‹ Mémoire sur les avantages de la section du tendon d'Achille dans le traitement du pied équinChapitre 3 sur 4 · IG · texte numérisé non relu

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que dans une très-petite étendue, sur l’un des côtés du tendon seulement, et réunissez immédiatement après la plaie par première intention. Voulez-vous n’éprouver aucun obstacle dans la formation du corps fibreux intermédiaire qui doit servir à l’allongement du tendon commun des muscles jumeaux et soléaire? Manœuvrez de manière à éviter la lésion des deux veines saphènes , et à prévenir toute espèce d’épanchement de sang dans le vide qui résulte de l'écartement des deux bords de la solution de continuité du tendon d’Achille. Voilà , Messieurs , le vrai moyen d’être heureux dans ce genre d’opération.

Je vous ai déjà si souvent entretenus des restaurations de la face , et vous m’en avez vu pratiquer un si grand nombre avec succès depuis quatre ans , qu’en vérité je répugne presque à vous en parler encore ; il en est trois cependant , parmi celles que j’ai faites dans ce dernier quadrimestre, dont je ne puis me dispenser de vous dire quelques mots.

La première est celle de la rhinoplastie qu’a subie le capitaine G***, et qui a tant piqué votre curiosité. L’opération a été faite d’après la méthode indienne ; le lambeau a été formé

aux dépens de la peau du front , et le pédicule n’a été coupé que le vingtième jour, c’est-à-dire lorsque la réunion a été complète. Pendant tout cet espace de temps, la vie du malade n’a pas été un seul instant en danger, et vous avez pu juger, après la guérison , de la forme et des dimensions du nouveau nez (i). Ne portez pas cependant , Messieurs , un jugement trop sévère à cet égard ; car malgré les écrits de Graëfe, de Carpue, de Delpech, de Dieffenbaeh , et de Labat sur la rhinoplastie , cette branche de l’art de restaurer les difformités de la face attend encore de nombreuses et importantes modifications. Il n’en est pas tout-à-fait ainsi de la chéiloplastie ; je vous en ai dit souvent le motif.

Vous avez tous plus d’une fois reculé d’horreur, en voyant dans la salle des blessés un enfant de troupe d’environ dix ans , qui portait à la lèvre supérieure un fongus hœmatodes énorme, qui, prenant naissance dans l’épaisseur de la cloison des fosses nasales, laissait constamment suinter du sang, et donnait à ce

(i) Cet officier est rentré depuis lors à son régiment , et a pris le commandement de sa compagnie.

jeune infortuné un aspect des plus hideux et des plus repoussants. Alors que depuis cinq années que le jeune Fischer séjournait dans l’hôpital Saint-Eloi, personne n’avait pas même songé à tenter l’ablation de cette tumeur, vous m’avez vu vous entretenir de cette opération avec calme et sang-froid, et l’exécuter avec un plein succès à la face de toute l’Ecole.

Or, Messieurs, pourriez- vous supposer qu’en me livrant à cette tentative, j’ai voulu seulement faire un acte de témérité, ou que plus aveugle et plus coupable encore, j’aie compté sur la fortune qui , dit-on , me seconde dans toutes mes opérations? Que ceux d’entre vous qui auraient de pareilles idées, réfléchissent à la conduite que j’ai tenue dans cette circonstance, et ils reconnaîtront bientôt que tout avait été prévu et calculé de la manière la plus rigoureuse. Je dis plus, j’ai été assez bien inspiré dans cette occasion pour ouvrir une voie nouvelle au traitement du fongus hæmatodes , jusqu’à présent si rebelle à tous les moyens de l’art , et prouver qu’à l’aide des ligatures en masse disposées à propos, on peut tenter sans danger l’ablation d’un grand nombre de tumeurs de ce genre.

Vous tous qui étiez venus assister à cette opération , avec l’idée que le malade pouvait périr d’hémorrhagie sur le lit de douleur, n’avez-vous pas , en effet, été surpris de voir à peine s’écouler trois ou quatre onces de sang? Eh bien ! Messieurs , lorsque vous aurez à tenter de pareilles opérations, agissez comme je l’ai fait moi-même, et je me trompe fort, ou le bonheur vous secondera.

