I. ■ Départ des troupes
Ce fut vers la fin de l’an 12, nous raconte Belâdhori '), qu’Abou Bekr envoya des lettres aux habitants de la Mecque , du Tâif et du Yémen et à tous les Arabes du Nedjd et du Hidjâz, pour les appeler à la sainte guerre, en leur montrant la gloire et le butin ou bien le Paradis et la récompense éternelle, qui seraient leur partage, s’ils se rendaient à son appel. Déjà en Mobarram de l’an 13 le noyau de l’armée s’était formé à al-Djorf, près de Médine, et comme le nombre croissait journellement, le khalife put commencer à organiser l’armée et à répartir les commandements en Safar. Ibn Ishâk^) et Madâini^) disent aussi que les armées partirent au commencement de l’an 13. Nous verrons bientôt que cette date ne peut pas être exacte.
L’armée , d’après les mêmes autorités , se composait de trois divisions , chacune de 3000 hommes , sous les trois chefs Khâlid ibn Sa'^îd, Shorahbîl ibn Hasana et Amr ibn al-Aci. Mais après la mort du prophète , Khâlid avait tardé pendant deux mois à reconnaître Abou Bekr et s’était permis des expressions peu respectueuses sur l’élection du khalife. Celui-ci lui-même était enclin à l’indulgence, parce que Khâlid était un des premiers convertis, qu’il appartenait à une des plus nobles familles des Coraish et qu’il possédait des qualités personelles peu communes^). Mais Omar,
1) P. hv, i.A. 2) Tab. I, Lva, 14 et suiv., mais comp. 6.
3) Tab. I, t'.vl, 5 et suiv.
4) Comp. Wellb. Slàzzen VI, 62 n. 1 et Yacoubi II, Ifl, 1. dern. et suiv.
par son influence toute puissante sur le khalife , parvint à lui faire enlever son commandement. » C’est un homme plein de vanité, dit-il au khalife, qui se laisse conduire en tout par son ambition et sa partialité” *). Déjà son armée était prête à se mettre en marche, lorsqu’on envoya précipitamment A.bou Arwa al-Dausi à Dhou ’l-Merwa pour redemander le drapeau ; en même temps Yazîd , flls du célèbre Abou Sofyân, fut nommé à la place de Khâlid. Selon Ibn Ishâk^) Abou Bekr l’accompagna un bout de chemin et , avant de lui dire adieu, lui donna pour ses troupes des instructions qu’on admire à juste titre pour le bon sens et la modération qui y dominent^).
J’ai, dit-il, dix choses à vous recommander qu’il faut observer fldèlement: ne trompez personne et ne détournez rien, n’agissez point perfidement et n’estropiez personne; ne tuez ni enfants, ni vieillards, ni femmes; ne tronquez point les palmiers et ne les brûlez pas; n’abattez point les arbres fruitiers et ne détruisez pas les champs cultivés; n’égorgez ni brebis, ni bœuf, ni chameau, si ce n’est pour votre subsistance. Vous trouverez des hommes dans
1) Bel. bA, Tab. I, V.vi, 11 et saiv. 2) Tab. I, t't.v, 6.
3) 11 n’est guère probable qu’Abou Bekr ait accompagné Yazîd jusqu’à Dhou ’l-Merwa qui est à trois journées de Médine. Il s’ensuit que le khalife n’a pu s’adresser directement aux troupes, comme je l'avais e'crit dans la première édition. Les paroles se trouvent chez Wâkidi {Magk. 309 et suiv.) qui cependant, ainsi que Yacoubi II, aÎ*', les attribue au prophète et les fait prononcer au départ des troupes pour Mouta; chez Saif (Tab. I, Uo.), qui les place au départ d’Osâma, comme aussi Ibn al-Athîr II, ; chez Entychius II, 258 et chez Basrî, Fotouh as-Shâm ed. Lees p. a. En partie aussi dans le Gfi^rîb al-hadith d’Abou Obaid, ms. de Leide, f. 96 r. et dans le Tâik de Zamakhshari II, 245.
des cellules, laissez-les en repos, afin qu’ils continuent ce à quoi ils se sont voués. On vous présentera des plats contenant divers mets , n’en goûtez rien avant d’avoir prononcé le nom de Dieu. Vous trouverez aussi des gens qui ont le sommet de la tête rasé avec une couronne de cheveux autour , frappez-les de l’épée sur la partie chauve”. Ils devaient donc tuer les prêtres *), mais épargner les anachorètes^) qui, vivant loin du fracas du monde et absorbés dans leurs pieuses méditations , ne se mêlaient point au combat et étaient considérés comme inoffensifs. D’après Masoudi ^), le khalife y aurait ajouté des recommandations spéciales pour le général; je les ai communiquées dans la première édition de ce mémoire. Basri '') en dit autant, mais les paroles qu’il cite sont toutes différentes. Puisqu’on ne sait pas à quelle source l’un et l’autre les ont puisées, nous n’avons pas la moindre preuve de leur authenticité. C’est pourquoi j’ai cru devoir les supprimer.
