CHAPITRE PREMIER
Remarques Préliminaires
lique au Canada, (voir document N.° 1), j'ai l'honneur d'exposer, dans les pages suivantes, au Saint-Père et aux Eminentissimes Cardinaux qui composent la Sacrée Congrégation de là Propagande, brièvement, les raisons pour lesquelles je n'ai pu, malgré la meilleure bonne volonté de ma part, recevoir les comptes que le Séminaire de Québec a présentés contre la succursale de l'Université Laval à Montréal.
En mème temps, dans le dessein d'amener, sous bref délai, un réglement de comptes définitif et satisfaisant pour toutes les parties intéressées, je me permets de demander ‘respectueusement au Saint- Siège de vouloir bien nommer un tribunal d'arbitrage pour nous entendre et décider, avec autorité, de nos points de vue différents.
Je ne viens me plaindre amérement de personne. Je respecte grandement ces Messieurs du Séminaire de Québec, et en particulier
ceux qui sont à la gouverne des affaires, Je suis sous l'impression que >
le plus grand nombre d'entre eux, fatigués de nos trop longues rivalités, soupirant après le moment où il nous sera donné, enfin, d'avoir la paix dans notre monde universitaire, sont disposés, comme nous croyons l'être de notre côté, pour en arriver à un résultat aussi bienfaisant, à faire de grands sacrifices d'opinion, d'espérances et d'argent.
Il est évident toutefois, par les profondes divergences d'opinion qui nous séparent sur cette question des comptes, que tous, animés qu'ils puissent ètre de dispositions conciliantes, n'entendent pas de la même manière les moyens de conciliation. Quand, dans ce mémoire, j'emploie l'expression “ le séminaire de Québec, , je dois dire que je veux désigner surtout les quelques dignitaires, que leur âge, de nombreuses qualités et un dévoûment indiscutable pour les intérèts particuliers de leur maison, ont porté à la tète de cette vénérable institution. J'aime toujours à croire que nous üuirons, eux et nous, par en arriver à une entente complète, laquelle serait, dans mon humble opinion, pour les deux sièges de l'université, le principe d'un développement trés rapide et l'ère d'une prospérité sans égale. Ce que nous demandons actuellement à Montréal, me parait si rationnel, si modéré, que je ne vois pas, vraiment, comment on pourrait ne pas s'y prèter volontiers. Nous ne demandons point que le séminaire de Québec cède, de lui-même, rien de ce qu'il croit être de ses droits; seulement nous offrons de soumettre nos prétentions réciproques à un conseil d'hommes honorables, respectés, acceptables des deux côtés, pour en passer par ce qu'ils auront, après nous avoir entendus, décidé, Et quant à moi, cette décision, quelle qu'elle soit, sera reçue avec bonheur comme la solution de nos pénibles différents, définitive et, par cela mème au moins, la meilleure.
On m'a acceusé, en certains quartiers, de vouloir temporiser, et d'avoir apporté, à dessein, de la mauvaise volonté dans l'examen, le réglement et l'acceptation: de ces comptes. Je n'entreprendrai pas, par des paroles spéciales, de réfuter cet avancé: le simple exposé des faits, je l'espère, en sera une réponse victorieuse, Il prouvera jusqu'à l'évidence que j'ai toujours été disposé, même anxieux, de payer au séminaire de Québec ce que la succursale lui doit réellement. Autant et, peut-être, plus que tout autre, j'ai intérèt à soulager mon administration aux affaires de la succursale de cet embarras qui la gêne; et voilà pourquoi je désire si ardemment que l'examen de cette question, afin qu'elle aboutisse sans retour, en vienne, au plus tôt, à être fait, discuté et réglé à son mérite.
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En réponse à un autre soupéon qui a été soulevé, je proteste que je suis un partisan de l'unité universitaire, telle que la veut le Saint-Père; et j'ose me flatter que ma conduite comme Vice-Recteur jusqu'ici, en est considérée, par les hommes impartiaux de n'importe quel parti, comme une preuve indubitable. Dans l'exécution de cette mission difficile, dont m'a chargé la contiance de mes supérieurs ecclésiastiques, de rallier en ces temps agités autour de l'oeuvre universitaire les sympathies du district de Montréal, de concilier les intérêts les plus divers, et de créer pour la succursale des ressources pécuniaires qui, après treize ans d'existence, lui font défaut complètement, J'ai voulu me faire un scrupule de respecter les droits acquis comme les devoirs de la subordination hiérarchique; et, pour me conduire, à travers tant d'écueils et de difficultés, en outre et au-dessus des conseils de personnages éminents, j'ai pris pour boussole les sages directions des décrets romains, parmi lesquels le moins important, certes, n'est pas la constitution Jam dudum.
Mais venons en à la question qui fait le sujet de ce mémoire.
Trois jours seulement apres que j'eus accepté la charge de Vice- Recteur, comme je me trouvais à l'Hôpital, retenu par une indisposition passagère, M. l'abbé Marcoux, l'ex-Vice-Recteur que je remplaçais, se disant envoyé par le séminaire de Québec, me présenta une pelite feuille volante sur laquelle étaient inscrits, d'une manière très succincte, les comptes de la succursale pour l’année courante, et les réclamations pécuniaires que le’séminaire de Québec prétendait avoir contre elle pour les années précédentes. Le tout se montait à une trentaine de mille piastres (150,000 francs), si je me rappelle bien: car, plus tard, sous prétexte de préparer de nouveaux comptes, M. Marcoux me demanda de vouloir bien lui passer la petite feuille, et elle ne m'est jamais revenue.
