IV. Damas
Quinze jours après la bataille du Pré-aux-oiseaux, donc le 16 de Moharram 14, commença le siège de Damas qui, interrompu de temps à autre par des escarmouches et des sorties, dura six mois entiers -). Les Arabes étaient peu expérimentés dans Part des sièges, la ville était forte et, ce semble, bien pourvue de provisions et de défenseurs ; tandis que les assaillants étaient continuellement obligés de détacher des troupes pour aller aux provisions et au fourrage et avaient de temps en temps à repousser de légères attaques du dehors. On s’explique donc aisément que la ville se défendait longtemps avec succès et que les Arabes, à ce qu’il paraît, étaient obligés de faire venir Amr de la Palestine, pour leur prêter secours ; aussi, selon toute probabilité, ce fut
1) Voir plus haut p. 70.
2) Belàdhori et suiv.; Wâkidi chez Tab. I, tlôO, S, comp 3 et suiv ;
Eutychius II, 273 — 276; Elias Nisib. chez Baethgen, Fragm. p. 110; Saifchez Tah. I, iLI, 1. dern. dit que le siège dura 70 jours; Abou’l-Faradj (ed. Beyr.
a 7 mois. Comp. encore Eremer, Mittelsgrien, p. 19.
M. Hartmann a jusqu’à un certain point raison en refusant de donner à Damas le titre d’ancienne métropole de la Syrie (Z. D. Pal. Ver. XXII, 153 n. 1). Mais il ne niera pas qu’elle en était une des villes les plus importantes, et je crois que nous sommes en droit de suivre les Pères de l’Eglise qui l’ont qualifiée de TJÎs lUîjTpoTroAéwç AaiJ.ua-y.ov (Comp. Mannert* p. 317 et suiv.).
la trahison qui détermina la reddition. Les détails du siège nous manquent presque totalement. Nous ignorons même qui avait le commandement dans la ville. Belâdhori parle toujours d’un évêque, dont il ne dit pas le nom; Ibn Ishâb le nomme Bâhân (Baanès) ; Saif l’appelle le patrice Nestâs (Anastasius) ; Eutychius, Mançour fils de Serdjoun, le gouverneur d’Héraclius. Les détails de la journée de la reddition sont d’autant plus riches, quoique sans unité entre eux.
Quaut à la place que je crois devoir assigner à ce siège dans l’ordre des événements, je me fonde en premier lieu sur les témoignages explicites de Wâkidi et des autres autorités de Belâdhori, et sur ceux d’Ibn Ishâk et d’Ibn Asâkir®); puis sur Abou Mikhnaf, Saif et Abou Ma'^shar ^), qui placent la bataille de Fahl après le siège, tandis que cette bataille a chez eux pris la place de celle du Yarmouk (Hiéromax), qu’ils ont identifiée avec celle d’Adjnâdîn- Yarmouk (Yarmouth). Si, avec Eutychius, nous plaçons le siège après la bataille du Yarmouk, nous sommes obligés non seulement ‘de refaire toute la chronologie de Wâkidi, qui presque partout paraît être la seule bonne , et encore sans avoir aucune donnée pour une meilleure ; mais aussi de rejeter ce qu’on raconte sur la retraite des Musulmans de Damas jusqu’au Yarmouk, à l’approche des corps réunis de Baanès et de Théodore le Sakellarius * *), et qui cependant a un air d’authenticité irrécusable. D’ailleurs, le fragment syrien
1) Tab. I, 9, 17. 3) Kremer, Mittehyrien, p, 7 et 32.
3) ¥otouh rfl qui indique pour la bataille de Fahl la date de Samedi 32 Dhou’l-cada 14.
4) Belâdh. b*!", it^v.
publié par M. Nôldeke confirme la chronologie de Wâkidi. Selon lui, le commencement du siège se place entre les mois de janvier et de mai 635, et la fuite de la garnison impériale qui précéda la reddition de la ville, eut lieu le 10 août ou bien le 10 septembre. Enfin, la Chronographie de Tbéophane ') nous conduit aux mêmes résultats.
Il est à regretter que le passage dont je parle ici soit tellement corrompu, je ne dis pas dans les manuscrits de la Chronographie, mais probablement bien par la faute de l’auteur. Le changement d’Emèse en Edesse est dû peutêtre aux copistes, puisque certains manuscrits portent encore la vraie leçon d”'Ey6i£(7f ^). 11 est certain cependant qu’il faut rayer dans la ligne 4 les mots -/.a) Qsodapov (70!,KsKKà.ptov, non seulement parce qu’ils gâtent le sens, mais aussi en vue de la ligne 12 et 13. Dans la ligne 7 il y a sans doute un kx) de trop, et à mon avis, c’est le premier, qui vient après xÙTohp ; car nous ne savons pas du tout qu’un des émirs, fût-il d’un rang inférieur, soit mort à cette époque ^). Dans la ligne 12 il faudra, pour obtenir un sens intelligible, intercaler le mot TrépiTrsi entre xx) et Qeé^cùpov ^), tandis que les lignes 13 et 14 depuis les mots xx't 'hiooxovŒiv devront être entièrement supprimés, comme une tautologie des lignes 7 et 8. Ce que Tbéophane rapporte au sujet de Tannée suivante, prouve évidemment que Théodore ne s’était pas encore joint à Baânès ; car celui-ci
1) I, 517 (de Boor 337).
2) Cotnp. Belâdh. lîT, 13, Eutychius II, 273 1. 3.
3) De Boor a rayé le second.
4) Au lieu de £;^;ovTIZ de Boor a édité 'éxovrxc,, correction peu heureuse.
5) Comp. Ibn Ishâk chez Tah. I, 7 et suiv.
envoie d’Emèse un message à Théodore pour l’engager à hâter sa marche ; or, si Théodore avait déjà été au Sud d’Emèse, Baàuès l’y aurait trouvé, puisque immédiatement après la venue de Théodore, il quitte Emèse et marche vers le Sud. La confusion du récit est surtout évidente par les lignes 9 — 11 , qui ne seraient à leur place qu’à la page suivanhe, ligne 16, après ixsT, mais qui, comme le prouve le contexte , ont été écrites par Théophane luimême. Comment expliquer ce désespoir soudain (xTrs^Triffxç) de l’empereur et sa fuite? Aucun motif n’en est allégué et on n’en trouvera nulle part. Bien au contraire on venait de rassembler cette grande armée sur laquelle étaient fondées toutes les espérances, et il est presque impossible d’admettre qu’Héraclius aurait quitté la Syrie à cette époque, ce qui du reste serait en contradiction avec tous les autres rapports. C’est ce qui me fait hésiter encore moins à mettre au compte de Théophane lui-même toutes les autres négligences et méprises *).
Toutefois, que j’aie raisorr ou tort en ce que je viens d’avancer, ce qui est certain, c’est que Théophane s’accorde avec les auteurs arabes et le fragment syrien sur ce point que les Musulmans avaient pénétré jusqu’à Emèse longtemps avant la bataille du Yarmouk. Or, cela suppose que les Musulmans avaient pris pied dans le pays de Damas.
Les seuls faits contemporains du siège que nous apprennent les auteurs arabes sont contenus dans le récit suivant
1) M. Wellhausen p. 85 n. 3 s’oppose au changement de en ’Efxsa-tj!
à cause du suivant eiç ’E/.i£<rxv. Cette objection paraîtrait fondée, si on ne savait pas qu’après la bataille d’Adjnâdîn Héraclius a transféré sa résidence d’Emèse à Antioche et que l’arrivée de Baanès à Emèse a eu lieu en 14.
de Belâdhori^): »Lea Musulmans campaient autour de Damas, disent Wâkidi et d’autres, lorsqu’une division assez forte de cavalerie ennemie s’avança contre eux. Nombre de Musulmans marchèrent à leur rencontre et les arrêtèrent entre Bait Lihya et at-Thanîya. Bientôt les ennemis se mirent en fuite et retournèrent par le chemin de Câra (non par celui de Balbek) à Emèse. Les Musulmans les poursuivirent, mais arrivés à Emèse, ils virent que l’ennemi s’était échappé vers le Nord. Les habitants d’Emèse, consternés par la fuite d’Héraclius et par ce qu’ils venaient d’apprendre des forces, de la valeur et des victoires des Musulmans, demeurèrent oisifs et se dépêchèrent d’implorer leur grâce. Ils la leur accordèrent et les laissèrent en repos, après quoi les habitants d’Emèse leur procurèrent du fourrage et des provisions. Les Musulmans s’établirent sur rOronte, rivière qui arrose Antioche et se décharge dans la mer au-dessous de cette ville. As-Samt ibu al-Aswad de la tribu de Kinda se trouvait à leur tête”. M. Wellhausen a fait observer avec raison que ce récit a été placé trop tard. Selon toute probabilité il se rapporte à la résistance que le corps d’armée de Khâlid et d’Abou Obaida rencontra aux environs de Damas avant le commencement du siège et dont parle Ibn Ishâk et peut-être aussi l’auteur du Fotouh ^). Saif dit que les habitants de Damas considéraient d’abord l’invasion des Arabes comme une incursion, une razzia ®), et s’attendaient à ce qu’ils se retireraient à
1) P. comp. la note d-, Kremer MitteUyrien, p. 23.
2) P. 59 n. 1. 3) Tal). I, tifl, 10 et sniv.
4) V. plus haut p. 75 et suiv. 5) Tah. I, l’kr, 7 et suiv.
6) De même Eutychius II, 273 sijê ® lèb
l’approche de l’hiver. Mais lorsque, au coucher de l’Étoile (les Pléïades), les Musulmans y étaient toujours, ils commencèrent à s’inquiéter. Le coucher des Pléïades avait lieu alors le 1 2 novembre = 10 Ramadhân *). Il n’y a pas de raison de douter de l’exactitude de ce renseignement, qui est parfaitement d’accord avec le résultat obtenu. Il est également possible que ce que Saif raconte qu’au siège d’Emèse les Musulmans eurent beaucoup à souffrir des rigueurs de l’hiver ^), doive être rapportée au siège de cette ville en décembre 634 (Shawwâl et Dhou’l-cada 13), comme le pense M. Noldeke ^). Puisque chez Saif^) le siège d’Emèse est précédé immédiatement de la bataille de Merdj ar-Roum, il se peut que ce soit là celle dont parlent Belâdhori et Ibn Ishâk. Saif nomme les chefs de l’armée romaine dans cette bataille Toudhara et Shens. Le premier est Théodore le Sakellarius, l’autre, d’après une conjecture ingénieuse de M. Wellhausen ®), Baanès. L’action simultanée de ces deux généraux n’est à sa place que dans la bataille du Yarmouk, mais il se peut que Baanès ait essayé d’arrêter les Arabes dans leur marche sur Emèse.
Il est difficile, sinon impossible, de reconstituer les opérations de Baanès. Selon Eutychius , qui l’appelle Mâhân ®), Héraclius, lorsque après la défaite d’Adjnâdîn il
1) Comp. Lane sous et sous "y-
2) Tab. I, comp. Kremer, Mittelsyrmi, p. 23, Weil I, 79 n. 2.
3) P. 80. 4) Tab. I, t*t*' aI et suiv.
5) P. 60 n. 1 ist ohne Zweifel die letzte Quelle also grie-
cbisch”. Il semble qu’on doit attribuer de même à l’usage d’une source grecque le changement chez Saif d’Edesse en Emèse, substitution qui en grec est très facile (comp. ci-dessus p. 84), mais impossible en arabe.
6) II, 273. De même Yacoubi II, 1^». Selon le ps.-Wakidi (Caussin III, 435
quitta Emèse pour se rendre à Antioche, aurait chargé ce général de former une armée des Arabes syriens (chrétiens) et de se rendre avec ces troupes à Damas. Le gouverneur de la ville, Mançour fils de Serdjoun (Sergius) *), installé comme préfet du kharâdj par Maurice ^), avait été continué dans sa charge par Héraclius, mais seulement après avoir été forcé de lui payer 100,000 dénares. Mançour irrité refusa de fournir les fonds nécessaires pour les soldats de Baânès, dans l’espoir, disent quelques-uns, que l’armée se disperserait et qu’il pourrait livrer la ville aux Musulmans. Eutychius, qui place le siège de Damas après la bataille du Yarmouk, attribue dans cette bataille un rôle perfide à Mançour, qui par là aurait causé la défaite. C’est pourquoi il aurait été anathématisé par tous les patriarches et évêques ^). Après le désastre Bâhân disparaît de la scène.