Yazîd et Shorahbîl devaient se rendre en Syrie par Tabouk, le dernier (suivant l’opinion généralement reçue
1) . M. Arnold, The preaching of Islam, j). 50 n. 1 s’oppose à
cette interprétation, croyant qne le verbe signifie seulement »to tap,
to touch”. A la vérité le verbe s’emploie ordinairement d’un coup léger p. e. avec le plat du sabre, mais on l’emploie également dans le sens de frajiper
comme dans i3L*âJ1j U reçut des coups de pied dans une tradition
(JE'dik I, 112) et même dans celui de tuer p. e. Sîbawaih II, !^aO, 4 et suiv.
j*.ÿhLc . Du reste une autre leçon est chez Abou Obaid
et Zam. XÂc Lo et Basri; Wâkidi (JMagh. 310 n. 1)
4) Fotouh i .
3) Moroudj IV, 186 et suiv.
mais sur laquelle je me propose de revenir) pour se rendre dans la province du Jourdain, tandis que Tazîd devait pousser jusqu’à Damas. Amr reçut l’ordre de prendre la route de la côte, appelée al-Mo'rica *), qui par Aila menait à Gaza, pour commencer ses opérations dans la Palestine méridionale. Moâwia, comme si c’eût été un présage de la dignité dont il devait être revêtu plus tard en Syrie, portait l’étendard de son frère Yazîd. Khâlid ibn Sa'îd qtait entré comme volontaire dans la division de Sliorahbîl. Chacun des trois chefs, toujours d’après l’opinion commune, était indépendant dans sa région, mais ils étaient obligés, en cas de besoin, de se secourir mutuellement, et c’était Amr ibn al-Açi qui devait commander les armées réunies ^). Une autre tradition veut que le commandement en chef appartenait à celui des généraux sur le territoire duquel se ferait la guerre. Pour le moment il nous importe peu de savoir laquelle des deux traditions est préférable. Car les premiers conflits avec l’ennemi eurent lieu en Palestine, la région d’Amr, et il paraît assez certain que Yazîd du moins l’y a secouru ®).
Chacun des trois généraux était sorti de Médine à la tête de 3000 hommes ; mais Abou Bekr leur envoya des renforts à mesure qu’il se présenta des volontaires, de sorte que bientôt chaque corps compta jusqu’à 7500 hommes et qu’enfln le nombre des troupes réunies en Syrie se monta à
1) Tab. I, ^♦VA 1. dern., 1*.ao 1. dern., Yacout IV, Ovt*', 6 et sniv., FiïïÆ IL 131.
2) Belâdh. Aa 1. dern. et 0*1, 8 et suiv., Eutychins Annales II, 258; comp. Tab. I, l’^AV, 5 et sniv. (et Ï’.aÏ’, 7 et suiv.) et Théopbane I, 516 et suiv. (de Boor 336), oïl il y a confusion des noms d’Amr et Omar.
3) Belâdh. hl, Tab. I, Ï’I.a, 10 et suiv.; comp. le Totouh ed. Lees p. f f .
24,000 soldats ^). Ce fut probablement à la tête d’un de ces renforts qu’ Abou Obaida ibn al-Djarrâh partit pour la Syrie ^), où nous le trouverons peu après, revêtu du commandement d’un corps d’armée ^), ce qui fit naître bientôt l’opinion qu’ Abou Bekr avait envoyé quatre chefs en Syrie ^). Le khalife cependant n’envoya en réalité que trois généraux, comme Belâdhori l’a raconté d’après ses sources, et comme il ressort d’ailleurs du texte de Saif®), qui dit que le nombre des troupes réunies, non compris le corps d’observation d’Ikrima, se montait à 21,000 hommes, quoiqu’ il parle de quatre généraux. Or, nous avons vu que, d’après Ihn Ishâk, chacun commandait 7000 hommes. L’auteur du Fotouh as-Shâm aussi ne trouvait dans sa première source que les trois généraux Amr, Yazîd et Shorahbîl, ainsi que le prouvent avec une quasi-certitude deux passages ®), malgré l’ordre de son récit d’après lequel Abou Obaida fut nommé immédiatement et avec les autres chefs. Belâdhori dit expressément qu’ Abou Bekr voulait nommer Abou Obaida et que celui-ci s’était excusé. Mais cette question est d’un intérêt secondaire.
Nous devons nous arrêter ici un moment à un récit de
1) Belâdh. ^A; comp. Tab. I, Lvî, S, où l’effectif de chaque troupe est 7000.
2) Ibn Ishâk chez Tab. I, 8 et suiv.
3) Belâdh. Hi** ; comp. ïab. I La^, 10 et suiv.
4) Ibn Ishâk chez Tab. I, Lva, 16 et suiv., Lvî, 17, ï*kv, 9, Eutychius II, 258, Théophane I, 516 (de Boor 336).
5) Tab. I, i*<AV, 4 et suiv., comp. LaÎ, 14.
6) Ed. Lees p. vS*' et Îaa. D’après le pseudo-Wâkidî ce furent Yazîd et Shorahbîl qui partirent le premier, puis Amr et enfin Abou Obaida (voir p. tl", 6 et suiv.).
