C. — Fragments de l’ovaire
Premier fait. — Laboulbène.
L’œuf provient d’une poule de la race de Houdan. 11 est plus volumineux que les œufs ordinaires de cette poule; sa forme est régulière, mais la coquille manque de carbonate calcaire en plusieurs points et principalement au gros bout d’où sort un corps allongé, une sorte de pédicule qui fait une saillie de 2 centimètres au dehors de la coque et qui a de 2 à 3 millimètres d’épaisseur ; la membrane coquillière est normale fpl. II, fig. 8).
Dans le petit bout de l’œuf existe un jaune ou vitellus très-frais, ayant son apparence ordinaire, une cicatricule, un blanc muni de deux chalazes.
Dans le gros bout se trouve un autre corps, un peu plus volumineux que le précédent et qui possède un pédicule. Il est entouré d’un albumen différent, d’une teinte louche, rosée ou rougeâtre, un peu brune vers l’extrémité. Ce corps est d’une couleur blanc sale, roussâtre ; sa surface est légèrement tomenteuse et l’on y distingue des nervures qui paraissent produites par le relief de vaisseaux sanguins. Le pédicule semble faire partie intégrante de la masse de ce corps; il se détache par une faible traction de la
membrane coquillière qu'il traverse et avec laquelle il u’a point de continuité.
L’examen anatomique fait voir que le corps pédiculé est formé extérieurement d'une enveloppe mince, chiffonnée, et se séparant en totalité des parties sous-jacentes auxquelles elle n’adhère que très-faiblement. Elle ne se continue pas sur le pédicule. Examinée au microscope, cette enveloppe se montre composée par un groupe de granulations moléculaires reliées entre elles par une matière amorphe unissante ; elle renferme aussi des globules graisseux. C’est évidemment une pseudo-membrane de formation récente et dépourvue de vaisseaux. Au-dessous d’elle existe une seconde membrane, qui renferme un vilellus ou jaune ordinaire. Cette seconde membrane contient dans l’épaisseur de ses parois de nombreux vaisseaux qui, aboutissant tous au pédicule, laissent à l’opposé un espace libre et non vasculaire. Cette disposition rappelle très-exactement celle du stigmate des vésicules ovariennes qui possèdent encore leur vitellus. « Nous pouvons donc, nous devons admettre, dit avec toute raison l’observateur, que le corps sphérique pédiculé situé vers la grosse extrémité de l’œuf, présente tous les caractères d’une vésicule ovarienne entière, avec son pédicule, ses vaisseaux et son stigmate non vasculaire. Il n’est autre qu’une vésicule ou un calice de l’ovaire dont le pédicule s’est détaché, et cette vésicule non rompue s’est enveloppée d’albumine après s’être revêtue d’une fausse membrane (1). »
Ce fait est d’un grand intérêt; il peut jeler du jour sur la nature de plusieurs autres dont l’interprétation avait été jusqu’aujourd’hui fort difficile. On ne trouve point ici, comme dans les cas précédents, une concrétion fibrineuse, mais les produits d’une inflammation de la vésicule ovarienne ; inflammation qui a déterminé le ramollissement et la rupture du pédicule du calice et la formation d’une fausse membrane enveloppante. Cette fausse membrane, toutefois, a dû se former avant la rupture du pédicule, car, une fois séparé de l’ovaire, le calice cesse de vivre et ne peut produire un corps de cette nature.
Le vitellus étant parfait, c’est à l’époque de la maturité de l’ovule que la maladie est survenue ; quelque lésion du même genre pourrait survenir aussi lorsque la vésicule ovarienne est encore peu développée ou bien après que le vitellus en a été expulsé, de là résulteraient des différences notables dans des cas cependant analogues; ceux qui suivent nous en otïrenl peut-être des exemples.
(1) À. Laboulbène, OEuf de poule monstrueux renfermant à la fois un jaune ordinaire et une vésicule ovarienne. (Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1. 1, 3* série, p. 161, ann. 1859. Paris, 1860.)
Deuxième fuit. — Bailly (de Lille).
