‹ Mémoire sur les cucurbitacéesChapitre 3 sur 28 · DANS LA SÉRIE DES FAMILLES NATURELLES · texte numérisé non relu

DANS LA SÉRIE DES FAMILLES NATURELLES

Par M.v de CANDOLLE.

.Bernard de Jussieu et Adanson avoient placé les Cucurbitacées près des Campanulacées , A.-L. de Jussieu, près des Euphorbiacées et des Urticées, Linné, près des Rosacées. Après avoir adopté dans la Flore Française l'avis de Bernard de Jussieu, je suis revenu, dans la Théorie élémentaire de la Botanique (édit. de 1819) , à une opinion plus analogue à celle de Linné, et j'ai inséré cette famille parmi lesCalyciflores, près des Loasées, des Combrétacées, des Onagraires et des Myrtinées. J'exposerai ici en peu de mots les motifs de cette opinion.

i.° Même en admettant, ce qui me paroît très-contestable, une classe de familles à fleurs essentiellement unisexuelles, les Cucurbitacées ne peuvent en faire partie, car on en trouve d'hermaphrodites , et il est évident que leur unité habituelle de sexes n'est due qu'à l'avortement de l'un des deux; donc les Cucurbitacées ne peuvent, pour ce motif seul, être placées près des familles unisexuelîes.

2.0 L'enveloppe interne de la fleur des Cucurbitacées Mém. de la Soc. de Phys. etd'Hlst. nat. T. III. i.re Part. 5

me paroît évidemment une corolle un peu plus adhérente au calice que dans les autres Calyciflores , mais de nature analogue, ce qui est surtout évident dans les Cucurbitacées poly pétales. On ne peut donc placer cette famille parmi celles dont la fleur n'a qu'une enveloppe, et on doit 1 insérer parmi celles à double tégument, et dans ce cas elle ne peut, vu l'adhérence du calice avec l'ovaire, appartenir qu'aux Calyciflores.

3.° Presque toutes les familles Calyciflores ont des pétales tantôt totalement libres , tantôt soudés en une corolie gamopétale ; ainsi parmi les Calyciflores habituellement polypétales , on trouve des genres à pétales soudés entreux dans les Légumineuses, les Portulacées, les Crassulacées, les Ficoïdes , les Iihamnées , etc. j on en trouve quelquefois à pétales libres parmi celles à corolle habituellement gamopétale , telles que les Ericinées et les Caprifoliacées. Mais on voit que la soudure des pétales est beaucoup plus fréquente parmi les Calyciflores habituellement poîypétales, que leur liberté parmi celles habituellement gamopétales. Or comme les Cucurbitacées présentent ces deux états dans des genres divers, il y a probabilité que leurs analogues doivent se trouver parmi les Calyciflores poîypétales , quoique leurs genres à corolle gamopétale soient plus nombreux et plus connus.

4-° Lorsqu'on compare les Cucurbitacées avec les Campanulacées, on ne trouve, si Ion fait abstraction des caractères communs à toutes les Calyciflores, on ne trouve, dis-je, d'autres* analogies que la corolle en cloche , mais cette forme n'est commune à tous les genres ni de l'une ni de l'autre famille et n'est pas par elle-même un caractère important.

SUR LES CUCUïï£ITACÉES. 35

5.° Le tube du calice des Cucurbitacées se prolonge un peu au-dessus de l'ovaire en s'y resserrant plus ou moins fortement ; ce caractère est celui qu'Adanson regardoit comme le caractère propre de cette famille. On le retrouve dans les Rosacées au genre Rosa, dans les Combrétacées au genre Combretnm , elc. 5 ainsi, quoiqu'on ne puisse adopter en entier l'opinion d'Adanson , on ne peut nier qu'elle indique l'analogie de ces familles.

6.° Les Cucurbitacées polypétales ont ces pétales insérés sur le calice et alternes avec ses lobes, comme les Myrtinées, les Onagraires, etc.

7.0 Les soudures des étamines entr'elles , soit en un corps soit en plusieurs faisceaux, qui sont communes parmi les Cucurbitacées, se retrouvent dans les Myrtinées.

8.° Les graines pariétales des Cucurbitacées rappellent la position de celles des Loasées et des Nopalées , et celles qui pendent du sommet du fruit comme dans le Sycios , ont de l'analogie avec celles des Combrétacées.

9.0 Les fruits de Cucurbitacées, qui s'ouvrent avec élasticité, rappellent de même ceux des Cuphea.

io.° Les graines munies d'arille , se trouvent dans les Cucurbitacées et dans plusieurs des familles près desquelles je les place. M. C.-L. Richard croyoit même qu'on ne trouve d'arille que dans les familles polypétales.

1 1.° Les graines des Cucurbitacées sont dépourvues d'albumen comme celles des Combrétacées, des Onagraires, des Salicaires , des Myrtinées , etc.

12.0 La forme générale de leurs fruits et surtout l'espèce de disque terminal dit à ce que le calice ne le recouvre pas en entier, se retrouve dans le fruit de plusieurs Ficoïdes.

i3.° Le fruit et les graines du Zanonia sont tellement semblables (comme M. A.-L. de Jussieu l'a très-bien indiqué ) d'un côté avec le Couroupita et le Lecythis , de! autre avec le Lafoensia et le Lagerstraemia, qu'il est impossible en étudiant ces genres de ne pas sentir leurs affinités.

Si de ces considérations déduites des organes de la fructification, nous passons à la comparaison des organes de la végétation , nous trouverons encore des rapports assez prononcés entre les Cucurbitacées et les Calyciflores habituellement poly pétales , ainsi :

i.° La tige grimpante des Cucurbitacées se retrouve parmi les Combrétacées dans le Cacoucia , etc , parmi les Myrtinées dans le Decumaria, et surtout parmi les Loasées dans les Lioasa contorta } volubilis , etc.

2,.° La durée annuelle et la consistance de ces tiges se retrouve aussi dans la plupart des Loasées.

3.° La nervation et l'aspect des feuilles a beaucoup de rapports entre ces deux familles.

4-.° La structure des poils offre la même analogie, surtout si le Gronovia fait décidément partie des Cucurbitacées.

5.° Les racines de plusieurs Cucurbitacées et de quelques Loasées ont les mêmes propriétés purgatives.

Je pense donc d'après l'ensemble de ces considérations qu'en plaçant les Cucurbitacées i.° entre les Loasées et les Fassiflorées (dont j'ai à dessein évité de parler, parce que leur place est un sujet de discussion que celle des Cucurbitacées doit servir à fixer) ; a.0 non loin des Gnagraires , des Combrétacées, des Myrtinées et des Ficoïdes, on les aura placées aussi exactement que le permet une série linéaire, laquelle ne peut jamais indiquer des rapports multiples.

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