Saif, copié par Tabari et raconté d’après celui-ci, avec différentes modifications, par Caussin ^), Weil et Kremer ^). En voici le sommaire : Lors de la révolte en Arabie, Abou Bekr voulait donner à Khâlid ibn Sa'^îd un commandement, mais il y renonça cédant aux vives instances d’Omar. Khâlid reçut alors l’ordre de se camper avec un corps de réserve à Taima (au S.-E. de Tabouk) ou à al-Hamcatain ^), et d’y former une armée. Se trouvant là, il apprit que les Romains avaient rassemblé contre lui les Arabes chrétiens de la Syrie et que leur armée se trouvait déjà dans un lieu situé à trois journées au Sud de Zîzâ. Le khalife acquiesça à sa demande de marcher contre eux ; Khâlid les défit et s’avança vers la Belcâ, où il s’établit entre Abil, Zîzâ et al-Castal. Zîzâ et al-Castal sont situées toutes les deux à l’Est de Hesbon ; Abil qui est le Abil des vignes d’Eusèbe à 6 ou 7 milles au Sud d’Ammân. C’est ici qu’il en vint aux mains avec un corps de Romains commandé par Bâhân (Baânes) qu’il mit en déroute ; il demanda pourtant des renforts. Alors seulement Abou Bekr commença à songer sérieusement à la conquête de la Syrie. Il envoya à Khâlid des secours sous la conduite d’Ikrima et d’al- Walîd ibn Ocba et appela tous les hommes à la guerre sainte, créant généraux Amr, Yazîd et Abou Obaida. Mais
1) I, V.A., IB, 2 et suiv. 2) III, 422 et suiv.
3) I, 39 et suiv. 4) P. 6 et suiv.
5) Tab. I, Iaa., 16; comp. plus haut p, 19 n. 8, Yacout iu v.
6) Yacout II, ‘l'il, et itf indiquée autre-
fois par M. Nôldeke, qui cita la Not. Dign. Zi^a. Comp, le Fotouà fi*', 3 a f. et sur al-Castal Bekri ûlo sous
Khâlid ayant appris qu’ils se mettaient en marche et désirant toute la gloire pour lui seul, s’avança contre Bâhân, qui l’attira dans un lieu dit Merdj aç-çoffar (»le Pré-auxoiseaux”), près de Damas, et qui le défit totalement. Son fils Sa'îd périt et Khâlid lui-même s’enfuit, sans s’arrêter, avec le reste de ses troupes vers Médine. L’ordre d’envahir la Syrie coïncide avec le départ de Khâlid ibn al-Walîd pour l’Irâk en l’an 12. Et au mois de Safar de l’an 13 les trois généraux se trouvaient déjà eu présence de l’armée byzantine ^).
Ce récit est en contradiction flagrante avec celui d’Ibn Ishâk, de Wâkidi et d’autres autorités de Belâdhori; et les trois savants susdits ont agi fort peu judicieusement en fondant ensemble les deux récits après en avoir retranché les contradictions.
Autant que j’ai pu m’en convaincre, Saif est le seul qui ait eu connaissance d’une expédition de Khâlid ibn Sa'^îd en Syrie avant la nomination des trois généraux ^). Aussi Ibn Hadjar ^), dans son rapport succint, se fonde uniquement sur Saif; et les auteurs byzantins sont dans une complète ignorance à ce sujet. Or, son récit est en contradiction avec: 1° la nomination de Khâlid comme chef d’armée et son remplacement par Yazîd. Selon Saif Khâlid est aussi avec son armée à Dhou ’l-Merwa ^), mais seulement après sa défaite. Son armée suit en partie Shorahbîl en partie Yazîd®); 2° la date de la bataille de
]) Tab. I, Laa, 13.
2) Comp. Haneberg Zfeler pseudo-Wâkidi’ s Gescli. der Eroberimg Syriens p. 10 et 11. 3) I,
4) Tab. I, Laô, 7, LaI, 5. 5) Ib. Laô, 12 et 14.
Merdj aç-çoffar qui, comme nous le verrons plus tard, ne fut probablement livrée qu’en Moharram de l’an 14 et dans laquelle Kbâlid lui-même périt, du moins selon la plupart des rapports. Ces deux divergences capitales auxquelles nous pourrions en ajouter plusieurs autres de moindre importance, p. e. la nomination d’al-Walîd ibn Ocba et son remplacement par Sborabbîl ^), nous obligent de suivre exclusivement ou Sait ou tous les autres. Et puisque ces derniers, ici comme bien des fois ailleurs, sont tous ensemble en contradiction avec les récits de Saif®), quoique souvent indépendamment les uns des autres, je n’hésite pas, du moins pour le fait en question, de le rejeter entièrement, d’autant plus que, sans même qu’on le compare avec d’autres sources, son récit renferme plusieurs improbabilités : il suffira de rappeler la grande distance qui sépare Taima de Damas. Bien entendu, je ne prétends pas que tout son récit soit une fiction. Après la mort du prophète, Khâlid quitta son poste au Yémen et vint à Médine. Il n’est guère impossible que, ainsi que raconte SaiY*), il ait été chargé par Abou Bekr, après le retour d’Osâma, de s’établir avec un corps d’observation soit à al-Hamcataiu, soit
1) Tab. I, 7 et suiv., 9 et suiv.
2) Belâdhori a connu Sait ((*01**, 1. avantd., 4 a f.) mais il n’a pas fait usage de son livre dans sa description de la conquête de la Syrie. Tabari I, riùi, 5-8, n'a pas été aveugle pour la différence entre les rapports de Saif et ceux d’Ibn Ishâk. Il ne semble avoir donné à celui-là la place prédominante dans ses Annales qu’à cause de la masse de détails qu’il donne. Une excellente critique de Saif a été donné naguère par M. Wellhausen dans le Vie volume de ses Skizzen und Vorarheiten.
3) Tab. I, 6 et suiv., ÎAûf, 14, HaI^, 1.
4) Tab. I, 15, I*»At, 2 et suiv.
