‹ Mémoire sur les ammoniaques composésChapitre 31 sur 31 · O3 H3 -4- HO · texte numérisé non relu

O3 H3 -4- HO

C2 O3, Cn H"-"1, HO -4- A/. H3.

Acide gras à 4 équivalents d’oxygène.

On le voit , si les bases ammoniacales se forment par la substi-

AMMONIAQUES COMPOSÉES, tution d’un groupe Cn Hn+1 à un équivalent d’hydrogène , il y a quelques raisons de croire que les acides volatils à quatre équivalents d’oxygène se forment de la même manière par la substitution d’un groupe Cn Hn+1 à un équivalent d’hydrogène de l’acide formique.

Dire maintenant que tous les corps homologues se forment de la même manière, ce serait évidemment aller au-devant des faits. Néanmoins, je crois qu’on resterait dans le vrai en retournant la proposition et en disant : Que toutes les fois que dans un groupe moléculaire on remplace un équivalent d’hydrogène faisant partie de la molécule elle-même par un groupe Cn Hn+1 on fait un corps homologue; on fait un éther ou un acide vinique lorsque l’on remplace l’hydrogène qui se trouve en dehors de la molécule.

La définition que M. Gerhardt a donnée des combinaisons homologues s’applique non- seulement à la série des bases ammoniacales, mais à tous leurs dérivés. Je prends des exemples : l’éthyloxamide est un homologue de la méthyloxamide; l’éthylacétamide est évidemment un homologue de la méthylacétamide : est-elle aussi un homologue de l’acétamide et de la butyramide? C’est plus douteux; mais je crois qu’on peut encore le soutenir, car il est évident que les formules de tous ces composés ne diffèrent que par Cn Hn, et que de plus, dans certaines réactions, je dirai même dans les réactions fondamentales, par exemple sous l’influence de la potasse, ils fournissent des produits de dédoublement homologues entre eux. J’ajoute qu’il est probable que dans d’autres réactions on n’observerait plus cette homologie. Mais quelle est donc la série où cette seconde condition, l’homologie entre les produits de dédoublement, se réalise pour toutes les réactions ?

Si ces idées sont justes, on arrive à cette conséquence qu’un corps donné peut avoir deux homologues au même degré. C’est ainsi que l’éthylacétamide et la butyramide sont homologues au même degré de l’acétamide, comme le fait voir le tableau suivant :

ammoniaques composées.

C4 H3 O2, Az H2 = C4 H3 O2, Az H2

Acetamide. Acétamide.

C6 H5 O2, Az H2

Propylamide.

C8 H7 O2, Az H4

Butyramide.

C4 H3 O2, Az H4 C2

Méthylacétamide.

C4 H3 O2, Az H° C4

Ethylacetamido.

Je pourrais citer un autre exemple de cette homologie en choisissant des combinaisons éthérées homologues entre elles :

Ether méthyl-formique. Ether méthyl-formique.

Ether formique. Ether méthyl-acétique.

Ether amyl-formiqne. Ether méthyl-valériqae.

Il nous reste une dernière question à discuter : elle a trait aux conséquences théoriques que l’on peut déduire de faits consignés dans ce Mémoire relativement à la constitution des bases organiques en général.

Les chimistes savent que la présence constante de l’azote dans les alcaloïdes naturels a fait supposer depuis longtemps que ces composés ne devaient leurs propriétés alcalines qu’à l’existence de l’ammoniaque toute formée et intimement combinée à leurs autres éléments. M. Berzélius a émis depuis longtemps l’hypothèse que les alcaloïdes n’étaient en quelque sorte que des combinaisons conjuguées d’ammoniaque. M. Liebig, de son côté, a soutenu que les alcaloïdes ne renfermaient pas de l’ammoniaque toute formée, mais qu’ils contenaient l’azote sous forme d’amidogène. On le voit, depuis longtemps on avait appliqué à la classe entière des alcaloïdes les hypothèses que nous avons indiquées en discutant la constitution des bases ammoniacales.

Je crois que le moment n’est pas encore venu de poser dans toute sa généralité la question de la constitution des bases orga-

AMMONIAQUES COMPOSÉES, niques. Pour nous renfermer dans les limites que nous tracent les faits observés, il convient de laisser pour le moment les alcaloïdes oxygénés en dehors de la discussion. Quant aux alcaloïdes volatils et non oxygénés, d’un côté, les faits rapportés dans ce Mémoire, et de l’autre les recherches récentes de M. Hofmann sur l’aniline nous autorisent à penser que la constitution de ces alcaloïdes est analogue à celle des bases ammoniacales, qu’en un mot, ces composés sont de véritables ammoniaques. 11 suffira de jeter les yeux sur le tableau suivant pour saisir les rapports qui peuvent exister entre la composition de toutes ces bases :

Ammoniaque Aï H3 = Az j ^ j

Méthylamine C2 H5 Az = Az j CSH^3 j = Az H3 (C2 HQ.

