V. Fahl et Merdj aç-çoefar
Après la prise de Gaza, du vivant d’Abou Bekr, c’est ainsi que raconte Belâdhori ^), Amr assiégea Sébastia (Samarie) et Néapolis (Sichem), qui se rendirent par capitulation. On imposa aux hommes la taille et au sol le kharâdj ; les habitants conservèrent leur vie et leurs biens. Il n’est pas improbable que les corps d’armée commandés par Shorahbîl
1) Tab. I. V'fA, IC— Hs., 3.
2) Tab. I, WL 4) P.
3) Tab. I, et suiv.
et Yazîd aient pris part à ces conquêtes, puisque les villes de Sébastia et de Néapolis se trouvaient sur leur route vers le Nord. Amr resta en Palestine pour y continuer l’œuvre non achevée de la conquête et prit successivement Lydda, Yabna (Yamnia), Amawâs (Emmaüs), Bait Djibrîn (Eleuthéropolis) , Yâfa et Rafah. 11 est clair que l’ordre de cette série est inexacte. Si après la bataille d’Adjnâdîn, l’armée combinée s’est tournée vers Gaza, Bait Djibrîn était sur sa route. De Gaza l’armée devait marcher sur Yabna et Lydda vers le Nord-Est. Nous n’en savons rien de certain. Si après Adjnâdîn l’armée a marché immédiatement vei’s le Nord, ce qui n’est point du tout invraisemblable, la prise de Gaza doit être attribuée à Amr seul. Nous pouvons seulement dire avec certitude que la plus grande partie de la Palestine a été soumise en 13. Nous en possédons un témoignage éloquent dans la fameuse oraison du patriarche Sophronius prononcée le jour de Noël, 25 décembre 634 = 28 Shawvrâl 13'), lorsque la peur des Sarrasins obligea les habitants de s’enfermer dans la ville et de différer la visite solennelle à Bethlehem.
Il est impossible de décider, avec les sources qui sont à notre disposition, s’il faut placer dans ce temps une partie des conquêtes de Shorahbîl dans la province du Jourdain et de Yazîd dans la Transjordanie ^). Ibn Ishâk dit seulement^): » d’Adjnâdîn les Musulmans se rendirent à Pahl dans la province du Jourdain”. Il est cependant vraisem-
1) V. l’Appendice où j’ai donné de cette oraison des extraits en latin que j’ai pu contrôler maintenant par l’excellente édition du texte grec par M. Usener. 2) Belâdh. Hl.
3) Belâdh. 4) Tah. I, Hfo, IB et suiv.
blable que Sborabbîl et Yazîd, après la prise de Néapolis, ont continué ensemble la marche vers le Nord. La première résistance sérieuse qu’ils trouvèrent fut à Baisân (Bethséan, Scythopolis). Il s’était formé dans ces environs une nouvelle armée composée des débris des troupes de Théodore') et probablement accrue des garnisons de la Décapolis. Selon Belâdhori *), Héraclius avait envoyé des troupes sous la conduite d’un patrice. Cette armée devait empêcher les Musulmans d’envahir la province du Jourdain et la Gaulanitis. En arrêtant au moyen de. digues les eaux des petites rivières qui coupent le terrain peu élevé autour de Baisân, on Tavait transformé en marais, ce qui fit subir bien des pertes aux Musulmans, leurs chevaux ne pouvant marcher dans ce terrain trempé et glissant. Cependant ils eurent le dessus ; les Romains se retirèrent derrière le Jourdain, poursuivis par les Musulmans, et alors fut livrée aux environs de Fahl (ou Fihl) la bataille où les Romains furent défaits et où leur général périt. Ibn Ishâk dit que la bataille eut lieu en Dhou’l-cada, six mois après l’avénement d’Omar *), Belâdhori précise et la place au 28 de Dhou’l-cada , cinq mois après cet événement. Saif est, avec Abou Mikhuaf *), le seul qui place cette bataille après la prise de Damas ®).
J’ignore le nom du chef de l’armée romaine. Belâdhori le nomme le Patrice, Saif Sakellâr fils de Mikhrâk, c’est-à-dire le Sakellarius. Mais ceci est évidemment faux,
1) Ibn Ishâk. 2) P. IG .
3) Tab. I, ylfl, 6, 5. 4) Belâdh. Ha, G a f.
5) Comp. Nawawi ms. 357, p. 426. Abon Ma'shar cité dans le Fotouà Vf *1 a la date : 22 Dhou '1-cada 14, seize mois après l’avénement d’Omar.