à Taima') pour y maintenir Tordre. Il est également possible que Shorabbîl Tait envoyé à Zîzâ afin de former une armée auxiliaire des Arabes syriens. Mais que ces opérations, quelles qu’elles fussent, aient été dans un rapport immédiat avec la défaite de Merdj aç-çoffar, voilà qui est insoutenable.
D’après le récit de Théopbane ^), l’invasion des Musulmans se trouvait facilitée par ce que nous allons raconter. Les tribus arabes au Sud de la Palestine et ceux de l’Arabie pétrée recevaient annuellement de l’empereur une somme de 30 livres d’or pour garder Tentrée du désert. Mais vers ce temps-là, par une mesure d’économie peu prudente, on cessa subitement de leur payer cet argent. L’eunuque qui venait apporter la solde aux vedettes renvoya les chefs arabes avec ces paroles: » C’est à peine si mon maître peut payer ses soldats, comment donc aurait-il de quoi solder ces chiens?” Ceux-ci irrités de ce procédé, et se croyant libres de leurs engagements servirent depuis de guides aux troupes musulmanes dans leurs invasions en Palestine. La guerre d’Héraclius contre les Perses l’avait comblé de gloire, mais elle avait épuisé son trésor et contribua dans la suite à la perte de sa belle province de Syrie. Non seulement il s’était aliéné ses alliés arabes par ses économies forcées, mais encore il avait dû imposer aux habitants de la Syrie des charges très lourdes; or, ceux-ci ne croyaient point qu’elles seraient aggravées par un changement de maître, tandis qu’ils seraient peut-être libres de toute contrainte en fait de
1) Tab. I, La., 15 et suiv., V.fô, 16.
2) I, 515 (de Boor 335).
3) Voir Nicéphore Cpolitane, Be relus post Mauricium gestis, p. 27.
religion ^). Ils assistèrent donc en simples spectateurs à l’envahissement de leur territoire par les troupes arabes et suivirent avec une certaine curiosité les événements qui décideraient auquel des deux maîtres le sort des combats les ferait échoir; toutefois ils ne laissaient pas de montrer quelque partialité en faveur des Arabes, surtout lorsque ceux-ci eurent prouvé suËBsamment qu’il n’entrait pas dans leur plan de piller ou de dévaster leur pays, et qu’ils traitaient avec douceur tous ceux qui se soumettaient volontairement.
Amr et ses troupes s’avancèrent jusqu’aux environs de Gaza sans rencontrer beaucoup de résistance. Il y eut deux rencontres sur lesquelles on lit chez Belâdhori^): » Le premier combat entre les Musulmans et leur ennemi eut lieu dans un village du pays de Gaza, nommé Dâtbin. Les troupes ennemies étaient commandées par le patrice de Gaza. On se battit vaillamment, mais Dieu fit triompher ses fidèles , dérouta ses ennemis et dispersa leurs troupes. Cette rencontre eut lieu avant l’arrivée en Syrie de Khâlid ibn al-Walîd. Yazîd ibn abî Sofyân s’étant mis à la poursuite du patrice, apprit qu’un corps de Romains se trouvait à al-Araba en Palestine. Il envoya contre eux un détachement commandé par Abou Omâma ae-Çoday ibn Adjlân le Bâbilite qui leur livra bataille, tua le chef et puis s’en retourna. Abou Mikbnaf raconte sur la journée d’al-Araba que six chefs romains y étaient campés avec un
1) Comp. Gelzer, dk Genesis der Byzané. Themenverfassung, p. 37 note, Müller I, 224.
2) Comp. Weil I, 82. 3) P. •
corps de 3000 hommes V). Abou Omâma marcha contre eux avec une forte armée musulmane, les défit, tua l’un des chefs et les poursuivit jusqu’à al-Dobbia (c’est al-Dâhia), où il les mit en déroute une seconde fois. Les Musulmans firent un riche butin. Abou Hafç le Syrien m’a raconté sur l’autorité de divers sbeïkbs syriens que la première rencontre des Musulmans avec l’ennemi eut lieu à al-Araba. Il n’y avait eu avant al-Araba aucune rencontre , les Arabes ayant occupé tout le pays entre le Hidjâz et al-Araba sans coup férir.”
Madâini dit^): ))Le premier combat en Syrie, après l’expédition d’Osâma, eut lieu à al-Araba. Puis ils (les Musulmans) allèrent à al-Dâthina, appelée par des autres al-Dâtbin , où Abou Omâma le Bâbilite les (les Romains) mit en déroute et tua leur chef.”
Je crois avec M. Noldeke que Dâbia ou Dobbia n’est qu’une faute ancienne pour Dâtbina. Il semble assez certain que la première rencontre a eu lieu à al-Araba (ou al-Arba. Yacout^) dit ne pas savoir laquelle des deux prononciations est préférable). L’endroit où se trouve cette place n’a pas été précisé. Mais comme les Musulmans poursuivent l’ennemi jusqu’à Dâtbina , où ils remportent une seconde victoire, la distance qui sépare ces deux places ne peut pas être grande et nous devons chercher la première dans la Palestine méridionale , à l’Est de Dâtbina, conclusion qui est confirmée par Naçr^). Dâtbina ou Dâthin,
1) Comp. Fotoiih ed. Lees p. ff. 2) Tab. I, 11 et suiv.
3) III, Tt“, 18 et suiv.
