‹ Mémoire sur les Acadiens [microforme]Chapitre 2 sur 2 · NUS · texte numérisé non relu

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En 1755, époque malheureuse à la France et fatale aux Acadiens, la guerre se ralluma. L’Anglois vouiut les forcer à porter les armes contre les François leurs compatriotes, et gêner le libre exercice de leur religion; ce peuple, tout prêt à s’immoler jour la foi de ses pères, réclama les conditions du traité; on viola les droits sacrés du pacte, on jetta les chefs de famille dans les cachots ; et presque tous les vieiliards . les femmes et enfants, pour avoir montré qu’ils avoient le courage de mourir dans leur fidélité à la religion et au roi de France, furent impitoyablement massacrés. On ne peut fixer longtemps sans horreur de pareils objets; mais on y admire un héroïsme digne des premiers âges du christianisme, les restes qui échappèrent donc à cette barbarie se jettèrent , les uns dans le Canada, les autres dans l’isle Saint-Jean, d’où ils passèrent en France en 1758, 59, 60 et 61, où ils furent rejoints par leurs chefs de famille qui, détenus dans les cachots les plus affreux depuis l'infraction du traité arrivée en 1755, furent réclamés à la paix par M. le duc de Nivernoïis., ayant résisté non-seulement aux souffrances inouies qu'on leur faisoit éprouver, mais même aux tentations les plus flatteuses qu’on leur présentoit pour éteindre en eux les sentiments de religion et de patriotisme dont i!s étoient les martyrs; ce respectable ministre qui les a -etirés de la captivité, citoyen aussi sensible qu'éclairé, ne peur encore se rappeler qu'avec attendrissement le souvenir de ces malheureux, et c’est avec d'autant plus de vérité qu’il fait l’éloge de lears mœurs , qu’il a été en quelque sorte témoin de leurs vertus.

Rendus enfin à leur patrie, sans biens et sans secours, le feu roi ne put voir d’un œil indifférent tant de sujets fidèles errants at abandonnés dans ses états ; il leur fit assigner une solde de 6 sols par jour à chaque individu, ordonna qu’on leur formât des établissements sur des terreins incultes de son royavme et permit même qu’on leur en donnât de sa part l'assurance par écrit. Ce peuple infortuné, à qui la bonté da souverain assuroit la subsistance et des établissements dont ils devoient être propriétaires, avoit lieu de se croire à la fin de ses malheurs; mais la bonté du roi à son égard a été trompée, et lui est en quelque sorte devenue inutile, car la solde de subsistance qu’il avoit plu à ce monarque de lui accorder rt dont les fonds étoient faits au département de la marine, a toujours éprouvé des retenues si considérables que, surtout les familles nombreuses, n’en recevoient qu’environ moitié.

C’est dans cette cruelle position que tous les Acadiens ont été oubliés pendant quinze ans sur les côtes maritimes où ils étaient

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répandus et où, trop distans du trône, ils ont gémi sans que personne leur ait servi d’interprète auprès de Sa Majesté, et plongés si longtemps dans la misère la plus affreuse qui en a fait périr un grand nombre, le reste quoique découragé, abattu et dans une sorte d’engourdissement total de corps et d'esprit, a cependant encore conservé ses vertus et ses mœurs, fruits précieux des vrais principes de religion si profondément gravés dans leurs cœurs que, quo'que manquant souvent des choses les plus nécessaires à la vie, aucun parmi eux ne s’est encore porté à commettre la moindre friponnerie ni bassesse , au : point que dans les endroits où ils ont habité depuis 15 ou 18 ans, personne n’a pu se plaindre de la plus petite rapine de leur part, même de leurs enfants qui n’oseroient dérober des fruits dans un jardin.

Tel est le tableau fidèle de la suite de leur infortune et de la constance de leurs vertus qui s’est soutenue au point de refuser les propositions les plus flatteuses que plusieurs puissances étrangères leur ont fait pendant cette longue suite d'années où le gouvernement sembloit avoir oublié ies promesses que le roi avoit bien voulu leur faire.

Mais en 1772, les Espagnols, alliés naturels de la France, et gouvernés par un prince de la maison de Bourbon, leur ayant fait entrevoique, n'ayant pas été établis dans le royaume depuis quinze ans qu’ils y étaient, ils ne devaient pas s'attendre à y avoir jamais de propriétés, leur firent offrir le: “tablissements les plus avantageux, tant à la Louisianne qu'à la Sierra-Morenna, mais les fidèles Acadiens ne voulurent écouter ces propositions qu'après être assurés que le Roi, ne jugeant pas à propos de les fixer par des propriétés dans son royaume, approuve.oit leur sortie pour passer sous la dénomination de l’Espagne; et ce fut à cette occasion qu'ayant fait demander au feu roi son agrément et un passe-port pour sortir de ses états, Sa Majesté, surprise que près de 3000 de ses plus fidèles sujets, dont elle avoit ordonné l'établissement depuis plus de douze ans, fussent forcés de lui demander la permission de sortir du royaume, faute d’y être établis, en témoigna du mécontentement à ses ministres, et donna des ordres précis pour que l'obligation qu’elle avoit bien voulu contracter en faveur de ces infortunés fut promptement remplie.

Ce fut alors qu’on décida de les fixer presque tous sur des terreins incultes, si communs dans les provinces de Poitou et de Berry, où

t. l'abbé Terrey en envoya 1500 dont on a commencé l'établissement sur des terreins de l'évêché de Poitiers et de quelques seigneurs voisins; mais il est à craindre que malgré les vues humaines et bien-

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fuisantes da gouvernement, les dettes de l'Etat ainsi que beaucoup d’autres objets intéressants qui gènent aujourd'hui les finances, ne retardent trop longtemps les secours indispensables pour achever et consolider l'établissement de ce peuple infortuné, ce qui engage à réclamer ceux de Nosseigneurs du Clergé de Frane qui, s'ils vouloient bien leur accorder pendant cinq ans une somme de 300,000 1. chaque année (ce qui fait le montant de leur solde,, donneroient au gouvernement la facilité d'employer uniquement aux dépenses de l'établissement , les fonds qu’il est aujourd’hui forcé d'employer à leur solde de subreistance.

La cause des Acadiens est celle de l'humanité et de ia religion tout ensemble. Quel autre corps de l'Etat que celui du Clergé pourroit-on se flatter d’intéresser davantage en leur faveur, lui qui, nous faisant aimer l’une et respecter l’autre, s’est empressé dans tous les temps de secourir les malheureux et de contribuer à tous les établissements qui ont pour objet le bien de l'Etat.

Celui-cy réunissant les différents motifs qui ont toujours si puissament intéressé la charité de Nosseigneurs du Clergé de France, les infortunés qui la réclament aujourd’hui osent se livrer à la plus douce espérance et croient même avoir à £e reprocher leur timidité qu: depuis 18 ans les a empêchés de recourir aux bontés de cet illustre corps,

Saint-Maixent , Typ. Ch. Reversé.

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