« Madame ***, cassant un œuf pondu depuis quelques heures seulement, sentit, en le remuant avec une cuiller, de la résistance dans le fond; cherchant à la vaincre, elle amena au dehors un corps étranger de consistance assez ferme et ressemblant pour la forme et pour le volume à un cœur de poulet. Ce corps, que j'ai examiné attentivement, m’a paru n’ètre qu’une tumeur polvpeuse qui a dù adhérer à la muqueuse de l’oviducte par le pédicule même qu’on y remarque. Sa couleur intérieure était rouge foncé; sa texture fibreuse et sa consistance égale à celle du cœur. Une membrane très-mince, blanchâtre et composée de deux feuillets au moins, la recouvrait entièrement. Il est probable que cette tumeur se sera développée sur l’ori- • ductus, aura été englobée par l’œuf pendant son développement dans cet organe et le pédicule arraché au moment de la formation de l’enveloppe calcaire ou de la ponte. Ce qui nous porte à admettre cette explication, c’est la cicatrice que l’on remarque a la coquille que je vous présente, qui constate que la tumeur y a adhéré (1). »
Ce fait ressemble trop au précédent pour qu’on ne le range pas dans la même catégorie; toutefois, les restes d’une hémorrhagie déjà ancienne existaient dans la membrane enveloppante, et, à ce point de vue, il se rapproche du cas observé par Leblond. Je serais disposé à croire que ce corps était une vésicule ovarienne dans laquelle, consécutivement à la sortie du vitellus, il s’était fait un épanchement sanguin.
Troisième fait ? — Vallisseri.
« Notre auteur possède un œuf qui a été touvé dans un autre œuf de poule, le 2 mars 1700. 11 est gros comme un œuf de pigeon, et semblable à ceux que Acquapendeule, avec le vulgaire, a appelé centenins. L’auteur l’ayant ouvert dans toute la longueur l’a trouvé rempli presque entièrement d’un petit morceau de chair arrondi. La coquille avait une certaine épaisseur, maiselleétait plutôt tenace et flexible que fragile. Elle renfermaitune tunique ou membrane très-dense et forte qui, étant soulevée, avait l’apparence d’une bourbede couleurlivideet de suie; cependant elle nerépandait aucune odeur désagréable. Sous cette membrane existait le petit morceau de chair ci-dessus mentionné, semblable au parenchyme du foie ou bien au placenta. L’auteur l’ayant renfermé dans une boite pendant toute la nuit et l’ayant examiné
(I) Corps étranger trouvé dans un œuf, par M. Bailly, membre résidant.
Méji. soc. roy. des sciences de Lille, année 1838, 2e partie, p. 226.
Lille, 1838.)
le matin suivant, remarqua que la couleur rougeâtre était plus prononcée quoique- encore encore pâle et légèrement jaunâtre ; au contact de l’air cettecouleur devint d’un beau rouge ; son odeur et sa saveur étaient celles de la chair. Divisé par le milieu, il n’offrit pas une organisation bien distincte, mais seulement un amas confus de fibres mêlées à du sang et à un peu de sérum.
« Ce corps était plus gros vers le gros bout de l’œuf, et, vers le petit bout, il formait une espèce de petite boule. Far un examen attentif on pouvait voir qu’il était formé de trois parties connexes avec la supérieure, laquelle paraissait être la tète. Ainsi, dit l’auteur, ce corps pourrait être comparé un peu grossièrement, si vous voulez, à une môle embryonnaire qui aurait quelque ressemblance avec un petit poulet muni de sa tète, de ses ailes et de son tronc (1).»
Quatrième fait ? — Petit.
« M. Petit a fait voir à l’Académie un petit corps oviforme d’environ 10 lignes de longueur et de 5 lignes de diamètre, qu'il avait trouvé dans le blanc d’un œuf. Ce corps, qui était lui-même une espèce de petit œuf, n’était attaché au grand que par un pédicule assez court et qui avait peu de consistance. On y voyait quatre enveloppes ; l’extérieur était assez solide puisque, en étant séparée, elle conservait sa forme et se soutenait par elle-même, ce que ne faisaient point les autres. A chaque séparation des trois premières enveloppes ainsi prises extérieurement, le petit corps conservait sa figure ; mais on n’en eût pas plutôt séparé la quatrième, que tout ce qui y était renfermé s’échappa en forme de blanc d'œuf sans jaune.