6) Tab. I, VGv, 10.
à moins qu’on ne place, avec Saif, cette bataille après la prise de Damas, La même observation s’applique au général qui selon lui était le second en rang et qu’il appelle Nestouros ou plutôt Nestous (Anastasius), comme nous verrons plus tard. Il se pourrait que ce chef fût l’homme que Saif*) appelle al-Darâkis ou al-Dorâkis et qui, d’après lui, fut envoyé contre Shorahbîl , donc du côté du Jourdain. Je n’ai pu découvrir à quel titre grec ce nom répond. Peut-être est-ce &pcf,x,yj(Tio(; ^). Dans le Fotouh il s’appelle Ibn al- Djo^aid.
D’après Van der Velde '*), Fahl (ou Pihl) est l’ancienne Pella. Les ruines qu’on en trouve encore au Nord du Wâdi Yâbis sont désignées sur les différentes cartes sous les noms de Tubakat FuhiD), Tabakat Fahhil ou Tubakât Fahel ’). La place essaya un moment de se défendre, mais elle fut bientôt obligée de se rendre. Le traité garantit aux habitants la conservation de leur vie, de leurs biens et de leurs murs, à condition qu’ils payeraient la capitation et le kharâdj. Successivement les autres villes de la Décapolis furent soumises, Tibériade se rendit promptement; quelques villes firent résistance pendant plus ou moins longtemps, d’autres furent prises d’assaut. Mais il est nullement certain que toutes ces conquêtes doivent être placées dans ce temps-ci. Au contraire, tout nous porte à la conclusion que l’armée victorieuse aura continué sa marche vers le Nord, ne s’arrêtant qu’aux places fortes situées sur leur route, comme Tibériade.
1) Tab. T, 5*.av, 2.
2) Gelzer, die Genesis der Byz. Tkemenverfassung p. 77 et suiv.
3) P. "Ia comp. . 4) Memoir, p. 339. 5) Robinson.
6) Buckingham II, 11. 7) V. d. Velde.
Selon toute probabilité, ce fut Shorabbîl qui commanda dans la bataille de Fahl *). Mais où était donc Khâlid, qui, comme nous l’avons vu, avait été revêtu du commandement suprême des armées syriennes? Lorsque j’écrivis la première édition de ce mémoire, je croyais, m’appuyant en cela sur les témoignages d’ibn Isbâk et de Belâdbori, qu’après la bataille d’Adjnâdîn et la prise de Gaza, Sébastia et Néapolis, Khâlid s’était mis en marche à la tête du gros de l’armée, laissant à Amr la tâche de poursuivre la conquête de la Palestine, et plus tard à Shorahbîl d’en faire autant dans la province du Jourdain, et qu’ensuite il aurait continué sa marche victorieuse par la Gaulonitis vers Damas. Mais la découverte d’un document de la plus haute importance par Wright et Nôldeke m’a obligé de reconnaître que cela ne peut pas être exact. Nous trouvons dans ce document, qui a été publié et commenté par M. Nôldeke ^), que déjà en janvier 635 = Dhou’l-cada 13 les habitants d’Emèse conclurent un traité avec les Musulmans. Cette donnée, dont l’authenticité paraît incontestable ^), prouve manifestement qu’immédiatement après la bataille d’Adjnâdîn un corps d’armée poursuivant les fuyards a pénétré à Damas et au delà jusqu’à Emèse. On ne saurait considérer avec M. Wellhausen cette expédition comme ayant été entreprise contre Emèse par un détachement “). Car — pour ne citer que ceci — un détachement pour soumettre Emèse et ses
1) Belâdh. 3 a f., Saif chez Tab. I, Hô*!, 13.
2) Tab. I, 9. 3) Z.D.M.G. XXIX, 76 et suiv.
4) Elias Nisib. chez Baethgen p. 110 dit aossi qu’Emèse et Balbek ont été prises en Dhou ’l-Uada. Seulement il a l’an 14 an lieu de 13.
