‹ Mémoire sur les Figures de l'ApocalypseChapitre 37 sur 101 · PREMIÈRE FAMILLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE FAMILLE

i . Manuscrit de la librairie de Charles V, n° 4o3 du fonds français de la Bibliothèque nationale.

Le ms. français 403 de la Bibliothèque nationale, dont la Société des Anciens Textes publie aujourd'hui une reproduction phototypique, remonte au commencement du xme siècle.

Le style des peintures et les caractères de la langue autorisent à lui assigner une origine anglo-normande. Il consiste en 45 feuillets, non compté un feuillet disparu, qui avait sa place entre les feuillets actuellement cotés 17 et 18. — Dimensions des feuillets : o m. 324, sur o m. 175.

Trois pages au commencement et trois pages à la fin contiennent des tableaux, dont les sujets ont été empruntés à la légende de saint Jean. Le reste du volume est rempli par les Figures de l'Apocalypse, accompagnées d'un texte français.

La partie supérieure de chaque page, du fol. 2 v° au fol. 43, est occupée par un tableau large de 170 millimètres et haut de ii5. On a employé après coup la partie inférieure des pages, pour y transcrire la traduc-

MANUSCRITS DE L'APOCALYPSE LXl

tion de l'Apocalypse, avec un commentaire en français. A beaucoup d'endroits, il a été impossible de faire cadrer le commentaire avec les peintures correspondantes : il a fallu profiter du vide de certaines pages pour y copier des parties du commentaire qui, faute d'espace, n'avaient pu être copiées à la place qu'elles auraient dû occuper. Des signes de renvoi permettent de rétablir l'ordre du texte. En voici un exemple :

Le commentaire qui est sur le fol. 7 se termine par les mots si corne le Xeon oste sa trace de sa queue, quant ilfuist par les monteignes, et il faut en aller chercher la suite deux pages plus loin, à la seconde colonne du fol. 8 v° : qu'il ne seit trové, et si comme le leon dort a oil\ over\, issi morut il en la croi\ quant a la char, et quant a la deité vivoit. Le renvoi est indiqué par cette note tracée au bas du fol. 7 : « Ici faut glose et tixt, et el premier fuill suiant a tiu signe (une rosace rouge) la troverez. »

Pour la version française de l'Apocalypse que renferme le ms. 403, je dois renvoyer aux observations que M. Paul Meyer a jointes à la présente édition. Quant au commentaire, je me réserve d'en dire quelques mots dans un paragraphe spécial.

J'arrive aux peintures qui forment la partie essentielle du manuscrit. Ce ne sont que des dessins au trait, légèrement coloriés en teintes rouges, vertes et bleues.

La reproduction phototypique en fera bien comprendre la composition \ Ces peintures sont identiques avec celles des trois autres manuscrits de la même famille, et la même description peut s'appliquer aux

1. La peinture et le texte du fol. 21 v8 sont en fac simile dans la Paléographie universelle de Silvestre, planche CLXXXIX du classement de l'édition anglaise.

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quatre exemplaires. Les différences qu'il m'a paru nécessaire de signaler se réduisent aux suivantes :

Manuscrit de la Bibliothèque nationale.

(Art. 3o) \ Sur le fol. 16 de ce manuscrit, on voit, au centre du tableau, un ange qui descend du ciel, un livre ouvert dans ses mains, un arc-en-ciel se déroulant sur sa tête; à droite, dans un nuage, sept têtes ailées font gronder le tonnerre ; à gauche, un ange invite saint Jean à ne pas décrire la scène dont il est le témoin.

(Art. 3i). Sur le tableau suivant, fol. 16 v°, saint Jean est figuré deux fois, aux côtés de l'ange à l'arcen-ciel : à gauche du cadre, il reçoit le livre qu'il doit dévorer; à droite, il prend le roseau qui servira à mesurer le temple de Dieu.

(Art. 41). Au fol. 20 v°, le peintre a fait entrer dans un seul cadre deux scènes bien distinctes : dans la partie inférieure du tableau, il a représenté le combat des anges

Les trois autres manuscrits de la première famille.

Il n'y a point trace de l'ange tenant un livre et ayant un arc-en-ciel sur la tête.

C'est une seule et même figure qui reçoit le livre et le roseau.

A ces deux scènes correspondent deux tableaux : le premier nous fait assister à la proclamation de la victoire, et le second au combat.

Il y a là une interversion

t. Ces numéros renvoient aux différents articles de la Liste générale des peintures, publiée p. xn et suiv.

contre les diables, qui sont précipités au fond des enfers; dans la partie supérieure, la cour céleste célèbre la victoire des anges.

(Art. 45). Fol. 22 v°. Saint Jean voit sortir de la mer une bête à sept têtes, à laquelle le dragon donne ses pouvoirs en lui mettant une couronne sur une des sept têtes.

