‹ Mémoire sur les hypothèses astronomiques des plus anciens philosophes de la Grèce étrangers à la notion de la sphéricité de la terre [microform]Chapitre 17 sur 27 · L. c. p. 818-819, surtout p. 819, note a · texte numérisé non relu

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appartiennent cette autre terre, cet autre soleil et cette autre lune, doit être indépendant du nôtre, avoir comme lui, son unité, et avoir été produit, comme lui, par un tourbillonnement intelligent autour d'un autre centre, près duquel cette autre terre a dû se former comme la nôtre et par des causes semblables. Stobée et M. Zeller ont donc eu tort de ramier Anaxagore parmi les philosophes qui niaient qu'il pût y avoir plusieurs mondes. 11 pensait seulement que tout ce que nous voyons forme un seul monde et non plusieurs. Mais, au delà de tout ce que nous voyons, il concevait la possibilité d'autres mondes semblables au nôtre. Tel est le sens des deux fragments, parfaitement conciliables entre eux, que nous venons d'étudier.

Ainsi, suivant Anaxagore, notre terre et notre monde avaient commencé d'être, et il en était de même d'autres mondes, dont il sup,posait l'existence. Comme nous l'avons vu, un autre philosophe, qui, par la partie physique de son système, appartenait aussi à l'école ionienne, Xénophane, ayant fait quelques observations heureuses sur les fossiles, en avait conclu que les eaux avaient couvert autrefois les montagnes elles-mêmes, dont il ne paraît pas (ju'il ait soupc^onné la formation par soulèvement. .Nous avons vu aussi qu'Anaxagore considérait les mers actuelles comme le résidu d'eaux bien plus abondantes autrefois qu'elles ne le sont aujourd'hui. De plus, il admettait que de nouvelles invasions des eaux j)ouvaient se pioduire à l'avenir sur la terre'. D'un autre côté, s'il faut eu croire Stobée ^ Anaxagore disait (jue le monde devait périr un jour par le feu. Mais il faut sans doute entendre seulement que la face supérieure du disque terrestre, partie principale de notre monde suivant Anaxagore, devait être ravagée tantôt par feau et tantôt par le feu, fléaux

' Voyez Diogèiie de L. , II, lo. — * Ed. phys. I, xxi . p. /^iG (Heeren).

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destructeurs de l'espèce humaine; car Anaxagore j^araît avoir cru que notre terre elle-même, bien loin d'être destinée à périr tout entière par le feu, sera maintenue à jamais au centre de notre mondée

HYPOTHÈSE ASTRONOMIQUE D'ARCHELAUS.

Archélaûs, né à Milet, mais fixé à Athènes et disciple (fAnaxagore^ se rapprocha de la doctrine d'Anaximène en considérant la masse primitive de funivers comme constituée uniquement par une substance aériforme l Mais, sur ce point même, il resta fidèle en partie à la doctrine d' Anaxagore; car il admit que cette masse primitive, bien qu'elle fût de la nature de l'air, c'est-à-dire sans doute, en langage moderne, a l'èiat (jazeux, était cependant composée d'un mélange de toutes les substances en nombre infini qui existent maintenant dans le monde\ En outre, comme Anaxagore, il reconnut l'existence d'un principe intelligent et moteur ^ mais il ne voulut pas admettre, comme favait fait son maître, que ce principe fût exempt de tout mélangea Suivant Archélaûs, sous faction de

' Voyez Simplicius, Da ciel, II, i, p. jG; b, I. i3-i5, et p iG8 a, 1. i-3 (Knrsicn).

' Voyez DiogèncdeL., II, 16; Suidas, au mot Àpp^^Aaos, et Eudocie dans Villoiloison, Aiiecd.gr. t. I , p. 73. Comparez saint Ilippoly le. Contre les hérésies, I,viii, p. 23 (Cruice).

Voy. samt Justin M. Exliorl. ch. ni; Sextus Empiricus, Contre les sciences , IX, cccLx, et le faux Plularque, I, m, n" 12.

* Voyez Simplicius, l^hys. f. 6 6-1'. 7 a

(Aid.); saint Hippoiyle, Contre les hérésies, I, VIII, p. 23-2/j (Cruice); saint Augustin. Civ. D. VIII, n, eî Alexandre d'Aplirod. Du mclunfje, W iln b (Aid.) au milieu.