6) P. 58 — 59 »ein Handstreich auf Himç durch ein Détachement”.
environs aurait couru le plus grand danger, à moins qu’il ne fût resté auprès de Damas des troupes suffisantes pour tenir en échec la garnison impériale de cette ville ’). Il faut donc en inférer que ce corps d’armée-là a été considérable. Il est vraisemblable que Khâlid lui-même s’est mis à sa tête et que cette division se composait des troupes commandées par Abou Obaida et du corps d’élite que Khâlid avait emmené de l’Irâk. Ibn Ishâk, quoique supposant évidemment que Khâlid a pris part à la bataille de Fabl, représente toujours ce général comme devançant les autres troupes ^). Que ce fussent les troupes d’Abou Obaida qui accompagnaient Khâlid, cela trouve un appui dans la tradition, à laquelle je reviendrai bientôt, d’après laquelle Abou Bekr avait assigné à Abou Obaida l’émirat de la province d’Emèse, et dans le fait que les auteurs arabes sont unanimes à attribuer la conquête d’Emèse à Khâlid et à Abou Obaida ^). Il n’est pas impossible que quelques faits attribués à Khâlid lors de son passage par le pays de Damas après sa sortie du désert^), appartiennent réellement à l’expédition qui fut entreprise après la bataille d’Adjnâdîn, comme par exemple le détail qu’il planta sa bannière sur la Thanîyat al-Ocâb ®). Il se pourrait que le souvenir d’un combat livré alors aux environs de Damas se soit conservé dans le Fotouli *’), où nous lisons qu’il eut lieu vingt jours après la bataille d’Adjnâdîn. L’auteur a confondu ce combat avec la bataille de Merdj aç-çoffar , mais les détails qu’il ajoute , qu’après la dé-
1) Comp. Nôldeke 1. c. p. 81. 2) Tab. I, 17 et suiv., 8.
3) Belâdh. Tab. I, rH! J 3 et suiv., 1. dern.
4) Belâdh. . 5) Ci-dessus p. 47. 6) P. .
route des ennemis une partie des fuyards entra dans Damas, qu’une autre partie retourna à Emêse et qu’une troisième rejoignit l’empereur, n’ont pas de sens, à moins que le lieu du combat n’ait été au Nord de la capitale. Selon le fragment syrien, le traité ne concerna que les habitants de la ville d’Emèse auxquels il garantit la vie (et les biens); beaucoup de villages des environs furent saccagés, les hommes tués ou réduits en captivité. Outre la formule »tua et fit prisonniers” que les historierîs de la conquête emploient souvent dans leur récit des expéditions et que M. Noldeke *) cite pour confirmer ce détail fourni par le fragment, nous avons un témoignage direct de Makhoul le Syrien dans le Kitâb al-kharâdj d’Abou Yousof ^), qui, après avoir raconté qu’à l’approche des armées romaines avant la bataille du Tarmouk on rendit aux villes ce qu’on avait perçu de taxes (voyez plus bas), ajoute: » mais ce qu’Abou Obaida avait pris dans les villages situés autour des villes, en argent, captifs et marchandises, ne fut point rendu, ayant été distribué parmi les Musulmans”.
D’ordinaire on représente les faits ainsi qu’Abou Bekr, lors de la nomination des capitaines, désignait à chacun sa province ^), à Amr la Palestine, à Shorahbîl le Jourdain et à Yazîd la Batanée et Damas; tandis que d’autres ajoutent encore que le district d’Emèse fut destiné à Ahou Obaida ^). Chaque général devait se rendre à sa province pour la soumettre. Si l’un d’eux avait besoin d’assistance, les autres devaient lui venir en aide, mais le commandement
1) P. 81. 2) P. a!. 3) Belâdh. Î.a et IH.
4) Tab. I, 2 — 5; Comp. t*hA, 2 et suiv.
supérieur restait au général de la province où l’action combinée des troupes aurait lieu *). Si en effet les choses s’étaient passées ainsi, le khalife se serait trompé entièrement dans la tactique à suivre; il se serait figuré naïvement que ses généraux n’auraient que la tâche assez facile de soumettre une population inoffensive, et qu’Héraclius ne ferait pas le moindre effort pour défendre son territoire. Si la distribution s’était faite en vue de l’avenir, le khalife aurait semblé disposer de la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Mais nous avons vu que les témoignages ne manquent pas d’après lesquels Amr a été le chef suprême jusqu’à l’arrivée de Khâlid ibn al-Walîd, ou plutôt, jusqu’à l’avénement d’Omar. Depuis, Khâlid avait, dit Belâdhori ®), le commandement dans toutes les guerres, jusqu’à son remplacement par Abou Obaida. Nous avons vu également pourquoi nous devons rejeter ce qu’il ajoute, c’est à dire que cette nomination d’Abou Obaida eut lieu aussitôt après l’avénement d’Omar. Il ne me semble pas non plus probable que Khâlid, dès sa nomination, ait assigné à chaque général sa province. Ces nominations ont été plutôt la conséquence naturelle des événements ®). Eutychius les place après la prise de Damas O- Amr qui avait dirigé les opérations dans la Palestine était tout indiqué pour continuer la soumission de cette province; de même qu’il était naturel que Shorabbîl, qui avait eu le commandement dans les premiers engagements qui avaient lieu dans la province du Jourdain, poursuivît dans celle-ci l’œuvre non achevée. Il paraît que Yazîd se soit distingué lors du
1) Comp. Wellhausen p. 63, 64. 2) P. 1S1, 9.
