Treasures of art in Great Britain, t. I, p. 112 et n
4. Grâce à l'obligeance de M, Jules Gauthier, j'ai sous les yeux la photographie de deux tableaux du ms. add. 17333 (les n08 69 bis et 76 de la Liste des sujets) : l'effarement des habitants de la ville maudite (Apoc, XVIII, 4-1 3), et l'armée de la bête taillée en pièces par le roi des rois (Apoc, XIX, 19).
5. Bibliotheca . . . marchionis de Westerloo (Brux., 1734, petit in-8°), p. 282, n° 77 de la série des manuscrits in-folio.
XCII NOTICE DES SEIZE MANUSCRITS
du xve siècle, et, dans une seconde (fol. 36- 1 21), une version française de l'Apocalypse, avec quelques gloses.
L'histoire de la Bible est ornée de vingt-cinq tableaux peints dans de grands médaillons. Elle commence par ce titre : « Ceste histoire cy a esté estraitte de la Bible du latin en françois, pour enseigner comment Dieu forma le monde, et si y sont compris en brief matière les princes, les prophètes, les patriarches et les roys qui ont gouverné le monde depuis Adam, nostre premier pere, jusques a la Nativité Nostre Seigneur Jhesu Crist; et si y est demoustré en figures comment les lignées se commencent en diverses régions, et par especial la lignée de la benoite nativité Nostre Seigneur Jhesu Crist qui s'ensuit, selon l'arbre qui le demoustré et enseigne, et commence a Adam et Eve. » — Cette histoire se termine par un tableau du Calvaire (fol. 33), au-dessous duquel sont tracées ces deux notes : « Saint Paul et saint Barnabé furent après la Passion Nostre Seigneur, par le saint Esperit, ou pays d'Anthioce, le xme an après la Passion. Mathias fu esleu apostre ou lieu de Judas le traitre, et fu fait entre l'Ascention et la Penthecouste. »
Comme préface à l'Apocalypse, on a copié (fol. 36-37) une courte légende de la vie de saint Jean, commençant par la prétendue lettre du proconsul d'Ephèse à l'empereur Domicien. En tête (fol. 36), tableau du supplice de saint Jean devant la Porte Latine.
Je copie les premiers versets de la traduction de l'Apocalypse et du commentaire qui les accompagne :
L'Apocalipce Jhesu Crist, qu'il donna a ses serfs les choses qu'il convient avenir prochainement, et le signifia a son serf saint Jehan par son angle qu'il lui envoia. Je Jehan, vostre frère et personnier en tribulation, règne enpacience
en Jhesu Crist, fu en l'isle qui est appellée Pathmos, pour la parole Nostre Seigneur et pour le tesmoingnaige Jhesu Crist. Je fu en un jour de dimenche, et oy emprès moy une voix grant aussi comme de buisine, qui me dist : « Escry en un livre ce que tu vois et l'envoie a sept églises, c'est assavoir Ephese, Smyrine, Pergame, Thiaire, Sarde, Philadelphe et Thadice. Et escry ce a l'angle de l'église d'Ephese; et escry a l'angle de l'église de Smyrine, et en telle manière escry a l'angle de chascune des autres citez. »
Apocalipce vault autant comme révélation, laquelle révélation de Nostre Seigneur le pere donna au filz, selon ce que le filz estoit homme, et le filz donna a lui meismes, c'est assavoir a homme la qui forme prist la divinité pour faire appert a ses serfs les choses qu'il convient avenir en brief temps. Car ce livre raconte les choses a avenir, et les presens et trespassées. Aucun demandera pourquoy il dist cy que Nostre Seigneur magnifeste a ses serfs les choses a avenir seulement.il respont : « car on congnoist legierement les choses présentes par veoir, et les trespassées par oïr; mais les choses a avenir ne puet on congnoistre que par l'enseignement des saintes escriptures ou par revelacion de Dieu. Et ce signifia Nostre Seigneur a saint Jehan son serf par son angle, et lui fist assavoir les choses qu'il convient avenir en brief temps. »
Et dist saint Jehan : « Je Jehan, vostre frère, etc. » Il appelle les disciples ses frères. Car ilz sont tous rachetez par un sang de Jhesu Crist et engendrez en une mere église; après il se appelle compaignon de eulx en persécution, car la persécution de Domicien avoit troublé toutes les églises.
Après dist : « Je fu en esperit, etc. » Ce dist il pour ce, car il ne pouoit veoir les grans misteres qui s'ensuivent cy après par yeulx charnelz, mais par espirituelz, car Tomme mortel n'apparçoit pas les choses qui sont de l'esperit de Dieu. Le jour du dimenche de quoy il parle devant signifie le temps de l'euvangile.
Le manuscrit se termine par les derniers versets de
XGIV NOTICE DES SEIZE MANUSCRITS
l'Apocalypse, qui ne sont point accompagnés de commentaire :
Et il me dist : « Ne songiez pas les paroles de la prophecie de ce livre; car le temps est près. Cil qui nuit si nuit encore, et qui est en ordure se ordoie encore, et le droiturier face droiture, et saint soit encore saintifié. Et je vien tost, et mon loyer est ensemble moy pour rendre a un chascun selon ses euvres, et je sui alpha et o, premier et derrain... » — ... Cil qui tesmoingnage donne de ces choses dist: » Je vien tost. » Amen. Cy fine le livre de l'Apocalipce saint Jehan.
Le texte est illustré par une suite de quatre-vingtquatre peintures, dont les sujets sont identiques à ceux que nous offrent les manuscrits de la seconde famille. Ces peintures, dont chacune couvre un cercle de 140 millimètres de diamètre, ne sont guère que des esquisses tracées avec hardiesse par un artiste qui ne s'est pas astreint à suivre dans tous les détails les compositions traditionnelles. En veut-on un exemple? Je l'emprunte à l'illustration du verset 10 du chapitre xvi : « Et quintus angélus effudit phialam suam super sedem bestiae, et factum est regnum ejus tenebrosum, et commanducaverunt linguas suas prae dolore. » Le tableau inspiré par ce texte 1 aux enlumineurs des anciens manuscrits représente le cinquième ange versant sa coupe sur le trône de la Bête et un groupe d'infidèles affolés qui se mordent la langue. Dans le tableau correspondant du manuscrit du Musée Condé, on voit au dessous de Tange un groupe de « Sains pères, qui se sont combatu encontre les hérites » ; on y distingue un pape, un cardinal, deux évêques et différents religieux.