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DE L’HOTEL-DIEU DE MONTPELLIER, Pendant le premier Quadrimestre de l’année £837.
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Je tous entretenais , il y a bientôt un an , des résultats que j’avais obtenus pendant la durée de mon service , et je vous disais que parmi tous les malades que j’avais opérés
( et le nombre en était assez grand ) , aucun d’eux n’avait succombé (i).
Ceux d’entre vous , Messieurs, qui suivent régulièrement mes visites , ne durent trouver dans cette assertion rien qui pût les surprendre ; car les faits que j’invoquais alors s’étaient tous passés sous leurs yeux , et ils pourraient encore , au besoin , en garantir aujourd’hui l’exactitude. Mais ce n’est pas là ce qu’il m’importe d’établir ; j’ose croire, Messieurs, être assez connu de vous tous pour n’avoir pas à vous parler de ma bonne foi en matière scientifique. Vous en jugerez mieux encore par l’exposé des faits que j’ai à vous présenter.
11 est cependant un propos €jui est quelquefois parvenu jusqu’à mes oreilles , et auquel je serais fâché de ne pas répondre , non pas tant dans mon intérêt , que dans celui de l’art que je suis chargé de vous enseigner. Quelques personnes peu éclairées, sans doute, ou peut - être même animées d’un sentiment qui, loin de me blesser, m’honore et me flatte , ont cru pouvoir atténuer les succès
(O Compte-rendu de la clinique chirurgicale pendant le deuxième quadrimestre de l’année i836.
dont elles avaient été les témoins , en disant que j’étais d’un bonheur inouï dans toutes mes opérations .
Mais , Messieurs , la chirurgie serait - elle donc déchue du rang que les travaux de Callisen , de Scarpa , de Boyer, de Delpech , de Dupuytren , d’Astley-Cooper, deLisfranc, de Velpeau , de Blandin et de tant d’autres , lui ont assigné dans ces derniers temps ? L’art de faire les opérations ne sera-t-il donc désormais qu’un vrai jeu de hasard ? Non , Messieurs , le mot hasard ou bonheur ( car ces deux mots sont ici synonymes ) emporte avec lui quelque chose de très-variable et d’incertain ; et je veux, au contraire, vous prouver que les résultats que je recueille dans cet hôpital sont à peu près constamment les mêmes. Le mot hasard ou bonheur dispense de toute explication , et je prétends néanmoins vous initier à tous mes actes, et vous faire ainsi comprendre pourquoi je réussis là où tant d’autres échouent. Au reste , soit dit ici par anticipation , méfiez-vous de ces chirurgiens à grande renommée dont la main est seule¬
ment malheureuse . N’oubliez pas que ce mot a souvent servi de voile encore plus à l’igno-
rance qu’à la maladresse . J’entre immé¬
diatement en matière.
Vous avez tous probablement présent à la mémoire le souvenir de ce maître d’armes
du 2e régiment du Génie , qui , revenant de la chasse , vit son fusil éclater dans la main gauche : le désordre qui en résulta fut si grand, qu’il fallut en venir sur-le-champ à l’amputation de l’avant-bras. L’opération avait été faite d’après les règles ordinaires , et tout semblait présager un succès complet , lorsque, le soir même de l’opération, le blessé, qui jusque-là avait montré la plus grande fermeté , tombe dans un état d’affaissement et de tristesse vraiment fait pour inspirer les plus vives craintes. Surpris du changement qui venait de s’opérer, je questionne le malade, et j’apprends que ce qui le tourmente et l’accable , c’est de songer qu’il ne pourra plus, à l’avenir, donner du pain à sa nombreuse famille.
Que faire en pareille circonstance ? Je me rends sur-le-champ auprès du chef du corps auquel il appartenait , qui , plein de bonté pour ce malheureux sous-officier, me promet
de îui conserver ie poste qu’il avait avant l’accident. Satisfait du résultat de ma démarche, je retourne à l’hôpital, et je raconte à ce militaire ce que vous venez d’entendre. À l’instant sa figure se ranime , le pouls se relève , la chaleur se rétablit , les forces semblent renaître à vue d’œil , et dès ce moment le malade marche à grands pas vers la guérison.
Messieurs, j’aime à vous citer ce fait pour vous prouver que ie mérite du chirurgien ne consiste pas seulement à savoir pratiquer les opérations : supposez maintenant que ce blessé eût été confié aux soins d’un opérateur fort habile, d’ailleurs, mais inattentif, et surtout doué d’assez peu de sensibilité pour ne pas prendre part à la situation toute particulière dans laquelle se trouvait ce militaire ; eh bien ! Messieurs , c’en était fait de lui , il eût inévitablement péri.
