PREMIÈRE PARTIE
Les dispositions constitutives qui donnent son mode d''être à r Université Laval à Montréal, imposées par la nécessité, ou ont été données par le Saint-Siège, ou ont été demandées à la Législature de la Province de Québec par les Archevêque et Evêques de la Province de Montréal avec l'approbation du Saint-Siège, ou ont été établies avec la coopération, ou de l' agrément, du Conseil Universitaire.
Depuis des années, TEvêque de Montréal demandait instamment la permission d'établir à Montréal une Université Catholique, au nom des intérêts intellectuels, moraux et religieux de sa nombreuse jeunesse ; le Séminaire de Québec s'y opposait absolument, au nom des dépenses d'argent qu'il avait faites pour fonder l'Université Laval à, Québec. Le Saint-Siège, en 1876, concilia ces intérêts d'un ordre différent, en ordonnant l'établissement, à Montréal, d'une Succursale de l'Université Laval.
La nécessité d'un siège universitaire à Montréal est hautement proclamée par l'Eminentissime Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, dans sa lettre du 9 février 1876, par laquelle il communique au Séminaire de Québec la Décision de la susdite Congrégation, du 1er février de la même année 1876, établissant la Succursale de Montréal:
" ... Que l'on reconnaît la nécessité de pourvoir en quelque ma- " nière à l'instruction supérieure de ces jeunes gens de Montréal qui " ne peuvent fréquenter l'Université Laval, comme aussi d'empêcher " que les Ecoles de droit et de médecine, existant dans la dite ville, " ne continuent d'être affiliées à des Universités protestantes, et beau- " coup plus encore que les étudiants catholiques ne fréquentent de " telles Universités.... Afin de pourvoir cependant à la nécessité énon- " cée plus haut, il ne se présente pas d'autre expédient que celui " d'établir k Montréal une Succursale de l'Université Laval, projet à " l'exécution duquel les Evêques, en union avec Laval, devront pro- " céder sur les bases suivantes... „ {Voir Dorument N.° I).
Suivent, rédigées en neuf points différents, ces principes fondamentaux sur lesquels devait être érigée la nouvelle Succursale.
Ces principes furent appliqués à Montréal par des membres du Séminaire de Québec, sous la direction du Conseil universitaire. Treize ans plus tard, à la suite de divisions, de luttes, de récriminations on ne peut plus malheureuses, Notre Très-Saint-Përe le Pape Léon XIII, dont la sagesse approprie les remèdes aux circonstances, donna la Constitution Jam dudum, qui change le mode d'être de la Succursale en plusieurs points importants. ( Voir Document N.° II).
Ce fut notre salut.
La Constitution Jam dudum fut reçue avec satisfaction et reconnaissance par toute la Province ecclésiastique de Montréal. Le 4 septembre' 1889, l'Archevêque de Montréal écrivait h Son Eminence le Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation :
" La Constitution Jam dudum accordée h notre Université par " la bienveillance de Notre Très-Saiût-Père le Pape, a été publiée et " accueillie par le clergé et les fidèles de cette province de Montréal, " avec les sentiments de la plus vive reconnaissance pour le Saint- " Siège. Chacun s'est mis à l'oeuvre, dans la mesure de son pouvoir, " pour en assurer la parfaite exécution, et, déjà, nous pouvons espérer, dans un avenir assez prochain, une harmonie complète établie " sur des bases solides. „
L'enthousiasme fut moins grand à Québec. On peut le voir par ces paroles, extraites mot à, mot du " Rapport du Eecteur de l'Université Laval au Conseil Supérieur pour Tannée 1888-89 „, lu devant les Archevêques et Evêques des Provinces ecclésiastiques de Québec et Montréal, le 23 septembre 1889:
" Qu'il me soit permis de dire que ces changements n'ont nul- " lement été demaijdés par l'Université et qu'ils ont été sollicités et " faits à son insu. Il semble pourtant qu'on aurait pu et dû agir au- " trement envers l'Université, la principale intéressée, vu surtout que " les conditions passées, lors de la concession de la Succursale, avaient " été insérées dans la Bulle d'érection canonique Inter varias sollici- " tudines, conditions que la nouvelle Constitution modifie et détruit " en grande partie. Ce manque de déférence envers l'Université et le " Séminaire de Québec, n'a pas empêché ceux-ci d'accepter, avec le " plus grand respect et la plus entière soumission, la Constitution " Jamdudum. „
Le bien de la paix, la tranquillité des esprits et la force des études demandaient qu'il intervînt une union entre une école de Médecine et de Chirurgie qui existait à Montréal depuis longtemps, et la nouvelle Faculté qu'y avait établie dernièrement l'Université Laval. Le Saint-Siège le désirait, et il avait exprimé ses désirs, à ce sujet, fortement et à plusieui's reprises, mais sans effet, malheureusement.
