La moyenne, qui se fait tous les deux cent quarante
ans , lors du passage d’une triade à l’auti’e;
3. La grande , qui se produit après neuf cent soixante ans , lors du retour de la conjonction dans la même place du
zodiaque.
La grande conjonction , presqu’un millénium , annonce l’arrivée d’événements considérables, tels que des changements de religions et de dynasties ou la transmission de la souveraineté d’un peuple à un autre. La conjonction moyenne présage l’apparition de conquérants et d hommes qui aspirent à la souveraineté. La petite , enfin , indique l’apparition de rebelles, de fondateurs de sectes, et la dévastation de villes et de pays. Dans les intervalles de ces conjonctions ont lieu celles des deux planètes malheureuses.
La connaissance de ces prédictions astrologiques est d’une très-grande importance pour l’étude de l’histoire des peuples musulmans , parce qu’ils y ajoutaient foi et se laissaient diriger par elles dans leurs actions. Ibn abî Osaïbia donne quelques exemples frappants de la grande influence que cette croyance exerçait sur la vie privée : Gbadhîdh , ancienne concubine de Haroun ar-Rachîd et
1) Edition de M. A. Müller I. 130. 130 et suiv.. 208.
mère d’une princesse, fut un jour prise d’une colique violente. Le médecin ordonna un lavement qu’il aurait fallu administrer sans retard. On consulta les deux astrologues du palais afin de savoir si le moment était favorable. L’un dit: »Cette maladie est de celles qui ne » souffrent point de délai. Je vous conseille de suivre l’or- »donnance du médecin”. Mais l’autre répondit: sLa Lune j>est aujourd’hui en conjonction avec Saturne ; demain elle »le sera avec Jupiter; je vous propose donc de différer la »cure jusqu’à demain”. — »Je crains, reprit le premier, î qu’avant que la conjonction de la Lune avec Jupiter »ait eu lieu, le mal n’ait fait déjà de tels progrès qu’au- »cun remède ne soit plus nécessaire”. La malade et la princesse sa fille furent si irritées de cette prédiction de mauvais augure que le pauvre astrologue de bon sens dut s’en aller; la malade ne manqua pas de mourir avant l’aube du lendemain. Le récit suivant est encore plus fort. Un fonctionnaire influent, mû par le désir de sauver un protégé , se risqua à remettre au khalife Motawakkil un rapport faux sur une enquête dont il avait été chargé, parce que la fausseté n’en pouvait être constatée que quatre mois après et que , selon les prédictions des astres, le khalife devait mourir avant ce temps. En effet, il fut assassiné deux mois plus tard.
L’influence n’était pas moins grande sur les événements politiques. Tabarî nous eu donne un cas sous l’an 66 *). Masoudî, de sou côté, nous apprend que le khalife Abdalmélik eut auprès de lui , pendant toute son
I) II, 601, 1. dern.
expéditioQ en Irak, un astrologue auquel il était fort attaché^ . Autre fait: lorsque Merwân II dit, au moment de la bataille décisive où il devait perdre son empire contre les Abbasides , que si ses adversaires ne l’attaquaient pas avant le coucher du soleil il serait vainqueur, il est évident que cette parole se fondait sur l’idée que l’horoscope , pour ce jour-là , était funeste aux Omayades et qu’il leur serait favorable le lendemain. Masoudî *) raconte encore du khalife al Mançour qu’il se laissait déterminer par les prédictions des astrologues. C’est principalement dans la seconde moitié du troisième siècle que nous trouvons les preuves les plus frappantes de cette croyance à l’influence des étoiles. Le prince des esclaves insurgés avait toujours ses astrolabes auprès de lui^); à la cour de Samarrâ et de Bagdad les astrologues jouissaient d’une très-grande autorité ^). Mais c’est l’histoire des Fatimides et des Carmathes qui nous présente le plus d’exemples. L’astrologie jouait un grand rôle dans les mystères d’Abdallah ibn Maïmoun et de ses descendants. Lorsque Sa’îd-Obaïdallah le Mahdî se réfugia en Al'rique, il fut dépouillé près de Tâhouna par des brigands et on lui vola , entre autres choses , ses livres d’oracles et d’autres écrits secrets ®). Son fils al-Câïm les retrouva lors de sa première expédition en Egypte , qui , du reste , échoua. Obaïdallah fut tellement heureux de cet événement
1; Masoudî V, 244. 2) Tabarî TII, 40, 1. 5.