Théophane dit, d’accord en cela avec Eutychius, qu’après la défaite de Théodore, le frère de l’empereur, (à Adjnâdîu), Baànès fut nommé général et envoyé contre les Arabes; arrivé à Emèse, il bat l’armée des Sarrasins et poursuit leur émir jusqu’à Damas, où il campe sur le Barada. Héraclius lui ordonne de retourner à Emèse. L’année suivante, les Sarrasins occupant en grand nombre le pays de Damas, Baanès expédie une estafette à Théodore le Sakellarius, pour le prier d’accélérer sa marche et de se joindre à lui le plus tôt possible. Puis ils partent ensemble d’Emèse et se mettent en marche vers le Sud.
n. 2) il serait arménien d’origine. La véritable orthographe du nom semble être Vahan.
1) Probablement le fils de Sergius, fils de Mançour (Mxvs-ovp) le logothète, dont parle Théophane I, 559 (de Boor 365).
2) Eutych. II, 241. 3) II, 282.
Ibü Ishâk ') dit que Bâhân avait assemblé des troupes romaines à Damas, qu’après la reddition de la ville il retourna à Héraclius, que celui-ci l’envoya, ensemble avec le Sakellarius, contre les Musulmans^) et que tous deux périrent dans la bataille du Yarmouk.
Enfin, le fragment syrien nous apprend que le Sakellarius chassa les Arabes qui pillaient au pays d’Emèse dans la dernière moitié du mois de mai 635 (au commencement de Rabî'^ II de l’an 14), c’est-à-dire pendant le siège de Damas.
De ces données d’inégale valeur, nous sommes peut-être en droit de reconstruire comme suit l’ordre des opérations de Baanès. Après avoir fait une tentative manquée pour renforcer la garnison de Damas et puis pour arrêter la marche des Musulmans sur Bmèse, il revint à Antioche. Tandis que Théodore le Sakellarius s’occupait à rassembler et à organiser la grande armée qui devait délivrer la Syrie à jamais de cette vermine du désert, Baanès tenta la reprise d’Emèse et la levée du siège de Damas. Il réussit en effet à repousser les Arabes d’Emèse et de pénétrer jusqu’au Barada, la rivière de Damas, à l’époque du siège de cette ville. Il ne put cependant pas s’y maintenir et dut se replier sur Emèse, où il établit son quartier jusqu’à ce que l’armée du Sakellarius fût prête à marcher.
Bait Lihya dans le passage de Belâdhori est un village dans la Ghouta de Damas ^). La Thanîya, c’est-à-dire Thanîyat al-Ocâh, est la hauteur qui domine le défilé de Boghâz
1) Tab. I. V'fl» 9 et 17. 2) Ib. 7.
3) Yacout sous Mehren, Syrien og Palestina, p. 46; Kremer,
Topographie von Vamascus, II, 35; Ibn Djobair l*v1
et qui, sur la carte de Van der Velde, porte le nom de Jehel-Tiniyeh, sur celle de Wetzstein et celle de Socin-Baedeker, celui de Tenîyet Abu ’l-Atâ. Nous avons vu ci-dessus que Khâlid, soit en venant de Palmyre, soit dans sa marche vers Emèse, planta sa bannière sur cette hauteur. Selon Belâdhori ’), les Musulmans, pour se munir durant le siège de Damas contre des attaques du côté du Nord, bâtirent un fort à Berza ^), où ils placèrent une garnison sous les ordres d’Abou ’d-Dardâ, qui devint plus tard câdhi de Damas ^). Ce fort servait d’avant-poste sur le chemin de Balbek. Sur la route de Câra il y avait, selon Saif '*), à une journée de marche de la ville, un poste avancé, commandé par un chef nommé Dhou’l-Calâ le Himyarite.
Outre les attaques du dehors, il y eut assurément plusieurs escarmouches à la suite des sorties de la garnison ^), mais nous n’en savons rien avec certitude. Nous concluons seulement avec M. Noldeke des paroles du fragment syrien que la garnison s’échappa de la ville peu de temps avant que celle-ci fut prise. Suivant le témoignage presque unanime des auteurs, cet événement eut lieu en Redjeb de l’an 14. L’opposition de Weil ') est fondée sur un passage de Masoudi 8), qui raconte que Hâshim ibn Otba al-Mircâl (porte-enseigne d’Ali dans la journée de Ciffîn) fut envoyé en Irak après la prise de Damas et y arriva déjà en i\Ioharram 14.
1) P. ki.
2) Mehren, p. 4G, Socin-Baedeker^ p. 394.
3) B'dâdh. et Nawawi et vit**.
4) Tab. I, 9, 2 et suiv. 5) Eutycbius II, 277.
6) P. 81. 7) I, 47 note, 71 n. 2. 8) IV, 210 et suiv.
La chronologie de Masoudi, qui en général suit celle de Saif, n’a pour la critique aucune valeur particulière. Dans son Tanhîli *) il place non seulement la bataille de Merdj aç-çoffar, mais aussi la prise de Damas sous le règne d’Abou Bekr. D’après Belâdhori ®), Hâshim assista à la bataille du Yarmouk et y perdit l’un de ses yeux ^), tandis qu’Ibn Ishâk assure que ce ne fut qu’après cette bataille que les troupes de renfort partirent de la Syrie pour rirâk ^). Macrîzi dans son Mocaffa a un article sur Mâlik al-Ashtar, où il dit: »il entra en Syrie avec les auxiliaires envoyés par Omar à l’armée de Syrie et assista à la bataille du Yarmouk, mais il ne fut point présent à celle de Câdisîya ®). A la journée du Yarmouk il perdit un œil Après la prise de Damas, il partit avec l’armée d’Irâk ’), en compagnie de Hâshim ibn Otba, et se joignit à Sa'^d ibn abi Waccâç. Puis il se fixa à Coufa, où il resta jusqu’au khalifat d’Othmân”.
Il y a d’autres héros encore de la division iracaine dont nous pouvons prouver qu’ils ont été présents à la journée du Yarmouk et à la prise de Damas 0-
Belâdhori raconte ®) que les auxiliaires de la Sjrie u’arri-
1) P. 2) P. 3) Comp. Ibn Doraid 11, Ibn Cotaiba li’f.
4) Tab. I, 16 et suiv.; 5 et suiv.; comp. Nawawi fAf, Saif chez
Tab. I, (‘'lô, 6—9.
5) Puis il raconte la même anecdote que Saif chez Tab. I, S’kî, 4 et suiv.
6) De là son nom d’al-Ashtar (
7) La division que Khâlid avait amenée de ITrâk.
8) Entre autres d’al-Ca‘câ ibn Amr (comp. Yacout I, 5 et suiv.) et de Gais ibn Makshouh (Belâdh. 1. pén. et suiv.).
9) P. fûl, 7 et suiv., comp. p. If1 1. dern. et suiv., fûl, 9 et suiv., 5 a f.
et suiv., fûA 1. pén. et suiv,, HL V. aussi Saif chez Tab. I, 13 et suiv.
vèrent en Irak qu’en l’an 16. On n’est pas d’accord sur la question de savoir s’ils assistaient à la bataille de Câdisîya ou s’ils arrivaient justement après la fin de cette affaire. En tout cas une partie de ces troupes, peut-être l’avantgarde, a pris part au combat. Or, la bataille de Câdisîya, d’après Belâdbori ^), eut lieu en l’an 16 et Coufa ne fut fondée qu’en 17. Selon Saif qui, comme à l’ordinaire, ne donne pas de date, mais qui place la bataille de Câdisîya deux à trois ans trop tôt ^), le départ des troupes eut lieu immédiatement après la prise de Damas ^). Nous verrous plus tard que, bien que le récit de Saif soit inexact, on peut dire que leur départ eut lieu après l’affaire du Yarmouk et après la prise de Damas, c’est-à-dire après la seconde chute de cette ville. Mais tout en suivant exclusivement Saif, plutôt que Wâkidi, Ibn Ishâk et d’autres, on n’arrive pourtant pas à se convaincre que Damas a été pris eu l’an 13. Weil a placé tous les grands événements de la conquête de la Syrie en 13 et ainsi, pour accorder sa chronologie avec les faits, il est obligé d’admettre plus tard une trêve d’une année ^). Mais je me propose d’y revenir encore. Examinons maintenant les récits de la conquête.
A mon grand regret il me manque ici un livre qui assurément m’aurait rendu de grands services, c’est l’histoire de Damas par Ibn Asâkir. Il est vrai que j’ai devant moi la
1) Comp. Wakidî chez Tah. I, Ï'S*’ w, 4. Belâdh. l*o1, 12 a .vers la fin de 16”, mais je crois avec M. Wellhausen 73 que cette date est inexacte. Celle d’Elias Nisib. Djomâda I de 16 paraît plus proche de la vérité. Sur la fondation de Coufa v. Belâdh. fvo.
2) Comp. Wellhausen 72 et 74.
3) Tah. I, i’iôf, 6 et suiv.; comp. Ibn Hadjar I, hfl art.
plupart des traditions, mais elles sont trop contradictoires, et peut-être aurais-je pu trouver dans son livre quelques élucidations sur ces petits détails que l’exploitation romanesque de la tradition a conservés et qui auraient pu fournir le fil conducteur à travers ce labyrinthe.
Le plus grand nombre des rapports s’accordent à dire que Khâlid dirigea ses opérations contre la partie Est de la ville, où se trouve la Porte de l’Est (Bâb ou al-Bâb as-Sharki), tandis qu’Abou Obaida et Yazîd étaient campés du côté Sud-Ouest, vis-à-vis des portes Bâb al-Djâbia et Bâb (ou al-Bâb) aç-çaghîr. Les deux dernières portes conduisaient toutes deux à la route de Djâbia et s’appelaient aussi la grande et la petite porte de Djâbia. Le premier rapport n’est exact qu’en ce que l’extrémité de l’aile gauche de Khâlid se trouvait en face de la porte de l’Est. Il avait fixé son quartier général entre cette porte et celle de St.- Thomas, où se trouve actuellement le grand cimetière. Porter *) a vu à cet endroit les restes d’un bâtiment avec une inscription coufique qui atteste le fait, et l’affirmation de M. Wetzstein , d’après laquelle le couvent de Khâlid se trouve à une demi-lieue de la porte de Paradis ^), côté Nord, n’est admissible que si son quartier général était placé au Nord-
1) Five years in Bamascus , I, 55.
2) Ueisebericht, 121 et suiv. 3) Belâdh. 2.
4) Cette porte reçut son nom de la petite ville de Paradisus, v. Mannert VI. 1, p. 331. Ibn Shaddâd, ms. de Leide 1466, p. 16; îÜtL 3
Est. Nous lisons chez Ibn Shaddâdi): »Le couvent Dair Çalîhâ à Damas domine la Ghouta; la porte de Damas, qui en est la plus proche, est la porte de Paradis. Ce couvent porte aussi le nom de Dair Khâlid, puisque Khâlid ibn al- Walîd al-Makhzoumi y avait son quartier lors du siège et de la prise de Damas par les Arabes”. D’après Kremer ce serait depuis cette première prise que la porte de Paradis a été noircie par l’incendie et, selon les habitants de Damas ^), le nom de Bâb al-Carâdîs que l’on donne encore à cette porte, au lieu de celui de Bâb al-Farâdîs, tirerait son origine de l’entassement des cadavres lors de l’assaut ’). Au contraire la porte de l’Est est la mieux conservée de toutes les portes de Damas ®). — Les Musulmans entrèrent dans la ville par deux portes à la fois, le même jour, d’un des côtés d’assaut, de l’autre par une capitulation. Ces deux portes étaient la porte de l’Est et, d’après la plupart des traditions, la grande porte de Djâbia. Les deux divisions de l’armée musulmane se rencontrèrent au marché au cuivre, ou au marché à l'huile près d’une église, dite la Maxillât, et c’est là qu’après quelques discussions on résolut que, nonobstant la prise partielle, les articles du traité seraient de vigueur pour toute la ville. Le généralissime qui signa le traité fut Khâlid ibn al-Walîd.
Voilà quelques détails que l’on trouve dans presque toutes les traditions. En dehors de cela il y règne la plus effrayante confusion qui, à ce que je pense, est due principalemeut à la fausse idée, produite par un préjugé dogmatique, qu’Abou
1) P. 125. 2) Topographie von Damaseus I, 9. 3) L. c. p. 13.
4) Comp. Bekri 2 et suiv. 5) Kremer 1. c. p. 10.