Au surplus , quelque brillant et flatteur que fût ce résultat , ce n’était pas assez que d’avoir triomphé du mal; il fallait restaurer aussi la difformité qui provenait de l’énorme perte de substance que j’avais été obligé de faire; c’est ce que j’ai encore exécuté devant vous , en empruntant aux joues deux lambeaux latéraux propres à remplacer la lèvre supérieure. Il faut , Messieurs , avoir été témoin de cette opération , pour se faire une juste idée des détails dont elle se compose , et de la précision avec laquelle elle demande à être exécutée (i). Aussi quel service n’ai-je pas rendu

(i) Pendant dix jours les lambeaux sont restés en place, et la lèvre nouvelle a offert le plus bel aspect; mais faute d’un point d’appui suffisant du côté des narines, ce second temps de l’opération n’a pas complètement réussi : la cica-

à ce malheureux enfant , que vous regardiez tous déjà depuis long-temps comme voué à une mort certaine !

Je ne saurais aller plus loin sans vous parler, Messieurs, d’une circonstance qui se rattache à ce mode opératoire, et qui en fait, selon moi , tout le prix ; c’est la facilité avec laquelle le bord libre du lambeau peut être recouvert à l’aide de la muqueuse buccale, et conserver ainsi à la nouvelle lèvre les dimensions qu’on lui donne. Voilà, Messieurs, tout le secret de la chéiloplastie ; et si après la restauration du nez, par exemple, le lambeau s’affaisse ou se déforme , et les narines se rétrécissent, cela provient uniquement de ce que la face profonde du lambeau, privée de membrane muqueuse , doit inévitablement suppurer , et subir les conséquences de la formation du tissu modulaire.

trice s’est en partie déchirée, et il existe encore une sorte de bec-de-lièvre qui laisse deux dents à découvert. Ce qu’il y a de plus de satisfaisant, c’est que la maladie ne s’est pas reproduite, et qu’après avoir séjourné six ans dans l’hôpital Saint-Eloi, le jeune Fischer a pu enfin aller rejoindre son père qui sert dans le 47e régiment de ligne, et rentrer dans la société dont il semblait exclu pour jamais.

Messieurs, j’insiste sur ce point, parce que je crois être le premier en France et à l’étranger, à avoir signalé cette modification importante à faire subir à la chéiloplastie (i), et que sans elle, les résultats que l’on en retire sont toujours imparfaits.

Permettez-moi de vous rappeler à cet égard ce qui s’est passé chez un homme de Béziers, qui déjà avait été opéré habilement par le docteur Bourguet, et chez lequel le cancer s’était reproduit. Ici les choses étaient dans un état tel , qu’il me fut de toute impossibilité de songer à restaurer la lèvre inférieure avec la peau des joues ; il fallut donc emprunter le lambeau à la peau du cou , et le livrer sans défense à l’inflammation. Aussi qu’en est-il résulté ? Peu à peu le lambeau s’est recoquillé, et quoique le malade soit sorti guéri de l’hôpital , la nouvelle lèvre avait si peu de saillie , qu’elle était loin de remplir le but auquel la nature l’a destinée.

Au surplus , cette opération présenta , une

(i) Voy. les lettres que j’ai écrites à ce sujet à l’Académie royale de médecine , et que j’ai fait insérer dans plusieurs journaux.

autre particularité qui mérite d’être mentionnée : à peine le malade avait été transporté dans son lit , qu’il survint une hémorrhagie assez inquiétante pour me forcer à lever l’appareil, et à me rendre maître du sang.

Vous croyez peut-être, Messieurs, qu’ébloui par les succès que je viens de vous raconter, je vais passer outre , et ne pas vous signaler la cause de ce contre-temps. Non , je prétends, au contraire , vous prouver à cette occasion que tout s’explique en chirurgie , et qu’il n’y a que ceux €pii ont intérêt à cacher leurs fautes ou leurs revers , qui ne donnent la raison de rien.

Si dans le cas dont il s’agit une hémorrhagie, a eu lieu , la faute en est à moi seul ; si , fidèle aux principes que je vous ai si souvent exposés, j’avais lié tous les vaisseaux à mesure que je les ouvrais , cet accident ne serait pas arrivé. Ainsi donc, sauf quelques circonstances, on ne peut plus rares, et souvent trop difficiles à apprécier , sachez que lorsque , à la suite d’une opération quelconque , le sang coule en assez grande quantité pour constituer une hémorrhagie, la faute en est à l’homme de l’art.

