OEUFS D'OIE
Jo. Jac. Stolterfoht « Ovum prægnans. » OEuf d’oie très-vo-
lumineux en contenant un autre de la grosseur d’un œuf de poule. (Nova LITTERARIA MARIS SA' THICI, anü. 1699, P- 29.)
Brown of Norwich OEuf d’oie en contenant un autre; l’œuf
extérieur n’avait pas de jaune. (Robert Hooke, loc. cit .)
Moraaz OEuf d’oie très-volumineux contenant
deux jaunes, et en outre un œuf avec sa coquille. (Algem. geneeskund jaar- BOEKEN, t. III, p. 44.)
Rayer Cas cité.
§ IV. — Trois œufs peuvent eqpore être renfermés l’un dans l'autre. Cette anomalie a été observée une fois chez une poule. Daus ce cas, l’œuf extérieur était régulièrement conformé; celui-ci en renfermait un autre sans coquille, mais pourvu d’une membrane coquillière très-forte, et cet autre en renfermait aussi un sans coquille et dont la membrane coquillière était fort mince (1).
(1) Eggs within an egg, iu Ciiarleston medical journal and review, vol. XI, n- 3, p. 422, mai 1856.
Gü
§ V. — Les premiers observateurs des laits que nous venons de mentionner leur ont donné diverses interprétations : tantôt ils ont cru que ces œufs étaient engendrés l’un par l’autre (ovum ovo prægnans), tantôt ils ont vu dans cette inclusion un état primordial et un argument en faveur de la théorie de l’emboîtement primitif des germes; pour d’autres, c’était un jeu de nature.
Nos connaissances touchant le mode de formation de l’œuf expliquent d’une manière satisfaisante l’inclusion dont nous nous occupons, et même elles donnent la raison de toutes les variétés qui en ont été observées. ( Voy . pour l'explication qui suit pl. I, lig. 1, 2, 3.)
Nous avons dit que l’œuf, dans l’ovaire, est une sphère constituée par la vésicule germinative ou la cicatricule, le vitellus et sa membrane d’enveloppe; que, chez les oiseaux, au sortir de la vésicule ovarienne, cette sphère pénètre dans l’oviducte et reçoit successivement, dans son trajet à travers ce conduit, les chalazes et leur membrane, le blanc, la membrane coquillière, enfin la coquille. La sphère vitelline et les parties qui s’y adjoignent avancent dans le canal de l’oviducte de la même manière que le bol alimentaire dans le tube digestif, c'est-à-dire par des contractions péristaltiques des parois de l’organe qui les renferme, contractions qui se succèdent d’avant en arrière. La membrane des chalazes et les couches du blanc s’appliquent au vitellus pendant le séjour de ce corps dans la première partie de l’oviducte; la membrane testacée ou coquillière se forme et enveloppe le blanc dans la partie moyenne; enfin, dans la dernière partie, il se dépose à la surface de la membrane testacée des grains calcaires qui, s’agglomérant, constituent la coquille. D’après ces données, on se rendra compte facilement des anomalies dont il est ici question et de plusieurs autres dont il sera aussi question dans la suite de ce mémoire. Il suffit, en effet, qu’une cause quelconque vienne retarder, accélérer ou rendre inverses les contractions péristaltiques qui font parcourir à l’œuf, suivant un ordre réglé, tout le conduit de l’oviducte pour qu’il se produise dans la disposition des éléments qui s’accumulent autour de la sphère vitelline et qui la complètent, des anomalies plus ou moins grandes, plus ou moins complexes. Un séjour trop ou trop peu prolongé dans une partie déterminée de l’oviducte augmentera ou diminuera la masse des éléments que cette partie fournit à l’œuf; ainsi ce corps pourra être pourvu d’un blanc surabondant, d’une coquille trop épaisse et sur-