M. Winslow dit en avoir vu un semblable (2). »
Cinquième fait? — Cleter.
« On doit aussi ranger dans la classe des œufs monstrueux celui qui fut donné, le 19 juin 1664, àM. Georges Frédéric Béhaimius, magistrat de Nuremberg (pl. II, fig. 9). Il avait deux jaunes, à l’inférieur desquels était attaché par un pédicule un appendice semblable au fruit de l’arbousier (3). »
Ces trois derniers faits peuvent être interprétés assez exactement, je pense, si on les rapproche des deux précédents.
(1) Ant. Vallisneri, Opéré fisico-mediche, t. II, p. 76, § 12. Yenezia, 1733.
(2) Petit, Corps oviforme trouvé dans un œuf. (Hist. de de l’Acad. royale des sc., année 1742, p. 42.)
(3) André Cleyer, Collect. acad. part, étrang., t. III, p. 459. (Extrait des Ephém. de l’Acad. descür. delà nat., déc. h, ann. 1, 1682. Observ. 16, in scholiis.
Le cas de Vallisneri concerne, suivant moi, une concrétion fibrineuse formée dans un calice, lequel s’est séparé de l’ovaire. Dans l’oviducte, il s’est revêtu d’une coquille, formant ainsi une sorte de petit œuf qui, semblable à la plupart des œufs inclus, est remonté à la faveur de sa petitesse vers le pavillon de la trompe où il a été englobé dans un œuf normal.
L’œuf inclus de Petit peut être aussi un calice devenu malade à l’époque où le jaune encore peu développé est peu consistant. Ce calice, après s’être entouré d’une membrane coquillière, aura rétrogradé vers le pavillon de la trompe. Mais peut-être ce corps n’était-il composé que de couches de blanc concret semblables à celles qui, dans les expériences de Geoffroy-Saint-Hilaire, s’amassaient dans l’oviducle entravé.
EntiD, si l’on veut juger le cas de Cleyer d’après la ligure qu’il a donnée de son œuf monstrueux, on y trouve de tels rapports avec celui de Laboulbène, qu’il n’est pas permis de douter qu’il ne s’agisse d’un fait semblable. L’auteur représente, il est vrai, le fruit dont il parle; mais on sait qu’à l’époque où vivait Cleyer, les figures anexées aux observations n’étaient généralement que des images approximatives des choses ou même n’étaient que des images schématiques , c’est-à-dire telles que l'imagination concevait les objets représentés. Or c’est dans la disposition générale des différentes parties qui composent l’œuf de Cleyer qu’existent des rapports remarquables avec celui de Laboulbène.
D. — Entozoaires.
De véritables entozoaires ont été trouvés dans l’œuf de la poule, mais des corps d’une toute autre nature qui se trouvaient accidentellement sous la coquille, ont été regardés, surtout par d’anciens observateurs, comme des animaux parasites ou comme des êtres qui s’y étaient formés par quelque circonstance surnaturelle.
1° Entozoaires vrais.— Tous les entozoaires trouvés dans l’œuf de la poule appartiennent à la même espèce, le distome de la bourse de Fabricius. Hanow, Purkinje, Eschholz, Schilling, en ont rapporté des exemples (1). Le distome observé par ces savants vit chez la poule, dans la bourse de Fabricius, organe qui communique médiatement avec l’oviducte dans lequel le parasite peut assez facilement s’intro-
(1) Voyez Diesing, Sïstema helminthum. Vindobonæ, 1850. Vol. I, p. 335- 33G.
duire; ou comprend qu'un ver, égaré dans l'oviducte, soit quelquefois enveloppé par la coquille d’un œuf comme un corps étranger quelconque.
Il ne faudrait pas confondre avec ce distome un caillot sanguin situé à la surface du vilellus ; j’ai été témoin d’une méprise semblable faite par un anatomiste savant, mais étranger aux connaissances bclminthologiques.