Obaida et non Khâlid fut le commandant en chef, et qui a tellement pénétré dans tous les récits, que si nous n’avions pas la certitude que ce fut Khâlid qui signa le traité comme chef, il ne nous resterait qu’un couple de témoignages qui feraient soupçonner la vérité. Cette manière de se représenter les choses est combinée chez la plupart avec l’idée qu’Abou Obaida entra dans la ville par une capitulation et Khâlid d’assaut; aussi sont-ils singulièrement embarrassés par la circonstance que c’est Khâlid qui a signé le traité, ce qui alors ne cadre point avec le reste. Ibn Shaddâd a un récit qui prouverait, s’il était authentique, que déjà au temps d’al-Walîd I on se représentait ainsi la marche des événements, mais la répartition de la ville entre les conquérants et les habitants s’y oppose, comme nous allons le voir bientôt. D’autres ont prétendu que la destitution de Khâlid eut lieu pendant le siège même et qu’Abou Obaida la lui avait cachée^). M. Wellhausen admet aussi qu’Abou Obaida a été fait alors commandant en chef au lieu de Khâlid, mais le seul fait que c’est Khâlid qui avait la conduite des affaires à la bataille du Yarmouk suffit pour réfuter cette opinion. Dans les deux récits de Belâdhori ^), Abou Obaida est également représenté comme commandant en chef; Khâlid toutefois entre dans la ville par une capitulation, Abou Obaida d’assaut, mais celui-ci renonce généreusement à ses titres de vainqueur et ratifie le traité. Sauf l’assertion qu’Abou Obaida était géuéralissime, laquelle
2) Ibn Ishâk chez Tab. I, 14, al-Makîn p. 2].
4) P. Î!*! et suiv.; corap. Wâkidi chez Yacoabi II, 8 et suiv.
ne saurait être juste, non pas tant parce que Khâlid avait signé le premier traité, mais surtout parce qu’en Rabî' II de ]’an 15 il signait encore le traité renouvelé en qualité de chef, tandis qu’Abou Obaida ne signait que comme témoin — le récit de Belâdhori est exact sur les points essentiels. Il s’accorde avec Sa^îd ibn Abdalazîz at-Tanoukhi et avec Eutychius : Khâlid entra dans la ville par une capitulation, Yazîd et Abou Obaida d’assaut. La rencontre des deux corps eut lieu près de l’église Maxillât qui, d’après Porter '*), se trouvait à l’emplacement où l’on voit aujourd’hui l’église de Sainte-Marie, c’est-à-dire dans la via recta, rue des bazars ’), et que les Arabç^s appelaient al-Barîç ®). Les différentes parties de cette rue des bazars portent des noms différents; à l’endroit de la rencontre elle s’appelait marché au cuivre ou selon d’autres marché à l'huile.
Le principal argument Cju’on fait valoir contre ce dernier récit est le suivant. La grande église de St. -Jean, jusqu’au temps où le khalife al-Walîd I en fit une mosquée, la célèbre mosquée des Omayades, était partagée entre les Musulmans et les Chrétiens; les derniers avaient la moitié Ouest, les premiers la moitié Est, et plusieurs
1) Belâdh. Kremer, Mittehyrien, p. 21; comp. Nawawi
2) Belâdh. avec les Addenda.
3) 11, 278 et suiv. 4) L. c. 1, 56 et suiv., 110.
5) Kremer, Mittehyrien, p. 20 et 21, Topographie, II, 5, Porter 1. c., Socin- Baedeker^ p. 366.
6) Belâdh. fft*. Gr. /3af(ç, Syr. Bertheau sur Ezra 6 vs. 2. Fritzsche
sur Ezra 6 vs. 23, Robinson, ddeue Untersuch. über die Topogr. Jerus., p. 106.
7) Selon les extraits de Belâdh. par Codâma .place des
marchands d’esclaves”, mais comp. Socin-Baedeker’ p. 368.
savants arabes voient dans cette seule circonstance une preuve sufiBsante que la partie Ouest de la ville se rendit par une capitulation et que la partie Est fut prise de force. Quelques-uns vont même jusqu’à prétendre que les deux corps des Musulmans se rencontrèrent exactement au milieu de l’église ®). Or, si c’est ainsi qu’il faut expliquer la répartition des deux moitiés de l’église, il faut nécessairement en tirer la conséquence qu’une partie de la ville est tombée au pouvoir des Musulmans par droit de conquête, tandis que l’autre, pour s’être rendue volontairement, est restée entre les mains des Chrétiens. Aussi y a-t-il des traditions qui affirment cela positivement ^). Mais il y a deux raisons qui nous les font rejeter. D’abord, c’est précisément la partie Est de la ville qui est occupée par les Chrétiens et les Juifs. C’est donc à juste titre que Kremer écrit '*): »en effet, il est singulier que, quoique nous sachions que la partie Est de la ville a été prise de force et que la partie Ouest est tombée au pouvoir des Mahométans par une capitulation, ce soit justement la partie Est de la ville qui est occupée par les Chrétiens et les Juifs, et il n’est pas moins difficile d’expliquer comment les Chrétiens et les Juifs ont pu être repoussés de la partie qui s’était rendue paisiblement et où on les avait laissés en possession de tout leur avoir, de sorte qu’ils habitent aujourd’hui exclusivement
1) Belâdh. h’i*’ note, a, Ibn Djobair .
2) Ibn Djobair 1. c,, Kremer, Topographie, I, 31. Le contraire chez Porter, I, 73. Cette église se trouve à une assez grande distance de la via recta. Une autre différence entre Kremer et Porter consiste en ce que le premier (I, 46) fait trouver la tête de S. Jean-Baptiste par le khalife al-Walîd, le second (I, 63) par Khâlid ihn al-Walîd.
3) Belâdh. 4) Topographie, I, 17; Culturgesch., I, 124.
la partie Est”. — Et ensuite le témoignage explicite de Wâkidi*): »J’ai lu le traité que Khâlid ibn al-Walîd a conclu avec les habitants de Damas et je n’y ai trouvé aucune stipulation à l’égard du partage des maisons et des églises; ce fait est affirmé dans la tradition, mais j’ignore où l’on a pris ces informations. La vérité, c’est qu’après la reddition nombre d’habitants quittèrent la ville et se réfugièrent auprès d’Héraclius, qui se trouvait alors à Antioche ; il y eut ainsi beaucoup de demeures vides, occupées plus tard par les Musulmans”. Et d’ailleurs, plusieurs des 14 églises qui, selon quelques traditions •), avec la moitié de l’église de St.-Jean, seraient restées en possession des Chrétiens, étaient situées dans la partie Est de la ville.
Voici les termes de la capitulation^):
»Au nom de Dieu le clément, le miséricordieux.
C’est ici le traité que Khâlid ibn al-Walîd accorde aux habitants de Damas, à l’occasion de son entrée dans cette ville : il leur assure la vie et leurs biens, leurs églises et les murs de leur ville; aucune maison^) ne sera démolie, ni enlevée à son possesseur. Pour leur garantir cela, il prend Dieu à témoin et il leur promet la protection de son prophète, de ses successeurs et des fidèles. Il ne leur sera fait aucun mal, à condition qu’ils paient la capitation”.
Quoique ce traité assure aux Chrétiens la conservation de toutes leurs églises, on ne saurait douter que la moitié de l’église de St.-Jean ne soit tombée entre les mains des
1) Belâdh. h’i*'-
2) Ibn Asâkir dans VIthâf al-ahhiçça ms. de Leide 1032, f. 239. Quelquesuns disent 15 églises en y comprenant celle de St.-Jean, Belâdh. Il'f, S.
3) Belâdh. 9*1, Eutychius, II, 278. 4) Eutychius le dit des églises.
Musulmans, probablement avec quelques autres encore. Comment expliquer ce désaccord ? Ma réponse ne peut être qu’une conjecture. Je présume qu’après la bataille du Yarmouk, lorsque Damas passa une seconde fois des mains des Chrétiens entre celles des Musulmans, ceux-ci ôtèrent aux habitants la moitié de cette église et quelques autres encore. On avait besoin d’une mosquée et la défection fournissait un prétexte suffisant pour prendre de quoi en faire une à sa convenance.
Je ne saurais rien dire de certain sur la manière dont la place fut prise. 11 est très probable qu’il y a eu trahison. Ibn Ishâk dans son récit est extrêmement bref à ce sujet, Eutychius dit qu’après la conclusion du traité et lorsque Mançour eut ouvert la porte à Khâlid, les défenseurs des autres portes, effrayés par le cri d’» Allah 'ak bar”, abandonnèrent leurs postes, ce qui donna aux assiégeants du côté Ouest l’occasion d’entrer dans la ville. Suivant l’un des récits de Belâdhori ~) les choses se sont passées dans l’ordre inverse, à savoir: lorsqu’Abou Obaida était prêt à forcer la porte, l’évêque se serait hâté d’ouvrir à Khâlid la porte de l’Est, en vertu du traité qu’il venait de conclure avec lui. L’autre rapport de Belâdhori semble embrouillé, car malgré les intelligences de l’évêque avec Khâlid , celui-ci entre dans la ville par escalade et c’eût été un fameux coup du hasard qu’au même moment Abou Obaida eût forcé la porte de Djâbia. Pourtant il y a peut-être moyen de concilier ce récit avec le rapport d’Eutychius ; il n’y a rien d’invraisemblable à ce que Mançour (ou
1) Tab. I, fin, 13.
2) P. fl*!.
3) P. !s*! et b“l 1. pén.
l’évêque), pour se justifier envers Héraclius, au cas que les Arabes ne restassent pas les maîtres, ait voulu faire croire aux habitants que Khâlid était entré dans la place en escaladant la porte. Alors on comprend aussi l’épouvante qui saisit les défenseurs au cri de victoire des Musulmans. D’après le récit d’Eutycbius ils savent d’abord la véritable cause, c’est-à-dire que Mançour a ouvert la porte à Khâlid. S’ils avaient pu prévoir cela, ils auraient tâché, ou de l’en empêcher, ou d’en faire autant de leur côté, jamais ils n’auraient différé leur fuite jusqu’au dernier moment.
Auquel des deux, d’A.bou Obaida ou de Tazîd, revient l'honneur d’être entré le premier d’assaut dans la place? Voilà encore un de ces points qu’il est difficile d’éclaircir. La plupart des traditions nous disent que c’était le premier, Sa^îd ibn Abdalazîz at-Tanoukhi *) assure que c’était Yazîd, ce qui est confirmé par Eutychius ®), qui prétend que ce fut Yazîd qui protesta contre le traité, en se fondant sur le fait qu’en partie au moins la ville avait été prise de force. Abou Obaida, à ce qu’il paraît, remplit ici le rôle de médiateur. Pour ce qui est de la présence d’Amr, il n’est guère impossible que durant ce siège de longue haleine il ait été mandé de la Palestine pour prêter assistance. Belâdhori et Eutychius racontent tous les deux qu’Amr était campé devant la porte de St.-Thomas. Il n’est guère impossible cependant que cela se rapporte au second siège, et je n’ai aucune autre donnée pour prouver qu’il a assisté à la reddition de la place ®), quoiqu’il fût à Damas
1) Belâdh. avec les Addenda. 2) II, 281.
3) Comp. néanmoins Belâdh. tf», 15 et suiv.
en Rabf II de l’an 15 et qn’il signât comme témoin le traité renouvelé *). Ce qui plaide contre sa présence, ce sont les relations de Khâlid avec le couvent de ce nom dont il eût été séparé par l’armée d’Amr, si celui-ci eût été campé près de la porte de St.-Thomas.
Les historiens arabes s’accordent à dire que la prise de Damas eut lieu en Redjeb 14 ^). Abou Ma'^shar '*) précise la date: dimanche le 15 du mois. Comme le 15 de Redjeb était un lundi, l’un des deux, du jour ou de la date, doit être fautif. Je crois que c’est la date. Selon le fragment syrien les Romains — probablement, comme pense M. Nôldeke, la garnison impériale — s’enfuirent de Damas le 10, soit d’août, soit de septembre, le nom du mois étant illisible. Si nous en croyons Eutychius, la fuite des soldats romains eut lieu le jour même de la reddition s). Comme le 10 septembre 635 était réellement un dimanche, il semble probable que c’est là la véritable date et qu’Abou Ma'shar eût dû écrire dimanche le 21 Redjeb,
Selon les historiens arabes, Khâlid et Abou Obaida se dirigèrent bientôt après vers le Nord sur Balbek et Emèse, laissant Yazîd à Damas avec un corps d’armée pour consolider ou achever la prise de la place et ses environs,
1) Belàdh. Ifl** a Abou Obaida, Yazîd, Shorahbîl et d’antres. Eutychius nomme aussi Amr, Ibn Shaddâd p. 123 d’après Ibn Asâkir donne comme date Rabî‘ I et nomme comme témoins: Amr, Jyâdh ibn Ghanm, Yazîd, Abou Obaida, Ma'mar ibn Ghiyâtb et Shorahbîl.