4) Chez Yacout 1. c.
qu'Eutychius nomme Tâdoun, était sans aucun doute un village dans le pays de Gaza. L’auteur syrien anonyme du Livre des khalifes chez Land , Anecdota Syriaca ®), dit que l’endroit du combat se trouva à 12 milles de cette ville. Les paroles de cet auteur sont selon la traduction de Land: »Anno 945 [Sel.], Ind. VII, mensis Shebot die 4 (m. Febr. A. D. 634) feria sexta , hora nona proelium fuit inter Romanos et Tajitas Mohammedis in Palaestina , ad Gazae orientem duodecim milliaribus, et in fugam se vertere Romani, patricium in Jordaue relinquentes , quem Tajitae occiderunt. Atque illic interiere fere 4000 rustici Palaestinae, Christiani et Judaei et Samaritani, et ïajitae totam regionem vastarunt.” La traduction » patricium in Jordane relinquentes” n’est pas exacte, comme M. Noldeke me fit remarquer il y a plusieurs années ®). Les caractères où Land trouva »in Jordane” B(r)jrdn doivent contenir le nom du patrice.
Le Livre des khalifes syrien contient beaucoup d’inexactitudes , comme cela a été prouvé sufiSsamment par M. Merx^), mais nous n’avons pas la moindre raison de douter de l’exactitude du passage cité qui contient des faits chronologiques et topographiques très précis. Or, si nous l’acceptons, nous sommes obligés d’admettre que ce que Belâdhori et Ibn Ishâk disent de l’envoi simultané des trois chefs en Çafar 13 est inexact. En effet, Madâini^)
1) II, 258. 2) I, 116 (p. 17 da tesle).
3) V. maintenant son traité Die Ghassâniscken Türsten aus dem Hause GafncCs (Abh. Akad. d. Wissensch. zu Berlin 1887), p. 45 n. 3.
4) Bardesanes voii Edessa, p. 120.
5) Tab. I, Vhv, 18, 4.
dit qu’ils ont été envoyés l’un après l’autre , quoique l’ordre dans lequel il les fait partir: Yazîd, puis Shorahbîl, ensuite Abou Obaida et enfin Amr, ne puisse pas être correct quant au dernier. Chez Ibn Ishâk ^), c’est Amr qui part le premier. Peut-être que le récit de Saif contient un élément de vérité, c’est à dire qu’Amr a été nommé aussitôt après son retour de l’Oman ^). Puis nous devons admettre que Yazîd a été également envoyé déjà en 12. Abou Omâma le Bâhilite était un des capitaines de la division de Yazîd. Cette hypothèse devient une certitude si nous prenons en considération que la bataille d’Adjnâdîn eut lieu le 28 Djomâda I de 13 et qu’il faut placer avant cette date la demande de renforts par Amr, l’envoi d’un courrier par Abou Bekr à Khâlid ibn al-Walîd en Hîra, le voyage de Khâlid et ses conquêtes dans le Haurân ^). Nous y reviendrons plus loin.
On lit chez Théophane®): »Dans cette année (634) Abou Bekr envoya quatre généraux qui vinrent, guidés, comme nous l’avons dit, par les Arabes, et prirent la Hèra et tout le pays de Gaza. Sorti à la hâte avec un petit nombre de soldats de Césarée en Palestine, Sergius (le gouverneur de cette province) marcha contre eux, mais sa petite troupe (300 hommes) fut totalement défaite. Sergius fut tué le premier. Les Arabes s’en retournèrent avec plusieurs
1) Tab. I, t*»vA 1. dern., comp. l*hv, 10.
2) Tab, I, Iaa, 1. dern., l*.At*, 7 — 18, !*«Ai*^, 3, 12, ï*.Af, 6 et suiv., 18.
3) M. Wellhausen est du même avis (p. 52). La nomination simultanée
d’al-Walîd ibn Ocba, que Sait mentionne, est fausse sans aucun doute. Comp. Saif lui-même Tab. I, 13, 12.
4) Comp. aussi Elias Nisib. chez Baethgen 'Fragmenta, p. 109.
5) I, 516 (de Boor 336).
prisonniers et nn grand butin, après avoir remporté une victoire éclatante.” D’après Nicéphore, Sergius périt dans les plus cruels tourments par la main des ci-devant alliés d’Héraclius qui étaient irrités contre lui parce que c’était lui qui avait conseillé les mesures d’économie dont nous avons parlé. Ils ne nomment pas ici le lieu du combat, mais ailleurs^) Théophane parle de la journée de Dathesmos ou Datbema qui , selon toute probabilité , est la même que Dâtbina. Ces écrivains grecs n’ont pas été bien informés. Sergius était encore en vie après la bataille de Dâtbina, comme il résulte d’une lettre adressée à lui par Sophronius , évêque de Jérusalem, qui ne fut appelé à ce siège qu’en 634, après la journée de Dâtbina 2). La mort de Sergius semble devoir être placée au jour de la bataille d’Adjnâdîn.
Il n’est pas invraisemblable que le poète Ziyâd ibn Hantbala a eu en vue une des deux rencontres d’al-Araba ou de Dâtbina , lorsqu’il dit ®):
» C’était pour mon âme un baume qui en a guéri la souffrance, de voir les cavaliers attaquer les troupes des Komains ;
Ils frappèrent leur chef, et sans leur donner de quartier, ils poursuivirent les fuyards jusqu’à Dâroum.”