chargée de matières calcaires, ou bien, au contraire, il n’aura qu’un blanc insuflisant, une coquille trop mince, ou même il n’aura pas de coquille. Lorsque les contractions péristaltiques qui le font cheminer d’avant en arrière se produiront en sens inverse, l’oeuf rétrogradera vers des parties qu’il aura déjà parcourues, et, soit en remontant, soit en redescendant, il s’adjoindra extérieurement des couches qui, dans les conditions ordinaires, sont intérieures aux autres; par exemple, que l’œuf qui a parcouru tout l’oviducte, c’est-à-dire que l’œuf déjà complet remonte jusqu’au pavillon de la trompe, il y rencontrera un vitellus récemment sorti de l’ovaire, et dans sa descente accompagné par ce vitellus, ils recevront l’un et l’autre un blanc commun, une membrane coquillière et une coquille communes; que ce même œuf ne rétrograde point aussi haut ou qu’il n’y ait point de jaune nouvellement engagé dans l’oviducte, il s’adjoindra simplement un second blanc et une seconde coquille; il ne revêtirait même qu’une membrane coquillière et une coquille nouvelle, s’il ne remontait point au-dessus de la partie moyenne de l’oviducte; d’un autre côté, s’il rétrograde avant d’avoir franchi la partie moyenne de l'oviducte, l’œuf inclus n’aura qu’une membrane coquillière sans coquille.
Le volume ordinaire d’un œuf bien conformé met obstacle à son cheminement en sens inverse de la route qu’il a déjà suivie, car le calibre de l’oviducte s’accroît d’avant en arrière proportionnellement au volume que l’œuf doit acquérir dans chaque partie de son trajet à travers cet organe; c’est pourquoi généralement les œufs inclus sont d’une petitesse exceptionnelle et le plus souvent incomplets. Nous verrons plus loin comment se forment les œufs incomplets; nous verrons qu’ils sont ordinairement petits, circonstance qui favorise leur retour dans des parties de l’oviducte qu’ils ont déjà parcourues.
§ VI. — Des anomalies qui, au premier abord, ne paraissent pas de même nature que celles dont nous nous occupons dans ce chapitre, a savoir : l’existence de deux blancs ou de deux coques superposés, ou bien celle d’une membrane coquillière extérieure à la coque, reconnaissent un mode de formation identique et n’en diffèrent que par le degré. Plusieurs exemples de ces anomalies ont été rapportés par les observateurs ;l’un des plus remarquables, consistant dans la superposition d’une membrane coquillière à la surface d’une coquille d’ailleurs nor-
male, a élé observé par Harvey (1). Un fait analogue produit artificiellement par le séjour forcé de l’œuf dans l’oviducte, a été rapporté par Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire (2).
§ Vil. — D’après les faits mentionnés ci-dessus, on voit que l’inclusion d’un œuf dans un autre n’est pas extrêmement rare chez la poule, et qu’elle se présente aussi chez le dindon, chez le cygne et l’oie.
§ VIII. — Chez des animaux invertébrés dont l’ovule reçoit des parties complémentaires en parcourant un oviducte, on rencontre aussi des œufs inclus dans d’autres œufs. J’ai observé un certain nombre d’œufs complets réunis deux à deux ou trois à trois par une coquille commune, chez un distomide qui se développe et qui forme des tumeurs volumineuses dans la région pectorale de ïdigle-bar (pl. II, fig. 1); quelquefois, comme chez la poule, les œufs inclus étaient incomplets (3) .
§ IX. — L’inclusion dont l’origine est à l’oviducte, ne fait que rapprocher dans une coque deux ovules qui restent toujours indépendants l’un de l’autre et extérieurs l’un à l’autre. Si ces deux ovules se développaient, ce que j’ai vu chez le distomide cité ci-dessus, ils formeraient deux individus complètement distincts et séparés. Pour qu’il en fut autrement, il faudrait que l’une des sphères vitellines fût renfermée dans l’autre, ce qui n’est jamais le cas dans l’inclusion qui se forme à l’oviducte. C’est donc dans une autre condition de l’œuf, dans une anomaliè primitive ou ovarienne qu’il faudra chercher la raison de la monstruosité qui consiste dans l’inclusion d’un fœtus ou d’un individu dans un autre; monstruosité qui, à tort, a été rapportée par quelques auteurs aux anomalies de l’œuf dont nous venons de nous occuper.