Le résultat définitif de cette opération était à peine connu , lorsqu’il arriva dans mes salles un paysan du département de la Corrèze, qui portait à la région postérieure du cou un lipome tellement volumineux qu’il descendait jusqu’à la région lombaire, et recouvrait presque toute la portion dorsale du tronc; il n’avait pas moins de quinze à dix-huit pouces de diamètre.

Quoique tout annonçât qu’il s’agissait d’une tumeur graisseuse, j’aurais cru manquer aux règles de l’art si je n’avais pas pratiqué d’abord deux ponctions exploratrices dans la vue de m’assurer de la nature du mal. Aussi , dès que ce point de diagnostic fut éclairci, je me bâtai d’en venir à l’opération , après avoir toutefois traversé le pédicule de la tumeur à l’aide de deux ligatures d’attente , crainte qu’il n’y eût dans ce lieu quelque vaisseau artériel ou veineux dont la lésion pût amener une hémorrhagie inquiétante.

Heureusement il n’en fut point ainsi , et sauf deux ou trois artères principales qu’il me fallut lier, il me fut assez aisé de me tenir à sec.

Mais il n’était pas moins essentiel de fermer

la plaie provenant de l’ablation de la tumeur, tant elle était vaste ; car, si l’inflammation s’en emparait , la suppuration seule qui allait en résulter, pouvait entraîner la mort du malade. Enhardi par les résultats heureux que je recueille journellement de l’emploi de la suture , à la suite des grandes opérations, je ne balançai pas un seul instant ; les bords de la solution de continuité furent immédiatement rapprochés à la faveur de ce moyen de synthèse , et dans moins de six jours, j’eus la satisfaction de voir cette énorme plaie fermée dans les deux tiers de son étendue. Vingt jours après elle était complètement cicatrisée.

Et l’on se récrie encore , à Paris , contre l’emploi de la suture! Et l’on prétend que c’est faire rétrograder la chirurgie que d’avoir recours à un pareil moyen ! En vérité , est-il permis de pousser la prévention ou la mauvaise foi jusqu’à ce point ? Que ceux qui tiennent un pareil langage sortent donc des barrières de la capitale , et viennent à Montpellier s’assurer si ce que nous avançons est vrai ! Qu’à défaut de ce moyen de vérification, ils interrogent les élèves sortis de notre école qui vont annuellement à Paris , et tous leur

raconteront avec enthousiasme les succès dont ils ont été les témoins!

Quant à moi , Messieurs , ma conviction à cet égard est si forte , que je renoncerais dès aujourd’hui à l’exercice de la haute chirurgie, si je devais renoncer à faire usage de la réunion immédiate et de la suture.

S’il est une opération à la suite de laquelle il eût dû jamais se manifester ces accidents nerveux dont on a tant parlé à l’occasion de l’emploi de ce dernier moyen , c’est assurément celle dont je viens de vous retracer le tableau; et cependant, avez-vous vu un seul symptôme qui annonçât la moindre excitation, de la part du système cérébro-spinal?

Puisque les faits sont tels , dites donc , Messieurs , à ces hommes qui s’obstinent à s’élever contre la suture : Vous nous reprochez de faire rétrograder la chirurgie , et vous oubliez que vous en êtes encore au point oû en était l’ancienne académie du temps de Pibrac! C’est donc vous qui êtes rétrogrades , car par le temps qui court, on recule lorsqu’on n’avance pas.

Il est une autre opération qui dépose bien plus encore en faveur de la réunion immédiate

et de la suture , et que je m’empresse de vous rappeler ; c’est celle de ce malheureux jeune homme de Lunel, qui vint dans cette maison avec un sarcocèle au testicule gauche.