Cette Dâroum doit être la forteresse connue près de Gaza. Je ne suis pas en mesure de préciser quelle place ou quel district Tbéopbane entend par la Hèra.
1) P. 510 (de Boor 332).
2) V. dans l’Appendice.
3) Yacoat II, 19—21.
Sebèos dit : » les Arabes campaient à Rhabôtb Moâb dans le territoire de la tribu de Ruben, l’armée romaine eu Arabie. Les Arabes attaquèrent les Romains inopinément, les mirent en déroute et en tuèrent beaucoup, après avoir mis en fuite Tbîodos, le frère de l’empereur, puis se retirèrent en Arabie”. Il n’est pas impossible qu’il faille voir dans l’Arabie, où étaient campés les Romains, une vague réminiscence d’al-Araba et dans la seconde Arabie, où les Musulmans se retirèrent après la bataille, un souvenir du lieu de campement d’Amr. Du reste, l’auteur arménien a confondu les rencontres d’al-Araba ou de Dâthina avec la bataille d’Adjnâdîn.
Ces victoires, quelque importantes qu’elles fussent à un certain égard , étaient loin d’être décisives , et les chefs comprirent que c’était surtout à leur invasion inattendue qu’ils devaient ces premiers succès^). Il est très probable que la nouvelle de l’approche de Sergius , gouverneur de Palestine, s’avançant de Césarée vers Gaza ®), a obligé les Musulmans à se retirer, en attendant les renforts qu’Amr avait demandés dès qu’il eut mis pied en Palestine. Amr se retira jusqu’à Gbamr al-Arabât, lieu qu’on ne sait pas trop où chercher. Selon Ibn Ishâk'*) il se trouve dans le
1) Dans la dissertation dn Dr. H. Hübschmann »zur Geschichte Arméniens und der ersten Kriege der Araber” Leipzig 1876, p. 12. Je dois la connaissance de cet opuscule à M. Marquard.
2) Comp. la lettre de Sophronius dans l’Appendice.
3) Comp. Eutychius II, 258 et Théophane.
4) Tab. I, 6 où le lieu s’appelle simplement al-Arabât avec la variante
al-Corayât qu’ont Macrîzî ed. Vos p. fî 1. 6 et Nowairi man. de Leidc 2 A, f. 28 r. Mais S‘hv, 10 Ibn Ishâk a ,4<à et de même Madâini t*hA,4.
Ghaur de Palestine, qui s’appelle aussi al-Araba (Wâdi ’l-Araba), et il n’est guère invraisemblable que ce Ghamr est celui dont parle Mocaddasi^), et qui est à deux journées d’Aila, à cinq de Ramla. Il se trouve, sur la carte de Socin-Baedeker, mi-chemin entre Aila et l’extrémité méridionale de la Mer morte, sous le nom de Ain Ghamr. Ce que Belâdhori raconte ^), qu'Amr aurait déjà commencé le siège de Césarée avant la bataille d’Adjnâdîn, est une erreur évidente,
Yazîd se retira dans la Belca et le Haurân, où il rejoignit Sborabbîl et Abou Obaida. Il est probable que la conquête du pays de Ma’âb (Moab) doit être placée à cette époque ^). Il e«t des auteurs qui placent ici la défaite de Merdj aç-çoffar ’). M. Wellhausen croit ne pas devoir rejeter cette assertion. On pourrait supposer à la rigueur que les généraux arabes se soient hasardés jusqu’à ce lieu et qu’ils y aient subi une défaite qui les aurait obligés à se retirer dans le Haurân. Mais dans ce cas Kbâlid ibn Sa'îd ne peut pas avoir péri à cette occasion, car Ikriina, dont il épousa la veuve, trouva la mort dans la bataille
IA II, S"!!, 3 a et paraît confondre ce lieu avec celui du premier
combat. Le dans le poème de Zohair (Bekri ‘111 comp. ‘lôv) est un lieu
tout différent, comme probablement aussi que Yacout (III,
aII”, 16) dit être h, deux journées de Taima vers la Syrie, et chez
Yacout III, 11*^1", 19 «chemin de montagne sur la route d’Égypte”.
1) P. tfl, 17, comp. 5. 2) P. If.. 14.
3) Belâdh. Hf*, 9, Tab. I, tl.A, 7 et suiv. Comp. Foiouk 1*1*’, 3 a f. et suiv.
4) Ibn Ishàk chez Tab. I, tl.v, 13 et suiv., t*Î.A, 13 et suiv.
d’Adjnâdîn. Nous serions donc obligés d’admettre qu’il y a eu deux défaites au Pré-des-oiseaux, ce qui n’est guère vraisemblable.
Lorsque Khâlid ibn al-Walîd arriva eu Syrie, il trouva une partie de l’armée dans le Haurân sous les trois généraux mentionnés ^).
IL Voyage de Khâlid.
Il existe une tradition ") qui dit qu’Abou Bekr écrivit à Khâlid, après avoir reçu d’Amr la demande d’un prompt secours: »partez avec 3000 cavaliers au secours de vos frères ; depêcbez-vous, dépêchez-vous ! car, par Dieu, la prise d’un village en Syrie m’est plus chère que celle d’un grand district dans l’Irak”. Uisnâd de la tradition n’est pas irréprochable, le nombre certainement exagéré; cependant elle exprime assez bien la disposition d’Abou Bekr à ce moment. Le projet de pousser en même temps la conquête de l’Irâk et de la Syrie s’était trouvé trop hardi. Il fallait opter, et la Syrie l’emportait en intérêt. On résolut d’y envoyer le vaillant Khâlid, l’épée de Dieu, avec l’élite de ses troupes et de laisser l’Irâk en repos, pour quelque temps du moins. D’après Ibn Ishâk ®), ce ne fut qu’à regret que Khâlid interrompit sa marche triomphale sur
1) Tab. I, et suiv., Belâdh. IH .