Section III. — Œuf entravé.
§ 1. — Nous parlerons ici de quelques corps composés par les éléments de l’œuf, et qui ont élé qualifiés à cause de leur grosseur ex-
(1) Harvey, ouv. cit., p. 37, exercit. XI.
(2) Et. Geoffroy-Saint-Hilaire, Sur les organes sexuels et sur les produits de génération des poules dont on a suspendu la ponte en fermant l’oinductus,MÉM. 1)0 MUSÉUM ü’HIST. NAT., t. IX, p. 1, 1822.
C3) C. Davaine, Comptes rendus de la Soc. de bjologie, 1854.
traordinaire du nom d'œufs monstrueux. Ces corps ne sont point produits par un désordre fonctionnel de l’oviducte comme les œufs inclus ou à deux jaunes, mais ils le sont par une lésion pathologique de cet organe ; à proprement parler ce ne sont point des œufs.
1° Un corps de ce genre a été trouvé par Malpighi dans la trompe? (extremo ovario) d'une poule : sa forme était ovoïde, sa longueur de 11 centimètres, sa largeur de 7; il était composé de vitellus plus ou moins déformés et séparés par des couches de blanc concret. Sa coque était épaisse comme du cuir de bœuf, et résistante comme du parchemin; il n’y avait point de coquille calcaire (1).
2° Yallisneri possédait un œuf gros comme celui d’une oie, qu’il avait trouvé dans la cavité abdominale d’une poule. Cet œuf était formé d’une douzaine de jaunes environ avec très-peu de blanc. Une sorte de coque fibreuse dépourvue de substance calcaire l’enveloppait (2).
3° Morand fils a donné la description d’un œuf qui pesait sept fois plus qu’un œuf ordinaire (trois quarterons et demi), et qu’il avait extrait du ventre d’une poule. Cet œuf avait un blanc et son jaune; le blanc fort endurci était composé de trente-six couches assez distinctes ; le jaune, au contraire, fondu et dissous, était plus pâle qu’à l’ordinaire. On ne dit point qu’il y eût une coque calcaire (3).
§ II. — Lorsque le pavillon de la trompe est obstrué chez la poule, ce qui n’est pas extrêmement rare, il s’accumule daos la cavité abdominale une quantité plus ou moins considérable de vitellus; mais ces jaunes ne forment point une masse ovoïde, et ne sont point entourés d’albumine. Si l’obstruction existe dans la longueur de l’oviducte, ce conduit peut quelquefois encore recevoir un ou plusieurs vitellus qui s’entourent de blanc; probablement dans les trois cas ci-dessus, les œufs composés s’étaient conslitués dans l’oviducte encore en partie libre, car ils avaient la forme d’un œuf et ils étaient entourés d’une ou de plusieurs couches d’albumine concrète. Pourquoi, dira-t-on, si ces couches n’étaient que de l’albumine, pourquoi n’avaient-elles point conservé l’apparence du blanc d’œuf frais? Ne pourrait-on croire plutôt qu’elles étaient formées d’une exsudation plastique analogue
(1) Marc. Malpighi, Opéra posthcma, p. 88, tabl. xu, fig. 1, London, 1797.
(2) Vallisneri, Opéré fisico-siediciie, t. II. p. 77, § 13. Venezia, 1733.
