‹ Mémoire sur les cucurbitacéesChapitre 17 sur 28 · DOUÉES DE MOUVEMENS EXCITABLES · texte numérisé non relu

DOUÉES DE MOUVEMENS EXCITABLES

Par M.r J. MACAIRE-PRINSEP.

Lu à la Société de Physique et à" Histoire naturelle , le i6 Décembre l8ti.

Ayakt appris de mon ami et collègue M. Marcet, que le résultat de l'action des poisons sur les végétaux, étoit fort semblable à celui observé dès long-temps, sur l'économie animale , il me parut intéressant de suivre le rapprochement plus loin , en déterminant , s'il étoit possable, la manière d'agir des substances vénéneuses, lorsque leur influence s'exerçoit sur les végétaux. J'ai entrepris pour cet effet quelques expériences qui font le sujet de ce

Les grandes différences que présente l'organisation apparente des animaux et des végétaux , rendent toujours difficiles et incomplètes les comparaisons qu'on voudrait faire entre les effets relatifs des mêmes agens : les recherches anatomiques qui sont d'un si grand secours dans les

expériences de physiologie animale, sont impossibles ou n'apprennent rien sur les végétaux. Les plus fortes loupes et de considérables grossissemens au microscope, n'ont fait découvrir aucune altération de tissu apparente dans les végétaux empoisonnés; quelques indices seulement, ont permis de supposer l'absorption de ia substance vénéneuse dans toutes les parties du végétal et sans employer des infusions vénéneuses colorées, de crainte de modifier lesrésultats, le choix des poisons et des végétaux, pouvoit quelquefois fournir des moyens de rendre l'absorption apparente. Ainsi, j'ai fait tremper des végétaux > dont les couleurs tranchées sont en possession de servir de réactifs au chimiste, par les changemens que leur font subir plusieurs corps , dans des solutions de ceux de ces corps doués de propriétés vénéneuses et j'ai eu souvent l'occasion de voir, avant la mort du végétal, produire ces changemens. Des fleurs de Violettes ( Viola odorala) et d'Anchoiie (Aquilegla vulgaris ) , dont les tiges trempoient dans des solutions d'acétate de plomb, se sont colorées en verd, avant la mort complète de la plante qui a eu lieu au bout de deux ou trois jours. Il n'est pas besoin de dire que dans ces expériences comme dans toutes les autres quil me reste à décrire , des végétaux semblables ont été mis dans de l'eau pure et n'y avoient point souffert pendant îe même espace de temps. Dans quelques poisons, l'absorption n'a pas paru être aussi active ni s'étendre aussi loin dans le végétal ; ainsi dans le sublimé corrosif en dissolution , les mêmes plantes sont mortes à peu près aussi vite, mais la tige n'a présenté de traces de sublimé qu'à une certaine hau-

sur l'influence des poisons etc. 6fj

teur et les fleurs n'ont été altérées dans leur couleur que lorsqu'elles se trouvoient très- près de la surface du liquide. Dans les acides minéraux étendus , des fleurs de violette étoieut déjà rougies quelles n'a voient point encore perdu leur odeur. L'on pouvoit suivre sur la tige l'effet de l'absorption de l'acide par la couleur rougeâtre qu'elle produisoit , et la partie de la tige qui trempoit étoit toujours moins altérée que celle en dehors de l'acide.

En répétant et variant des expériences du même genre, il parut assez, évident que , comme on peut l'observer chez les animaux , certains poisons étoient absorbés dans la plante toute entière, et d'autres n'exerçoient leurs effets nuisibles qu'au moyen d'une action locale, transmise d'une manière inconnue, et par d'autres voies que les vaisseaux proprement dits , aux autres parties du végétal.

Ceci établi , le second objet de ces recherches étoit de découvrir le genre d'action exercée sur les fonctions vitales du végétal j il m'a paru que le seul moyen d'y parvenir était de soumettre à l'influence des poisons de diverses classes, des plantes susceptibles de mouvemens visibles, qu'il dépendit de l'observateur d'exciter à volonté. Le premier de ces végétaux si peu nombreux que j'employai à ces expériences, fut l'épine vinette {Berheris vulgaris). Chacun sait que les fleurs de cet arbrisseau sont pourvues de six étamines qui ont la singulière propriété de s'approcher rapidement du pistil, dont elles sont fort écartées dans l'état de floraison complète, si ion touche le filet avec la pointe d'un instrument. Le mouvement n'a lieu qu'à la base du filet, comme par une articulation » efc il suffit pour le pro-

duire de toucher avec la pointe d'une aiguille telle partie que ce soit du filet ou même de l'anthère. Si l'on pique le tissu de letamine plus profondément , le mouvement est plus prompt et présente quelquefois de légères oscillations. Quelquefois aussi et surtout à une température basse , le mouvement est plus lent et quelques instans s'écoulent entre l'approche de letamine du pistil et l'irritation qu'elle a éprouvée. Plongées dans l'eau pure et dans l'eau gommée, les tiges fleuries du Berberis conservent plusieurs jours leurs fleurs épanouies à la lumière et susceptibles de contraction. Le soir, les étamines et les pétales se rapprochent du pistil comme dans les individus sur pied, et entrent dans l'état que les botanistes nomment sommeil, pour s'ouvrir et s'épanouir le lendemain.

i .re Expérience.

Des tiges d'épine vinette ayant été plongées dans de l'acide prussique (hydrocyanique) étendu, pendant quatre heures , les étamines quoique écartées encore , avoient entièrement perdu toute propriété contractile par l'irritation. L'articulationétoit flexible et l'on pouvoit les incliner à volonté avec l'instrument. Les feuilles commençoient à peine à se flétrir. En plaçant les fleurs épanouies sur la liqueur prussique, le même effet avoitlieu mais bien plus proroptementet les étamines avoient perdu toute leur irritabilité.

a.e Expérience.

La même expérience fut répétée dans une solution

sur l'influence des poisons etc. Jt

d'opium aqueuse, et après neuf heures, les fleurs furent trouvées ouvertes et les étamines molles et incapables de contraction.

Page 1