C. — Absence de coque
Les œufs sans coquille, appelés œufs hardés , sont très-communs chez la poule. Ils sont souvent petits et souvent ils ont une forme qui n’est pas normale. Le docteur Paris dit qu’on les observe surtout chez les poules vigoureuses, à l’époque de la moisson, lorsque leur nourriture est abondante et forte (2). En Amérique, dans la Colombie « les poules qui mangent du maïs ergoté, dit M. Roulin, pondent assez fréquemment des œufs sans coquille. On ne comprend pas trop d’abord comment ce genre de nourriture peut influer sur la formation du carbonate de chaux dont l'œuf est habituellement revêtu ; cependant il me semble que le fait s’explique assez bien en concevant que l’ergot produit dans ce cas un véritable avortement » (3).
(1) Liégeois, Compt. rendus Soc. biol., 1859, p. 254.
(2) Docteur Paris, Remarks on the physiology of the egg, in Transact. of Linmean Soc. of London, vol. X, p. 310, 1811.
(3) Roulin, De l’ergot du maïs et de ses effets sur l'homme et les animaux, Ann. des sc. nat., t. XIX, p. 283. Taris, 1830.
su
Fordyce a supposé que l’insuffisance du carbonate de chaux dans la nourriture des oiseaux devait déterminer la ponte d’œufs sans coquille; j’ai vainement cherché à obtenir ce résultat chez des poules que j’ai soumises dans ce but à un régime particulier.
Le docteur Paris rapporte qu’une poule qu’il avait enfermée pour quelques expériences et qui s’était cassé la jambe, se mit à pondre, trois jours après, des œufs sans coquille. Il suppose que, dans ce cas, le carbonate de chaux destiné à consolider la coque de l’œuf, a été employé à la réparation de l’os (1).
Les causes de l’absence de coquille sont sans doute très-variées, et probablement la plus fréquente est un séjour insuffisant dans la dernière partie de l’oviducte.
D. — Absence de vitellus et d’albumen.
Des amas de substance calcaire, des fragments de coquille sont quelquefois rejetés, ou s’amassent dans l’oviducte, surtout à l’époque de la cessation de la ponte chez les oiseaux, ou bien lorsqu’il existe une oblitération d’une partie du tube génital; ce fait a été observé aussi chez des invertébrés. Dans le distome lancéolé, « on trouve assez souvent, dit M. Moulinié, une anomalie qui consiste en une production surabondante de la substance de la coque... Cette surabondance qui paraît provenir d’un manque d’équilibre dans la production des différents éléments de l’œuf, atteint quelquefois des proportions considérables, au point qu’on rencontre des individus chez lesquels l’oviducte est rempli dans toute sa longueur de ces amas de substance de la coque, dont l’excès ne trouvant pas assez de substance vitelline pour former des œufs, enveloppe tous les fragments ou corpuscules qui se trouvent sur son passage, ou, à défaut, prend la forme sphérique, comme toute substance liquide qui est suspendue dans un autre liquide... » (2).
E. — Absence de parties indéterminées.
La petitesse excessive des œufs est particulièrement remarquable chez les oiseaux dont l’œuf est naturellement très-volumineux; dans
(1) Docteur Paris, mém. cité, p. 31 1.
(2) J. J. Moulinié, De la reproduction chez les trématodes endo-parasites. Genève, 1856, p. 41.
le musée de Gresham, on conservait un œuf d’autruche qui avait à peine le volume de celui d’une poule, sa coque était néanmoins trèsépaisse. Un autre œuf du même oiseau avait la grosseur d’une noix de muscade.
Trois œufs de casoar étaient aussi remarquables par leur petitesse : l’un avait le volume d’un œuf de pigeon, un autre était encore plus petit, et le troisième était gros comme une noix de muscade (1).
Il est probable que ces œufs manquaient de vitellus, et quelquesuns même de blanc.
Sectiox VI. — Anomalies de forme.
L’œuf offre rarement dans sa forme quelque déviation au type particulier à l’espèce d'animal qui le produit ; c’est chez les oiseaux presque exclusivement que ces déviations ont été notées.
Tantôt l’anomalie porte sur la forme générale de l’œuf, tantôt sur une portiou seulement de la coque.
§ I. — La forme générale peut subir de nombreuses modifications : l’œuf est parfois très-allongé, fusiforme; il se termine par un bout ou par les deux en un long appendice caudiforme, plus ou moins contourné ou comme articulé (2); parfois il est aplati, comprimé, tordu, etc. (3); d’autres fois, il a l’apparence d’une gourde ou d’uu sa-
it) Neliemjali Grew, catalogue cité, p. 76.