(3) Morand fils, Sur un œuf monstrueux, Hist. ACAD. roy. des sciences. 1718; et Collect. acad., part, franc., t. IV, p. 252.
aux fausses membranes, ou bien à du pus concret? Les intéressantes expériences d’Etienne Geoffroy-Saint-Ililaire sur la rétention forcée de l’oeuf dans l’oviduete par une ligature placée sur ce conduit, donnent à ces questions une réponse péremptoire. L’illustre observateur, en effet, remarqua que l’œuf retenu s’entourait d’une couche d’albumine, non pas liquide, mais concrète, semblable au blanc d’œuf cuit et qu’il s’amassait dans l’oviducte des corps arrondis formés d’une matière semblable au blanc d’œuf cuit. Un acide produit par l’inflammation vive des parties environnantes déterminait la coagulation, comme l’a constaté l’auteur avec la collaboration deftL Chevreul (1).
Une cause analogue, sans doute, a déterminé, dans les cas cités cidessus, la coagulation des couches albumineuses de ces œufs composés.
Section IV. — Corps étrangers inclus.
On trouve quelquefois dans l’œuf des corps étrangers organiques soit inanimés, soit vivants, ou des corps inorganiques. Généralement les premiers doivent leur origine à quelque lésion des organes de la génération, et les derniers à leur introduction du dehors.
Des corps charnus trouvés dans l’œuf de la poule ont été comparés au parenchyme du foie; quelques-uns même ont été pris pour un organe développé isolément de tous les autres. C’est probablement à des concrétions semblables qu’il faut rapporter les histoires populaires d’insectes, de hannetons trouvés dans des œufs. Des stries de sang provenant de l’ovaire, des chalazes isolées du jaune, des vestiges d’une incubation interrompue ont été regardés comme des vers ou comme des embryons de serpent, de basilic, etc.
Aux corps étrangers appartiennent :
1° Des caillots sanguins récents ;
2* Des concrétions fibrineuses ou sanguines anciennes ;
3“ Des portions mêmes de l’ovaire;
4° Des entozoaires réels ou fictifs.
A. — Caillots sanguins récents.
11 est assez commun de trouver à la surface du jaune d’un œuf récemment
(1) Et. Geofi'roy-Saint-Hilaire, mém. cité.
pondu des stries ou de petits amas sanguinolents. Leur forme et leur nombre sont très-variables ; leur volume dépasse rarement celui d’une lentille , leur eouleur est rutilante comme celle du sang frais ; ils forment des caillots mous ; ils sont disséminés sur le vitellus dont ils n'occupent point une région déterminée, et n’ont aucun rapport avec la cicatricule. Jamais ces caillots ne so trouvent à l’intérieur même du vitellus, dans l’albumen ou sous la coquille. J’ai reconnu, par l’examen anatomique, que leur siège constant est l’intervalle qui existe entre la membrane vitelline et la membrane des chalazes qui enveloppe immédiatement la première. Une pression ménagée les déplace et les fait avancer entre ces deux membranes sans qu’ils pénètrent au dedans, et sans qu’ils se répandent au dehors. La constitution de ces amas sanguinolents est celle d’un caillot sanguin; l’examen microscopique me les a constamment montrés formés d’une grande proportion de corpuscules du sang identiques avec ceux de la poule, corpuscules pour la plupart tout à fait intacts, et accompagnés quelquefois d’un assez grand nombre de noyaux libres, restes de globules détruits.
Quelle est l’origine de ces caillots? Ils n’ont aucun rapport avec le développement embryonnaire, car ils sont toujours situés au dehors de la membrane vitelline, et quelquefois à l’opposé même de la cicatricule qui, du reste, n’offre aucun indice de développement ; d’un autre côté, ils ont une analogie complète avec le sang de la poule. D’après ces considérations comme d’après leur siège en dedans de la membrane des chalazes, on peut conclure que ces caillots sont formés par du sang de la poule déposé à la surface du vitellus avant que ce corps n’ait revêtu la première membrane que lui fournit l’oviducte, c’est-à-dire dans l’intervalle de son passage de l’ovaire à la trompe. Il me paraît évident que le sang est fourni par les vaisseaux du calice ovarien, lorsque cet organe, embrassé par le pavillon de la trompe, se rompt pour livrer passage à l’ovule.
