonréplétion de la chambre antérieure aussi bien par une modification que l'étal inflammatoire amène dans la sécrétion de la membrane île Descemel que par une modification apportée de la môme manière dans la propriété endosmotique de la corruVc. Chez h' chien.
la chambre antérieure s'est remplie assez promptement ; mais je n'avais enlevé que la glande orbilaire externe et supérieure Or, il y en a une autre inférieure, qui pourrait, conjointement avec la glande de Harder, avoir fourni le liquide nécessaire. J'ai voulu essayer d'enlever toutes ces glandes, mais il est survenu une vive inflammation, l'œil s'est perdu, et il m'a semblé que l'opération jetterait toujours une telle perturbation dans l'œil et l'orbite que les résultats seraient difficiles à apprécier. Je dois donc, pour le moment, m'en tenir sur ce point aux présomptions dont j'ai parlé tout à l'heure.
II. Pour la clinique, mes expériences donnent une notion qui jusqu'ici a manqué dans la science, sur le mode d'action de la belladone. Les chirurgiens ne se sont pas trop hasardé à donner leur opinion à cet égard. On entrevoit bien que la plupart d'entre eux sont disposés à croire que la belladone paralyse les fibres circulaires de l'iris, en portant son action stupéfiante sur la partie de l'encéphale ou sur les nerfs qui tiennent les mouvements de cette membrane sous leur dépendance ; en cela ils appliquent à ces fibres contractiles la théorie qui convient pour la plupart des autres paralysies. Mais il y a contre l'action spéciale sur le cerveau cette objection capitale que, si l'on instille la belladone, ou si l'on fait avec cette substance des onctions périorbitaires d'un seul côté et à dose modérée, on ne dilate que la pupille correspondante. Or, si les vaisseaux sanguins portaient le principe de la belladone dans le crâne, on ne voit pas pourquoi ce transport aurait lieu d'un seul côté et non des deux. Quant à l'influence sur les branches de la troisième paire, on conçoit mieux qu'elle se fasse exclusivement du côté où a lieu l'absorption ; mais comment comprendre que cette influence se fasse sentir sur les filets qui vont à l'iris, et point en même temps sur ceux qui vont aux autres muscles animés par la troisième paire? Comment comprendre aussi une paralysie qui se prolonge pendant plusieurs heures et souvent pendant plusieurs jours, tandis que le contact sur les nerfs est de quelques secondes, et tout au plus de quelques minutes? Ces difficultés sont aplanies par mes expériences XXVII et XXVIII. Sans prétendre en tirer une explication du mécanisme intime de la mydriase belladonique, j'y trouve cependant une condition dont la connaissance éclaircit singulièrement le problème. La belladone, ou du moins son principe narcotique, est transporté dans la chambre antérieure, directement q land on l'instille; par l'intermédiaire des larmes, quand on en fait des onctions autour de l'orbite. Klle se met en contact immédiat avec le tissu de l'iris ; la dilatation pupillaire est donc produite par une action toute locale sur les fibres musculaires ou les fibrilles même de la membrane, cl celte action est comparable à celle que d'autres narcotiques, l'opium el le chloroforme en particulier, exercent sur la sensibilité des parties douloureuses. J'invoque en-
core, à l'appui de celte manière de voir, un phénomène que j'ai bien conslaté toutes les fois que j'ai fait sur des animaux la ponction pour évacuer l'humeur aqueuse, après avoir préalablement instillé la belladone; j'ai vu alors la pupille se resserrer instantanément, tandis que la même opération faite sur des yeux non soumis à la belladone est ordinairement suivie de la dilatation. C'est, d'autre part, un fait que j'ai eu l'occasion d'observer récemment sur le vivant. Une femme, à qui je devais pratiquer l'opération de la cataracte par extraction sur les deux yeux, le 26 avril I 855, à l'hôpital Cochin, reçut le matin même quelques gouttes d'extrait de belladone dans chacun de ces organes. L'instillation avait été faite contrairement à mon désir et à ma prescription, qui n'avait pas été comprise ; au moment d'opérer, je trouvai donc les deux pupilles très dilatées ; mais comme la malade était préparée d'ailleurs à l'opération et qu'elle tenait beaucoup à ne pas être ajournée, je passai outre. Nous remarquâmes très bien, les élèves qui m'assistaient et moi, qu'aussitôt la cornée incisée et l'humeur aqueuse sortie, les pupilles se resserrèrent. Dernièrement encore, sur un homme que j'ai opéré de l'œil gauche seulement, j'avais, à dessein cette fois, dilaté la pupille avec la belladone, et je pus, après l'incision de la cornée , faire voir à tous les assistants qu'elle s'était immédiatement resserrée après l'évacuation de la chambre antérieure. Ce résultat est utile à connaître; car beaucoup de chirurgiens, et nous sommes de ce nombre, ont posé le précepte de ne pas dilater la pupille avant l'opération par extraction, dans la crainte que l'ouverture, trop agrandie, laissât échapper l'humeur vitrée, avec ou sans le cristallin. Aujourd'hui on n'aura plus cette crainte, puisque, l'humeur aqueuse une fois évacuée, la pupille perd sa dilatation. Si donc il avait été nécessaire, pour explorer l'iris et le cristallin, d'instiller la belladone, et que la pupille fût encore large au moment de l'opération, on pourrait agir sans se préoccuper de cette circonstance.
