P. 'IL
mention d'al-Bishr, montagne située du côté de l’Euplirate, dans le poème que citent ces auteurs '), prouve qu’ils se sont trompés. Belâdhori *) a. une tradition qui confirme le récit de Saif, et qui dit que Horcous appartenait aux Tagfilib et était avec Rabî'a ibn Bodjair. Une autre tradition, celle d’as-Sha'^bi, que nous donne Zamakbshari, dit que le chant attribué à Horcous était celui d’une compagnie de buveurs à al-Anbâr ®). Ailleurs U Saif admet un second Moçayakb, près de Sowâ, qu’il appelle Moçayakb des Bahrâ dans la Coçwana, et il s’y fait répéter l’aventure du chantre, sans toutefois le nommer. Yacout ®) a emprunté sa notice à Saif ; l’authenticité du vers attribué à al-Ca'^câ qu’il cite, est suspecte. Je considère cette Moçayakb des Bahrâ comme une pure invention, faite pour concilier la tradition qui place l’aventure du chantre (Horcous) à al-Moçayakh, avec celle qui la place à Sowâ, dont les habitants selon Ibn Ishâk ®) étaient des Bahrâ, ou, selon Belâdhori ’), des Kelbites avec lesquels demeuraient quelques familles des Bahrâ. Quoi qu’il en soit, les ordres que Khâlid avait reçus à Ain attamr, de voler au secours de l’armée de Syrie, ne laissent aucune place à des excursions en Irâk.
Çanclaudâ n’est pas non plus à sa place dans le récit de
1) Tab. I, (“hf, 9.
3) Fdik II, 527 et suiv. CT* •
4) Tab. I, .
5) IV, ôôv.
6) Tab. I, 14 et 3; comp. Madâini ib. I,- 7.
Belâdhori. Selon Saif’), ce lieu est voisin d’al-Anbâr vers Ain at-tamr.
La question de savoir comment Wâkidi a pu placer après Sowâ les stations d’al-Cawâthil et de Carkîsia^), est également épineuse. Al-Cavrâthil est une station sur le chemin qui mène de Damas à Racca^) et à Rahba^), tandis que Carkîsia est la ville connue sur l’Euphrate. Car, où faut-il chercher alors le désert entre Corâkir et Sowâ? Il faudrait admettre que Khâlid, après avoir atteint Sowâ, se repliât sur l’Euphrate , ce qui est absurde. L’itinéraire que donne Abou Yousof’), est encore plus bizarre, puisqu’il fait passer Khâlid, après avoir traversé le désert, par Anat sur l’Euphrate , mi-chemin entre al-Anbâr et Carkîsia, an-Nakîb (ou an-Nocaib), al-Cawâtil, Carkîsia.
Haneberg dit®) que Khâlid, partant d’al-Anbâr ou d’Ain at-Tamr, aurait pu facilement, en quelques journées de marche , atteindre le territoire de Palmyre , à travers un pays fertile et cultivé. Je me crois en mesure de le contredire. Il aurait fallu suivre alors l’Euphrate pour arriver ainsi sur la grande route , et il eût fait alors un grand détour, sans compter les dangers auxquels il aurait exposé sa petite troupe dans cette marche à travers le pays ennemi. Par contre, une fois arrivé à Carkîsia, le voyage sur Racca à Emèse’) lui eût présenté de grands avantages.
1) Dans un passage que j’ai donné d’après Ibn Hobaish dans l’appendice de mon Mém. snr le Fotouh p. lviii. V. aussi le Fotouh p. ol où le nom est corrompu en IjtXJLo. 2) Belâdh. HL
3) Selon Bekri ms. de Leide, dans un passage qui manque dans l’édition de VVüstenfeld: üîjÜ
4) Marâcld sous . 5) Fit. al-kharâdj, p. A*! .
6) P. 19. 7) Ibn Khordâdbeh “Ia.
Haneberg pense que les stations d’Arak-Tadmor etc. n’étaient pas non plus à leur place dans l’itinéraire de Khâlid, qu’il fait entrer dans le Haurân oriental par le côté du désert. A coup sûr , Khâlid aurait pu , en quittant Sowâ, se diriger vers le Sud-Ouest pour aller directement à Bosra *). Mais les rapports les plus authentiques lui font prendre la direction du Nord-Ouest, ce qui le conduisit à Arak. Tbn Ishâk ne nomme pas Arak et Tadmor , mais bien Merdj Râhit. La conjecture de Haneberg manque de fondement historique et nous obligerait d’admettre que Khâlid, après avoir atteint Bosra, ne se serait pas hâté de rejoindre les généraux qui l’attendaient , mais aurait entrepris une expédition du côté de Palmyre, ce qui est absurde.
