CLXX V
nuscrits suivants : ms. latin 688 de la Bibliothèque nationale, manuscrit de Metz, ms. 209 de Lambeth, ms. 180 du fonds Douce, second manuscrit de M. Thompson, manuscrit de FEscurial. Un autre point me semble aussi très solidement établi : c'est que ces commentaires sont textuellement tirés de l'ouvrage de Berengaudus, publié au tome XVII de la Patrologie.
Ajoutons qu'une traduction française du commentaire dont je viens de m'occuper se trouve dans le ms. français 1768 de la Bibliothèque nationale et dans le ms. R. 16. 2 du collège de la Trinité à Cambridge.
RAPPORT DE LA TAPISSERIE DE LA CATHÉDRALE d'aN- GERS AVEC LES MANUSCRITS DE LA SECONDE FAMILLE DES FIGURES DE L'APOCALYPSE.
Une circonstance qui a valu une grande notoriété au premier des manuscrits qui viennent d'être passés en revue, c'est qu'on Ta considéré comme ayant servi de modèle pour la confection d'une des plus célèbres tapisseries du moyen âge : il s'agit de cette immense tenture, longue d'environ i5o mètres et haute d'environ 5, qui, malgré de déplorables mutilations, se conserve encore à peu près en entier dans la cathédrale d'Angers. M. GuirTrey en a fait l'histoire avec une ampleur et une précision qui ne laissent rien à désirer \
Il est établi que Louis, duc d'Anjou, confia l'exécution de cette tapisserie à un artiste de Paris, Nicolas Bataille, au plus tard en 1377, et que les cartons (« portraitures et patrons ») en furent exécutés par Jean ou Hennequin de Bruges, peintre du roi. Voilà ce que des textes d'archives ont mis absolument hors de doute. On est allé plus loin, en prétendant que les cartons de la Tapisserie avaient été copiés sur les miniatures du
1 . Nicolas Bataille tapissier parisien du xive siècle, auteur de la Tapisserie de V Apocalypse d'Angers (Paris, 1877, in-8° de 27 p.); extrait des Mémoires de la Société des antiquaires de France, 1. XXXVIII.
DE LA CATHÉDRALE D'ANGERS
ms. 40 3 de la Bibliothèque nationale; on avait été amené à cette conjecture par un article du plus ancien inventaire de la librairie du Louvre ainsi conçu : « L'Appocalipse en françois, toute figurée et ystoriée et en prose », article en regard duquel un officier de la maison du roi a consigné cette observation : « Le roy Ta baillé a monss. d'Anjou pour faire faire son beau tapis \ 3) Je ne conteste pas que notre manuscrit ait été prêté au duc d'Anjou; mais il me semble impossible d'admettre qu'il ait été pris pour modèle par le peintre qui a composé les cartons de la Tapisserie. Les différences entre le manuscrit et la Tapisserie sont telles qu'on ne saurait les expliquer sans supposer que les artistes du duc d'Anjou se seraient sur beaucoup de points systématiquement écanés de leur modèle.
On est allé jusqu'à considérer comme des « compositions originales de Jean de Bruges » plusieurs tableaux de la Tapisserie tout à fait différents des pages correspondantes du ms. 403. Mais si on avait consulté les manuscrits de la seconde famille des Figures de l'Apocalypse, on y aurait reconnu le prototype de ces prétendues compositions originales. Je prends pour exemple la mort d'Enoch et d'Elie représentée sur le panneau 34 de la Tapisserie 2. M. Maxence Petit 3 y a vu une « composition originale de Jean de Bruges », parce que la même scène est figurée d'une tout autre façon au fol. 17 v° du ms. 403. Mais il suffit d'ouvrir le manuscrit de Cambrai, au fol. 42 v°, celui de Metz au fol. 17