La facilité avec laquelle l'absorption conduit dans l'œil les matériaux pris à sa surface permet de penser que certaines maladies oculaires, plus peut-être qu'on ne le suppose, sont dues à l'absorption et au passage dans la cornée et les autres membranes de principes délétères projetés accidentellement sur l'œil, puisés dans l'atmosphère ou apportés à la surface de l'organe par les larmes. J'en trouve un premier exemple dans l'inflammation produite par la chaux; elle n'est pas seulement l'effet du contact irritant et caustique de cette substance sur l'œil); elle est due aussi au passage et au séjour du corps étranger dans la cornée ; d'où une indication thérapeutique toute spéciale, celle d'instiller une substance capable, en passant elle-même dans la cornée, de dissoudre la chaux et faciliter sa sortie sans augmenter l'inflammation. Mais il y a là un sujet d'études assez nouveau el assez important pour la
pratique pour que j'en Casse l'objet d'une communication toute particulière. J'en trouve un second exemple dans les épidémies d'ophthalmie purulente des hôpitaux , des armées , des prisons. Les malades sont atteints de cette affection de deux façons, les uns par l'inoculation évidente du principe virulent sur la conjonctive , les autres sans inoculation, au moins appréciable. Chez les premiers, le virus ne peut-il pas passer, non-seulement dans les vaisseaux de la conjonctive, mais aussi à travers la cornée, comme l'iodure de potassium, la chaux et l'atropine ; et n'est-ce pas ainsi que s'expliquent l'irritation violente et la suppuration prompte de ces parties ? Chez les seconds, le virus est pris dans l'atmosphère où il est répandu sous forme atomique impondérable ; n'cst-il pas permis de penser encore que e'est en passant seul, ou mélangé avec les larmes, dans la conjonctive, la cornée et la chambre antérieure, qu'il provoque l'inllammation suppuralive? et n'y a-t-il pas, dans la facilité absorbante de la conjonctive et la propriété endosmotique de la cornée, des raisons suffisantes pour admettre ce passage ? Ne se peut-il pas aussi que, dans d'autres oplithalmies, le principe morbide, au lieu de venir du dehors, soit fourni par l'individu lui-même ; que, par exemple, le bord des paupières sécrète, sous l'influence d'une mauvaise constitution, une matière purulenle ou séreuse qui, en se mélangeant avec les larmes et passant avec elles, provoque la kératite, maladie si fréquente chez les sujets scrofuleux ?
Il est vrai que, pour expliquer les phénomènes dont je viens de parler, deux conditions sont nécessaires : la perméabilité de la eornée et l'existence de principes virulents et morbides, et que, de ces deux conditions, j'en démontre une, la première, tandis que j'accepte la seconde sans la démontrer de même. Mais il peut en être des oplithalmies comme de beaucoup d'autres inflammations. La matière septique qui donne naissance à ces dernières n'est pas démontrable, et cependant personne ne la conteste. À-t-on vu le principe virulent du charbon, de la pustule maligne, de la morve, des blessures graves des anatomistes, et cependant n'en admet-on pas l'existence d'après les effets qu'il produit? De même, pourquoi nierait-on qu'il y a un principe spécial dans les oplithalmies purulentes contagieuses et épidémiques, et n'est-ce pas apporter même une nouvelle preuve à l'appui de l'existence de ce principe que de montrer la facilité avec laquelle la cornée se laisse pénétrer par les matières étrangères mises au contact de l'œil 7
Rién de plus simple d'ailleurs que les conclusions auxquelles ces opinions conduisent pour la thérapeutique. Dans la plupart des oplithalmies purulentes, nous ne connaissons pas de substance capable de détruire la matière toxique. L'indication principale est (Je combattre l'effet déjà produit, c'est-à-dire l'inflammation. J'en ajoute une autre : c'est, une fois la suppuration établie, d'empêcher
''absorption de nouveaux matériaux septiques, et pour cela d'entraîner le pus au dehors et de placer sur l'organe des liquides dont le passage à travers la cornée ne saurait être dangereux. Mes études, en un mot, me conduisent à préconiser plus que jamais les douches oculaires réitérées. L'eau projetée sur l'œil a, en effet, le double avantage d'entraîner le pus et toutes les autres matières délétères, et de fournir à l'absorption un élément innocent qui peut même débarrasser plus vite la cornée des matériaux nuisibles dont elle est déjà imbibée. Lorsque M. Chassaignac a proposé cet excellent moyen de traitement des ophthalmies purulentes, il se proposait surtout de calmer l'inflammation par la réfrigération et l'expulsion des matières irritantes. J'ajoute que la douche a l'avantage d'empêcher l'imbibition de la cornée par les substances délétères, et, dans cette vue, j'emploierais même de préférence l'eau distillée.
Pour les ophthalmies scrofuleuses, je ne suis pas conduit non plus par tout ce qui précède à l'emploi de moyens nouveaux. J'insiste, comme tout le monde, sur les lavages réitérés et sur l'usage des moyens capables de modifier la constitution, mais je fais mieux comprendre peut-être leur utilité en appelant l'attention des praticiens sur le danger qu'il peut y avoir à laisser des matières irritantes, telles que du pus, des larmes trop chaudes ou de mauvaise composition, au contact d'une membrane si perméable, et dont la transparence se perd si facilement.
Ici se présente la question de savoir si les substances astringentes que nous employons journellement en collyres pénètrent aussi dans la cornée et la chambre antérieure, ou si elles agissent seulement à la surface de l'œil. Je n'ai pu instituer d'expériences pour résoudre ce problème, par la raison que le nitrate d'argent et le sulfate de zinc, dont nous nous servons le plus souvent, sont, dans les collyres , en quantité trop faible pour que l'analyse chimique puisse les retrouver aisément. Il va sans dire, d'ailleurs, que la première condition, pour que l'absorption ait lieu, est la dissolution du médicament, et qu'en conséquence toute substance non soluble ne pénétrerait pas.