L'Ecole de Médecine, dans cette union, voulait conserver sa charte d'incorporation, absolument; péremptoirement, le Conseil Universitaire refusait de faire cette concession.
Au mois de février 1890, le Vice-Eecteur de l'Université Laval à Montréal, et un délégué de l'Ecole de Médecine, M. le Dr Desjardins, vinrent demander au Saint-Siège, s'il n'y aurait pas moyen, tout en ménageant les droits essentiels de Laval " d'admettre à de certaines conditions, dans l'Université, la dite Ecole, avec sa charte dûment amendée „, lui soumettant en même temps les principes fondamentaux qui devaient présider à cette union. (Voir Documents
Nr m et IV).
Le Saint-Siège, par la bouche de l'Eminentissime Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, par trois lois, répondit affirmativement; la quatrième réponse fut donnée par le Saint-Père luimême, péremptoire, laquelle dérima, à la fin, tout opposition apparente ou secrète. En effet:
Le 6 février 1890, Son Eminence le Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande dictait lui-même au Vice-Recteur, pour l'Archevêque de Montréal, le télégramme suivant :
" Affaire regardant Ecole, elle pourra faire ce qu'elle croit le " mieux, d'accord avec Evêques Province Montréal, pourvu que soient " sauvegardés décret Pontifical et droits Universitaires. ,
Le 9 février, en confirmation de ce télégramme, le même Eminentissime Préfet écrivait à Mgr l'Archevêque de Montréal que le Vice-Recteur et M. Desjardins lui avaient soumis leurs propositions, qu'elles avaient été étudiées mûrement, et que la réponse était " quod, " quum hoc negotium scholam Medicinae respiciat, poterit ipsa, col- " latis consiliis cum Doiîme Tua et cum episcopis suffraganeis istius " provinciae Marianopolitanae, id facere quod melius judicaverit,
" dummoclo salva et intégra maneaut quae décréta fuerunt a Sommo * Pontifîce et jura Universitatis Lavallensis. „
Le 12 juin de la même année, le même Cardinal Préfet, revenant à la charge, fait appel h la prudence et à l'autorité des Archevêque et Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal, pour amener, entre l'Ecole et la Faculté de médecine, cette union si désirable. Il dit:
" Amplitudinem Tuam rogo ut una cum Episcopis istius proviu- " ciae ea qua polletis prudentia ac maturitate, operam auctoritatem- " que vestram conferatis ad quaestiones simultatesque e medio tol- " lerandas, aniraasque sedendas, ut hinc inde intuitu majoris boni, et " salvis juribus uti supra, in unione peragenda, conveniatur et libenter " onera ferantur quae ab hoc perutili unione requiruntur, „ (Voir Document N." VI).
En conséquence, les Archevêque et Evêques de la Provine ecclésiastique de Montréal adoptèrent un projet de bill, et l'envoyèrent à Kome où il fut trouvé très acceptable. Forts de cette opinion, ils le présentèrent à la sanction de la Législature de la Province de Québec; à la dernière heure, le Conseil Universitaire s'apprêta ostensiblement à demander qu'il y fut apporté des modifications, ce qui, dans les circonstances, en faisait manquer infailliblement l'adoption. (Voir Document IST." VIII). Averti de la chose, le Saint-Père lui-même écrivit au Premier Ministre de la Province de Québec une lettre, qui fut de suite télégraphiée au Canada, et dans laquelle il lui demandait de " conduire à une heureuse issue une affaire de cette importance, au moyen