B. — Concrétions fibrineuses et sanguines anciennes.
Premier lait. — Ua VAINE.
Quoique ce cas vienne le dernier en date, j’en parlerai tout d’abord à cause de l’étude histologique qui a été faite du corps contenu dans l’œuf et des indications précises que l’on a sur sa nature.
Un de mes amis, en mangeant un œuf de poule, aperçut à l'intérieur un corpspai'ticulierqu’ilrecueillitet qu’il m’envoya dans de l’alcool (pl.ll, fig.6).
Ce corps a la forme d’une calotte prolongée d’un côté en un filament épais à la base et aminci graduellement au sommet. Le diamètre de la calotte est
de 11 millimètres, le filament est un peu moins long; la circonférence est épaissie dans la partie qui donne naissance au filament, amincie à l’opposé. La plus grande épaisseur est de 3 millimètres ; la concavité de l’une des faces et la convexité de l’autre sont à peu près conformes à la surface du segment d’un petit jaune d’œuf de poule, de telle sorte que ce corps pouvait être situé entre un vitellus qu’il coiffait et le calice de l’ovaire. Il était évidemment libre de toute adhérence, d’une connexion quelconque avec une autre partie ; il forme un tout complet. Sa couleur est d’un brun grisâtre; sa consistance est très-ferme, semblable à celle d’un caillot fibrineux ancien ; il est formé de deux couches épaisses, juxtaposées, qui ne laissent point de cavité entre elles. Examinée au microscope, sa substance n’offre pas une structure appréciable; point de cellules, point de vaisseaux, aucun tissu distinct, aucun filament visible. Elle n’a de rapport évident qu’avec la fibrine du sang dont la cuisson et l'alcool avaient changé quelque peu l’apparence.
Oo ne peut rapporter l’origine de ce corps qu’à du sang épanché hors des vaisseaux de l’ovaire, toutefois à une époque bien antérieure à celle où le jaune, abandonnant le calice, pénètre dans l'oviducte, car sa consistante est de beaucoup plus considérable que celle des caillots formés lors de la rupture du calice. Une hémorrhagie à l’intérieur de la vésicule ovarienne, lorsque le vitellus est encore loin de sa maturité, satisfait à toutes les conditions de notre corps étranger. D’une part, le sang épanché s’est moulé sur la convexité du vitellus, et de l’autre, sur la concavité de la vésicule ovarienne : la partie liquide s’est résorbée et le caillot, pendant que le vitellus achevait de se former, a pu acquérir la consistance et la fermeté des concrétions fibrineuses anciennes; enfin, lors de la maturité du jaune, le caillot a été reçu avec ce corps dans l’ovidùcte.
Deuxième fait. — Duhamel (de Lille).
« Ou trouve quelquefois des corps étrangers dans l’intérieur des œufs ; cela n’arrive sans doute que bien rarement, puisque ayant employé pour ma part (l’auteur était pharmacien) au moins vingt mille œufs frais, ce n’est que le mardi 8 avril 1823 que j’ai rencontré une semblable particularité...
«...Celui que j’ai trouvé estréniforme; il avait la couleur et la consistance d’un rein. Placé du côté opposé à la cicatricule, il adhérait au jaune, mais n' entrait point dans sa substance, car je l’en détachai sans le rompre. Cette concrétion est nécessairement recouverte d'une membrane, puisque je pus la laver à l’eau fraîche et la frotter sans qu’elle se divisât. L’ayant ainsi lavée, je l’ai mise dans de l’alcool rectifié pour la conserver. Elle a de longueur 4 lignes et de largeur au plus grand des lobes près de 2 lignes 1 /2. Avant son
immersion dans l'alcool elle avait une couleur partout homogène, mais sans doute quelques légères portions d’albumine n’auront pas été enlevées par le lavage; leur coagulation, surtout entre les deux lobes, a donné à la concrétion une ressemblance plus grande avec le viscère dont elle a, comme je l’ai dit, la forme et la couleur... Vous pourrez en juger par le dépôt que j’en fais... (1). »
Troisième fait. — Leblond.