Éthylamine C4 H7 Az = Az j C4H^ j = Az H3 (C4 H4).

Butylamine ou pétinine. . . . C8 H” Az — Az j j — Az H3 (C8 H8).

Amyiamine C10 H13 Az = Az j j = Az H3 (C10 H10).

Nicotine? C18 H7 Az? = Az j c,^5 j = Az H3 (C10 H4).

Aniline C12 H7 Az = Az j c,^5 j = Az H3 (C12 H4).

Picoline C12 H7 Az = Az j c,^5 j = Az H3 (C12 H4).

Toluidine C14 H° Az = Az j J = Az H3 (C14 H6).

Conicine C16 H15 Az = Az | c,?g„| = Az H3 (C16 H12).

Cumidine C18 H13 Az = Az | | = Az H3 (C18 H10).

Leucole C18 H7 Az == Az j j = Az H3 (C18 H4).

J’ajoute en terminant qu’il n’est pas impossible que quelquesunes des bases oxygénées aient une constitution analogue à celle

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des bases volatiles. Je prendrai pour exemple les urées. La composition de ces corps peut, en effet, être exprimée par la formule générale suivante ,

dans laquelle un ou plusieurs équivalents d’hydrogène peuvent être remplacés par le terme Cu Hn+1, comme je le ferai voir dans un prochain Mémoire.

CONCLUSIONS l *.

i° Il existe une série d’alcalis organiques qui ont, avec l’ammoniaque , des rapports de composition identiques avec ceux que l’on remarque entre les différents termes de la série des acides gras et l’acide formique. Cette série de bases dérive des alcools correspondants comme la série des acides;

2° La série des ammoniaques se compose aujourd’hui de cinq

termes, savoir :

L’ammoniaque H3 Az.

La méthylamine, ou ta niéthylammoniaque C* H5 Az.

L’éthytamine, ou t’étbytammoniaque C4 H7 Az.

La butylamine, ou la butylammoniaque (péliuine découverte par

M. Anderson) C8 Hu Az.

L’amylamine, ou l’amylammoniaque C10 H13 Az.

3° Il existe une analogie des plus remarquables entre les propriétés de tous ces alcalis artificiels et les caractères de l’ammoniaque elle-même ;

4° La constitution des alcaloïdes volatils a des rapports intimes avec la constitution des ammoniaques;

5° Les faits qui sont consignés dans ce Mémoire autorisent à

1 A l'époque où ces conclusions ont été lues à l’Académie des Sciences ( i4 août 1849) ,

on ne connaissait pas encore la propylamine, découverte depuis par MM. Wertheim et

Anderson , et qui forme le quatrième terme de la série.

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penser que l’on pourra former, avec les bases ammoniacales dérivées des alcools, la plupart des combinaisons que l’on obtient aujourd’hui avec l’ammoniaque. Ces combinaisons sont fort nombreuses , comme on sait. On peut dire qu’après l’eau , l’ammoniaque donne naissance aux composés les plus variés et les plus importants. Il en résulte qu’en répétant avec les quatre ammoniaques toutes les expériences que l’on a faites avec l’ammoniaque ordinaire, on pourra augmenter dans une proportion très-notable le nombre des combinaisons azotées que l’on connaît aujourd’hui.

Si l’on considère que chaque jour apporte à la science un nouveau tribut de découvertes, on peut craindre que cette abondance de matériaux, au lieu d’être un élément de progrès, constitue plutôt un embarras et peut-être une entrave. Je ne pense pas, cependant, que cette crainte soit fondée en ce qui touche les combinaisons que l’on pourra obtenir avec les ammoniaques; car chacun de ces nouveaux corps aura sa place toute marquée à l’avance , et viendra se ranger à côté de la combinaison ammoniacale correspondante. Il est possible même qu’à mesure que le cadre, que dès à présent on peut se tracer, viendra à se remplir, on rencontrera, parmi les termes de ces séries nouvelles, quelques substances déjà connues aujourd’hui, mais qui se trouvent isolées, et qu’il est impossible de rattacher à des groupes bien déterminés de corps analogues. J’ai l’intention de m’occuper de la préparation de quelques-unes de ces séries ammoniacales. Si clans le cours de ce travail je pouvais observer quelques faits dignes d’intérêt, je me ferais un devoir et un honneur de les exposer à l’Académie.

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