Maintenant que nous sommes sûrs que la seconde moitié de la route que suivait Khâlid, passa par Arak-Tadmor-al- Caryatain-(Howwârîn)-Merdj Râhit, et que son point de départ fut Ain at-Tamr , nous ne pouvons nous refuser à reconnaître quelque vraisemblance à la conjecture d’après laquelle le but de Khâlid était de traverser le désert pour arriver sur la grande route qui, du nord de la Mésopotamie, conduisait à Damas ^). La direction qu’il suivait ainsi tirait
1) Comp. Ibn Khord. îv, 11 et suiv.
2) Comp. Wetzstein, Beisebericht , p. 106 n. 1. Mon manuscrit se trouvait déjà à l’imprimerie lorsque je reçus la quatrième livraison du tome XXII de la Zeitschr. d. D. Pal. Ver., oà M. Hartmann (p. 173) a discuté le voyage de Khâlid et a tâché de fixer la position de Ain at-tamr. M. H. pense qu’il y avait deux chemins qui conduisaient d’Ain at-tamr à Sowâ, l’un peu dangereux décrit par Ibn Khordâdbeh, l’autre (plus court?) suivi par Khâlid. Mais il se peut que l’itinéraire d’Ibn Khord. ait une lacune et que les trois stations qu’il place entre Ain at-tamr et Sowâ se trouvassent réellement sur le trajet de Corâkir à Sowâ. Je ne vois pas de raison de douter du passage de Khâlid
sur le Nord-Ouest. Il semble qu’en quittant Ain at-tamr, il se soit porté directement sur Corâkir , de là , en traversant le désert, sur Sowâ, et puis sur Arak. Quoi qu’il en soit, la marche de Corâkir à Sowâ semble avoir été un exploit périlleux, que la postérité a justement admiré , et dont le succès n’était dû qu’aux sages prévisions dont on l’avait entouré et à la prudente conduite de E.âfi'^ ibn Omair le Tayite. C’est de lui que le poète chante en ces termes :
»0, l’excellent homme que Râfii Comme il nous a bien conduits à travers le désert, depuis Corâkir jusqu’à Sowâ,
Aux eaux , tandis que l’homme sans courage qui désire les atteindre, se détourne (à la vue du terrible désert) ; aucun fils d’homme avant toi n’a eu le courage de
[dépasser Corâkir
Corâkir, située au Nord-Ouest de Ain at-tamr, ne doit pas être confondue avec la Corâkir des cartes qui, d’après Mocaddasi^), se trouve sur la route du désert de Coufa à Ammân , à deux journées de la dernière, là où cette route se croise avec celle qui du Djôf (Doumat al-djandal) conduit à Damas. Wallin®) a identifié à tort cette der-
par Tadmor, à moins que nous ne rejetions aussi ce qu’Ibn Ishâk dit sur sa rencontre avec les Ghassan à Merdj Râhit. Pourquoi Khâlid, en quittant Sowâ, ne se soit pas rendu directement à Bosra, c’est ce que nous ignorons. Il se peut fort bien qu’il n’ait pas été bien renseigné sur la position des armées musulmanes.
1) Belâdh. Tab. I, i'Ü'f, 1 et suiv. On trouve ces vers aussi chez Wüs-
tenfeld Begisier p. 380. D’après le texte de celui-ci et d’autres, la deuxième
ligne serait: «par un désert où l’homme sans courage qui le traverse pleure
(d’angoisse). Avant vous aucun fils d’homme n a ose le traverser . Au lieu de
dans mon édition de Belâdh., on lira
2) P. ï’ô!, 12, Il écrit .
3) J. Geogr. Soc. XXIV, 160 au bas de la page.
nière avec la Corâkir de Yacout *) , qui est celle de la route de Khâlid, Yacout dit que les habitants étaient des Taghlib , tandis que les historiens disent que c’étaient des Kelbites.
Arrivé de Sowâ sur la grande route à Arak, Khâlid, après un léger retard à Tadmor, gagna bientôt al-Caryatain, situé à 24 lieues de là vers l’Ouest, au pied du mont Sanîr, et qui de nos jours est une place assez florissante^); de là il se rendit à Howwârîn , chef-lieu de cette partie de l’Antilibanon , où il rencontra pour la première fois quelque opposition sérieuse de la part des troupes qu’on avait appelées de Bosra et de Balbek. C’est-ce que nous apprend Belâdhori , mais la mention de Bosra , qui se trouve aussi dans le Fotouli , semble reposer sur une erreur. Howvrârîn n’est qu’à trois heures de distance d’al- Caryatain“). Abou Hodhaifa, l’auteur d’une histoire romantique de la conquête de la Syrie ®), dit que Howwârîn et al-Caryatain sont deux noms pour un seul lieu ^). On raconte qu’à cette occasion , lorsque Khâlid traversa le fameux défilé de Boghâz sur la route de Damas à Émèse, il s’arrêta pendant quelques instants sur la hauteur qui domine le défilé , agitant de sa main le drapeau du prophète , symbole et présage de la domination de l’Islam qui allait
1) II, 4. Le même lieu est mentionné par lui IV, ‘ü’v, 3.