3) Comp. Belâdh. 12 et suiv. 4) II, 282.
siège de Damas, comme Abou Obaida daas la conquête d’Emèse. Khâlid comme généralissime n’a pas de province.
La prise de Tibériade par Shorahbîl dès avant l’arrivée de Khâlid en Syrie ') est plus qu’invraisemblable; elle aurait alors eu lieu avant la prise de Bosra ^), et tous les témoignages affirment positivement que ce fut là la première conquête. Il faudrait encore admettre avec Belâdhori que la ville de Tibériade s’était révoltée, puisqu’il est certain qu’elle a été prise du temps d’Omar.
La victoire de Fahl, suivie de la prise de Tibériade, livra aux troupes de Shorahbîl et de Yazîd la riche et fertile province du Djaulân (la Gaulonitis) avec les villes de Djâbia ^), dite »la Djâbia des rois” ^), qui a donné son nom à Tune des portes de Damas, et de Nawâ, la ville natale du célèbre Nawawi, la capitale du Djedour ^), située à trois lieues de là vers l’occident®); elle leur ouvrit la route de Damas, éloignée de deux journées à peine de Nawâ, où ils devaient rejoindre Khâlid. Mais avant de l’atteindre les Musulmans essuyèrent un terrible échec, ou pour le moins ils payèrent très chèrement une victoire.
C’est à cette époque que je crois devoir placer la bataille de Merdj aç-çoffar (le Pré-aux-oiseaux) dont la situation à une petite journée de Damas a été exactement déterminée par M. Noldeke ’). C’est là que, le 1 de Moharram 14,
1) Belâdh. ül, 12 et suiv. 2) Belâdh. SH.
3) Hiérocles, Sgnecdecm. p. 398 TafizL 4) Bekri !*ï*v.
B) Aboulféda Vùi**, Nôldeke Z.D.M.G. XXIX, 428 et suiv.
6) Nawawi ms. 357 p. 327 dit vers le Nord. Comp. Wetzstein Beiseberitkt, p. 119 et sa carte.
7) Z.D.M.G. XXIX, 425 n. 3. Comp. Nawawi 1. c. p. 462.
Khâlid ibn Sa'îd, qui s’était hasardé à une trop grande distance du corps de l’armée, se vit tout-à-coup surpris par un corps de 4000 hommes sous le commandement d’un drungarius *). Le combat fut furieux et meurtrier: le sang qui coulait, dit Belâdhori se servant d'une hyperbole assez fréquente ^), mit en mouvement les moulins ; Khâlid ibn Sa'^îd se battit comme un lion ; il venait de célébrer la veille ses noces avec 0mm Hakîm, veuve d'ikrima qui avait péri dans la bataille d’Adjnâdîn, et l’on dit que, lorsque Khâlid eut succombé, son épouse, portant encore les traces du fard des noces, se jeta dans la mêlée et armée d’un pilier de tente tua sept hommes ®). En souvenir de cet exploit un pont qui se trouvait là, reçut le nom de Cantarat 0mm Hakîm ^).
La bataille du Pré-aux-oiseaux, qui, d’après Saif, comme nous venons de voir, aurait été livrée en l’an 12, est placée par Ibn Ishâk et Madâini avant l’arrivée de Khâlid ibn al-Walîd de l’Irâk et avant la bataille d’Adjnâdîn. D’après eux, c’était là que périt Khâlid ibn Sa^îd ; d’autres rapportent (probablement parce que plus tard encore on trouve Khâlid parmi les combattants) que ce ne fut pas
1) Ibn Ishâk et Madâini chez Tah. I, 13 et suiv., 13 et suiv.
3) Ibn [shâk place son exploit vaillant dans la bataille du Yarmouk, Tab. I,
rfv, 15.