(2) Cleyer possédait trois œufs de poule dont l’un avait la coquille plissce, l’autre était presque piriforrne et avait une sorte d’opercule au petit bout; le troisième avait une queue. Mise. nat. ccr., dec. n, ann. I, obs. XVI, p. 36,
Ruysch, Ovum g ail. caudatum, Thesaur. anat., III, p. 35. — Id., Tiiesaur. anat., X, p. 25.
D’autres cas cités par Haller (op. cit.) se trouvent dans les recueils suivants : Breslaw Samlung, 1726, p. 352; ann. 1719, p. 587 ; 1723, m. mai, vers, xxiv, p. 524. — Nov. litt. maris Baltici, 1702, p. 152. — Comm. lit. Kor., 1742, bebd. 28.
(3) Balbî, œuf monstrueux consistant dans une coquille contournée en spirale (Collect. acad., part, étrang., t. X, p. 334, extrait de l’Acad. des sel de Bologne).
D'autres cas sont cités par Haller (op. cit.), Figura serpentina. Schmuk ,
blier (1) ; celte dernière forme peut être le résultat de l'union bout à bout de deux œufs complets, comme j’en ai vu un exemple chez la poule (pl. II, fig. 10). Plusieurs autres sont rapportés dans divers recueils (2).
Les œufs qui offrent ces anomalies sont assez fréquemment dépourvus de coquille et, dans ce dernier cas, leur blanc est souvent surabondant.
J’ai observé un œuf de cette sorte, c’était un œuf de poule d’un volume extraordinaire; il couvrait toute la longueur du diamètre d’une assiette ; il avait un seul jaune normal.
Hans le laboratoire de M. Rayer, j’ai vu deux œufs hardés, très-volumiueux aussi et terminés par deux appendices en forme de queue (Voy. pl. II, fig. 13, 14). On trouve dans les recueils scientifiques d’autres exemples semblables (3).
§ II. — Lorsque l’anomalie ne porte que sur une portion de la co-
tabl ultim., Bresl., Yersuch. xxiv.— Curvaet adstricta, Laclimond, divin., p. 15.— Longa cum altern’is ixtersectionibus, Giom. di Parma, 1689, p. 49.
(1) M. Liégeois a montré à la Soc. de biologie (obs. cit.) un œuf de poule en forme de gourde; la partie rétrécie était courbée sur elle-même comme une anse ; il n’y avait qu’un seul jaune (Voy. pl. II, fig. 1 1).
Catalogue du musée de Boston, n° 877. — À hen’s egg, quite small, and contracted at one extremity, so as to resemble in form a certain kind of gourd. J. B. Jackson, Descriptive catalogue of the anatomical muséum of the Boston Society, 1847.
(2) Deux œufs non renfermés dans la même coque, mais adhérents bout à bout par leur coquille. (G. Dethardingius, Acad, cæsar. Léopold., Nat. cur. ephem., cent. I et II, append., p. 198.)
Cas semblable observé par Montgomery, Cyclopædia of anat., etc., t. Il, p. 317.
Deux œufs de poule ayant chacun leur blanc et leur jaune, mais sans coquille, étaient réunis en sablier. (Georgii Hannæi, De ovo gemello, Ephem. nat. cur., dec. h, ann. IV, obs. CXV, p. 223.)
Two hen’s eggs, united by a short thick band; they are tolerably deveoped in regard to size, though there is only a trace of shell. (Catalogue de Boston cité, n° 871.)
(3) Polisius parle d’un œuf pourvu d’un blanc et d’un jaune ordinaire, mais sans coquille, qui se terminait par un long appendice très-irrégulier (Gothof. Sam. Polisii, De ovo monstroso, Ephem. nat. cur., dec. ii, ann. IV, obs. XLIV, p. 105). Voyez ci-dessus l’observation (de Hannæus) de deux œufs
que, elle consiste dans des plis, des relieis, des empreintes superficielles ou dans un dépôt calcaire formant des rugosités ou des concrétions plus ou moins volumineuses (1). Reisel adonné la description et la figure d’un œuf de poule dont la grosse extrémité était chargée d’un amas calcaire d’une forme qui rappelait celle d’un turban (2). Réaumur en a vu un dont la coquille était couverte de petits corps blancs remplis d’un liquide albumineux (3).
§ III. — Ces déviations au type normal, les changements de forme, les empreintes de la coquille peuvent dépendre de quelque lésion permanente de l’oviducte ou de contractions spasmodiques de cet organe. Dans le premier cas, les œufs pondus successivement offrent tous des déformations analogues ; dans le second cas, les déformations ne sont pas constantes; tel était celui d’une poule que j’enfermai dans une cage et qui pondit d’abord un œuf à coquille fortement plissé; les suivants n’offrirent rien de semblable.