Le sujet était maigre et déjà profondément affaibli par la maladie qu’il portait; le testicule n’avait pas acquis un trop grand volume , mais il existait dans la fosse iliaque et le long du cordon , un chapelet de glandes , ou mieux de tumeurs squirrheuses dont une plus grosse était logée au-dessous du rein du même côté. C’en était certainement assez pour éloigner de mon esprit toute idée d’opération ; toutefois ayant voulu constater encore mieux la nature de la maladie, je fis une ponction exploratrice qui donna issue à un demi-verre environ de sérosité , et me permit ainsi de mieux apprécier la forme et le volume du testicule.

J’ignore ce qui se passa à l’occasion de cette ponction, qui , du reste, avait été très-simple et exempte de toute douleur , lorsque, trois ou quatre jours après , il se manifesta une escarre qui envahit peu à peu toutes les enveloppes testiculaires , et mit le sarcocèle à nu.

Que faire dans un cas aussi grave? Fallait-il abandonner le malade à son triste sort, et voir d’un œil impassible la gangrène se propager de proche en proche jusqu’à l’abdomen ? Messieurs, la vue d’un danger si pressant ranima mes forces, et vous m’entendîtes tous , non sans quelque surprise, vous parler d’extirper le testicule , afin, disais-je, de substituer une plaie simple à une plaie gangréneuse , et de réparer, autant que possible, le mal que l’art avait fait.

L’opération fut, en effet, pratiquée le lendemain; et quoique la section du cordon eût eu lieu sur des parties malades , je rapprochai les bords de la solution de continuité à l’aide de la suture , et la réunion se fit comme si j’avais agi sur des parties saines. Vous avez pu voir, en peu de jours, le malade complètement guéri des suites de l’opération , et s’il a succombé plus tard, après être sorti de l’hôpital , la mort n’a été que la conséquence des tumeurs cancéreuses qui existaient dans l’intérieur du ventre, et qui avaient rapidement augmenté de volume.

N’avez-vous pas vu aussi deux femmes que j'ai opérées d’un cancer au sein , et dont l’une

a été guérie en six jours ? Dès la levée du premier appareil , la plaie a été trouvée complètement cicatrisée , et la malade a eu à peine un peu de fièvre.

Quant à l’autre, dont la vie a été si longtemps en danger , et qui est encore dans les salles , n’allez pas chercher la cause des accidents qu’elle a éprouvés, dans l’opération à laquelle elle a été soumise : personne d’entre vous n’ignore que, dès le huitième jour, la plaie était presque fermée, lorsqu’une infirmière eut l’imprudence de lui donner dans la nuit un pot de tisane froide, qui provoqua chez elle une gastrite des plus intenses , qu’il a fallu combattre par la diète , les sangsues , les fomentations , les lavements et les tisanes mucilagineuses.

C’est sous l’influence même de cette inflammation de la muqueuse de l’estomac , que vous avez vu paraître ensuite des plaques érysipélateuses qui ont successivement envahi toutes les parties du corps, excepté celles sur lesquelles V opération avait été pratiquée , et dont l’apparition , devenue presque périodique , a paru se lier avec les exacerbations d’une fièvre rémittente quotidienne que j’ai dû attaquer

par l’administration du sulfate de quinine , d’abord en lavement, et ensuite en pilules.

Enfin , après une série d’accidents plus graves les uns que les autres , et dont je me dispense de vous parler , la malade semble avoir échappé à la mort , comme par miracle (i).

Que conclure de ce fait? Que le succès d’une opération ne dépend pas seulement du manuel opératoire, et que les soins consécutifs que l’on donne aux opérés y sont souvent pour beaucoup. Mais comment diriger l’administration de ces derniers moyens, si l’homme de l’art n’est pas suffisamment pourvu de connaissances médicales? C’est vous dire, Messieurs, que la médecine et la chirurgie se lient de la manière la plus étroite , et que l’une et l’autre se prêtent de mutuels et de puissants appuis.

Malgré tout ce que j’ai dit jusqu’ici en faveur de la réunion immédiate , il est cependant des cas dans lesquels ce mode de pansement ne saurait être appliqué : tel est celui de l’ex-

(i) La malade est , depuis long-temps , sortie de l’hôpital entièrement guérie.

tîrpation du globe de l’œil dont vous avez vu tout récemment un exemple. Toutefois, Messieurs, n’oubliez pas qu’il est très-important pour le salut du malade de ne pas tamponner la cavité de l’orbite , comme le font encore la plupart des praticiens.