2) Yacout sous et ; Kremer, Mittelsyrien p. 196, v. Oppen-
heim I, 269 et suiv. 3) P. bS* ,
4) P. V. 5) Socin-Baedeker^ p. 439.
6) Mon Mém. sur le Votouh p. 10 et suiv , 33 et suiv.
7) ïacout II, 10 et suiv., III, Sv. , 16, IV, va > 1 ; v. ma note Belâdh.
iSVa. Comp. Hartmann in Zeüschr. B. Pal. V. XXII, 140, 175.
avec tant de rapidité s^étendre sur ces contrées. Pendant plusieurs siècles encore cette colline portait le nom de Thauîyat al-Ocâb » pente du drapeau.” Puis il s’avança, laissant Damas à sa droite , et au jour de Pâques il surprit les habitants gbassânites à Merdj Râhit, fameux champ < de bataille au Sud-Est de la ville.
Nous avons maintenant à répondre une autre question qui se pose à nous. A l’exception de Saif, tous les historiens nomment ici Merdj Râhit et, en effet, ce lieu est situé sur le chemin d’un corps d’armée venant de Thanîyat al- Ocâb et marchant vers le sud *). Le texte de Belâdhori pourrait faire croire qu’il faut placer Merdj Râhit entre Howwârin et la Thanîya, mais ce serait une erreur^). Mais Saif, quoique mentionnant Merdj Râhit ^), a ici Merdj aç-çoffar, et dans le vers d’al-Ca'câ donné dans l’Appendice, nous trouvons aç-Çoffarîn. Contrairement à M. Wetzstein ®), je crois que v. Kremer, en identifiant ce Merdj aç-çoffar avec Merdj Râhit, n’a pas été loin de la vérité. La plaine du Ghouta oriental, nommé al-Merdj ®) , porte divers noms d’après les différentes localités. Merdj Râhit est situé (voyez 'Wetzstein) entre Merdj 'AdrâD ef Hidjâna , et c’est probablement dans ces environs qu’il faut chercher l’emplacement du couvent Dair Çoffarîn®), qui, dans ce cas, doit être distingué du Dair al-açâfîr
1) Comp. Yacout II, vfi*', 19. 2) P. Hl* .
3) Comp. Yacout III, lÜ , 1 et suiv. 4) Tab. I, 10.
B) Heisebericht 119 n. 2. 6) v. Nôlleke Z.D.M.G. XXIX, 425 n. 1.
7) Yacout II, vft*', 18 et suiv.
8) Nôldeke 1. c. 425.
actuel qui est plus proche de Damas. La supposition d’un Merdj Çoffarîn qui serait situé à côté de Merdj Râhit n’est point du tout hasardée. Car l’épithète »des petits oiseaux” est assez fréquente en Syrie. De l'autre côté de la Thanîya par exemple ou trouve un Khan al-açâfîr.
De Merdj Râhit Khâlid envoya une division pour pousser une pointe dans la Ghouta , ce qui est d’accord avec ce que rapporte Saif^), suivant lequel, après avoir vaincu les Ghassânites, il resta quelques jours à Merdj aç-çoffar. Il est impossible de substituer à Merdj Râhit le Merdj aç-çoffar connu qui se trouve dans le Djaulân à une petite journée au Sud de Damas. Si donc le Merdj aç-çoflfar de Saif et le Çoffarîn d’al-Ca'^câ répondent au Merdj Râhit des autres historiens, notre thèse semble avoir acquis un certain degré de vraisemblance.
Selon quelques auteurs^), Khâlid aurait eu dès lors des intelligences avec le préfêt (évêque) de Damas.
Ensuite Khâlid marcha sur Canât en Haurân et puis sur Bosra , où il trouva Yazîd , Shorahbîl et Abou Obaida.
Cela fait supposer qu’il prit la route orientale. Quelquesuns disent que ce fut à Djâbia qu’il se réunit avec Abou Obaida. Dans ce cas il aurait pris la route du Djaulân et aurait passé par Merdj aç-çoffar. Mais l’autre tradition a plus d’autorité. La ville de Bosra se rendit après une légère résistance et les Musulmans qui n’avaient garde de prolonger leur séjour en Haurân s’empressèrent d’accepter cette
I) Belâdh. lit*, Tab. I, fLl , 11 et suiv. 2) Tab. I, Ttlf, 16.
3) Belâdh. Hl*, 11 et suiv.
41 Belâdh. 13 et suiv.
soumission, sans avoir reçu d’autres garanties pour l’observation du traité que la promesse verbale du seigneur de la ville ^).