2° Entozoaires fictifs. — Un cas observé par Rodet, médecin-vétérinaire dont les travaux sont justement appréciés, a été rapporté par cet observateur aux bydatides; mais je pense que cette manière de voir n’est pas exacte ; voici le fait :
« Le 25 avril 1818, étant alors de service à Paris avec mon régiment, je trouvai, dans un œuf de poule qui venait d'être cassé, et qui même paraissait assez frais, une vésicule blanchâtre, ovoïde, membraneuse, renfermant une matière liquide, d’apparence séreuse, et très-diaphane, ainsi que quelques globules flottants, d’un blanc opaque et demi-solides.
« Cette vésicule était placée sur le côté du germe, c’est-à-dire de la cicatricule, et se trouvait attachée par un pédoncule peu allongé, au milieu même de celle ci; enfin, à quelque distance du point d’attache on remarquait, sur la membrane propre du jaune, un autre point vésiculaire, blanchâtre, de l’étendue et du volume d’une lentille ordinaire, et contenant aussi une liqueur blanchâtre, très-limpide.
<■ Après avoir examiné avec soin l’une et l’autre vésicule, je perçai la plus petite; il en sortit seulement une sérosité limpide, inodore, diaphane et sans couleur particulière; mais je détachai et conservai dans son entier la plus grande vésicule. Elle était du volume d’un gros haricot, un peu affaissée sur elle-même, d’un blanc un peu mat, et conservait sa forme ovalaire ; la vésicule, très-transparente, était d’une texture homogène et d’une finesse égale dans toute son étendue, quoique assez forte, mais on n’y reconnaissait aucune apparence de fibres bien distinctes. Son pédoncule, sa membrane extérieure, son organisation intérieure, qui résultait de la sérosité et des globules blancs et flottants qu'elle contenait, l’accroissement évident qu’elle devait avoir pris, sans doute par une véritable nutrition particulière, tout me porta à penser que cette production anormale, ainsi que celle bien moins développée qui l’accompagnait, ne pouvait être autre chose qu’une véritable hydatide, analogue en tout aux productions hydatiques de l’homme et des animaux et, par conséquent, du genre des acéphalocystes (1). »
(1) J. R. C. Rodet, Observations sur les hijdatid.es, Journ. complémentaire, t. XVII, p. 125, Paris, 1823, et Hurlrcl d’Àrboval, Dict. de méd. et de cuir, vétérinaires, art. Hydatides.
Je ne puis regarder ces vésicules comme deshydatides, non que j'admette qu’un ver vésiculaire ne puisse trouver à vivre dans un œuf ou que le germe d’un tel ver ne puisse y arriver, mais parce que, chez la poule, il n’existe point de vers semblables.
L’observation de Rodet, qui est la seule de ce genre que je connaisse, peut recevoir une autre interprétation : il est à croire qu'il s’agit ici d’un amnios développé indépendamment de l’embryon; en effet, M. Dareste a vu que celte enveloppe fœtale continue quelquefois de s’accroître après la mort de l’être qu’elle devait enfermer et quoique les traces de l’existence antérieure de cet être ne soient plus appréciables qu’à la loupe (1). Un observateur moins attentif ou moins savant que notre collègue de la Société de biologie, aurait pu, dans un cas semblable, prendre la vésicule amniotique pour un ver vésiculaire.
Les auteurs des seizième et dix-septième siècles ont rapporté un grand nombre de cas d’animaux plus ou moins étranges trouvés dans des œufs d’oiseaux. C’étaient des vers, des scorpions, des lézards, des serpents ou des embryons de ces animaux, enfin un reptile imaginaire, le basilic.
Suivant ces auteurs, les animaux trouvés dans l’œuf devaient leur origine soit à un accouplement, soit à une incubation contre nature, soit à leur introduction accidentelle dans l’œuf après avoir été avalés par la poule, soit à la force de l’imagination de celle-ci vivement frappée de frayeur par quelque phénomène, soit à la putréfaction, soit enfin, comme beaucoup d’autres monstruosités, à un jeu de nature.
