‹ Mémoire sur les causes générales des syphilidesChapitre 15 sur 20 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

PUEMliîRE OBSERVATION.

Deux blennorrhagies. — Chancres et bubons traités antiphlogistiquement. — Quatre ans après, syphilide papuleuse à la suite de fatigues et de fièvre intermittente quotidienne.

N...., commis-voyageur, âgé de 27 ans , d'une forle constitution , caractérisée par des cheveux noirs, un système pileux el musculnire très-développé, et une bonne santé, quelques douleurs articulaires rhumatismales el des palpitations exceptées; contracta en i83o, pour la première fois une blennorrhagie avec une fille publique. Cet écoulement fut accompagné de vives douleurs et dura trois semaines environ sans complication. Au début, on fit une application de vingt sangsues au périnée : puis les hains et des boissons abondantes amenèrent la guérison sans l'emploi d'aucun astringent.

Trois mois après , vivant depuis environ quatre semaines, sans avoir éprouvé de nouveaux symptômes primitifs , avec une femme qui ne lui avait donné aucun mal i il se déclara , après des excès de coït, une seconde blennorrhagie qui durait depuisdixàdouze jours, lorsque la révolution de juillet éclata. Les émotions et les fatigues que le malade éprouva pendant les trois journées supprimèrent l'écoulement pendant six à huit jours , après lesquels il reparut pour cesser définitivement au bout de deux semaines. Le traitement fut le même que la première fois.

L'année suivante (i83i), N.... contracta avec une fille publique un chancre placé au frein du gland, qui le dé-

truisit entièrement et tlura au moins vingt-cinq jonrs. Ce chancre était sur le point de se gnérir, lorsque le malade eut des rapports avec une femme ; il s'ensuivit une inflammation très-vive et un bubon du côté gauche. Envain soixante sangsues furent -elles appliquées sur l'engorgement , la suppuration survint et le bubon fut ouvert avec le bislouri, les bords de la plaie se renversèrent et prirent un mauvais aspect ; néanmoins , h l'aide de pansements avec le styrax et une compression méthodique , la cicatrisation eut lieu en un mois de temps environ. Pas un atome de mercure ne fut employé pour le traitement de ces trois alTeclions.

Pendant les années ]852 , i853 et i834» N.... n'éprouva pas le plus léger symptôme qui pût être attribué h la syphilis , et il jouit constamment de la meilleure santé. En août i835 , il fit des courses très-fatigantes qui l'obligeaient à être nuit et jour à cheval; pendant six semaines , il supporta toutes les intempéries de l'air, et revint à Paris très-fatigué. Après huit ou dix jours de malaise , il fut pris dans les premiers jours d'octobre d'un accès de fièvre précédé de frisson qui revint pendant sept jours de suite régufièrement à huit heures du soir, et durait jusqu'à une heure du matin. Sous l'influence du sulfate de quinine, la fièvre disparut, mais il resta un gonflement considérable de la rate pour lequel on oppliiqua quatre fois de suite dix à quinze sangsues. La douleur de rhypochondre gauche se dissipa; mais le premier jour que le malade sortit, l'air était froid et il rentra afi*ecté d'une éruption qu'un habile médecin déclara n'être qu'une urticaire. Cette éruption n'occupait que la face; elle consistait en papules rouges, saillantes, ayant un dia-

mètre de une h cinq lignes, et elle était survenue dans l'espace d'une heure; raffeclion locale était accompagnée d'une fièvre générale qui retint le malade dix à douze jours au lit. Il se purgea, but des boissons rafraîchissantes , l'éruption disparut peu à peu , et fut suivie d'une légère desquammation • l'appétit revint , et le malade put sortir le 20 octobre.

