RÔLE DES ABBÉS
2. Rôle des abbés. — D'ailleurs Tinfluence des abbés fut à peu près nulle dans rassemblée des Etats, car ils n'y venaient pas. (( Il y a cinq abbés qui ont entrée aux Etats, dit le marquis d'Usson, c'est un hasard lorsqu'on a l'honneur d'en posséder un; depuis douze ans, je n'en ai vu qu'un seul, toujours le même et cela trois fois seulement ^ » (c On ne peut compter sur l'ordre du clergé, dit M. de Marseilhas, où il n'y a jamais deux voix ^. » Acoquat confirme ces témoignages : « L'ordre du clergé, dit-il, est ordinairement réduit, dans les assemblées, à un seul membre... (Les abbés) sont réellement nuls dans l'administration, ne paraissant y appartenir que pour allonger inutilement, par les noms de leurs abbayes, le catalogue des membres des Etats ^. »
J'ai consulté cent procès-verbaux du xvn® et du xviii^ siècles donnant la Uste des membres présents et j'ai trouvé une seule fois trois abbés présents, six fois deux et quarante-cinq fois un seul.
Quelles sont donc les causes de cette abstention systématique ? J'en vois quatre :
1^ Le clergé était, de par ses exemptions et privilèges, comme étranger aux intérêts du Comté ; il ne participait ni aux dépenses ni aux taxes publiques « puisqu'il ne partageait pas les charges de la province *. »
2^ Les abbés étaient, pour ainsi dire, perdus dans
* Arch. nat., H. 716. Tableau de la Comté (par d'Usson, lieut. gén. de la province).
* Id., Mémoire sur l'adm. du pays de Foix. 1784. 3 Mém. pour le tiers-état, p. 6 et 7.
* Id., p. 5 et 9.
une très nombreuse assemblée et ils savaient que, même avec la plus rigoureuse exactitude, ils seraient toujours annihilés par la noblesse et le tiers.
3"^ Ils n'étaient pas payés pour assister aux séances. Par redit de 1633, « les députés du clergé et de la noblesse ne pouvaient prétendre aucunes vacations pour leur assistance aux Etats de qui que ce soit ^ » En 1697, les Etats proposèrent de donner aux abbés 300 livres, s'ils tenaient table, et 10 livres par jour, s'ils ne recevaient pas ^. En 1706, ils demandèrent que les abbés et les nobles fussent payés, « comme cela se produit dans tous les pays d'Etats du royaume^. » Le roi permit, en 1721, qu'une indemnité fût donnée aux membres de la noblesse, mais il refusa toute vacation aux abbés.
On leur donnait pourtant de 400 à 1.000 livres pour leur (( première entrée » et 12 livres par jour quand ils faisaient partie d'une députation importante *.
4° Enfin, les abbés étaient plus souvent à Paris que dans le Comté. Acoquat va jusqu'à dire qu'ils sont « toujours étrangers au pays et n'y résident jamais ^. » Ce n'était guère que par hasard qu'ils assistaient aux séances, comme cet abbé de Foix, évêque de Couserans, qui, étant de passage à Foix, pendant la tenue des Etats, eut la fantaisie de siéger à son banc ^. Le marquis d'Usson, dans son projet
* Arch. dép., pièces div., Edit du roi. 1633. « Id., proc.-verb. 1697.
3 Id., 1706.
* Id., 1639.
6 Arch. dép., proc.-verb. 1689.
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de règlement, proposa, mais vainement, de permettre aux abbés de se faire représenter par procureursfondés ^
3. Rôle de Vévêque, — Si Finfluence des abbés est nulle, celle de Tévéque est prépondérante.
Le chroniqueur Lascazes disait déjà au xvii® siècle : « L'évéque de Pamiers est chef et président de l'assemblée ^. » Au xviii® siècle, il est le véritable administrateur du Comté. (( Le seul pouvoir immédiat qui agisse sur le pays, dit un noble des Etats, est celui de révéque de Pamiers ^ » Grâce à sa double qualité de président de l'assemblée et de chef spirituel du diocèse, il usurpa tous les pouvoirs.
Bien qu'aux xvii® et xvni® siècles, il s'appelât i( président- né », il ne semble pas que son droit à la présidence fût bien ancien.
Il est probable qu'il ne présida habituellement les Etats que parce qu'il était le premier inscrit sur le catalogue et parce qu'il était presque toujours présent.
Avant le xvii® siècle, le Comte convoque et préside les Etats, ou bien il les convoque et les fait présider par un « commissaire » *. A la fin du xvi® siècle et dans les premières années du xvn®, le président est généralement « le sénéchal et gouverneur du pays. » De bonne heure, le président se contente sans doute
* Arch. nal., H. 716. Projet d'un nouv. régi. « Ch. 36.
3 Arch. nat., H. 716. Mém. de M. de Marseilhas sur Tadm. du pays de Foix. 1784.
* Cadier, p. 437. Etals de 1517.
6 LE CI.ERdÉ
d'ouvrir les Etats et le premier inscrit sur le catalogue « conduit Faction ». C'est l'évêque et, en son absence, un des abbés ; si les abbés eux-mêmes sont absents, c'est le premier baron, chef de la noblesse. Le président et le a commissaire » sont d'abord la même personne. En 1626, nous trouvons pour la première fois, à côté du président, qui n'est plus le représentant du roi, « un commissaire député par le roi pour la tenue des Etats ^ »
Ce commissaire du roi était le gouverneur ou, à son défaut, le lieutenant gouverneur, du même le commandant du château de Foix. Il se contentait d'ouvrir la séance et de recevoir les membres des Etats avant et après chaque session, mais quelquefois le roi lui ordonnait d'assister à toutes les séances. Au milieu du xvii® siècle, on savait encore que le représent^mt du souverain avait le droit de présider. Un syndic, qui se plaignait qu'un commissaire du roi était de petite extraction, trouvait « qu'il serait injurieux à Sa Majesté et aux Etats que des évêques, abbés, comtes, marquis, et autres personnes de qualité haranguassent une personne de cette condition, reçussent ses ordres et souffrissent sa présidence^. »
En fait, pendant plus de deux siècles, l'évêque fut véritablement (( le président-né des Etats». Il préside presque toujours ^, sauf dans les premières années
* Arch. dép., pièces div., Quelques papiers qui regardent le pays de Foix. (Extraits des proc.-verb. de 1584 à 1634).
* Arch. dép., pièces div., Députât, d'un syndic au roi. S. d., xvir siècle.
3 n recevait 500 liv. pour présider les Etats et 200 pour présider la chambre des comptes.
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du XVII® siècle où son droit n'était pas encore nettement établi. C'est de cette présidence qu'il lire tous ses pouvoirs qui ne sont, en réalité, que des usurpations sur les droits de l'assemblée *.
* Ces pouvoirs lui furent contestés, au xvii« siècle, par l'abbé de Boulbonne (Arch. dép., pièces dlv., Règl. à demander) et, au XVIII* siècle, par le marquis d'Usson. (Arch. nat., H. 716. Tableau de la comté et Projet d'un nouv. règlement.)