2) Belâdh. lys, W.
3) Beiâdh. Ibn Isbâk chez Tab, I, 18, Wôô, 3 et suiv., Ibn Asâkir chez Kremer, MitteUyrien, p. 22.
4) Cité dans la Fotouh
5) II, 278, 281. Comp. aussi Wâkidi chez Belâdh. if!**, B.
de la Batanée et du Haurâu ^). D’après les mêmes autorités Shorahbîl aurait repris ses opérations dans la province du Jourdain et aurait même fait une expédition sur le littoral de la Méditerranée, contre Çaida et Bairout^), mais cette dernière entreprise n’appartient assurément pas à cette époque. Khâlid et Abou Obaida auraient d’abord pris Balbek et Emèse, puis, après s’être emparés d’Hamâth, de Shaizar et d’Apamée ^), ils auraient continué leur marche le long de l’Oronte jusqu’à la hauteur de Ma'arrat No'mân. Belâdhori place même à cette époque le siège de Laodicée. Tout cela ne peut tenir devant un examen rigoureux. Il était inévitable qu’il y eût ici quelque confusion entre les conquêtes d’avant et d’après la prise de Damas, entre celles qui eurent lieu avant la bataille du Yarmouk et plus tard. Nous avons vu plus haut que la prise d’Emèse en Dhou’lcada, qu’Elias Nisibène place en l’an 14, doit être celle qui selon le fragment syrien eut lieu en 13. A la vérité, il n’est pas certain que Baânès avait son quartier dans la ville d’Emèse elle-même, mais il est absolument inadmissible que l’armée musulmane ait pu remporter des avantages bien au delà de cette ville sans rencontrer de résistance. Du reste, leurs conquêtes, si conquêtes il y a eu, ne pouvaient être que temporaires et devaient être bientôt abandonnées à l’approche de la grande armée romaine. D’après Ibn Ishâk *) les Musulmans hivernèrent à Damas. Selon toute
1) Belâdh. !!*'• et suiv.; comp. Kremer 1. c. p. 23, Sait chez Tab. I, 14 et suiv. 2) Belâdh, !l”l .
3) Belâdh. lï". — Dans mon édition il faut corriger en^j,^^.
4) Tab. I, 4.
probabilité, Khâlid, après la prise de Damas, se sera borné à soumettre les environs de la ville et à détacher des corps d’armée sous Yazîd et Shorahbîl pour consommer la conquête du Djaulân, de la Batanée, du Haurân et de la partie orientale de la province du Jourdain.
VIL La bataille du Yarmouk.
Enfin la grande armée d’Héraclius, qui aurait dû prévenir la prise de Damas, avait achevé ses préparatifs, et elle était si imposante qu’il ne resta d’autre parti aux Musulmans qu’une retraite précipitée ’), malgré les bonnes dispositions des villes conquises. » Lorsque Héraclius eut rassemblé ses troupes contre les Musulmans”, c’est ainsi que raconte Sa'îd ibn Abdalazîz at-Tanoukhi, »et que les Musulmans apprirent leur approche, ils rendirent aux habitants d’Emèse les contributions qu’ils avaient déjà recueillies, conformément au traité^), et leur dirent: »nous ne sommes pas en état de vous secourir ni de vous défendre, nous sommes obligés de vous abandonner à vos propres forces”. Les habitants d’Emèse répondirent; »Nous aimons mieux votre gouvernement et votre justice que l’oppression et l’injustice auxquelles nous avons été exposés auparavant. Si vous nous donnez un gouverneur des vôtres, nous repousserons sûrement l’armée d’Héraclius”. Et les Juifs se levèrent et dirent: »Nous jurons par la Torah
1) Belâdh. 2) Comp. le Fotouh lt“v et suiv.
qu’aucun gouverneur cl’Héraclius n’entrera dans la ville d’Emèse que nous n’ayons été d’abord vaincus et abattus”. Et ils fermèrent les portes, qu’ils firent garder. Les habitants des autres villes qui avaient capitulé en firent autant, disant: »Si les Romains et leurs partisatis vainquent les Musulmans, nous rentrerons dans notre ancienne position '), et au cas contraire nous resterons ce que nous sommes à présent, tant que les Musulmans seront les maîtres”. Or, lorsque Dieu eut défait les infidèles en donnant la victoire aux Musulmans, ils ouvrirent les portes, vinrent à la rencontre des vainqueurs au son de la musique et payèrent les contributions”. En effet, la disposition des esprits en Syrie était très favorable aux Arabes, et ils l’avaient mérité, car la douceur avec laquelle ils traitaient les vaincus, contrastait fortement avec *la tyrannie mesquine des maîtres précédents. Aux Chrétiens qui ne s’étaient pas soumis aux décrets du Synode de Chalcédon, on avait, par ordre d’Héraclius, coupé le nez et les oreilles et on avait rasé leurs demeures ^). Les Juifs, accusés d’avoir favorisé l’invasion des Perses, avaient été l’objet de persécutions cruelles, bien que Héraclius leur eût promis l’amnestie ^). Les Arabes, au contraire, guidés par les principes qu’Abou Bekr leur avait inculqués, tâchaient de se concilier les indigènes, en premier lieu en restant fidèles à leur parole ^). Le fait que nous apprend Sa'^îd at- Tauoukhi, que les contributions ont été rendues, est confirmé
1) C’est-à-dire: le pire qui puisse nous arriver.
2) Barhebraeus, Citron. Ecoles, ed. Lamy, I, 274.
3) Eutychius II, 242, 246.
4) Comp. Belâdh. loi, 1 — 5.
par Makhoul le Syrien ^), dont voici les paroles un peu raccourcies: » Lorsque les cZAmmz’s (les Chrétiens et les Juifs) virent que les Musulmans tenaient ce qu’ils avaient promis et se comportaient envers eux avec humanité, ils se mirent avec ceux-ci contre leurs ennemis et, au moyen d’espions, fournirent aux Musulmans les informations nécessaires sur les mouvements des Romains et de leur roi. Les Musulmans surent ainsi que les Romains avaient réuni une grande armée, et Abou Obaida ordonna aux gouverneurs qu’il avait placés dans les villes conquises, de rendre aux habitants ce qu’ils avaient recueilli en fait de capitation et de kharâdj, écrivant aux chefs de chaque ville: »nous vous rendons les contributions, parce que nous avons appris qu’une grande armée a été réunie contre nous. Comme nous ne pouvons vous donner la protection à laquelle vous avez droit, nous vous rendons à présent ce que vous avez payé. Mais si Dieu nous accorde la victoire, vouz rentrerez dans tous les avantages du traité conclu entre nous”. Les habitants des villes répondirent: » Puisse Dieu vous nous rendre et vous faire triompher d’eux, car certes à votre place ils ne nous eussent rien rendu, mais pris encore tout ce qui nous restait”. La conquête, il n’est pas nécessaire de le remarquer, entraîna des désastres et ne se fît pas sans de grands dommages, et ce n’est que comparativement que je parle de la manière humaine dont les Musulmans traitaient le pays conquis. Toutefois, il faut bien se garder de prendre à la lettre ou de confondre avec l’opinion du peuple celle qu’émet l’archevêque Sophronius
1) Chez Abou Yousof, Kit. al-kkarddj p. aÎ .
dans les passages communiqués dans l’Appendice, qui du reste appartiennent à la première époque de la conquête. Environ quinze ans après, un évêque nestorien écrivit à leur sujet ^): »Ces Tayites (Arabes), à qui Dieu a accordé de nos jours la domination, sont devenus aussi nos maîtres; mais ils ne combattent point la religion chrétienne; bien plutôt ils protègent notre foi, ils respectent nos prêtres et nos saints hommes et font des dons à nos églises et à nos couvents”. Tant il est vrai que dans les premiers temps les Musulmans ne connaissaient point l’intolérance, que dans le grand temple de Damas les Chrétiens et les Musulmans entraient par la même porte, les uns pour entendre l’Évangile dans la partie Ouest, les autres pour entendre le Koran dans la partie Est ^).
Mais revenons à notre récit. L’armée d’Héraclius se composait de plusieurs éléments, de Romains, d’Arméniens, de Syriens et d’Arabes chrétiens. Le commandement en chef avait été confié à Théodore le Sakellarius % et sous ses ordres étaient placés Bâhân ou Baanès, Djeredja (Georgius) '*) , chef des troupes arméniennes , et Djabala ibn al-Aiham , le prince ghassânite. Belâdhori évalue à
]) Assemani Bibl. Orient. III, 2, p. xcvi..
2) Kremer, Topographie I, 31.
3) Chez Tab. I, 11 7 et 11 *
4) Dans le Foiouh , La, et Lî*’ on lit (pour
selon A. Millier) au lieu de , cependant à la page L. et ivl*' on trouve
le nom de (l’auteur a donc fait deux personnes d’une seule). En outre il
y est parlé d’un général jLLâS à la page L^ , et LS*'. Il faut lire
Buccinator, v. Théophane I, 528 (de Boor 343).
200,000 le nombre des troupes (ce chiffre est aussi indiqué par Elias Nisib. ^), Ibn-Ishâk“) à 100,000, et celui-ci ajoute que dans ce nombre il y avait 12,000 Arabes chrétiens et autant d’Arméniens. Ils déterminent à 24,000 hommes approximativement l’armée des Musulmans ^). Théophane rapporte que l’armée avec laquelle le Sakellarius partait d’Antioche pour se joindre à Baanès était forte de 40,000 hommes et que celle de Baanès en comptait autant, tandis qu’il dit des forces musulmanes, que c’était un TrXvjèoq â^rsipov. Ce qui est certain, c’est que les Romains l’emportaient de beaucoup en nombre.
La date de l’évacuation d’Emèse par les Musulmans, que Sa'îd at-Tanoukhi place en 15, au moment de l’approche de la grande armée romaine, n’est pas exacte. Nous avons vu ci-dessus que Baanès avait repris cette ville en 14. Mais lorsque, en Rabî' II (ou I selon Ibn Shaddâd), les Arabes apprirent que l’armée romaine s’était mise en marche, ils abandonnèrent Damas *) et ne se maintinrent qu’au Sud de la Gaulonitis, au Sud-Est du lac de Tibériade, sur les bords du Yarmouk, l’Hiéromax des anciens, où ils étaient mieux à l’abri au cas d’une défaite éventuelle et où ils pouvaient attendre des renforts de la part du khalife ®). Ce fut là qu’en Djomâda II les armées se trouvèrent en
1) Baethgen p. 110. 2) Tab. I, 8 et suiv.
3) Tab. I, 2; comp. Belâdb. Ùa.
4) Ibn Isbâk chez Tab. I, 3 et suiv., Belâdb. 11*1“.
5) Comp. Kremer, Miitelsyrien, p. 10, Haneberg, Er'ôrterung , p. 36.
6) Comp. Tab. I, t*11ô, 3, 7 et suiv., Macrîzî Mocaffd 1. c. ci-dessus p. 91,
et- un passage du Fotouh chez Ibn Hobaish, cité dans mon Mém. sur le Foiouh p. XXXV de l’Appendice, [•AÜJ
présence, et que fut livrée eu Redjeb la bataille décisive qui arracha pour jamais la Syrie au pouvoir des Romains.
Avant de procéder à la description de ces événements, j'ai à défendre la place que j’ai assignée à cette bataille dans l’ordre des événements. Quand on lit dans l’histoire des khalifes de Weil la note de la page 47 du tome premier, la chronologie que j’ai cru devoir accepter semble en effet insoutenable. On y lit: » D’après Théophane le siège et la prise de Damas sont représentés aussi comme une suite de la perte de la bataille du Yarmouk, qui eut lieu mardi le 23 juillet ou août, selon qu’on lit 'louXiov ou »Lous”. Nous ne saurions douter cependant que la dernière date ne soit la vraie, puisque le 23 août de l’an 634 après J.-C. était en effet un mardi, tandis que le 23 juillet était un samedi. Voilà aussi ce qui nous donne la conviction que Théophane place la bataille du Yarmouk deux ans trop tard, puisque dans les années 635 et 636 ni le 23 juillet, ni le 23 août n’étaient un mardi”.