Tous ces cas sont évidemment le produit de l’imagination et de l'ignorance, ou bien le résultat d’une interprétation erronée relativement à quelque corps étranger renfermé dans la coquille ou même relativement à quelque partie de l'œuf comme la clialaze, ce dont nous verrons plus loin un exemple.
Aux faits dont nous parlons se rapportent .
1° Une espèce de ver ou de serpent trouvé par Licet dans un œuf de poule sans jaune. ( Ulyssis Aldovrandi Monstrorum hist., p. 389. Bononiæ, 1642.)
(I) Voy. Dareste, Comptes rendus de la Soc. de biologie, 2e série, t. Y, p. 146, et 3” série, 1. 1, p. 33, 1859.
2° Un grand ver trouvé, par Fabrice ab Aquapendente, dans un œuf qu'il mangeait. (Àldovrande cité.)
3° Un ver à quatre pieds, ayant la forme d’un lézard, dans un œuf sans jaune; par Gründelius. (Ephem. nat. cur., dec.'n, an. v, obs. 212. 1686.)
4° Des scorpions trouvés dans un œuf de poule. (Lyncæus, Expos, in nard Uech., p. 773; cité par Vandenviel.)
5° Un animal semblable à un serpent trouvé dans un œuf. (Blancaard, Collect. med. pins., cent, ni, obs, 90; cité par Yandenviel.)
6° Un serpent sorti d’un œuf, à Florence ; cas communiqué à Sténon. (Yandenviel.)
7° Serpent trouvé dans un œuf de poule, par Jérôme Santasofla et par Jacq. Grandi. (Collect. acad., t. IV, p. 180.)
8" Un basilic sorti de l'œuf d’un coq âgé de lOà 12 ans. (Lemnius, Dénatura miracul., lib. iv, c. 12, p. 402 ; cité par Yandei wiel.)
9° Embryon de basilic trouvé dans un œuf de poule cuit, par Ludovic Keppler. (Bartbolin, Epist. med., cent, ii, epist. 92.)
10° Monstre à face humaine ayant des serpents au lieu de cheveux et de barbe. (Amb. Paré, OEuvres, liv. xxv, p. 1008.)
E. — Corps étrangers inorganiques.
Nous ne connaissons que deux cas de corps inorganiques trouvés dans l’œuf de la poule. L’un de ces corps était une épingle, dont la présence s’explique aussi bien dans un œuf chez la poule, -que chez l’homme au centre d’un calcul ou dans un organe qui ne communique point avec le dehors; l’autre n’eût trouvé son interprétation que dans une analyse chimique; mais la chimie n’existait point comme science à l’époque où le fait a été observé.
Le premier cas appartient à Perrault, l’illustre architecte qui fut aussi médecin éminent et l’un des plus savants naturalistes de son temps.
Il est question « d’un œuf dans lequel on a trouvé une épingle renfermée « sans que l'on pût savoir par où elle était entrée. Cette épingle était couverte « d’une croûte blanchâtre et épaisse d’un tiers de ligne, ce qui lui faisait « avoir la forme d’un os d’une cuisse de grenouille; sous cette croûte, l’é- « pingle était noire et un peu rouillée(l). »
Le deuxième cas appartient à Panthot, médecin et professeur au collège de Lyon, observateur exact.
(1) Perrault, mém. cité.
« Uu religieux, eu coupant un œuf de poule, trouva dans le milieu du jaune « une pierre de la grosseur et de la figure d’un noyau de cerise. Cette pierre « était dure, solide, et résonnait comme un caillou. Sa superficie était polie « et ronssâtre; la substance intérieure était blanche; elle pesait 15 grains « (0er,75), et son poids n'a pas diminué depuis qu'elle est sortie de l'œuf. Elle « n'était point composée de couches excentriques comme sont les pierres « qui se forment dans les corps vivants ; d’où M. Panthot conclut qu’elle ne <■ s’était formée ni dans l’œuf ni dans l’ovaire de la poule (t). »
«section V. — Defaut de parties.
A. — Absence de vitellus.
Il arrive qu'une poule ponde des œufs sans jaune, œufs ordinairement fort petits et quelquefois sans coquille.