V. s;iint llippolyte et saint Augustin, //. ce. et saint Clément d'AI. Exhort. p. 43 l) (Paris, i64i. iu-fol.). Comp. Jean Pliilopon, De l'âme, feuille B, leuillet 8 6, au milieu (Venise), et Sloboe, Ecl. phys. I. Ml, p. 56 (Heeren).

\ oyez saint Hippoiyle, Contre les hérésies, I, VIII, p. 23 (Cruice).

la force intelligente, la masse primitive produisit, par raréfaction et par condensation, deux principes contraires, le feu, élément actif et principe de la chaleur, et l'eau, élément passif et principe du froid : feau se réunit au centre du monde; mais la clialeur en fit passer une partie à l'état d'air et l'autre à fétat de terre, de même que le lait caillé se divise en petit lait, qui s'écoule, et en IVoma<^e, qui se durcit'. L'air s'éleva, et la terre, qui n'était (junne partie infiniment petite de l'univers, resta inimobile au centre". D'un premier embrasement de l'eau naquirent les astres, dont le plus grand est le soleil, et dont le plus grand après lui est la lune"^. Il paraît donc qu'Archélaûs devait croire que la lune brillait de sa lumière propre. Mais alors comment pouvait-il expliquer ses phases et ses éclipses? Nousfignorons. Peut-être expliquait-il les phases par des embrasements et des extinctions progressifs et périodiques, et les éclipses de lune ou de soleil par des extinctions extraordinaires et de courte durée, produites sous la direction delà force intelligente. Cette hvpodièse, analogue à celle de Xenoj)hane sur les phases et les éclipses, en aurait différé par la foi à la persistance des astres, que Xénophane ne laissait pas même vivre un jour entier. N'oublions pas que, suivant Anaximène aussi, les astres, corps de feu, ont été formés par fevaporation des eaux terrestres, et que, suivant Héiaclite, de

' D'une part, voyez saint Hippolvte, Contre les hérésies, 1, \iii, p. a/i (Cruice), où les mots «(^'ou (I. 6), avant lesquels il laut nieltre un poinl , ne peuvent se rapporter qu'à ith<t}p (I. a), et non à yrj cuaime Zellcr (t. ï, 3' éd. p, 847) '^ suppose maigre la granuiiaire. l) autre part, vojez Diogène tle L. . H, 16-17, ^^ ^^* docie, /. c, auteurs clie/ lesquels il faut lire . avec Zeller. tv^sôSïts. Celte correction ,

nécessaire pour que la phrase ait un sens, est d'ailleurs justifiée par les mots (ju'on lit (juatre lignes [)lus loin : iA\jv xsT.pxTt/.t)- (TÎxv yiXoLKTt. \ oyez aussi Ilermias, liaillerie, etc., cl», v. Comparez le faux Plutaïque. I, m, n" 12.

* Voyez saint liippolyle, Contre les hérésies , l . VIII, p. 24 ( Cruice j .

■^ Voyez saint Hippolyte, Le. Diogène de L.. II . 17, et Eudocie , /. c.

tt

même que plus tard suivant les stoïciens , cette même évaporation des eaux continue de nourrir les flammes des astres.

La terre, suivant Archélaûs, comme suivant Anaximène et Anaxagore, est portée par l'air, qui, suivant Archélaûs, est maintenu à sa place par le tourbillonnement du feu qui l'entoure'. Encore plus éloigné qu Anaxagore d'admettre la sf)héricité de la terre, et, par conséquent, la convexité de sa surface, Archélaûs supposait que cette surface circulaire que nous habitons devait être concave comme celle d'une écueile": il expliquait ainsi comment les eaux pouvaient y séjourner sans s'écouler par-dessus ses bords l S'inspirant sans doute de la vieille hypothèse poétique de montagnes entourant la terre de toutes parts, il voulait que cette surface, creuse au milieu, eût des bonis trèsélevés, et de là il concluait que le soleil ne devait ni se lever en même temps ni se coucher en même temps pour toutes les contrées ^ comme il l'aurait fait, si la terre avait été plane. Mais, dans l'hypothèse d'Archélaûs, c'étaient les occidentaux qui, en regardant vers l'Orient, devaient, chaque matin, voir les premiers le soleil levant, et c'étaient les orientaux qui, en regardant vers l'Occident, devaient, chaque soir, voir les derniers le soleil à son coucher : telle devait être fopinion d'Archélaûs, pour peu qu'il comprît les conséquences optiques de son opinion sur la forme de la terre.