Sans doute l’hémorrhagie fournie par la section de l’artère ophthalmique mérite quelque attention de la part de l’opérateur; mais ce qui est plus sérieux, et ce qu’il faut avant tout éviter, c’est l’inflammation du cerveau et de ses membranes. Vous avez pu, du reste, vous convaincre par le résultat que j’ai obtenu, des heureux effets que le mode de pansement mis en usage peut avoir sur les suites de cette opération.

Il en est une autre , Messieurs , que j’ai pratiquée, il y a à peine huit jours, et dont vous avez déjà apprécié les conséquences : c’est celle qu’a subie ce jeune offici er d’infanterie légère , qui, après avoir séjourné pendant huit mois à l’hôpital militaire de Lyon, était depuis près de deux ans dans celui-ci , sans avoir éprouvé le moindre soulagement. Vous l’avez vu, ce malade ne pouvait uriner que goutte à goutte , par une fistule qu’il avait au périnée , et malgré

les soins les plus assidus de la part de mon collègue ou de la mienne , nous n’avions pu parvenir, ni l’un ni l’autre, à franchir les nombreux obstacles qui obstruaient le canal de l’urètre. Les choses en étaient au point que ce malheureux officier pour ainsi dire abandonné pouvait, d’un moment à l’autre, se livrer à quelque acte de désespoir, et demandait avec instance que l’on fit quelque nouvelle tentative pour le guérir.

C’est au milieu de ces cruelles perplexités que j’ai entrepris naguère l’une des opérations les plus insolites et les plus délicates de la chirurgie : une incision a été pratiquée

au périnée, le canal de l’urètre a été mis à nu et incisé dans le point correspondant à la portion bulbeuse, et une sonde métallique a pu dès ce moment arriver jusques à la vessie et assurer le cours des urines. A la vérité, il existe encore dans la partie droite du canal un autre obstacle qu’il faudra vaincre. Mais pourquoi ne triompherai-je pas de ce dernier, puisque j’ai déjà surmonté celui qui existait dans une région bien moins accessible aux instruments? Ne m’avez-vous pas vu, d’ailleurs, l’an dernier, pratiquer cette même opération

avec un plein succès sur un jeune homme de Béziers qui était à la salie des payants? Je ne saurais assez. Messieurs, recommander ces faits à votre attention , tant ils sont rares et intéressants pour les progrès de l’art.

Après des opérations aussi graves et aussi difficiles, vous serez surpris, peut-être, de ne m’avoir pas entendu citer un seul cas d’amputation ; daignez m’accorder à ce sujet un moment d’attention.

Parmi tous les malades que j’ai eu à traiter cette année, et qui auraient pu se trouver dans cette catégorie , trois seulement méritent d’être mentionnés. Le premier avait une tumeur blanche de l’articulation tibio-tarsienne, et semblait à la veille d’être amputé, lorsque, prenant en considération l’âge et les forces du sujet, je l’envoyai aux bains de mer, d’où il est revenu dans l’état le plus satisfaisant. C’est le nommé Mège, qui occupe aujourd’hui le N° 62 de la salle des blessés, et prend les préparations d’or en frictions sur la langue.

Le second est un jeune malade qui portait une nécrose profonde du tibia, tout près de l’articulation du genou, et que j’ai extraite

sans le moindre accident, à l'aide d’une couronne de trépan.

Enfin , le troisième est un habitant de la campagne des environs de Montpellier, qui. à !a suite d’une lésion traumatique, a eu une infinité d’abcès tant au pied qu’à la jambe, pour lesquels il a fallu faire treize contreouvertures, et obtenir ainsi l’oblitération successive de tous les foyers purulents.

Je vous le demande maintenant , Messieuks , n’est-il pas à la fois plus honorable et plus consolant pour moi d’avoir su éviter ces amputations, que de les faire, même en réussissant ? C’est là un principe de médecine opératoire que je ne saurais assez inculquer dans vos esprits.