Que ceux d’entre vous qui douteraient de l’influence que les secours moraux peuvent avoir sur le sort des opérés , ouvrent V Essai de la médecine du cœur de M.-A. Petit, et ils y puiseront de sages et utiles leçons. Il importe , sans doute , dit ce médecin philanthrope , que celui qui se destine à la pratique
des opérations, ait l’ouïe fine, la vue bonne, la main ferme , le jugement sûr et prompt , le tact délicat et facile ; mais il importe davantage encore qu’il ait un cœur où soient entendus tous les cris de la douleur, et qui soit toujours d’intelligence avec sa main pour en régler les mouvements. Je dois même le dire ici , parce que c’est le dire à sa place , les chirurgiens des hôpitaux ne tombent que trop souvent dans un excès contraire : en voulant fortifier leur cœur, ils se l’endurcissent ; ils prennent l’indifférence pour la fermeté, la précipitation pour l’habileté ; ils perdent peu à peu cette douceur aimable , compatissante, qui a tant de prix aux yeux de l’homme malade ; semblables à ces buveurs de profession que les doux parfums du vin ne touchent plus , ils ne sont plus émus par des souffrances médiocres ; pour exciter leur intérêt , il faut des maux qui déchirent ou qui tuent ; sur tout le reste, leur attention est refroidie, leur âme est fermée , et comme un bruit violent et répété ôte à l’oreille la faculté d’entendre, leur cœur perd celle de sentir au milieu des cris multipliés de la douleur.
A Dieu ne plaise, Messieurs, que je vous
donne de pareils exemples !... Et si jamais il m’arrivait, dans la chaleur d’une opération, de m’oublier jusqu’au point d’être sourd à la voix du malheureux qui souffre , sachez que vous ne devez pas m’imiter.
Un malade , non moins intéressant que celui dont je viens de vous entretenir , est un jeune homme d’Hérépian , âgé d’environ 20 ans , qui arriva dans cet hôpital avec un calcul vésical qu’il portait déjà depuis longtemps. Chacun de vous a pu le voir au moment de son entrée , et juger de l’état de dépérissement dans lequel il était. Ce qui mérite surtout d’être noté, c’est qu’outre la fièvre hectique qui le dévorait nuit et jour, il éprouvait les douleurs les plus vives lors de l’émission des urines, et rendait toujours une certaine quantité de pus.
En le voyant , il me fut aisé de vous dire que son état était grave, et qu’il convenait de le soumettre à une série de moyens préparatoires , avant d’entreprendre l’opération ; c’est là, en effet , ce que je fis.
Le malade fut mis immédiatement à un régime beaucoup plus sévère que celui qu’il avait suivi jusqu’alors ; je prescrivis en même
temps des bains, des lavements émollients et des potions légèrement laudanisées ; je cherchai surtout à repousser, à l’aide d’une sonde, la pierre que je reconnus être engagée dans le col de la vessie , et je parvins ainsi , en moins d’un mois, à faire tomber cet état d’éréthisme et de souffrance qui ruinait les forces de ce jeune infortuné.
Le moment fixé pour l’opération approchait, et je crus cependant devoir la différer encore, afin de pouvoir donner au malade de l’huile de ricin , et provoquer ainsi la sortie des vers lombrics que je pensais exister dans le tube digestif, et qui furent, en effet, évacués le jour même de la purgation.
Enfin , l’opération de la lithotomie est faite, et j’éprouve les plus grandes difficultés pour saisirîe calcul, quiétaitvenumalheureusement s’engager de nouveau dans le col de la vessie , par suite des cris violents qu’avait poussés le malade, lors de l’incision des parties molles du périnée et de la prostate.
Après une opération aussi longue et aussi laborieuse, on était assurément en droit de
s’attendre à des accidents fâcheux , et je m’y attendais moi-même. Les suites ont cependant
prouvé le contraire. A peine le malade a eu de la fièvre , et une simple potion anti-spasmodique , donnée après l’opération , a suffi pour conjurer l’orage. Au moment où je parle , i e jeune homme a repris de l’embonpoint, et jouit de la plus belle santé.
Ici , me direz-vous peut-être , vous conviendrez , du moins, que le bonheur vous a secondé; non, Messieurs: si au lieu défaire subir au malade les préparations auxquelles je l’ai préalablement soumis , je l’avais opéré le jour même de son entrée à l’hôpital , ou quelques jours après , alors vous auriez vu probablement se réaliser les craintes que vous aviez pu concevoir sur son compte. Souvent il n’a fallu , en effet , que la présence des vers dans l’intérieur du tube digestif pour compromettre le succès d’une opération que tout semblait annoncer devoir réussir. Qui ne connaît la fréquence des affections vermineuses chez les calculeux, et l’influence que cette cause exerce sur l’ensemble de l’économie, et sur l’abdomen en particulier?
