NIORT L. CLOUZOT , LIBRAIRE-ÉDITEUR
Rue des Halles, 2?
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Parmi les colonies que le traité de Paris nous a fait perdre en 1763, l'Acadie n’est pas la moins regrettable, et un siècle n'a pas éteint l'intérêt qu'inspirent ies malheurs des familles Acadiennes qui, pour avoir refusé de porter les armes contre la France furent forcées par les Anglais à chercher un asile dans le sein de la inère-patrie. Leur histoire se lie indirectement à celle du Poitou, car c’est à Montoiron et aux environs qu'après avoir langui plusieurs années sans autre ressource qu'une misérable solde, ces infortunés obtinrent une concession de h000 arpents de lerdes à mettre en culture. L'Histoire de Châtelleraud contient ües détails sur l'établissement agricole des Acadiens à Montciron, et dans le pays on connaît encore un certain nombre de descendants de ces anciens colons de l'Amérique, mais M. l'abbé Lalanne ne paraît pas avoir connu l'existence du Mémoire, présenté en 1775 à l'assemblée du Clergé de France dans le but d'obtenir une subvention annuelle de 300,000 livres pour faire face aux frais de cet établissement. Nous ignorons si cette demande fut accueillie par l'assemblée du Clergé: ce document, trouvé parmi les papiers provenant du cabinet de M. Piletelle, et acquis par la bibliothèque publique de Niort, ne nous paraît pas moins digne d'intérêt, et nous croyons faire une œuvre agréable aux lecteurs en ieur faisant part de notre découverte.
Louis DuvaL.
Mis
« Si l'humanité souffre au spectacle dés malheurs de nos semblables, combien n'est-elle pas attendrie à la vue de l’infortune de concitoyens vertueux, et surtout quand c’est une horüe entière de frères qui depuis un si long temps gémissent sous le poids de la misère, et que l’origine de ses maux vient d'un sentiment aussi respectable que celui qui nait du patriotisme et de la religion. Cet intéressant tableau est digne d’être offert au corps respectable du Clergé de France qui, dépositaire des vérités de la foi, ne respire que le bien de la Patrie.
Pour attacher les regards de cette illustre assemblée sur ces victimes qui lui tendent les mains, l’éloquence seroit inutile, l'histoire de leurs vertus suffit.
Au commencement du règne de Louis XIV, dont là gloire et le nom tenoient déjà la balance dans l’Europe, les puissances souveraines ayant fait entre eiles le partage du Nouveau-Monde, l'Acadie échut à Louis-le-Grand ; vingt-quatre familles sorties de la France furent habiter ce nouveau climat où la nature féconde ne demandoit que des bras pour ouvrir son sein et leur faire part de ses richesses. Tant que les conquêtes du monarque s’étendirent, cette peuplade fut heureuse; mais dans les jours de son déclin, sa fortune changée changea aussi la destinée des Acadiens par la guerre qui plongea la France dans cette crise funeste dont le souvenir est encore à peine éteint; l'Acadie passa aux Anglais. Comme vainqueurs, ils donnèren: la loi. Ces colons, quoique sous une domination étrangère, n’en conservèrent pas moins leur religion, et cet amour que tout françois porte à son souverain. Leur nouveau maitre pouvoit bien leur ravir la liberté avec leurs possessions, mais la perte de leur vie ne fnt pas capable de leur faire abandonner le culte qu’ils avoient embrassé, ni la fidélité qu’ils avoient jurée à leur véritable souverain. Le vainqueur, malgré tous les droits que donne la victoire, dans le pacte qu'il fit avec eux, fut forcé d'y consigner ces deux clauses et de s’obliger à les ratifier tous les ans.
Cependant, le sol amélioré de jour en jour, la population singulièrement augmentée, offroient dans un coin de l'univers l’image d’un petit peuple heureux; partout on voyoit régner dans cette colonie la probité, la bonne foi dans le commerce , la concorde dans les familles, : la paix dans la société, et surtout ce zèle pour la religion qui ne s’est jamais ralenti ; en un mot, ces heureux habitants jouissoient du double avantage d’avoir des mœurs aussi pures que les hommes du premier âge, et une foi aussi vive que les premiers chrétiens.