e Expérience
Des solutions étendues d'oxide d'arsenic et d'arseniate de potasse, furent ensuite employées, et après trois heures , les] étamines des tiges plongées, av oient aussi perdu la faculté de se rapprocher du pistil, mais il étoit remarquable qu'elles étoient roides, retirées en arrière, dures et ne pouvoient être changées de place qu'en les arrachant. On auroit dit qu'elles éprouvoient une irritation , une inflammation végétale , si l'on ose s'exprimer ainsi.
La solution de sublimé corrosif a les mêmes effets quoique moins prompts et moins sensibles.
Le second des végétaux à mouvemens excitables que je pus soumettre au même genre d'expériences fut la Sensitive ( Mimosa pudica ).
Il est inutile de décrire ici les mouvemens que présente cette plante dans l'état de santé. Ils sont connus de tout le monde et ont été étudiés par un grand nombre de botanistes parmi lesquels il suffira de citer M. Des Fontaines et tout dernièrement M. Dutrochet, quia ajouté des faits intéressans à ceux observés par ses devanciers.
Lorsqu'on coupe une feuille de sensitive et qu'on la laisse tomber sur un vase d'eau pure, elle contracte d'ordinaire promptement ses folioles, mais les épanouit de nouveau après quelques minutes et redevient susceptible de les resserrer par le contact d'un corps étranger comme aupara-
vant. On peut ainsi la conserver sensible deux ou trois jours. Si même la section est faite sans secousse et avec un instrument bien tranchant, on peut parvenir à séparer la feuille sans que les folioles se soient contractées. On peut de même conserver sensibles plusieurs jours , en trempant les tiges dans l'eau fraîche, les branches séparées de ce végétal.
L'eau gommée réussit de la même manière.
Action des Corrosifs.
Sublimé.
Lorsqu'on coupe et laisse tomber sur une solution de sublimé corrosif une feuille de sensitive, l'on observe des contractions assez promptes de la feuille et des folioles qui se ploient d'une manière inusitée , mais les folioles ne s'épanouissent point. L'on essaie de mettre la feuille dans l'eau pure, mais inutilement, les folioles sont roides et immobiles , le doigt ne les plie que difficilement.
Dans un vase d'eau qui contient une branche épanouie de sensitive, l'on ajoute un peu de solution de sublimé corrosif. Les folioles se contournent peu à peu d'une manière singulière, puis se resserrent et s'abaissent. Lorsque la solution est foibie elles se r'ouvrent ie lendemain et sont encore sensibles , mais elles se contractent en se contournant et sont jusqu'à la mort roides et tendues. • Les solutions d'arsenic et cVarseniate de potasse présentent les mêmes phénomènes.
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Action des Stupéfians.
Opium.
Une solution d'opium dans l'eau bouillante , a été refroidie, suffisamment étendue et une feuille de sensitive y a été placée à une heure et demie. Après quelques minutes elle s'est épanouie comme dans l'eau, et essayée une demiheure après , a donné, les signes accoutumés de contractilité. A 6 heures elle était épanouie, en apparence dans l'état naturel , mais elle n'étoit pas susceptible de mouvemens par l'excitation. Les folioles en étoient flexibles à l'articulation et présentoient un contraste prononcé avec l'état d'irritation des folioles soumises à l'action du sublimé.
L'eau pure ne rétablissoit point leur faculté contractile.
Une large branche plongée à onze heures vingt-cinq minutes dans la solution d'opium s'y est dilatée et les folioles se sont développées , mais à midi elle a déjà perdu une grande partie de sa sensibilité, et les folioles quoique vivantes sont comme endormies et ont besoin d'être excitées plusieurs fois pour se contracter. A midi et demie les contractions ont entièrement cessé j une heure après la branche paroit morte.
^tcide prussique.
Une feuille de Sensitive placée à la surface d'une solution d'acide prussique de la force de celui de Scheele se contracte d'abord, puis se dilate légèrement, mais est complètement insensible et les articulations des folioles Mém. de la Soc. de Phys. et d'HisL tiat. T. 111. i.1' Part. 10
sont flexibles; l'eau ne les rétablit point. Si l'acide est étendu de 4 à 5 fois son poids d'eau , les folioles se dilatent comme dans l'eau pure et paroissent bien vivantes, mais aucun mouvement ne peut être excité.
Une goutte d'acide prussique placée sur deux folioles d'une des feuilles dune plante en bon état, fait contracter peu à peu toutes les folioles paire par paire quoique l'eau et les solutions d'opium et des poisons corrosifs n'eussent aucun effet, placés de la même manière. Les folioles se dilatent de nouveau après quelque temps, mais elles sont devenues insensibles à une irritation étrangère et la sensibilité ne commence à revenir qu'une demi-heure après, mais peu à peu, les folioles paraissant comme engourdies.