2) Mothîr alrghorâm man. de Leide 931 f. 14 v. d’après la de Yahya
ibn Yabya.
3) Tab. Ij 1*0*1, 15 et suiv.
les bords de l’Euphrate et se prépara pour sa nouvelle mission. Avant de quitter Ain at-tamr, où il se trouvait alors ’), il céda quelques troupes à al-Mothanna ibn Hâritha et lui fit ses adieux dans ces termes®): » Retournez dans votre région, mon ami, et restez aussi zélé que vous l’avez été jusqu’ici”.
Le nombre des guerriers qui accompagnaient Kbâlid est incertain. Belàdhori '*) a trois traditions : 800, 600 ou 500, Madâini®): 800 ou 500, Saif®) parle de 9000, nombre sans doute très exagéré. D’autre part les nombres de 500 et de 600 semblent être trop chétifs. Après la bataille du Yarmouk les soldats qui étaient venus avec Kbâlid, diminués par la guerre mais renforcés par des volontaires, partaient pour l’Irâk au nombre de 700, sous Gais ibn Macshouh ’). Cela nous oblige, paraît-il, d’admettre que le nombre des soldats de Khâlid a été au moins de 800. Ibn Ishâk dit qu’il dirigea les malades et les femmes à Médine, d’où M. Wellhausen ®) tire à bon droit la conclusion que les Médinois formaient l’élite de ses troupes.
Il est très difficile de suivre Khâlid dans son voyage d’Irâk en Syrie, puisque les itinéraires que nous en possé-
1) Belâdh. i’ô., 12 et suiv. ’ Tab. I,
ykl*, 14 et suiv.; comp. ps.-Wâkidi p. 1^*, Foiouh ed. Lees, p. ôL Abou Yousof Kit. al-kJiarddj le fait partir de Hîra à Ain at-tamr comme Ibn Ishâk.
2) Comp. Tab. I, l’Ho, et suiv. 3) Belâdh. V'Pl , 6 a f . et suiv.
4) P. Ih. 5) Tab. I, . 2 et suiv.
6) Tab. I, LaI, 15, ffio, 3.
7) Belâdh. l’ûl, Ibn Ishâk chez Tab. I,
8) Tab. I, 1. dern. 9) P. 66 n. 1.
dons présentent beaucoup de différences. Ibn Isbâk i) ne fait qu’énumérer les étapes de Hîra-Ain at-tamr-Corâkir- Sowâ-Merdj Râbit. Saif®) nomme Hîra-Douma-Corâkir- Sowâ-Moçayakb Bahrâ dans al-Coçwâna-ar-Rommânatainal-Cathab-Damas-Merdj ac-çoffar. Madâini nomme Hîra- Çandauda-al-Moçayakh et al-Hoçaid-Corâkir-Sowâ-Arak- Tadmor-al-Caryatain-Howwârîn-Coçam-Merdj Râbit. Enfin Belâdhori présente les étapes dans l’ordre que voici: Ain at-tamr-Çandauda-al-Moçayakh et al-Hoçaid-Corâkir-Sowâal-Cawâtbil-Carkîsia-Araca ou Arak-Doumat-aRdjandal- Coçam-Tadmor-al-Caryatain-Howwârîn-Merdj Râbit. Ajoutons qu’Abou Yousof®) insère avant al-Cawâthil : Auat et an-Nakîb (ou an-Nocaib), et que le Fotouli ®) contient, après Sowâ : al-Cawâthil ’)-Coçam à l’Est de la Ghouta-al-Ghadîr- Dhât aç-Çanamain ®)-al-Ghouta-Damas , et puis Arraca- Tadmor-Howwârîn-Boçra-Merdj Râbit.
Avant de comparer ces itinéraires, j’ai à traiter la question chronologique. Belâdhorî et Madâini nous racontent que Khâlid étant arrivé à Merdj Râbit surprit les Ghassânites chrétiens pendant qu’ils célébraient la fête de Pâques. Or, en 634 la lettre dominicale était B, l’épacta
1) Tab. I, 13, ni*!*, 3, 13— IB, l'Il'f, 3, Vffô, 1.
2) Tab. I, 3, 4, 16 et suiv., 3, 13 et suiv.
3) Tab. I, , 2—10.
■4) P. Ih et suiv. Il y faut lire au lieu de •
5) P. A^l. 6) P. ‘lo— vî.
7) Corrompu en
8) Il faut corriger probablement o!i3 (Bekri llv, 1, 3 a f.
et suiv.). 9) P. Sff. 10) Tab. I, iM, 11.