4) Osd al-glidba V, ow = ms. 324, chap. 32, Ibn
Hishâm II, 192 où cet exploit est placé fautivement dans la bataille d’Adjnâdîn. Comp. Ibn Hadjar IV, aOv qui dit que la bataille eut lieu chez un cours d’eau
6) V. note 1; comp. Tah. I, 8 — 12.
lui, mais son fils qui y périt: Sait’) en dit autant et peut-être pour la même raison. Mais Belâdhori place cette bataille à cette époque, surtout d’après Wâkidi, ajoutant que les Musulmans étaient alors en marche contre Damas. Abou Mikhnaf la place trop tôt, à la vérité, mais cependant après celle d’Adjnâdîn et avant la prise de Damas ^). En soi, il n’est pas impossible, quoique peu probable, qu’il y ait eu un combat sur le Pré-aux-oiseaux en l’an 13, c’est-à-dire avant l’arrivée de Khâlid, venant de l’Irâk, lorsque Yazîd, Abou Obaida et Shorahbîl parcouraient la Belca et le Haurân^); mais il est difficile d’admettre deux combats, l’un à cette époque, l’autre plus tard, et tous les deux livrés par le même Khâlid ibn Sa'ld. A mon avis la cause de ce déplacement est la confusion de ce Merdj aç-çoffar avec un autre lieu du même nom situé à l’Est de Damas à côté de Merdj Râhit. C’est là que Khâlid ibn al-Walîd, en venant de l’Irâk, eut une rencontre avec les Ghassanites, comme nous l’avons vu ci-dessus '^). L’identité de nom des deux champs de bataille et des deux capitaines, voilà ce qui aura induit en erreur Ibn Ishâk et Madâini.
Or, l’exactitude de la date, 1 Moharram de l’an 14, que nous fournissent de solides autorités, n’est pas seulement confirmée par la circonstance qu’en l’admettant la bataille cadre bien avec le reste, elle trouve encore un appui dans l’anecdote d’Omm Hakîm. Après la mort d’Ikrima dans la bataille d’Adjnâdîn, la période de Vedda (4 mois et 10 jours)
1) Tab. I, LaO, 4; comp. Ibn Hadjar I, aH. Ibn Cotaiba îô! fait périr Khâlid dans la bataille du Yarmouk; comp. Tab. I, tkl, 11 et sniv.
3) Belâdh. Ha. 3) Comp. ci-dessus p. 36. 4) P. 49.
devait au moins être écoulée avant qu’elle pût convoler en secondes noces avec Khâlid ibn Sa^îd. Voilà pourquoi Abou Mikhnaf, en disant que la rencontre de Merdj aç-çoffar eut lieu 20 jours après la bataille d’Adjnâdîn , doit se tromper *). Pour la même raison on ne peut accepter l’opinion de M. Wellhausen ^), d’après laquelle la rencontre à Merdj aç-çoffar, où périt Khâlid ibn Sa'îd , aurait été antérieure à la bataille qui aurait eu dieu au même endroit en Mobarram 14. Le fait que Khâlid ibn Sadd est mort à cette occasion, est aussi solidement établi que n’importe quel autre fait de l’histoire de ce temps ®).
Les paroles dont se servit Khâlid , lorsque la nouvelle du danger vint l’arracher aux bras de sa fiancée, prouvent clairement que l’attaque des ennemis était inattendue. Pendant qu’il se prépare au combat, il s’écrie;
» Qui. d’entre les cavaliers n’a pas envie de se battre?
Qu’il me prête sa lance, car l’ennemi est déjà sur le Préaux-oiseaux !”
Suivant les récits, le combat se termina par la fuite des assaillants. Il n’y a aucune raison de douter de l’exactitude de ce renseignement, car quelques jours après, les troupes musulmanes sont devant Damas. Nous pouvons donc admettre que l’arrivée du gros de l’armée, accourant pour délivrer Khâlid ibn Sa^îd, a pu changer la face des choses.
C’est à cette époque qu’Ibn Ishâk *) et Belâdhori
1) Il se peut que cette date se rapporte à un combat que Khâlid ibn al- "Walîd a livré aux environs de Dames; v. plus haut p. 75.
3) Voir encore Ibn Hadjar I, .
4) Tab. I, iSfl, 9 et suiv., mais 1. 14 et suiv., 18 et suiv. il la place
pendant le sie'ge de Damas. 5) P. h<5.
placent la destitution de Khâlid ibn al-Walîd. Après tout ce qui a été dit à ce sujet, ceci ne demande plus une réfutation spéciale. Le premier ajoute qu’en suite Khâlid se rendit à Médine, mais ce détail est tout à fait déplacé ’) et nous renvoie à des temps postérieurs et bien plus calmes.