Que d’autres comptent leurs exploits par le nombre des sujets qu'ils ont mutilés ; quant à moi , j’aime mieux n’avoir à vous entretenir aujourd’hui que des malades auxquels j’ai pu conserver leurs membres. Autant je suis partisan zélé de cette chirurgie restauratrice qui apprend, non pas à détruire, mais à conserver les parties malades , et à leur rendre peu à peu leurs formes et leurs usages

primitifs ; autant je suis ennemi de celle qui

ne vit que de sang et de douleur, et ne compte ses succès que par rénormité des sacrifices qu'elle se croit obligée de faire.

IN 'allez pas cependant, Messieurs, vous figurer que , chirurgien timide et pusillanime , je recule devant aucune opération ; j’ose croire , au contraire , vous avoir prouvé par le compte-rendu que vous venez d’entendre , et par ceux que j’ai déjà publiés , qu’il n’est rien que je ne sois prêt à tenter pour le salut de l’humanité. Je dis plus : déjà souvent j’ai fait , en votre présence , des opérations qui avaient été déclarées périlleuses , impraticables, et que vous tous considériez comme telles ; vous savez , Messieurs , quelles sont celles auxquelles j’entends faire allusion. Mais faut-il encore , avant de se livrer à de pareilles tentatives , qu’il y ait une impérieuse nécessité ; car, ne vous y trompez pas, l’opération la plus légère en apparence peut avoir les suites les plus fâcheuses , et lorsqu’il s’agit de la vie de l’homme, on ne saurait y regarder de trop près.

Cette réflexion m’amène naturellement à vous entretenir d’un fait qui aura peut-être échappé à votre mémoire , mais dont le

souvenir restera long -temps gravé dans la mienne ; je veux parler d’un jeune conscrit qui avait à la marge de l’anus une tumeur fongueuse , du volume et de la couleur d’une fraise , et que je crus être le résultat d’une maladie simulée , par cela seul que le pédicule auquel elle adhérait , se prolongeait à plus de trois pouces dans le rectum, et semblait être fixé à un corps spongieux.

Vivement imbu de cette idée , je ne conduisis pas même le malade dans la salle des opérations , et saisissant la tumeur à l’aide d’une paire de pinces à pansement , je fis surle-champ la section du pédicule , et je continuai ma visite. Mais à peine dix minutes s’étaient écoulées , que le malade pâle et défiguré vient à moi , et me dit qu’ayant voulu aller à la selle , il a perdu une énorme quantité de sang.

D’abord je pus croire que ce militaire cherchait à me tromper, et je ne lui répondis presque pas ; il revient à moi derechef , et me dit pour la seconde fois , mais en termes plus pressants , qu’il se meurt , et que si je ne lui donne de prompts secours , bientôt il ne sera plus.

Je commençai à sentie que le cas était plus sérieux que je ne l’avais supposé , et examinant alors le malade avec plus de soin , je m’aperçus que le rectum était déjà plein de sang, et que l’hémorrhagie pouvait être promptement mortelle. A l’instant je donnai un lavement avec l’oxicrat, j’introduisis rapidement des tampons de charpie dans le rectum, et j’appliquai de la glace sur l’hypogastre et les parties sexuelles pendant deux heures. En un mot , il ne fallut rien moins que ces moyens énergiques , et plusieurs autres dont je me dispense de vous entretenir, pour mettre un terme à l’hémorrhagie, et sauver le malade.

Vous le voyez , Messieurs, cette opération était assurément très-simple, et cependant la vie de ce jeune conscrit a été un moment en péril , parce que , prévenu que j’étais contre lui , je n’ai apporté, ni dans l’examen de sa maladie , ni dans la section du pédicule de la tumeur, toute l’attention qu’il aurait fallu y mettre. Mais, Messieurs, s’il en est ainsi pour des opérations aussi peu importantes , qu’arrivera -t- il lorsqu’il s’agira de l’une de ces grandes entreprises chirurgicales dont vous êtes tous les jours les témoins ?