« Un œuf de poule fut ouvert pour les usages domestiques, or comme on aperçut dans les liquides un corps rougeâtre extraordinaire, M. Leblond fut prévenu... (Voy. pl. II, tig. 7.)
« L’auteur n’a pu s’assurer sur laquelle des deux faces concave ou convexe de la membrane vitelline le corps était primitivement adhérent ; il croit qu’il était renfermé dans le sac. 11 occupait sur le vitellus la place de la cicatricule et du germe... Isolé, ce corps était irrégulier en apparence, quoique ayant conservé l’empreinte en creux de la convexité du vitellus et présentait du côté opposé deux sortes de plans irrégulièrement convexes ; sur les bords de la-jonction des plans se prolongeait d’un côté une sorte de col rétréci fixé à la chalaze ; le tout était recouvert d’un couche mince d'albumine plus concrète et d’une membrane diaphane inégalement épaisse, appliquée sur le germe paradoxal auquel elle adhérait par quelques points. Après avoir détaché avec soin cette enveloppe membraneuse, le corps problématique fut trouvé d’une teinte rouge passant au jaunâtre, d’apparence fibrineuse que l’auteur regarde comme un parenchyme musculaire.
« Une incision longitudinale mit à découvert une cavité intérieure contenant un peu de mucosité... Une seconde incision, faite à l'opposite, ouvrit une seconde cavité moins vaste, mais à parois plus épaisses avec des faisceaux fibrineux irréguliers par la forme et la longueur; il y avait donc une cloison entre les deux cavités, mais elle était percée... (2). »
L’auteur, dans un mémoire publié sur ce fait, admet que le corps observé par lui est un cœur de poulet développé isolément de toutes les autres parties embryonnaires ; il se livre, à ce sujet, à des consi-
(1) Concrétion trouvée dans l'intérieur d'un œuf de poule, par M. Duhamel, membre résident. (Recueil des trav. de la Soc. des sc. de Lille, ann. 1823- 1824, p. 273. Lille, 1826.)
(2) Charles Leblond, Recherches d’anat. et de physiol. sur un embryon
MONSTRUEUX DE LA POULE DOMESTIQUE, CIRCONSCRIT DANS L’EXISTENCE SOLI- TAIRE d'un coeur. Paris, 1834; avec un rapport de l’Acad. des sciences, du 29 sept. 1834.
dérations sur le développement et la constitution des organes, sur les lois de la formation normale et des anomalies qui le mènent à des conclusions nombreuses et fort inattendues. Une simple remarque réduit toutes ces considérations à néant, c’est que ce cœur s’est développé en l’absence d’un blastoderme.
S’il fallait adopter une opinion sur la nature et l’origine du corps en question, nous rapprocherions le fait des deux qui précèdent : comme celui que j’ai décrit, le corps étranger de Leblond avait la consistance et l’apparence d’un caillot fibrineux ; sa forme était en rapport avec celle de l’intervalle compris entre un vitellus et la vésicule ovarienne. Quant aux fibres, quant à la membrane qui recouvrait sa face convexe, et dont la nature n’a point été déterminée par un examen suffisant, les unes étaient certainement des faisceaux de fibrine, l’autre peut-être une portion de la vésicule ovarienne adhérente au caillot et entraînée avec celui-ci. L’observation suivante nous montre un fait analogue sous ce rapport et qui rend notre explication trèsvraisemblable. Enfin, je ferai remarquer que, dans l’observation de Duhamel, le corps étranger dont la situation a pu être bien déterminée n’avait aucun rapport avec la cicatricule, et que, par conséquent, ces sortes de corps n’ont aucune relation avec le développement embryonnaire.