En Italie, au temps de Fabrice d’Acquapendente, un œuf de ce genre passait pour être le centième et le dernier de la poule qui cessait de pondre après l’avoir produit, d’où le nom de centenin ( ovum centeninum) qui lui était vulgairement donné. En d’autres temps, ces œufs ont passé pour être le résulat de l’accouplement d’une poule avec un reptile; mais ils ont été plus universellement regardés comme des œufs du coq. Celte dernière opinion est très-ancienne; longtemps elle a été admise par les savants, et aujourd’hui même on la retrouve dans les croyances populaires.
Les œufs de coq n’étaient point seulement extranalurels par leur origine, ils l’étaient encore par leur produit : on pensait que, ayant été couvés par le coq, ou, suivant d’autres, par un crapaud, il en sortait un serpent ou bien un basilic, reptile merveilleux, ayant des ailes et dont l’haleine ou le regard donnait la mort.
Après plusieurs siècles de doutes et de discussions à cet égard, les savants reconnurent l’innocuité de l’œuf sans jaune; mais pour son origine elle n’en resta pas moins couverte d’une obscurité profonde.
Eu 1654, dans la basse-cour du roi de Danemark, existait uu vieux coq qui, disait-on, pondait. Thomas Bartholin ayant reconnu entre les œufs attribués à ce coq et des œufs ordinaires de poule de notables
(I) Extrait d’une lettre de M. Panthot, Collect. acad part, étrang., t. VII, p. 8, et Journal des savants, 1690.
différences, obtint de faire l'examen anatomique de l'animal. On rie trouva point d’organe destiné à produire des œufs, et néanmoins l’illustre anatomiste n’en vint pas à conclure ou à penser que les œufs n’appartenaient point à ce coq, mais il se demanda s’ils ne s’étaient point formés dans l’intestin (1). Scheffér, dans un coq qui passait aussi pour pondre, trouva vers le dos une poche renfermant un œuf (sans doute une concrétion tuberculeuse ou cancéreuse); Bartliolin, à qui la pièce sèche fut envoyée, inclina cette fois à penser que l’animal était hermaphrodite (2); enfin un savant contemporain, Grunde- “lius, ouvrit à son tour un coq qui avait pondu, disait-on, quatre œufs petits et sans vitellus; l’absence d’un ovaire ne put faire renoncer l’observateur aux opinions erronées de son temps : il rapporte que, dans une autre occasion, on tua en sa présence un coq qui avait pondu un œuf renfermant, au lieu de jaune, un ver à quatre pieds, de couleur noire, semblable à un lézard. Ce ver, jeté au feu, avait répandu une odeur très-fétide (3).
Tel était sur ce point l’état de la science à la fin du dix-septième siècle; car si quelques hommes, comme Harvey, n’avaient pas admis de semblables erreurs, ils n’avaient cependant pas donné ou cherché l’explication des faits. L’esprit philosophique qui dirigea les investigations des savants au siècle dernier ne devait point laisser subsister plus longtemps de pareilles opinions; bientôt un fait intéressant fournit à Lapeyronie l’occasion d’apporter la lumière dans ce sujet :
Un fermier montra à l’illustre chirurgien plusieurs œufs de coq qui contenaient, au dire de cet homme, un embryon de serpent, embryon qui se développerait par l’incubation ; mais l’incubation, à laquelle on soumit ces œufs, n’en fit éclore aucun, et l’inspection montra que le petit serpent n’était autre chose qu’un filament constitué par les chalazes. Pour reconnaître l’origine de ces œufs, Lapeyronie ayant fait l'autopsie du coq, ne trouva ni ovaire ni oviducte. Des œufs sans jaune s’étant relrouvés chaque jour malgré l’absence du coq, le fermier découvrit enfin la poule qui les pondait. Cette poule, observée pendant plusieurs jours, rendait par le cloaque des
(1) Th. Bartholini Historiarum rariorum centuriæ, cent. I; hist. 99, HagæComit., 1654, p. 143.
(2) Th. Bartliolin, Epist. med. cent. III, epist. 52, 1662.