Pendant cinq jours il ne cessa de me presser, à maintes reprises, d'accepter ces comptes immédiatement, surtout de reconnaitre à l'instant certains chèques sur la banque dont le terme de paiement
était échu, assurait-il: insistant toujours, allant à la fin jusqu'à dire,
en présence de Monseigneur l'Achevéque de Montréal, que si je re-
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fusais de me rendre à ses demandes, il y aurait, (ce qu’il déplorait beaucoup à cause du scandale), il y aurait du bruit.
Je répondais à M. Marcoux qu'il voulût bien attendre quelques jours, au moins jusqu'à ce que je fusse sorti des mains du médecin; que ne je pouvais, “x abrupto, sans examen, accepter décemment des réclamations aussi considérables; qu'en agissant avec une telle légèreté je serais blâmé, à bon droit, par les évêques, par le clergé, par les laïques de toute la province ecclésiastique de Montréal; que du reste je ne pensais pas avoir, par le seul fait de ma nomination comme Vice-Recteur, les facultés légales de régler ces questions monétaires; que, dans tous les cas, aussitôt que je pourrais m'occuper d'affaires, je me ferais donner, par qui de droit, s'il en était besoin, les pouvoirs compétents. Tout de même je ne cacherai pas que cette manière de procéder me paraissait étrange; et j'étais à me demander pourquoi cette hâte, cette précipitation dans le réglement de questions aussi sérieuses.
Avant d'aller plus loin, je dois faire remarquer qu'il existait depuis l'automne de 1884, entre l'Archevèque de Montréal et le Séminaire de Québec, un arrangement par lequel le Séminaire se chargeait de l'administration financière de la succursale de l'Université à Montréal : il s'engageait à rendre les comptes de la succursale à l'archevêque, chaque année, au mois d'Octobre; il renonçait au pouvoir de forcer Jamais le diocèse de Montréal à reprendre l'administration financière de 1x succursale; mais l'archevèque était libre, en tout temps, de redemander cette administration, en remboursant au Séminaire de Québec les dépenses que ce dernier aurait pu faire pour le fonctionnement de la susdite institution.
Par ces démarches de M. l'abbé Marcoux, je compris que le Séminaire de Québec, ne se considérant plus lié par l'ar ‘angement que je viens d'exposer, remettait lui-même à Monseigneur l'Archevêque de Montréal pour l'avenir l'administration financière de la succursale. La preuve en devint encore plus explicite, quelques jours plus tard, lorsque je reçus cetle réponse de Mgr. B. Paquet, supérieur de Séminaire de Québec: “ Par le fait de la nomination du nouveau Vice-
Recteur, le Séminaire a abandonné l'administration financière de là succursale le jour même de cette nomination , (Voir document N° Il).
Les comptes n'ont jamais été rendas au mois d'octobre. C'est malheureux. Pourquoi ? je l'ignore. Si on avait jugé à propos de se mettre en règle, sur ce point chaque année, on nous aurait épargné pour aujourd'hui bien du trouble. En face de cet empressement fiévreux de M. Marcoux, je ne pouvais m'empêcher de me dire: Pourquoi être si pressé maintenant, lorsque depuis quatre ans on l'était si peu?
Je connaissais cet arrangement entre l'Archevèque de Montréal et le Séminaire de Québec; et il me semblait que, nommé Vice-Recteur alors que cette convention était censée ètre encore en force, je ne me trouvais pas, par le fait seul de ma nomination, l’agent financier de la Succursale. Par conséquent je ne pouvais, avec les pouvoirs que j'avais alors, régler de tels comptes avec M. Marcoux de suite, à l'Hôpital, quand bien même la prudence et la convenance ne m'auraient pas dicté une autre ligne de conduite.
Aussitôt que ma santé fut rétablie, je me fis nommer par l'Archevèque de Montréal, qui dut à cette fin rassembler les membres de sa corporation épiscopale, procureur «ad hoc pour régler les affaires pécuniaires de la succursale ; et, comme je ne voulais pas prendre sur moi seul la responsabilité d'un réglement de comptes aussi important, je demandai à l'Archevèque de vouloir bien me donner, pour m'assister de leurs avis et de leur expérience, un conseil d'hommes connus, devant tout le publie, autant par leur intégrité que par leur entente des affaires. (Voir document N.° II).
Ceci se passait le 8 du mois d'Aoùût, huit jours seulement après que j'eus accepté la charge de Vice-Recteur. Pouvait-on entrer plus vite en besogne ?
Les Messieurs qui consentirent à faire partie de ce-conseil provisoire sont M. L. D. Maréchal, Vicaire général de Monseigneur l'Archevèque de Montréal; l'Honorable J. 0, Chauveau, ancien pre-
mier ministre de la Province de Québec, et actuellement doyen de la faculté de droit de l'Université Laval à Montréal ; l'Honorable juge Jetté, ancien ministre de la Puissance du Canada, et l'un des plus