8 ; donc le jour de Pâques tombait au 24 d’avril, c’est-à-dire au 18 de Safar de l’an 13. Si nous combinons avec cette donnée, d’un côté la date de [la bataille d’Adjnâdîn (28 Djomâda II de l’an 13), de l’autre, celle du combat de Dâtbina (que nous avons dû placer vers la fin du mois de Dhou ’l-Cada de l’an 12), il ne peut plus être douteux qu’Ibn Isbâk et Belâdbori ne se soient trompés en assurant que la nomination des généraux pour l’expédition en Syrie eut lieu le 1 Safar 13. Dans la première édition de ce mémoire j’ai attaché trop d’importance à leurs paroles et j’ai tâché de faire accorder les deux données, en supposant que les Musulmans se seraient trompés de fête et auraient pris la Pentecôte pour le jour de Pâques. Mais cette conjecture est arbitraire et en même temps insuffisante. La date du 1 Safar 13 est peut-être celle du départ d’Abou Obaida avec les troupes auxiliaires. La chronologie de Saif, bien qu’il place tous les événements un peu plus tôt, n’est pas non plus admissible. Il dit *) que les généraux de l’armée syrienne demandèrent des secours du khalife en Safar 13, et que celui-ci écrivit à Khâlid, qui arriva en RabP, c’est-à-dire RabP II, selon un autre passage *). Mais ailleurs ''), il fait partir Khâlid en Dhou’l-hiddja 12 ou eu Moharram 13. Également impossible est ce que dit Belâdhori ®) : que Khâlid ne partit de l’Irâk qu’en RabP II ou, selon d’autres, eu RabP I. Yacout ®) place le voyage de
2) Tab. I, I'.aI. 1.
3) Tab. I, 1*»AA, 13. 4) Tab. I, T.vl, 4 et suiv., 4.
6) P. Ih, l’ô», 8 et suiv. 6) III, kf, 15.
Khâlid en 12, ce qui manque entièrement de fondement.
Comme nous savons que la seule distance de Corâkir à Sowâ était de cinq journées, nous ne serons pas loin de la vérité en estimant que Khâlid a employé pour le voyage de Ain at-tamr jusqu’à Merdj Râhit environ 18 jours, et que la marche de là à Bosra a occupé le reste de Safar ^). Les troupes qui, après la victoire du Yarmouk, retournaient en Irak, employèrent, selon un poème chez Belâdhori ^), un mois pour arriver à Câdisîya, ce qui confirme notre calcul. Nous pouvons donc fixer l’arrivée de Khâlid à Bosra au commencement de Kabî*^ I.
Eu égard aux ressources insuffisantes dont je puis disposer, il m’est extrêmement difficile de déterminer les étapes du voyage de Khâlid. Celles que nous donne Ibn Ishâk sont sans doute exactes, mais fort incomplètes. Toujours est-il qu’à l’aide de Madâini et de Belâdhori nous pouvons, avec assez de certitude, suppléer entre Sowâ et Merdj Râhit: Arak-Tadmor-al-Caryatain-fHowwârîn). Arak ou Erek est située sur la route de Sukhna à Tadmor, une demi-journée à l’Est de la dernière ; al-Caryataiu est le lieu connu entre Tadmor et Damas, situé à deux journées de celle-là *) ; Howwârîn en est éloigné de trois heures C’était la résidence ordinaire de Yazîd I ®). Comme ce lieu n’est pas situé sur la route directe, Khâlid semble n’avoir fait cette excursion que pour piller. Entre Arak et Tadmor,
1) Yacoubi II, L! , 6 et suiv. lui fait faire le voyage entier en 8 jours, ce qui est impossible. 2) P. Hî, 6.
3) Von Oppenheim, Vom Mittelmeer zum Persischen Golf I, 321.
4) Yacout II, 1*^00, 11. 5) Socin-Baedeker^ p. 439.
6) Tab. II, Lt*’, 14, fi*v 1. dern., fAA, 14.
Belâdhori place encore deux stations: Doumat al-djandal et Coçam, mais cela doit être inexact. Quant à Coçam, Madâini Q le place entre Howwârîn et Merdj Râhit. Si cela est exact, il nous faudra cherclier ce lieu à l’Est de Damas, où le place le Fotouli ®). Selon Belâdhori, les Banou Mashdja'a qui habitaient Coçam étaient des Taghlibites, ce qui ferait supposer qu’il faut chercher le lieu de l’autre côté du désert syrien. Quant à Doumat al-djandal, une expédition entreprise vers cette place de Hîra est très invraisemblable, comme nous avons vu plus haut ®), mais elle était toutà-fait impossible à l’époque de ce voyage précipité. Ailleurs Belâdhori dit que d'après quelques savants Khâlid fit la conquête de Douma en partant d’Ain at-tamr, et c’est ce que disent aussi Wâkidî^) et Madâini®). Nous avons vu qu’il n’y peut être question que de Douma en Hîra et qu’il est très probable que l’expédition contre cette Douma a eu lieu avant que Khâlid eût reçu l’ordre de partir pour la Syrie. De même je pense qu’on doit placer avant ce temps celle qui était dirigée contre al-Moçayakh et al- Hoçaid. C’est ce que fait SaifQ. L’aventure du chantre Horcous, que cet auteur dit avoir eu lieu à al-Moçayakh, appelé par lui Moçayakh des Banou ’l-Barshâ, est placée par Ibn Ishâk ®), Madâini et Belâdhori à Sowâ. La
1) Tab. I, n.l, 10.
2) P. . Comp. peut-être Casama chez Hartmann dans le Z. D. Pal. V. XXII, 141, 175.
3) P. 15 et suiv. 4) P. .
5) Belâdb. ‘tS*. 6) Tab. I, Lw, 5.
7) Tab. I, LIa— Lvf.
8) Tab. I, .
9) Tab. I, f !.! , 7.