Sans doute, le 23 août 634 était un mardi, mais voilà aussi tout ce qu’il y a de vrai dans ce calcul. Théophane place le commencement de la bataille du Yarmouk le 23 juillet 636 ^). Et d’après le même calcul chronologique qu’à suivi Weil, ce jour était en effet un mardi; aussi est-il presque inconcevable que ce savant se soit laissé dominer par sa thèse aprioristique (celle de vouloir placer en l’an 13 tous les grands événements de l’expédition de Syrie), au point d’être aveugle à cette concordance et de la
1) La leçon Laos d’Anastase, l’épitomateur de Théophane, et que de Boor p. 338 1. 2 a reçu dans le texte, est à rejeter. M. îCôldeke 'est du même avis; v. sa note 1 à la p. 80.
nier hardiment. D’après les tableaux publiés par Wüstenfeld, le 1 de Djomâda II de l’an 15 (= 11 juillet 636) a été un jeudi et, à moins de le réfuter, on ne pourra nier que 12 jours plus tard on avait un mardi. Du reste le fragment syrien publié par M. Noldeke assignant à la bataille décisive la date du 20 Âbb de l’an 947 Sel. (— 20 août 636), s’accorde merveilleusement avec les meilleures autorités musulmanes, qui donnent celle de Eedjeb 15, en la précisant encore, car le 20 août 636 répond au 12 Eedjeb 15.
Théophane dit que Damas fut pris après la bataille du Yarmouk {TrxpxXxfifSâvovm Axpc,x7xév) et quand on rapproche le récit d’Eutychius, il semble en effet que nous sommes obligés de placer cette conquête à une époque plus reculée que nous ne l’avons fait. Ce qui milite le plus en faveur de cette opinion, c’est que presque toutes les traditions qui ne placent pas la destitution de Khâlid et son remplacement par Abou Obaida à l’époque de la bataille de Fahl ’), en font mention au moment du siège de Damas ; tandis qu’il est presque sûr, comme nous l’avons prouvé plus haut, que Khâlid commandait dans la bataille du Yarmouk.
Si la chronologie de Wâkidi et d’Ibn Ishâk n’était sortie victorieuse de chaque examen, je serais tenté d’admettre sans hésitation la justesse du rapport d’Eutychius, tant cette objection me semble importante. Cependant on ne saurait plus révoquer en doute, surtout après la confrontation de Théophane et le témoignage du fragment syrien, que
1) L’ordre dans lequel Madâini nous représente les affaires est entièrement erroné. Voir ci-dessus p. 64.
la bataille du Yarmouk ne fût livrée qu’en Redjeb de l’an 15 ^), et nous avons vu ci-dessus que tous sont unanimes pour placer la prise de Damas en Redjeb de l’an 14. Wâkidi a vu lui-même le traité que Khâlid avait accordé aux habitants de Damas, notamment le traité renouvelé ou ratifié qu’il avait conclu avec eux lors de son départ pour le Yarmouk en Rabî*^ II de l’an 15.
L’auteur grec n’a pu écrire autrement, à moins d’entrer dans les détails les plus minutieux. En effet, aux yeux des Grecs cette prise de Damas était peu importante, et même pour les Musulmans elle n’avait de l’intérêt que parce qu’elle avait rehaussé leur courage et leur confiance et les avait relevés dans l’estime de la population du pays. Car à la première approche de l’armée romaine, ils avaient été obligés d’abandonner toute leur conquête, et la ville de Damas avait ouvert ses portes à ses anciens maîtres sans aucune tentative de résistance. Ce ne fut qu’après la bataille du Yarmouk que les Musulmans devinrent réellement vainqueurs. Aussi le gouverneur ou évêque semble s’ètre tu sur le traité qu’il venait de faire ratifier, ou peut-être a-t-il représenté toute l’affaire comme une comédie.
Les Musulmans de leur côté considéraient les choses à un point de vue tout différent. Pour eux la bataille du Yarmouk, quelque grande que fût l’inquiétude que leur inspirait l’issue, une fois qu’elle était gagnée, n’était qu’un léger obstacle sur le chemin de la victoire. Aussitôt la bataille gagnée, les vainqueurs vont reprendre leur marche victorieuse de l’année précédente et le commencement de
I) Madâini a la même date, v. Nowairi ms. 2 g, p. 169.
l’an 16 les retrouve devant les portes de Balbek. Lorsque Damas et les autres villes soumises avant la bataille s’étaient rendues de nouveau, ils les considéraient comme n’ayant pas cessé d’être sous leur domination, et nous ne nous étonnons pas que les récits de la prise de ces villes d’avant et d’après la bataille se soient confondus dans leur mémoire, comme je l’ai fait remarquer plus haut ’). D’ordinaire les historiens arabes passent sous silence la seconde conquête, disant simplement qu’après la bataille du Yarmouk Abou Obaida marcha contre Kinnasrîn et Antioche, sans faire aucune mention de la reprise de Damas, de Balbek, d’Emèse etc. ^). Mais le récit de Belâdhori , d’après lequel les habitants d’Hamât, de Shaizar, de MaWrat No'^mân et d’Apamée vinrent accueillir les vainqueurs au son de leur musique, ne saurait guère se rapporter à la conquête antérieure à la bataille du Yarmouk. Pour prouver que l’on a fondu ensemble les récits de deux différentes conquêtes, je fais remarquer que dans un passage Belâdhori nomme Obâda ibn aç-Çâmit comme le général laissé à Emèse, et dans un autre ®), c’est as-Samt ibn al-Aswad qui semble établi comme tel. J’en trouve une autre preuve
2) Belâdh. et comp. Ibn Ishâk chez Tab. I, 9.
3) Comp. toutefois Ibn Ishâk chez Tab. I, 1. pén. et suiv. M. Wellhausen, p. 60 n. 3, dit a raison que les sources arabes ne parlent pas d’un second siège de Damas, mais il en admet la possibilité. Je ne comprends pas pourquoi il ajoute qu’on n'a pas le droit d’en citer comme preuve la date du traité renouvelé de Damas. Personne n’y a pensé, autant que je sache. Comp. aussi Millier, der Islam, p. 256.
4) P. in. 5) p. rî et rt , comp. et îi^f.
6) P. et suiv,, comp. Voir aussi le passage d’Ihn Ishâk cité n. 2.
dans le traité de Balbek '), que Belâdhori place, il est vrai, avant la bataille, mais j’ose prétendre que c’est à tort. Ce ti'aité lui-même contient la preuve d’avoir été conclu dans l’un des premiers mois de l’année, car il renferme des conditions qui devaient être remplies aux mois de Rabî*^ et de Djomâda. Or, nous n’avons le choix qu’entre l’an 15 et 16, et puisqu’il est très invraisemblable, comme nous l’avons vu, que les musulmans aient marché contre Balbek après la prise de Damas en 14, et bien davantage après qu’ils avaient hiverné à Damas, dans un des premiers mois de 15 (qui commença le 14 février), il est évident qu’il faut opter pour l’an 16. Belâdhori dit que » lorsque Abou Obaida eut terminé ses affaires à Damas, il marcha contre Emèse et passa par Balbek, dont les habitants le supplièrent de conclure un traité avec eux et implorèrent sa clémence”. Si l’on met ces paroles en rapport avec la reprise de Damas, la date du traité rentre parfaitement dans le cadre chronologique, et en même temps nous pouvons en conclure que les six mois qui s’écoulaient entre la bataille du Yarmouk et le commencement de l’an 16 ont été employés à reconquérir le pays situé au Sud et à l’Est du mont Hermon et à reprendre la ville de Damas.
Si ce raisonnement est juste et que la différence dans la manière de représenter les choses que nous constatons entre Eutychius et Théophane d’un côté et les auteurs musulmans de l’autre, s’explique ainsi sufBsamment par le point de vue différent auquel les auteurs respectifs ont considéré les événements, la seconde difficulté aussi perd
1) Belâdh. il**. .
2) P. in et in. .
beaucoup de sou insolubilité apparente, et l’on pourra conclure avec assez de probabilité que la destitution de Khâlid a eu lieu pendant ces six mois, à savoir lorsque les Musulmans assiégeaient Damas pour la seconde fois. Je me propose d’y revenir bientôt. Comparons d’abord les divers l'écits de la bataille du Yarmouk.
Théopbane dit *) : »le Sakellarius et Baânès, ayant quitté Emèse “), rencontrèrent les Arabes, et le premier jour du
combat, le troisième de la semaine, le 23 juillet (636), les
troupes du Sakellarius essuyèrent un échec, et celles de
Baanès se révoltèrent et, abjurant Héraclius, proclamè-
rent Baanès roi. Les troupes du Sakellarius se retirèrent alors et les Sarrasins, profitant de l’occasion, engagèrent le combat. Un vent du Sud, qui soufflait au visage des Romains toute la poussière, les empêchait de voir l’ennemi en face et cela fut cause qu’ils eurent le dessous. Ils se précipitèrent dans les ravins du Yarmouk et y périrent presque tous. Et chacun des deux généraux avait eu 40,000 hommes sous ses ordres”.
Nicéphore ^), après avoir rapporté que Théodore, intendant du trésor royal et surnommé Trithurius, fut nommé commandant de l’Orient, raconte qu’Héraclius lui enjoignit de ne pas livi'er bataille aux Sarrasins. »Mais ceux-ci, c’est ainsi qu’il continue, ayant dressé une embûche, détachèrent une petite bande comme pour une escarmouche et engagèrent les Romains à s’avancer peu à peu. Tout à
1) I, 518 (de Boor 338).
3) L’édition de Bonn porte Bdesse, mais de Boor a imprimé Emèse sans donner de variante.
3) De relus post Mauricium gestis, p. 27.
lU
coup ceux de l’embuscade fondirent sur eux de deux côtés et tuèrent un grand nombre de soldats et de capitaines romains”.
Ibn Ishâk raconte cet événement de la manière suivante ^): » L’affaire du Yarmouk eut lieu en Redjeb de l’an 15; le combat fut sanglant; une fois même l’ennemi poussa jusque dans le camp des Musulmans, mais alors les femmes aussi saisirent l’épée. — Lorsque les Musulmans marchèrent contre les Romains, quelques hommes de Lakhm et de Djodbâm s’étaient joints à eux, mais quand ils virent la fureur du combat, ils s’enfuirent et se réfugièrent dans les villages voisins, abandonnant ainsi les Musulmans. — Un des Musulmans, les voyant fuir ainsi, prononça ces paroles :
»Les gens de Lakhm et de Djodbâm s’enfuirent.
Pendant que nous combattions les Romains dans le pré.
Si plus tard ils retournent à nous, nous n’en voulons plus comme camarades”.
Abdallah ibn az-Zobair, c’est ainsi que continue Ibn Ishâk ^), raconte ce qui suit: »Dans l’année de la bataille du Yarmouk je me trouvai auprès de mon père az-Zobair. Lorsque les Musulmans se préparèrent au combat, mon père lui aussi mit sa cuirasse et monta à cheval, disant a ses deux affranchis: » Retenez Abdallah auprès de vous dans la tente, car ce n’est qu’un petit garçon”. Puis il sortit et se rendit au milieu des combattants. Or, lorsque les Ro-
1) Tab. I, 13 et suiv.
2) Copié par Nowairi, man. 2 g. f. 29. Comp. Macrîzî, die Kâmpfe und Streitigkeiten zwiscJieii den Banü Vmaija und den Banü HSsim ed. Vos, p. Iv, 17 et suiv.
mains et les Musulmans en furent venus aux mains, je vis sur une colline quelques hommes qui se tenaient à l’écart sans combattue, j’enfourchai un cheval que mon père avait laissé dans notre tente, je m’élançai auprès d’eux et, m’arrêtant là, je me dis à moi-même : je veux savoir ce que font ces hommes. C’était Abou Sofyân ibn Harb et quelques autres sheikhs de Coraish, des moMdjirat al-fatli '), qui se tenaient là sans prendre part au combat. Ils m’aperçurent, mais comme je n’étais qu’un petit garçon, ils ne se soucièrent point de moi. Et par Dieu ! quand les Musulmans reculaient et que la chance se tournait contre eux et en faveur de l’ennemi , ils s’écriaient : bravo! bravo! Banou ’l-açfar!^), et quand les Romains rétrogradaient et que les Musulmans s’avançaient contre eux, ils s’écriaient ; Malheur à nous ! Banou ’l-açfar ! Je fus surpris de leurs paroles et, lorsque Dieu eut défait les ennemis et qu’az-Zobair fut revenu, je lui contai ce qui venait de se passer. Az-Zobair se mit à rire et dit : »Que Dieu les confonde! ils ne peuvent abandonner leur haine ; que serait-ce, si les Romains avaient vaincu ? Nous sommes meilleurs pour eux que ne le seraient ceux-là”. Là-dessus Dieu accorda sa victoire, dit Ibn Ishâk; les Romains et les bandes qu’Héraclius avait rassemblées furent défaits et il périt des Romains , des Arméniens et des Mostarabes 70,000 hommes, et Dieu tua le Sakellarius et Bâhân. Héraclius avait envoyé ce dernier en avant avec le Sakellarius lorsqu’il était revenu auprès de lui.”