(3) J. B. Grundelius, De gallo gallinaceo oviparo, Ephem. nat. cur., dec. II, ann. V, 1686, obs. CCXI-CCX1I.
matières semblables à du jaune d'œuf délayé, et parfois elle chantait avec violence, comme un coq enroué. L’autopsie, dont les pièces furent présentées à l’Académie des sciences, lit découvrir une tumeur aqueuse, de la grosseur du poing, adhérente d'une part au ligament du pavillon de l’oviducte, et d’une autre au centre du mésentère. Une portion de l’oviducte comprimée entre ces deux attaches était étranglée au point que sa cavité, fortement distendue par l'insufflation, n’avait cependant que 5 lignes de diamètre; ainsi, dit Lapeyronie, le jaune sortant de l’ovaire n’eût pu franchir cette partie rétrécie sans la crever ou sans se crever lui-même.
Le vitellus, embrassé par le pavillon de la trompe, recevait la première couche de blanc et les chalazes, mais arrivé dans la partie la plus rétrécie. Les membranes vitellines et chazalifères se rompaient ; la substance du jaune s’écoulait au dehors par l’oviducte ou refluait dans la cavité du ventre qui en était remplie. Quant aux chalazes et a leur membrane, débarrassées de la sphère vitelline, elles franchissaient le rétrécissement et s’enveloppaient, en parcourant le reste du canal, d’un blanc, d’une membrane testacée et d'une coquille (1).
Mon ami M. Claude Bernard a été témoin dernièrement d’un fait non moins intéressant :
Une poule se présentait chaque matin sur le nid en chantant d’une manière qui n'était pas ordinaire. Généralement elle quittait le nid sans avoir pondu, mais quelquefois elle y laissait un petit œuf, ou bien elle perdait son œuf quelque temps après dans la basse-cour. Aucun de ces œufs n'avait de vitellus. La poule devint languissante et mourut. A l’autopsie, M. Bernard trouva une oblitération complète du pavillon de l’oviducte. La cavité du ventre était remplie des vitellus qui s’étaient successivement échappés de l’ovaire.
Le dévelopfement de l’ovule dans la vésicule ovarienne et la sécrétion des produits complémentaires qui se fait dans l’oviducte, sont indépendants quoique corrélatifs. Qu’une cause quelconque s’oppose à la pénétration de l’ovule, c’est-à-dire de la sphère vitelline, dans Je pavillon de l’oviducte, cette sphère tombe nécessairement dans la cavité abdominale; l’albumen destiné à lui servir d’enveloppe n’en est pas moins sécrété; cet albumen chemine donc isolément dans le canal qui l’a produit, et reçoit une membrane coquillière et une coquille.
(1) Lapeyronie, Observ. sur les petits œufs de poule sans jaune, que l’on appelle vulgairement œufs de coq, Acad. nor. des sc. de Paris, 1710, et Col lect. acad., part, franc., 1. 111, p. 374.
üa conçoit que d’autres causes encore, telles que l’avortement du vitellus, une sécrétion surabondante d’albumen, des concrétions déréglées de l’oviducte, puissent faire arriver dans la partie postérieure de ce canal quelque portion isolée de blanc qui, s’enveloppant d’une coque, représente un œuf sans jaune.
De quelque manière qu’il se produise, l'œuf sans vitellus est moins volumineux qu’un œuf normal. La petitesse de son volume favorise sa progression dans le tube génital; aussi son séjour dans la portion de l’oviducte qui sécrète la coquille est-il quelquefois très-court, d’où vient qu’il est exposé au dehors avant d’avoir acquis cette enveloppe, ou bien que, remontant vers le pavillon de l’oviducte, il se retrouve privé de coquille dans un autre œuf.
B. — Absence d’albumen.
La quantité de blanc qui existe dans l’œuf des oiseaux est assez variable, mais on a rarement signalé l’absence complète de cette substance ; un œuf de poule (pi. II, lîg. 12) qui avait une coquille double, une forme très-allongée avec la pointe recourbée, un jaune ordinaire mais pas de blanc, fut montré par M. Liégeois à la Société de biologie (1).