§ IV. — Au temps où l’esprit d’observation était le privilège de quelques rares génies, où les scrutateurs de la nature, dominés par une profonde crédulité, par l’amour du merveilleux, n’envisageaient point d’un autre œil que le vulgaire, les déviations au type normal dans les corps organisés, les anomalies graves observées chez les animaux, étaient considérées comme l’effet d’une cause surnaturelle, comme un signe de la colère divine, comme un présage funeste, etc. On ne cherchait nullement dans ces anomalies, dans une monstruosité, leurs rapports avec le type normal altéré, on y cherchait, au contraire, ceux qu’une apparence superficielle donnait avec des êtres d’un tout autre type. L’anomalie se caractérisait par une comparaison absurde ou grossière : un monstre humain devenait un animal quelconque, un porc, un chien, un poisson, suivant le caprice ou la
réunis en sablier, et les cas cités par Haller {op. cit.), qui se trouvent dans Comm. litt. nor., 1733, hebd. 39. — Vallisneri, Rilag., n° 13.
(1) Dans le musée de Gresliam, on conservait un œuf de poule qui avait au gros bout une excroissance volumineuse. Voy. Nehejamh Grew, ouv. cit., p. 78.
(7) Salomonis Reiselii, Pe ovo monstroso; 1683. Mise. nat. cur., dec. n, ann. II, obs. 1 19, p. 278.
(3) Réaumur, Hist. oe l'Acajl royale des sciences, h. 106, 1749.
sottise des assistants; par contre, un animal monstrueux devenait une bêle à face humaine, etc. Les œufs anormaux ne devaient point être envisagés d’un autre esprit (1) ; une empreinte, un sillon, un relief plus ou moins contourné, devenaient l'image d’un reptile (2), d’une partie du corps humain (3), d’un astre, etc. (4) dont l’origine se rapportait à quelque événement naturel ou surnaturel ; et,parexemple, à propos d’une comète ou d’une éclipse, on voyait des poules pondre des œufs qui portaient l’empreinte d’une étoile ou d’un soleil (5).
On pourrait croire qu’un tel phénomène ne se reproduit plus de nos jours, si l’on ne savait qu’à l’égard des sciences, en dehors du cercle restreint de leurs adeptes, l’ignorance et la crédulité sont de tous les temps. N’a-t-on pas écrit cette année même, à Paris : «Une poule co- « chinchinoise, noire, âgée d’un an, vivant isolée, et paraissant très- « sensible aux influences atmosphériques, aux influences électriques « surtout, a pondu le 18 juillet, pendant l’éclipse, à quatre heures
(1) Voyez dans Aldrovande le cas suivant : « Monstrum figura genitalis viri est exclusum (ex oyo) uno testiculo et capite quasi canino et cristato insignitum. (Clyssis Aldrovandi, Monstr. hist., p. 389. Bononiæ, 1642.)
(2) André Cleyeri, de ovo gallinaceo cum serpentis imagine in teslâ (mém. cit.).
Ovum gallinæ serpentis imagine effigiatum. (Aldrovandi, Op. cit., p. 38V.)
(3) Humana effigies monstrosa in ovo anserino. (Aldrovandi, Op. cit., p. 390.) — Humana effigies in ovo cum serpentibus ex calvaria et mento germinantibus. (Ibid.)
Ovum cum figura humana. (Zod. med. gall., t. III, p. 108.) (Haller.)
Fig. 4. Exbibet ovum gallinaceum... respræsentans intestinum cæcum cum processu vermiformi. — Fig. 6. Adumbratur ovum gallinaceum pueri penem cum scroto repræsentans, nepræputioquidemexcepto. (Ruyscb,THES. anat., III, p. 35, tab. 3.)
(4) Ovum fructum dactyli referens. (Ruysch, Tues, anat., IV, n° 32.)
Cum figura patibuli. (Alberti, Anim. admir. offic., p. 12.) (Haller.)
(5) Séb. Scheffer, œuf avec l’image d’une éclipse. (Collection académ., t. III, p. 459.)
Œuf de poule trouvé à Rome et portant l’image d'une comète. (Cleyer, mémoire cité.)
Everard Gockel, obs. sur des œufs qui portaient comme l'empreinte d'un soleil. (Coll, acad., t. IV, p. 174.)
Œuf avec l’image d’une comète. (Zod. méd. gall., t. III, p. 50.) (Haller.)
« moins un quart, un œuf de volume ordinaire, qui portait l’em- « preinte d’un soleil entouré de douze rayons!! » (1).