1) Habitants de la Mecque qui, après la prise de la ville, embrassèrent l’Islam.
2) Nom par lequel les Arabes désignent les Romains.
3) Arabes chrétiens.
Eutychius nous donne d’abord quelques détails sur l’attitude que prit Mançour, gouverneur de Damas, vis-à-vis de Bâhân, général d’Héraclius, lorsque^elui-ci marcha contre les Musulmans. Bâhân ayant au nom d’Héraclius ordonné à Mançour de payer, au moins en partie, la solde des troupes qui s’étaient portées en avant pour la défense de Damas, celui-ci avait répondu qu’il n’avait point de fonds disponibles ; probablement son intention était de causer ainsi une rébellion parmi les troupes et de livrer la ville aux Musulmans. Bâhân se vit donc obligé de continuer sa route sans argent et alla se camper à deux journées de Damas, au bord d’un fleuve appelé Wâdi ’l-ramâd {rivière de poussière)] le lieu s’appelait Djaulân (Gaulonitisj et porte aussi le nom de Yâcouça. »Le fleuve était entre lui et les Musulmans comme un fossé. Il y avait quelques jours qu’ils étaient campés ainsi en vue des Arabes, lorsque Mançour partit de Damas pour le camp de Bâhân avec l’argent qu’il avait recueilli dans la ville pour payer la solde. Il faisait nuit lorsqu’il s’approcha du camp , et grand nombre des habitants de Damas l’accompagnaient avec des torches. Et lorsqu’ils furent venus près des Romains, ils se mirent à battre du tambour, à sonner de la trompette et à pousser de grands cris ; or, c’était une ruse perfide que Mançour avait inventée. A la vue des torches derrière eux et au son des tambours et des trompettes, les Romains se crurent attaqués dans le dos par les Musulmans, se mirent en fuite et se précipitèrent tous ensemble dans cette rivière, le Wâdi ’r-ramâd, qui
1) Annales II, 273 et suiv.
est un grand fleuve, où ils périrent. Il n’y en eut qu’un petit nombre qui s’échappèrent en fuyant de divers côtés”.
Enfin nous lisons chez Belâdhori ') : » Ils se livrèrent sur les bords du Yarmouk une bataille furieuse et sanglante; or, le Yarmouk est une rivière. Les Musulmans comptaient dans cette journée 24,000 hommes, et les Romains et leurs partisans s’enchaînèrent ce jour-là les uns aux autres, afin de s’ôter jusqu’à la chance de fuir. Dieu leur tua plus de 70,000 hommes, et ceux qui s’échappaient s’enfuirent en Palestine, à Antioche, à Alep, en Mésopotamie et en Arménie. Dans la bataille du Yarmouk il y eut même des femmes des Musulmans qui se battirent bravement et Hind, mère de Moâwia ibn abi Sofyân, s’écria: » coupez avec vos épées les bras à ces incirconcis”. Abu Sofyân, son époux (âgé alors de 72 ans), s’était engagé comme volontaire pour l’expédition de Syrie , surtout dans le désir de voir ses fils, et il avait amené son épouse”.
De même les prédicateurs musulmans ne cessèrent d’encourager les combattants: » préparez-vous pour la rencontre des houris aux yeux grands et noirs et pour l’approche de votre Seigneur dans les jardins de la béatitude”, s’écria Abou Horaira ^). Et certes, ajoute le narrateur, jamais on ne vit une journée dans laquelle tombèrent plus de têtes que dans celle du Yarmouk.
Voilà les principaux récits qu’on peut dire authentiques. Saif confond cette bataille avec celle d’Adjnâdîn et avec celle de Fahl, et ne mérite donc pas une entière confiance.
1) P. ÎS"ô.
2) Tâik II, 312.
Voici le sommaire de son récit. Le camp des Romains se trouvait entre les ravins escarpés de Wâcouça et le Yarmouk, qui les séparait des Musulmans comme un fossé. Au moment que, par la trahison de Djeredja, un des chefs '), la bataille tournait en faveur des Musulmans, la cavalerie des Romains se mit en fuite et l’infanterie poussée par les Musulmans, s’efforça de se sauver dans leur camp ; mais pressée par les ennemis et enchaînée, comme elle l’était, et hors d’état de se défendre, elle se précipita dans les profondeurs de Wâcouça. — Pour ce qui regarde la faute qu’ont commise Madâini et Belâdhori en faisant deux batailles de celle du Yarmouk-Yâcouça, j’en ai parlé plus haut ^).
Le lieu où l’armée romaine essuya ce terrible échec nous a été révélé par les recherches de Seetzen qui, le 12 février 1806, dans une excursion hors de Phîk (Apheca) entreprise pour examiner à une lieue et demie vers l’Est la jonction du Rocâd avec le Yarmouk, passa par un petit village désert, nommé Yâcouça et situé sur un wâdi qui se dessèche eu été et s’appelle Wâdi-Yacouça. Ce petit village se trouvait éloigné de Phîk d’une demi-lieue seulement. Sur la carte de Van der Velde nous trouvons le Wâdi au Sud-Est de Phîk, mais sans nom Ce passage nous prouve en même temps que Yâcouça est la véritable orthographe du nom, tandis que la prononciation de Wâcouça ne peut être considérée que comme une corruption postérieure, due à une étymologie populaii’e (loacaça »se précipiter”)®).
1) V. ci-dessus p. 106; comp. Weil I, p. 43 et suiv. note.
2) P. 53, 64. 3) Reisen I, 359; v. Haneberg p. 37.
4) V. la carte de Socin-Baedeker : Galilaa.
5) Belâdhori note a; Haneberg 1. c.
Quelle a été la position des deux armées à cette occasion *)? Je ne saurais le dire, et il m’est également impossible de donner une description de la bataille elle-même. Chez Eutychius il n’est pas clair si, par le nom de riviere de poussière, il désigne le Yarmouk ou le Wâdi Yâcouça; je pense que ce sera le dernier, puisque les divers récits semblent nous représenter le Wâdi Yâcouça comme un ravin profond qui en hiver forme le lit d’un torrent qu’Eutychius pouvait nommer à juste titre une grande rivière. Le nom de riviere de poussière nous rappelle le récit de Théophane. Sébéos l’Arménien dit aussi que les Romains avaient pénétré dans le camp des Musulmans, lorsque l’attaque soudaine d’une troupe qui se tenait en embuscade mit le désordre dans leurs rangs ; les sables dans lesquels ils s’enfonçaient jusqu’aux mollets et le soleil brûlant les empêchèrent de fuir et les livrèrent aux glaives de l’ennemi. Tous les chefs périrent et il n’en échappa qu’un petit nombre.
D’après Théophane, ce fut le 13 de Djomâda II 15 (23 juillet 636) qu’eut lieu la première rencontre, qui se termina en faveur des Musulmans, et durant un mois les armées restèrent en présence. L’auteur grec, dans un autre passage^), appelle la bataille rov kxtx Tx(otôàv kx) 'ispixouxàv. Le fragment syrien dit également que la bataille eut lieu à Gâbithâ. M. ISTôldeke écrit ^) : »il n’y a point de doute
1) Comp. Wetzstein, Reisehericht p. 102, Kremer, Mittelsyrien, p. 10, Caussin III, 43B.
2) Chez Hühschmann, Zur GescJàchte Arméniens und der ersten Kriege der
Aràber, p. 13. 3) Comp. Saif chez Tah. I, L‘tS, 12.
4) P. 510 (de Boor 332 1. 12). 5) P. 79.
que notre auteur n’entende par la bataille de Gâbithâ celle du Yarmouk. Car cette bataille décisive dans laquelle, selon lui, périrent 50,000 Romains, ne peut être différente de celle dans laquelle, selon les auteurs arabes, 70,000 Romains perdirent la vie. Aussi il n’y a pas eu dans cette contrée (à l’Ouest du Haurân) d’autre grande rencontre que celle du Yarmouk. Gâbithâ, à la vérité, est située à une certaine distance du Yarmouk et l’on ne peut écarter la difficulté en supposant qu’il s’agit ici d’un autre combat livré pendant cette lutte de plusieurs semaines — d’après Théopbane la bataille commença le 23 juillet, et Ibn Cotaiba emploie aussi l’expression d’»une des journées du Yarmouk” — , car l’auteur syrien parle certainement du dernier combat décisif livré au bord des ravins du Yarmouk à uu endroit qui nous est connu par les données précises que nous fournissent les auteurs arabes et par les recherches de Seetzeu. Mais Gâbithâ (en arabe aujourd’hui en-
core (jâbie) était un endroit connu, célèbre par la résidence des Ghassânides ; c’est là qu’Abou Obaida avait sou quartier (Tab. I, 114 = édit, de Leide I, , 3) et qu’Omar a résidé quelque temps pour organiser les affaires de la Syrie. Il n’est pas sans exemple qu’une bataille a été nommée d’après la place la plus considérable du voisinage”. Une autre solution de la difficulté serait de supposer ou que l’armée romaine, avant d’attaquer les Musulmans, aurait campé quelque temps à Djâbia, ou bien que la première rencontre avec les Musulmans aurait eu lieu tout près de là ^).
1) Comp. Millier, der Islam, I, 254 et sair.
Ce n’est qu’en Redjeb que fut livrée la bataille si funeste aux Romains. La désunion qui s’était mise entre le Sakellarius et Baânès, les intelligences d’autres chefs avec les Musulmans, la rébellion des soldats avaient déjà miné la force de l’armée romaine. Aussi, au jour du combat, jour si bien choisi par les Musulmans, les soldats romains, gênés en outre par un vent violent qui chassait la poussière dans leurs yeux et combattus avec acharnement par leurs ennemis, dont les femmes elles-mêmes avaient pris l’épée — furent obligés de vider le champ, quoiqu’ils fussent de beaucoup supérieurs en nombre ; la cavalerie se dispersa dans la plaine et chercha son salut dans la fuite; Djabala le Ghassânite se livra aux vainqueurs en se réclamant de sa parenté avec les Ançârs , et d’après quelques rapports embrassa l’Islam ; et l’infanterie, composée en grande partie de groupes enchaînés ’), devint la proie de l’épée des Musulmans et des précipices de Yâcouça. Les Musulmans, du moins si l’on en peut croire Ibn Ishâk, avaient aussi subi des pertes considérables, même avant la journée décisive, par la lâche retraite des Arabes syriens, leurs alliés ; mais parmi eux point de trahison, point de désunion au jour du péril. Quant au récit attribué à Abdallah ibn az-Zobair, il est vrai qu’az-Zobair prit
1) Comp. aussi Bekri et Sait chez Tab. I, La"), 12 et suiv. Dans la description de la bataille de Cadisîya on lit de même que les soldats s’étaient enchaînés, Tab. I, i’nP, 13, yt*’î*'v, 6 etc. Les Arabes eux-mêmes avaient appliqué cette mesure dans la guerre d’al-Fidjâr, Aghdni, XIX, va, 3 a f. et v‘1 , 1.
2) Peut-être que cette anecdote appartient à la bataille de Merdj aç-çoffar.
3) Bokhâri II, ff^A, 3 a f. et suiv., III, ov, 4 a f., ÔA, 2 et suiv,, Fâik II, 391 Us.
part à la bataille du Yarmouk — il y reçut même une blessure — et qu’il avait avec lui son fils Abdallah, âgé alors de 10 ans. Mais le seul fait que les deux fils d’Abou Sofyân, Yazîd et Moâwia, avaient de hauts commandements et que leur mère Hind, pleine d’ardeur, encouragea ses compatriotes à tenir ferme ’), suffit à nous faire considérer tout ce récit comme une vile calomnie, inventée dans le seul but d’exciter la haine et l’aversion contre la famille d’Omaya.
Le Sakellarius périt dans le combat; la plupart des rapports en disent autant de Baanès. Eutycbius cependant, qui pouvait être bien informé, nous apprend que cela est inexact. » Après sa défaite, dit-il, Bâbân n’osa pas retourner auprès du roi Héraclius, craignant que celui-ci ne le fît mourir. Il se réfugia donc au mont Sinaï où il se fit moine sous le nom d’Anastasius. Il est l’auteur d’une homélie où il explique le sixième psaume de David”. Peut-être faut-il rappeler ici que chez Ibn Isbâk le commandant de Damas se nomme Bâbân, tandis que le récit de Saif '^) l’appelle Nestâs, c’est-à-dire Anastase. Le capitaine des troupes arméniennes, qu’Ibn Isbâk appelle Djeredja (George), est chez Saif celui qui entamait avec Khâlid ibn al-Walîd de perfides négociations.