En exposant à la vapeur d'un flacon débouché d'acide prussique de Scheele une feuille de sensitive, on voit après une minute toutes les folioles se contracter paire par paire les unes après les autres, et lorsqu'elles se rouvrent peu à peu, on les trouve insensibles pendant quelque temps (un quart ou une demi-heure) , et engourdies pendant près d'une heure, temps nécessaire au rétablissement total de leur faculté contractile. L'ammoniaque paraît accélérer ce retour et avoir quelque influence pour combattre l'action délétère de l'acide.
Si l'on place le col du flacon qui contient l'acide , sous l'embranchement des pétioles sans qu'il puisse toucher ceux-ci , les folioles se ferment bientôt d'elles-mêmes dans les quatre feuilles exposées à l'action de l'acide vaporisé, en commençant ordinairement par la base et quelquefois cependant par l'extrémité ou le milieu de la feuille. Les
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folioles sont insensibles lorsqu'elles se sont ouvertes et la sensibilité ne revient que peu à peu.
Après avoir constaté l'influence remarquable de l'acide prussique étendu , qui détruit pour un temps ou affaiblit selon les circonstances la faculté d'exécuter des mouvemens par l'excitation, dans la sensitive (faculté que, pour abréger, j'ai souvent nommée sensibilité) ; il me parut curieux de prolonger cette influence en changeant le moins possible les circonstances du végétal. J'ai placé sur le vase qui contenoit les sensitives ,, une coupe remplie d'acide prussique foible , de manière qu'une ou deux feuilles et quelquefois une branche plongeassent dans le liquide ou reposassent à sa surface. Les folioles restoient étendues et fraîches comme dans l'état naturel , seulement elles étoient presqu'aussitôt complètement insensibles.
Après avoir laissé les folioles plongées dans la liqueur prussique pendant deux heures , j'enlevai la tasse et quelques mouvemens que j imprimasse aux folioles, elles restèrent épanouies et sans contraction comme je l'avois vu précédemment , et cependant il auroit été impossible d'y reconnoître aucune apparence extérieure daltération ou de mal-aise. A cinq heures du soir, l'expérience étoit terminée et les folioles abandonnées à elles-mêmes. A 6 heures, à 7 heures et à 8 heures, elles furent examinées et trouvées ouvertes et insensibles. A minuit, elles furent visitées de nouveau, et je fus frappé de voir que les feuilles soumises à l'influence prussique étoient toujours épanouies et dans l'état de veille, tandis que toutes les autres parties de la plante et les sensitives voisines étoient abaissées , contrac-
tées et dans l'état que Ton nomme sommeil. Le lendemain, elles reprirent un peu de sensibilité et furent engourdies toute la journée. Je suis parvenu de la même manière à empêcher quelques autres plantes d'exécuter des mouvemens que l'on nomme sommeil, et l'acide prussique suffiroit pour déranger toute l'horloge botanique du célèbre Linné.
On peut donc sans altérer la vie d'une plante sensible , agir directement sur l'organe quel qu'il soit, qui lui fait accomplir ces singuliers mouvemens, et sans être accusé de suppositions trop hardies, ne pourroit-on pas en inférer, que ces mouvemens ne sont pas seulement dépendant des mêmes forces qui président à la nutrition du végétal!*
M. Dutrochet vient de publier la découverte qu'il a faite de points symétriquement arrangés dans les cellules du tissu de plusieurs plantes et particulièrement de la sensitive , et il n'a pas craint de les nommer corpuscules nerveux. Rien ne prouve sans doute que ces points aient aucun rapport avec les mouvemens excitables du végétal , ni que que le même mot puisse désigner l'organe duquel ils dépendent et le système admirable et compliqué de la sensibilité animale. Il faudroit qu'il fut possible de laisser végéter une plante privée de ces corpuscules comme M. Flourens a laissé vivre dix mois un animal privé de ses lobes , cérébraux et si dans le premier cas comme il arrivoit dans le second , l'être organisé devenoit insensible , qui ne seroit frappé d'une analogie si marquée? or ce que le scalpel ne sauroit faire, les poisons narcotiques l'opèrent pour un temps et il sex'a intéressant de voir si le microscope indi-
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quera quelques changemens dans letat des corpuscules nerveux des sensitives soumises à leur action.
C'est ce que je me propose d'examiner dans la saison prochaine et en me hâtant d'abandonner ces inductions qui ne peuvent qu'égarer ceux qui s'y livrent, je rappellerai encore un autre résultat de ces expériences , je veux dire 1 état de contraction et de rigidité des parties mobiles lorsque les végétaux à mouvemens excitables étoient soumis à l'action des corrosifs et la complète destruction de toute irritabilité lorsque les poisons étuient narcotiques.