Que ce langage ne vous étonne pas ; je connais tout ce que l’on a dit et écrit depuis Poyteau contre les préparations à faire subir
aux opérés, et je n’en persiste pas moins à professer des principes diamétralement opposés. Oui, Messieurs, si l’homme de l’art opérait ses malades sans tenir compte de leur âge , de leur sexe , de leur tempérament , de leur manière d’être au moment de l’opération, et des diverses complications qui peuvent exister , alors vous auriez quelques motifs de dire que la chirurgie n’est qu’un jeu de hasard ; mais lorsque vous verrez un opérateur s’entourer de tous les soins possibles pour mettre son malade dans les meilleures conditions , et que le succès couronnera son entreprise , dites que la chirurgie n’est pas seulement un art , mais une science qui marche à l’égal de la médecine, et semble même quelquefois lui ouvrir la voie.
Messieurs , l’opération de la taille est devenue aujourd’hui chose si commune, que je crains d’insister trop long-temps sur ce point; j’arrive à un autre sujet qui aura , du moins pour vous, le mérite de la nouveauté.
Vingt années s’étaient écoulées depuis que le célèbre Delpech avait fait la section du tendon d’Achille , à l’occasion du pied équin, lorsque le hasard amena dans mes salles un
jeune homme du département du Nord , qui, après avoir parcouru la plupart des hôpitaux de France, vint à Montpellier pour s’y faire guérir d’une pareille difformité. La maladie existait depuis environ trois ans , et était survenue à la suited’une blessure qu’il avait reçue au mollet.
Le pied et la jambe du côté malade étaient presque sur la même ligne; la poulie articulaire de l’astragale avait en grande partie abandonné la mortaise formée par les extrémités inférieures du tibia et du péroné , et faisait une saillie très-prononcée sur le dos du pied ; le talon était fortement rétracté en haut et en arrière, et fixé invariablement dans cette position. On pouvait bien imprimera l’articulation tibio- tarsienne quelques légers mouvements de latéralité , mais aucun dans le sens de la flexion du pied sur la jambe ; les muscles du mollet avaient notablement diminué de volume, et le malade ne pouvait marcher qu’en s’appuyant sur le sol à l’aide des orteils et des extrémités phalangiennes des os métatarsiens. Au surplus , le sujet jouissait d’une santé parfaite, et tout prouvait que le vice de conformation qu’il présentait était purement accidentel.
A l’instant , je sentis qu’il n’y avait qu’un seul parti à prendre pour guérir ce malade ; c’était de pratiquer la section du tendon d’Acliille. Cette idée me séduisit même tellement que je ne pus m’empêcher de la manifester à toutes les personnes qui m’entouraient. Ce plan opératoire devint dés -lors l’objet de toutes les conversations parmi les gens de l’art, et l’on fut jusqu’à nier publiquement la possibilité de guérir le pied équin par le procédé que je voulais mettre en usage. En vain , j’alléguai que Thilénius , Sartorius, Michaëlis, Delpech, Stromeyer, Duval , Bouvier, Blandin et plusieurs autres avaient complètement réussi dans des cas pareils ; il fallut en venir à une nouvelle épreuve , et pratiquer l’opération en votre présence ; c’était le 28 mars 1857.
A peine la section du tendon d’Achille futelle faite, que chacun devons put voir le pied revenir, à peu de chose près , dans sa position normale , sans que le malade éprouvât la moindre douleur; plus tard, un appareil à extension a été appliqué, alin de ramener de plus en plus le pied dans le sens de la flexion sur la jambe, et dès le quarantième jour, le
jeune Bourrier a pu poser entièrement le pied sur le sol, et marcher dans les salles de l’hôpital. Maintenant que plus de sept mois se sont écoulés depuis le moment de l’opération, le malade m’écrit de Dunkerque, et me dit avec satisfaction et reconnaissance , que son pied acquiert de plus en plus de force, et qu’il travaille comme il le faisait avant l’accident pour lequel il était venu réclamer mes soins.
Mais comment se fait-il donc que cette opération n’ait été entravée par aucun contretemps , et que le malade n’ait pas eu même de la fièvre, alors que celui opéré parle pro-
fesseur Delpech passa par une série d’épreuves plus pénibles les unes que les autres , avant de toucher à sa guérison ? Messieurs , la raison en est toute simple , c’est que Delpech ne savait pas en 1816 , ce que nous savons en 1857. Du reste, ouvrez d’une part sa Clinique chirurgicale, et de l’autre son Traité d’orthomorphie, et lui -même vous apprendra pourquoi il faillit échouer dans sa première tentative.
Voulez -vous aujourd’hui réussir dans le traitement du pied équin , en pratiquant la section du tendon d’Achille? N’intéressez la peau