La défaite des Romains avait été complète. L’infanterie était anéantie et il ne restait que la cavalerie, qui s’était
1) V. ci-dessus p. 117. 2) Tab. I, flf*! , 9, 17.
3) Tab. 1, 13, comp. S’îov, 16, où la leçon de Kosegarten et de IA
(v. la note f) paraît préférable à celle de dn texte, et
p. Lav, 3 ^ . 4) Tab. I, 9.
sauvée en grande partie, mais seulement en fuyant précipitamment dans toutes les directions, vers Damas, vers Césarée, vers Jérusalem et même vers Antioche. Lorsque la nouvelle de la perte de la bataille arriva dans cette dernière ville, Héraclius perdit tout courage. L’armée sur laquelle il avait compté pour punir les Musulmans, de façon qu’ils ne se montrassent plus dans ses provinces, était détruite, et profondément affligé il quitta Antioche pour retourner à Constantinople. » Adieu, o ma Syrie, s’écria-t-il, ma belle province, tu es à l’ennemi !” Son départ eut lieu au mois de Shafflân de l’an 15 ').
Les Musulmans parlent fort peu de leurs propres pertes et à bon droit, car en comparaison de tout ce qu’ils avaient gagné, elles ne valaient pas la peine d’en parler au long. Cependant, dans les dictionnaires biographiques plusieurs noms des héros de ce temps portent la mention: »il périt dans la bataille du Yarmouk”, et longtemps après plusieurs guerriers borgnes servaient encore de preuve vivante que l’ennemi ne leur avait pas tourné le dos à la première vue.
Mais il était prouvé maintenant qu’ils valaient bien les Romains et même qu’ils étaient les plus forts, et les peuples du pays qui se seraient peut-être empressés de rétablir la domination des Romains, si les Musulmans avaient été battus, se bâtèrent maintenant d’embrasser le parti des vainqueurs et de les accueillir au son des tambours et au chant des chœurs. Car à leur sentiment, il leur fal-
1) Wâkidî chez Tab. I, fko , 9, Ibn Ishâk et Sait ib. 16 et snir.,
Belâdh. Eutycbius II, 381.
lait nécessairement un maître ’). Et quoique la domination des Grecs s’accordât mieux avec leurs convictions religieuses, ils se disaient que, par contre, celle des Musulmans contribuerait à leur bien-être matériel. Fortem fortuna adjuvat ®). La victoire du Yarmouk rendit les Musulmans maîtres de la Syrie ; il ne restait qu’à achever leur œuvre. En toute vérité Khâlid pouvait dire à ce moment, mais non pas plus tôt: »la Syrie ressemble à un chameau qui s’est couché tranquillement”.
Ce fut dans une disposition d’esprit bien amère que le grand capitaine prononça ces paroles, c’est-à-dire avant que l’année de la bataille du Yarmouk fût écoulée, au moment où il venait de recevoir d’Omar l’avis qu’il était relevé de ses fonctions et qu’Abou Obaida ibn al-Djarrâh devait le remplacer. Afin d’être d’accord avec la moitié des rapports au moins, je présume que ceci a eu lieu pendant, ou immédiatement après le second siège de Damas, au moment que les auxiliaires de l’Irâk reçurent l’ordre de quitter la Syrie pour se joindre à Sa’^d ibn abi Waccâç. Le retour de ces troupes, dont Khâlid avait conduit le noyau en Syrie, peut bien avoir donné lieu à cette destitution. J’ai démontré plus haut que ces deux événements ont dû se passer dans ce temps-là, et je ne crois pas m’avancer trop en établissant ce rapport.
Il n’est pas facile de dire ce qui a déterminé Omar à déposer Khâlid. Que ce n’ait été qu’une antipathie
1) Comp. Mas v. Berehem, La propriété territoriale et l’impôt foncier sous les premiers califes, p. 25: «une grande partie des terres était habitée par des colons. — Le colon ne faisait que changer de maître. ’
personnelle contre Khâlid, je ne saurais le croire; Omar était trop grand pour cela; s’il a nourri contre lui des sentiments hostiles, il les avait réprimés entièrement, et lorsque les intérêts de l’Islam l’avaient exigé, il n’avait point hésité à donner à Khâlid le commandement et d’employer » l’épée de Dieu” à la propagation de la doctrine du prophète et de la supi’ématie de son peuple. Mais un nouvel ordre de choses avait commencé pour la Syrie. La guerre était terminée, le pays était soumis, l’œuvre du guerrier était terminée. Le sol entamé attendait un cultivateur habile ; il s’agissait d’organiser, de ratifier des traités, de régler les rapports de vainqueurs à vaincus, d’encourager la reprise des travaux. L’empire de l’épée de Dieu avait fait son temps, celui du fidele gardien du peuple ’) devait le remplacer : Khâlid devait céder la place à Abou Obaida. Voilà, à mon avis, les véritables motifs qui ont guidé Omar. Pourtant on pourrait faire entrer aussi en ligne de compte ce que rapporte Ibn Ishâk ^), qui dit qu’Omar, qui exigeait de ses fonctionnaires la plus stricte probité et qui vérifiait exactement ce qu’ils avaient pu gagner dans le temps de leurs fonctions, jugeait que Khâlid s’était enrichi aux dépens des Musulmans et des vaincus; mais on ne peut nullement y voir le motif principal, comme le fait Ibn Hadjar ^). On dit aussi que Khâlid, à l’avis d’Omar, faisait trop de largesses ■'). Enfin on attribue à Omar ce motif que l’éclat
1) surnom honorifique d’Abou Obaida.
2) Tab. I, 10 — l*!ô. , 3, Comp. Saif ib. fûH et suiv.; Wüstenfeld
Begister p. 123, Caussin III, 516 et suiv.
3) I, Aôi** . 4) Tab. I, fûtl, II et suiv., I‘a‘1‘1, 2 et suiv.
du uom de Khâlid serait nuisible à la religion. D’après un passage du Kitâb al-hliarâdj d’Abou Yousof il aurait dit: »Je destituerai Khâlid, afin qu’il sache que c’est Dieu qui aide sa religion, et non pas lui”. De même chez Saif^): »Je ne l’ai pas destitué parce que je le soupçonnais, mais parce que les gens avaient une telle vénération pour lui que je craignais qu’ils ne missent leur confiance en lui (non en Dieu seul)”. Le même auteur dit que, lorsque Khâlid parut devant Omar, celui-ci récita le vers :
»Tu as fait des exploits comme nul autre avant toi, mais de tout ce que fait l’homme Dieu est l’auteur”.
Puis il lui imposa une amende, mais le gratifia en même temps pour le dédommager. Ensuite, pour le réhabiliter aux yeux des Musulmans et pour les engager à réfiéchir, il publia cette lettre: »Je n’ai pas destitué Khâlid parce que j’étais irrité contre lui ou parce qu’il avait outrepassé ses droits, mais ses mérites éblouissaient les hommes et je craignais qu’ils ne se fiassent en lui et qu’il ne devînt une pierre d’achoppement pour leur foi. J’ai voulu leur faire comprendre que Dieu est l’auteur de tout, et les préserver d’un aveuglement impie”.
Selon toute probabilité, Khâlid, peu après sa destitution, fut appelé à Médine pour rendre compte de son administration. Nous avons là-dessus le témoignage d’Ibn Ishâk qui, comme nous l’avons vu ^), a placé ces événements à une fausse date, mais qui pour les choses essentielles mérite notre confiance. Une anecdote puisée à bonne
1) P. AV. 5) Tab. I, tMi", 15 et suiv.
3) Tab. 1, Vo^A, 3 et suiv. 4) P. 70, 82.
source nous le confirme. Alcaina ibn Olâtha, Coraisliite noble et puissant, était rentré à Médine après son apostasie et avait obtenu son pardon. Lorsque Khâlid, après sa destitution, fut venu à Médine, Alcama, au crépuscule du matin, rencontra dans la mosquée Omar qu’il prit pour Kbâlid, car Khâlid et Omar, qui étaient cousins germains, se ressemblaient parfaitement. Alcama le salua et lui dit: »Eh bien, Abou Solaimân (c’était la conya de Khâlid), Omar t’a destitué?” — »C’est cela”. — »I1 ne l’a fait que parce qu’il était jaloux de toi”. — Omar dit: »Ne peux-tu rien faire contre lui?” — »A Dieu ne plaise; nous avons juré d’obéir et nous tiendrons notre promesse”. Le même jour, de grand matin. Omar donna audience et Khâlid et Alcama étaient présents ; alors il s’adressa à Khâlid avec la question: » qu’est-ce qu’Alcama t’a dit?” Khâlid répondit: »il ne m’a dit rien du tout” et il jura qu’il ne l’avait pas même vu avant l’heure présente. Alcama voyant passer un sourire sur le visage d’Omar, comprit qu’il s’était trompé de personne et fit des excuses. Omar alors le chargea du gouvernement du Haurân. Je ne veux pas enti’er dans un examen de la question qui se pose au sujet de cette nomination ^), mais l’établissement d’Alcama dans le Haurân, qui est certainement postérieur à cette rencontre à Médine, suppose que la conquête de la Syrie était un fait consommé.
Il n’est pas improbable que Khâlid, après avoir été relevé du commandement suprême, ait été nommé gouverneur
1) Aghâni XV, 9 a f. et suiv., ÔA, 5 a f. et suiv , Ibn Hadjar II, et suiv.
2) Voyez Goldziher Hutai'a p. 30, mais comp. Belâdh. 1. dern. et suiv.
d’Emèse et de Kinnasrîn '). C’est selon Ibn comme
nous l’avons vu ^), à Emèse qu’il prononça les paroles qui auraient été cause qu’il fut cité devant Abou Obaida par ordre d’Omar, afin de se justifier^). Ibn Isbâk et Saif'^) ont un récit détaillé de cette enquête. Le voyage de Kbâlid à Médine aurait eu pour but de protester chez Omar contre ce procédé. Nous ne savons pas au juste quand il en est revenu. Mais nous le retrouvons en Syrie en 17 lorsqu’il signa comme premier témoin le traité accordé par Omar aux habitants de Jérusalem. A l’occasion de sa visite à Médine, l’ancienne prévention ou le nouveau mécontentement semble être effacé pour jamais de l’esprit du khalife. Dorénavant nous voyons Kbâlid, sous le gouvernement d’Abou Obaida, concourir sans murmurer à la conquête de la Syrie, et lorsqu’en 21 il mourut à Emèse, il nomma Omar son héritier ’), et Omar non seulement ne désapprouva pas les actions de deuil des habitants de Médine ®), mais il pleura sa mort de manière qu’on lui en dit des choses désagréables ").
On cite encore un autre motif qui aurait amené sa destitution, mais Belâdhori “) le rejette comme faux: Kbâlid en
1) Comp. Belâdh. 4 a f. 2) P. 69.
3) Comp. Ibn Isbâk chez Tab. I, 12, Abou Yousof av^ 9 a f.
4) Tab. I, toH et suiv.
5) Belâdb. Wâkidî chez Tab. I, Hfo, 5 et suiv., Ibn Hadjar I, aûÎ*‘ .
6) Âghdni XV, if, XIX, aI , Tâitli II, 579, Osd aUghâba II, i-fi , Nawawi ffo ; comp. Goldziber, Muh. Stud. I, 248.
7) Agh. XIX, a1 , Ibn Hadjar 1. c.
8) P. ivv et suiv. Comp. Saif chez Tab. I, fûfô , 8 — 16.
prenant un bain se serait servi d’un onguent préparé au vin. Omar lui aurait écrit à ce sujet: »j’ai appris que vous vous êtes baigné en Syrie et que les barbares de la ville vous ont préparé un onguent au vin. Je vous regarde, O famille d’al-Mogbîra, comme des enfants de l’enfer” ^). Si Khâlid n’avait fait que cela, je pense qu’Omar le lui eût pardonné aisément. Du reste, une autre tradition raconte que Khâlid écrivit à Omar: »les hommes sont si adonnés au vin qu’ils ne se soucient point de la punition qu’on leur inflige”. — Eutychius rapporte qu’Omar le destitua parce que le siège de Damas durait trop longtemps.
Il ne sera guère difficile de soulever des objections contre la date à laquelle je place la démission de Khâlid, mais puisqu’il y a tant d’arguments solides qui plaident pour moi, je pense qu’on a le droit de ne pas en faire trop de cas, surtout à cause de la confusion qui règne dans les récits. Tel est le cas entre autres pour celui de Belâdhori ^), quand il dit qu’Amir ibn abi Waccâç, »étant venu en Syrie comme porteur de la lettre d’Oraar à Abou Obaida qui contenait sa nomination”, périt dans la bataille du Yarmouk. Dans son livre Ansâh al-aslirâf^) le même auteur dit seulement qu’il mourut en Syrie sous le khalifat d’Omar
1) Abou Obaid, Gliarîb al-hadUh, f. 237 r. et Zamakhshari Fâik I, 364 et suiv. ne mentionnent pas le vin. Donc, selon eux, seul le luxe immodéré •est désapprouvé.