(Art. 59). Fol. 29 V0. Saint Jean contemple à la fois les sept anges qui, debout sur un nuage, tiennentles fioles, symboles des plaies dont la colère divine doit punir les hommes, et les dix anges qui s'avancent, en jouant de la harpe, sur une mer de verre et de feu.

(Art. 62). Entre les peintures qui ornent les fol. 3i et 3i v°, omission d'un sujet traité dans les autres manuscrits.

dont la cause n'est pas difficile à découvrir. Les artistes qui ont commis l'erreur avaient sous les yeux, pour servir de modèle, une peinture analogue à celle du manuscrit de Charles V; ils en ont pris la partie supérieure pour exécuter un premier tableau, réservant pour un second tableau la partie inférieure du modèle. C'est ainsi qu'ils ont été amenés à placer la proclamation de la victoire avant l'achèvement du combat.

Ce sujet a fourni au peintre la matière de deux tableaux : dans l'un, la bête sort de la mer; dans l'autre, le dragon pose une couronne sur une des têtes de la bête.

La scène est partagée en deux tableaux : le premier nous offre saint Jean contemplant les anges aux fioles; le second, la procession des dix anges jouant de la harpe.

Saint Jean écoute les deux anges qui rendent hommage à la justice de Dieu.

LXIV NOTICE DES SEIZE MANUSCRITS

(Art. 64). Fol. 3i v°. Un même cadre, partagé en deux compartimentsverticaux, représente à gauche l'ange qui répand sa fiole sur le soleil, et à droite celui qui la renverse sur le siège de la bête.

Chacun des deux anges a eu les honneurs d'un tableau particulier.

Mais la particularité qui permet d'établir une ligne de démarcation bien tranchée entre le manuscrit de la Bibliothèque nationale et les trois autres manuscrits, c'est que, dans ceux ci, le cadre de toutes les peintures renferme nombre de phylactères ou de cartouches qui ont reçu des légendes plus ou moins développées pour expliquer les scènes représentées et reproduire les paroles des personnages. Des légendes de ce genre font absolument défaut dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale. Il n'en est pas moins certain qu'on se proposait d'en ajouter. Le peintre en a ménagé la place, en traçant les contours des phylactères et des cartouches destinés à les recevoir et qui sont restés vides. Peut être a-t-on pensé que le texte copié au dessous des tableaux pouvait tenir lieu des légendes.

Quoi qu'il en soit, l'absence des légendes rend parfois assez difficile l'intelligence des tableaux. Heureusement nous avons pu combler cette lacune à l'aide des manuscrits la Bodléienne, de M. le vicomte Blin de Bourdon et de lord Grawford. Sur la liste des peintures publiée un peu plus haut, on trouvera, à côté de chaque sujet représenté, le texte qui devait l'expliquer et remplir les phylactères et les cartouches laissés en blanc.

Il me reste à faire connaître les vicissitudes par lesquelles a passé le ms. 403 de la Bibliothèque nationale .

Peint et copié selon toute apparence au xme siècle en Angleterre \ notre manuscrit était encore dans ce pays au siècle suivant, époque à laquelle une main anglaise a tracé, au haut de la première page, le titre Apocalipsis in pictura factus Karolo Magno. Il fut recueilli au Louvre dans la librairie du roi Charles V, et il figure en ces termes, d'abord sur l'inventaire de Gilles Malet 2 : « L'Apocalipse en françois, toute figurée et historiée et en prose » ; puis sur les inventaires du temps de Charles VI 3 : « Item, une Apocalipse en françois, de lettre de forme, a deux coulombes, bien historiée et figurée; et y a au commencement du dit livre trois pages toutes figurées 4 ; commençant au ne feuillet de l'escripture Et envoie^ au sept yglises, et ou derrenier et les III I euvangiles \ couvert de cuir rouge plain et deux petiz fermoirs delaton.

Une note ajoutée sur l'inventaire de Gilles Malet 4', porte : « Le roi l'a baillée à mons. d'Anjou pour faire son beau tappis. » J'aurai à revenir sur l'application qu'on a cru pouvoir faire de cette note à la Tapisserie de la cathédrale d'Angers.

1. C'est sans raison que les peintures du ms. 40 3 ont été attribuées à « un italien interprétant un manuscrit byzantin ». Voir le journal L'Art, du mois de décembre 1876, t. VII de la collection, p. 3oo-3o7.

2. Ms. français 2700, fol. 5. — Voyez l'édition de Van Praet, p. 18.

3. Ms. français 2700, fol. 128 v°. — Voyez l'édition de la Société des bibliophiles, p. 5i.

4. Les trois premières pages du ms. 403 sont couvertes des miniatures représentant des scènes de la vie de saint Jean.

5. Le second feuillet de texte du ms. 403 commence par les mots : et envaie^ au set yglises, et le dernier par les mots : et les quatre euvangiles.

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