Après des faits pareils , seriez-vous tenîés de rapporter encore au bonheur ou au malheur les succès ou les revers que vous aurez à noter dans vos études ? Ecoutez :

Tenez-vous à être heureux dans les opérations que vous serez appelés à pratiquer? JN’en entreprenez jamais , à moins qu’elles ne soient indispensables ; interrogez tous les organes de l’économie , avant de saisir le couteau ou le bistouri , et n’oubliez pas que des lésions , locales en apparence, se lient souvent à un dérangement de l’ensemble de la constitution ; n’opérez que dans les cas les plus urgents , pendant la durée des épidémies ; préparez avec soin vos malades à supporter la commotion qui doit inévitablement résulter de l’épreuve douloureuse à laquelle ils vont être soumis ; mettez dans l’exécution du procédé opératoire toute l’attention et toute la dextérité convenables ; ne négligez en aucune manière les pansements ; allez au-devant des accidents qui pourraient se manifester, et n’attendez pas surtout pour les combattre qu’ils aient acquis trop d’intensité ; surveillez même vos malades pendant la convalescence ; enfin , empruntez à la médecine et à l’hygiène

tous les moyens dont elles peuvent disposer, et la fortune, à coup sûr , vous secondera, ou l’art sera en défaut .

Voilà, Messieurs, en peu de mots, le résumé des principes qui m’ont servi jusqu’ici de règle de conduite, et qui m’ont valu les succès que j’ai obtenus dans cet hôpital.

Vous venez de l’entendre, parmi tous les malades que j’ai opérés pendant la durée du quadrimestre , il n’en est pas un seul qui soit mort , c’est-à-dire , que le résultat a été absolument le même que celui de l’année précédente; c’est à vous maintenant, Messieurs, d’en rechercher la cause.

Toutefois, avant de terminer, j’éprouve le besoin de répondre à l’appel qui me fut fait l’an dernier par le chirurgien en chef de l’hôpital de Bordeaux, qui, analysant mon compte-rendu , s’étonnait de ce qu’il n’était nullement fait mention de la herniotomie. Que M. Moulinier n’aille pas croire que j’ai voulu ainsi passer sous silence un ou plusieurs revers que j’aurais pu éprouver: il est de fait que ce genre d’opération est on ne peut plus rare dans cet hôpital, et qu’il s’écoule souvent des années entières sans que nous soyons dans

le cas de la pratiquer. Mais puisque mon honorable collègue désire savoir quels sont les résultats que j’obtiens à la suite de la herniotomie, qu’il me soit permis de lui dire que, pendant l’année qui vient de se terminer, j’ai été à même de faire deux fois cette opération dans ma pratique civile, et que toutes les deux ont parfaitement réussi.

La première, qui a eu lieu en présence de M. le professeur Dugès , fut pratiquée à l’occasion d’une hernie crurale, entérocèle, que portait une femme âgée d’environ 72 ans. En moins de vingt jours, la plaie a été complètement cicatrisée.

Chez le second malade, la hernie déjà très-ancienne et volumineuse, et de nature entéro - épiploïque , existait chez un homme âgé d’environ 50 ans , et s’était formée à travers le canal inguinal. La masse d’épiploon qui la constituait en partie était si considérable, qu’il fallut en laisser une portion au-dehors , ce qui ne contribua pas peu à compliquer l’opération ; aussi conseillerai-je en pareil cas d’en faire le sacrifice. Cependant, après bien des soins, tant de ma part que de celle de mon ami le docteur Jallaguier, qui

m’avait fait appeler en consultation , nous avons eu la satisfaction, de voir la plaie se fermer, et le malade guérir.

Enfin, si je m’abstiens de parler de l’opération de la cataracte , ce n’est pas que les résultats que j’ai obtenus cette année aient été moins satisfaisants que ceux des années précédentes. Sur dix malades que j’ai opérés pendant le premier quadrimestre de l’année 1837, neuf ont recouvré la vue.

Loin de moi cependant, Messieurs , la prétention d’obtenir toujours des succès aussi complets dans ma pratique ; mais ce que je puis vous promettre , et ce que je suis sûr de pouvoir tenir , c’est de prodiguer à mes malades les soins empressés et affectueux dont je les ai entourés jusqu’ici , et d’apporter dans mes leçons ce zèle et cette ponctualité que vous connaissez tous , et qui m’ont attiré, de votre part, ces sentiments d’estime et de confiance auxquels j’attache un si grand prix.

Relevé de» malades civils et militaires entrés et morts dans les salles des blessés et vénériens de l’irôpftal Saint - Éloi de Montpellier» depuis le 1er janvier jusqu'au 30 avril S H3V,

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