2) Fâik I, 369. 3) II, 277.
4) P. comp. p. où il faut lire à la ligne 3 dépen-
dant de la préposition V* en
5) Ms. de feu M. Schefer f. 126 r.
et c’est ce que nous lisons aussi chez Ibn Hadjar ^), mais la tradition rejetée par Belâdhori, d’après laquelle il fut tué à Adjnâdîn, confirme celle qui le fait périr dans la bataille du Yarmouk, à cause de la confusion des deux batailles ^), et nous porte à rejeter une troisième tradition, que done Belâdhori et qui fait de lui une victime de la peste d’Emmaüs. Mais au lieu d’Amir, Madâini ®) nomme trois autres porteurs de la missive : Shaddâd ibn Aus, Mahmia ibn Djaz et Yarfâ, l’affranchi d’Omar. Abou Mibhnaf^) ne nomme que Yarfâ, Saif seulement Mahmia, Yacoubi ®) dit que Yarfâ apporta la nouvelle de la mort d’Abou Bekr, Shaddâd la nomination d’Abou Obaida comme commandant en chef et celle de Khâlid à la place d’Abou Obaida. Il ne me semble guère difficile de concilier les deux traditions. Amir aura porté à Khâlid sa nomination comme généralissime, les trois autres lui auront apporté la nouvelle de sa destitution ’). En effet, si la tradition d’après laquelle Amir aurait péri dans la bataille du Yarmouk est exacte, nous sommes obligés d’admettre qu’il est arrivé avant ou pendant cette bataille et, au dernier cas, qu’il a pris part au combat dès son arrivée. Comme Khâlid commandait dans cette bataille, nous serons obligés encore de supposer ou bien que Khâlid a mis de côté la lettre contenant sa destitution ®), ou bien qu’Abou Obaida ne lui
1) II, 2) Ci-dessus p. 60.
3) Tab. I, tifo, 10 et suiv. 4) Chez Ibn Hadjar III, Ü^av, 2.
5) Tab. I, t.lv, 3 où son père est appelé 6)
7) Shaddâd ibn Aus accompagna Omar à Jérusalem en Tan 17, v. Journ. K. As. Soc. XIX, 275.
8) Comp. Saif chez Tab. I, 2.
en a dit mot. Mais- presque toutes les traditions qui ne placent le remplacement de Khâlid par Abou Obaida ni immédiatement après la bataille d’Adjnâdîn *) ni à l’époque du siège de Damas, portent que cet événement eut lieu au milieu de la bataille de Fabl
Il ne saurait être question d’une bataille de Fabl après la prise de Damas, quoi qu’en disent Abou Mikhnaf et Saif, à moins de la mettre, avec ces deux auteurs, à la place de la bataille du Yarmouk. La description de Saif prouve clairement qu’il identifie la bataille antérieure de Fabl et celle du Yarmouk. Chez lui aussi le Sakellarius commande les Romains dans cette bataille et y périt; sa journée de Fabl a les mêmes conséquences importantes que, d’après le récit des autres, celle du Yarmouk. Or, il n’est pas difficile d’expliquer cette confusion comme la conséquence d’une erreur antérieure qui avait identifié la bataille d’Adjnâdîn- Yarmouk (Yarmoutb) et celle du Yarmouk (Hiéromax). Il est possible cependant que leur manière de représenter les choses ait contribué à faire naître le récit qui fait coïncider la démission de Khâlid avec la journée de Fabl, puisque d’autres la placent au temps de la bataille de Yâcouça — Yarmouk ^). L’opiuion toutefois qu’Omar aurait pris cette résolution au moment où il savait ou devait supposer les deux armées en présence, est trop absurde pour qu’on y ajoute foi.
Ce que les Musulmans avaient de plus pressé à faire après la bataille du Yarmouk, c’était naturellement de
1) Ci-dessus p. 64.
3} Belâdh. IL.
2) Ci-dessus p. 81 et suiv.
4) Ci-dessus p. 64.
réoccuper le terrain qu’ils avaient soumis déjà, mais qu’ils avaient été obligés d’évacuer à l’approche de l’armée romaine, et de reconquérir les places fortes qui servaient de refuge aux fuyards. Damas, la capitale, fut la première qu’ils tâchèrent de reprendre. Il semble qu’ils aient été arrêtés pendant quelque temps devant cette ville et qu’en dépit des bonnes dispositions des habitants, la garnison ait réussi à repousser leurs premiers efforts. Cependant, comme les faits qui précèdent ou suivent immédiatement la victoire du Yarmouk font un terrible imbroglio dans la mémoire des Musulmans, nous ne saurions guère être trop affirmatifs. Peut-être faut-il chercher là l’explication de tout ce qu’il y a de contradictoire dans les récits de la première conquête. Je n’oserais pas même assurer qu’Amr et Shorahbîl ont assisté à cette seconde conquête. Assurément les Musulmans n’ont pas emporté la ville sans coup férir, si du moins on peut admettre l’authenticité de l’entretien que Khâlid et Abou Obaida auraient eu à l’occasion de la destitution du premier, tel que Belâdhori nous le rapporte ’). D’après lui, Abou Obaida reçut sa nomination comme gouverneur de la Syrie pendant le siège de Damas, mais il n’en fit pas part à Khâlid, parce que celui-ci avait le commandement de l’armée. Après la prise de la ville Khâlid lui dit: »Quel était ton motif pour agir de la sorte?” Abou Obaida répondit: »Je craignais de nuire à ton autorité, tant que tu te trouvais en face de l’ennemi”. Quoi qu’il en soit, on maintint les principaux articles du premier traité ; seulement, il paraît que comme amende les
1) P. îk.
habitants ont été obligés de céder quelques églises, entre autres la moitié de l’église de St.-Jean. Selon Ibn Asâkir ’) ils conservèrent quinze églises, parmi elles celle de Maxillât.
La reprise de Damas introduit un nouvel ordre de choses dans ces contrées. Les auxiliaires de l’Irak quittent la Syrie, Abou Obaida devient gouverneur du pays, Amr retourne en Palestine, Shorahbîl au Jourdain et Yazîd ibn abi Sofyân est envoyé au littoral de Damas ^), chacun pour mettre la dernière main à la conquête de sa province, tandis qu’Ahou Obaida accompagné de Khâlid ^), qui cependant le quitte bientôt pour se rendre à Médine, se dirige vers le Nord sur Balbek et Emèse, et de là sur Kinnasrîn, Alep et Antioche. Amr mit le siège devant Aelia (Jérusalem) ^), Shorahbîl s’empara d’Acca, de Çour et de Çaffouria '’), tandis que Yazîd, avec son frère Moâwia, prit Çaida, Irca, Djobail et Bairout ®). Nous ne suivrons pas Abou Obaida dans sa marche victorieuse; Belâdhori y consacre plusieurs pages ’). Une ligne tracée d’Antioche à Manbidj sur l’Euphrate indique à peu près les limites de ses conquêtes.
Il nous reste encore à examiner les traditions relatives au départ des auxiliaires de l’Irak, qui, selon Saif*), arrivèrent à Câdisîya un mois après la ('seconde) prise de Damas. Belâdhori®) dit que Gais ibn al-Makshouh partit avec 700
1) Chez Ibn Shaddâd, p. 123.
2) Belâdh. , comp. ÎH et suiv. et . 3) Belâdh, îff , 4 a f.
4) Belâdh. Comp. Le Quien, Oriens christianus III, 277.
5) Belâdh. 'H. 6) Belâdh. IH.
7) P. 'I".— iff— lô. . 8) Tab. I, >*1" •O , 2 et suiv.
9) P. S'ai.
hommes et fait mention des traditions qui les font arriver durant la bataille de Câdisîya, à laquelle ils auraient pris part, et de celles qui les font arriver immédiatement après. Un vers de Cais qu’il cite') plaide pour les premières:
»Puis, après un mois, nous arrivâmes à Câdisîya, nos chevaux ayant la croupe tâchée de sang.
Nous y tînmes tête aux troupes du Chosroès et aux fils des nobles merzbân ;
Et lorsque je vis la cavalerie faire une volte, je me dirigeai vers le lieu où se tenait le roi puissant (Rostam) ; je frappai sa tête de mon glaive, ni ébréché ni émoussé, et il tomba mort.
Dieu était bon pour nous ce jour-là, car les bonnes actions sont profitables auprès de Dieu”.
Ibn Ishâk dit qu’Omar envoya Cais ibn al-Makshouh à la tête de 700 hommes; ils partirent du Yarmouk — il veut dire après la bataille du Yarmouk — et arrivèrent chez Sa'^d ibn abi Waccâç avant la bataille de Câdisîya ^). Puis il ajoute qu’Omar écrivit à Abou Obaida pour le prier d’envoyer des renforts à Sa'd, et que celui-ci expédia 1000 hommes sous les ordres d’Jyâdh ibn Ghanm al-Fihri. Jyâdh arriva après la bataille ^), mais il eut avec les siens sa part du butin et prit une part active à la poursuite des ennemis ®). Hâshim ibn Otba al-Mircâl commandait alors l’avant-garde.
Nul autre ne parle de cette expédition d’Jyâdh, sauf Saif), qui cependant ne le nomme pas parmi les capitaines de l’armée envoyée de Syrie, dont selon lui Hâshim
1) P. ni. 2) Tab. I, tro. , 2. 3) Ib. , 5, , 13.
4) Ib. , 8. 5) Ib. , 10 , rl^oî , 5.
6) Ib. , 3 et suiv.
ibn Otba était le général en chef. Mais elle est tout à fait inadmissible, si la tradition que le même Ibn Isbâk mentionne et d’après laquelle Abou Obaida confia à Jyâdh le mandat de poursuivre les fuyards du Yarmouk, tandis que celui-ci poussa alors jusqu’à Malatia, est authentique. Or, cette tradition — sauf la dernière partie — est confirmée par le détail que nous lisons chez Belâdhori ^), qu’Jyâdh commanda l’avant-garde de l’armée avec laquelle Abou Obaida prit Alep et Antioche ®). Saif dit qu’en 17 SaM ibn abi Waccâç reçut l’ordre de renvoyer Jyâdh à Abou Obaida et qu’Jyâdh prit la route de l’Euphrate. Selon Ibn Ishâk ^), SaM expédia Jyâdh en 19 pour la conquête de la Mésopotamie. Cette tradition est également à rejeter. Car nous savons par Belâdhori qu’Jyâdh avait été envoyé par Abou Obaida. Puis, Eutychius dit qu’Abou Obaida, quand il alla à la rencontre d’Omar, désigna Jyâdh comme son vicaire. Omar vint en Syrie en 17, mais selon Belâdhori Abou Obaida quitta Kinnasrîn déjà en 16. En 18, Abou Obaida, au moment de sa mort, désigna Jyâdh pour le remplacer. Dans cette même année , en Sha'^bân , Omar le nomma gouverneur d’Emèse, de Kinnasrîn et de la Mésopotamie®). Cais, dans sa poésie, s’attribue l’honneur d’avoir tué Rostam. Ibn Ishâk ®) et Saif nomment à sa place Hilâl ibn Ollafa. Le plus sûr semble être de nous en tenir au récit de Belâdhori :
I) Tab. I, trfl , 8. 2) P. !f1 , 3 a. f, !fv, 3, Sfl , 9, L. , 7,
3) Comp. aussi Abou Yousof p. ti*'. 4) Pab. I, l’o.ô.
5) P. in 1. dern., 11, IvL 6) II, 282. 7) P. 4 a f.
8) Comp. aussi Eutychius II, 294 et Théopbane 520 (de Boor 339); Wellhausen p. 87 et suiv. 9) Tab. I, 13 et suiv. 10) Ib. 10.
II) P. !*oa 1. pén. et suiv.
»Cais ibn al-Makshouh s’écria (clans la bataille de Câdisîya): »0 hommes! la mort dans la mêlée est le sort des nobles; ayez soin que ces incirconcis ne vous surpassent en constance et ne soient plus prompts à verser leur sang que vous”. Puis il combattit vaillamment. Dieu tua Rostam : son corps fut trouvé criblé de coups d’épée et de lance ; on ne sait pas à qui revient l’honneur de l’avoir tué”. Ensuite il nomme diverses personnes qui revendiquent cet honneur, et parmi eux Hilâl ibn Ollafa.