Le 3 novembre , après un voyage de six lieues par un temps très - rigoureux , il revint avec la figure dans le même état que la première fois; il avait de plus un gonflement érysipélateux , et une éruption de pustules qui couvrit toute la face et bientôt tout le dos; des papules se montrèrent sur les bras; une saignée', des lotions émollientes firent cesser la turgescence inflammatoire et disparaître les pustules, mais les papules persistèrent. Leurs caractères étaient les suivants : diamètre d'une à deux lignes , saillie légère , couleur cuivrée , légère desquammation à laquelle succède un liséré blanc; démangeaisons vives, surtout dans les sourcils, sur le front et dans les favoris , où elles sont plus nombreuses que dans les membres; le malade souffrait d'insomnies, et, au commencement de décembre , il fut tourmenté de douleurs ostéocopes nocturnes, occupant tour à tour la tête, le bras gauche et les deux jambes. En janvier i836, il survint des périostoses aux deux cubitus et aux deux tibias. Des soins hygiéniques bien entendus, l'emploi du proto-iodure de mercure et de l'opium rétablirent le malade dans le courant de l'été»

DEVXlkîIE OBSERVATION.

SvphiliJe papuleuse discrète. — Invasion à la suite immédiate de chancres sans traitement antérieur.

Le nommé Jean Chovet , âgé de quarante sept ans , journalier, d'une constitution assez faible, ayant la peau jiiune et terne , est doué d'une intelligence médiocre. Miarié depuis dix-huit ans, il n'a jamais vu d'autre femme que la sienne; mais un jour, étant ivre , il alla chez une lille. Huit jours après , sans avoir ni écoulement ni ardeur à uriner, il aperçoit à la partie inférieure du pré^ puce une petite ulcération arrondie. Trois jours après, siirvient une éruption d'abord h la fesse , puis à la tête. L'n herboriste est consulté ; il conseille l'infusion d'une plante dont il m'est impossible de découvrir l'espèce. Le malade boit trois ou quatre pots de cette tisane , et se présente à l'hôpital sans avoir fait d'autre traitement.

Son état un mois après l'infection syphilitique est le suivant : prépuce de la verge tuméfié et couvert de qua^ Irc ulcérations circulaires à bords relevés, fond rougeâire et jaunâtre, lorsqu'il existe une légère fausse membrane. L'une est de la grandeur d'une pièce de 5 sous , les autres beaucoup plus petites. Léger suintement blanc I entre le prépuce et le gland , impossibilité de découvrir celui-ci au-delci de l'espace circulaire, dont l'orifice du uiéat est le centre. Sur la verge, sont huit à dix tubercules arrondis de la grandeur d'une petite lentille, de la même couleur que la peau , et recouverts de squam'^ mes légères. Des ulcérations arrondies superficielles S0

confondant les unes avec les autres, à fond jaunâtre, au milieu duquel on reconnaît quelques Lourjjeons charnus, ont envahi tous les points du scrotum qui sont en contact avec la verge ou avec la partie interne des cuisses. Des tubercules suppurants (pustules plates de Cullerier), donnant lieu à des ulcères ronds, à bords proéminents et durs, à fond rougcàlre , recouvrent celte dernière partie au nombre de 5 à 6 de chaque côté. Les parties externes et antérieures des cuisses, le corps et les membres supérieurs sont parsemés en outre de papules saillantes, d'une demi-ligne, lisses, arrondies, hémisphériques, d'un rouge pâle, passant quelquefois au brun. Un petit nombre présente des sqnammes furfuracées, blanches et très-légères ; les plus grosses sont de la grandeur d'une lentille, les plus petites de celle d'un petit grain de millet. A la racine du nez et dans les cheveux , tubercules surmontés d'une croûte jaune conique et assez consistante. Point de traitement. Le 22 décembre, les ulcérations du scrotum sont tout-à-fait cicatrisées, les pustules de la partie interne des cuisses séchées. Les papules dans le même état, sauf qu'on n'observe plus sur aucune d'elles des squammes furfuracées.

Le 5i, les papules sont presque toutes plissées, d'une teinte cuivrée, entourées d'un liséré , ou couvertes de squammes légères ; celles de la poitrine sont plus rouges et dépourvues de squammes. 2 pilules de cyanure de mercure.

Au bout de 26 jours, après avoir pris 107 pilules, le malade éprouve de légères coliques , un peu de gonflement des gencives et de salivation, les pilules sont suspendues pendant quinze jours. Au bout de ce temps .

elles sont reprises : le malade en reprend 70 en 21 jours, et sort le 20 février.

Je le revois le 4 mars. Partout où. la syphilide existait, elle a laissé des tcâches brunâtres sans dépression. Il existe encore un certain nombre de petites papules pâles et peu saillantes à In partie interne des cuisses.

Page 1