Prenant pour point de départ une assertion d'Anaximène, il croyait que primitivement le soleil, la lune et tous les astres, avaient dû toin-ner latéralcmenl, c'est-à-dire horizontalemenl, autour de la terre, dont la surface concave, envahie

' Voyez Diogène de L. , et Eudocie , //. ce.

* Voyez saint Hippolyte, Contre les hérésies, I. vin, p. 24, et Diogène deL., II. 17-

* Voyez Cléomède, Météor. I, viii, p. 5i (Bake).

* Voyez saint Hij>polyle, Contre les hérésies , l. c.

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par les eaux, ne recevait pas les rayons solaires, arrêtés par ses bords élevés; mais, suivant lui, le ciel s'étanl incliné, le pôle céleste, vertical autrefois, s'était abaissé vers l'horizon boréal, de sorte que le soleil s'élève maintenant pendant le j(»ur au-dessus des bords méridionaux de la terre : ainsi ses rayons, dissipant les ténèbres et les brouillards, ont diminué l'étendue des eaux sur la surface terrestre, qui, mise en partie h sec, a produit, de son limon échauffé par le soleil, les animaux et l'homme, et ce limon, pareil à du lait, leur a fourni leur première nourriture ^ N'oublions pas qu'Archélaiis a comparé la terre à un fromage. Longtemps après Archélaûs, nous retrouvons chez les Épicuriens cette même doctrine sur la fécon(Hté spontanée de la terre dans les anciens temps, et sïirson lait maternel^.

Tous ces points du système cosniographique et astronomique d'Archélaïis nous sont connus par des témoignao-es généralement peu anciens, mais dont l'autorité est fortifiée par leur accord entre eux et par la convenance de chaque point avec tout ce que nous savons de l'ensemble du système. Malgré son étrangeté, f hypothèse d'Archélaûs avait un avantage sur celle de son maître Anaxagore. En effet, dans celle d'Archélaiis, l'inclinaison du pôle céleste vers le nord de fho- I izon ayant remj)lacé l'inclinaison du disque terrestre vers le sud, et^ la surface de la terre, restée horizontale, étant supposée concave comme une écuelle, l'existence de la Medit(4Tanee au fond de cette écuelle et le cours des fleuves vers cette mer, par exemple du Nil du sud au nord, du Borysthène du nord au sud, du Méandre de fest à l'ouest, et de flster de l'ouest à Test, élaient expliqués; tandis que, dans f hypothèse d'Anaxagore, à

' Sur toute ce;te théorie (rArchelaûs. voyez saint Hippolyle, Contre les hérésies, el Diogene de L. //. ce. — ' \ oyez Lucrèce, \ ' 8o5-8i 5.

cause de V inclinaison du disque plat de la terre, tous les fleuves, y compris le Nil, auraient dû suivre la pente de ce disque et s'écouler vers le sud , où une cavité vaste et profonde aurait pu seule retenir leurs eaux. Nous retrouverons chez Leucippe et Démocrite cette idée étrange d'Archélaiis, d'attribuer à la terre une surlace concave, qui pouvait, il est vrai, convenir au bassin de la Méditerranée. Quant à la grande mer occidentale au delà du détroit de Gadès, il ne paraît pas qu'Archélaiis et ces deux philosophes s'en soient occupés.

Voilà où en étaient, au siècle de Périclès, la cosmographie et les hypothèses astronomiques dans l'école d'ionie transportée à Athènes par Anaxagore, et elles restèrent à peu près au même point dans certaines écoles plus récentes.

HYPOTHÈSE ASTUONOMIQLE DE DIOGENE D'APOLLOxNIE.

Un contemporain d'Archélaiis, le crétois Diogène d'Apollonie, avait écrit en langue ionienne un traité De la nature \ dont les fragments, si l'on y joint quelques citations non textuelles, nous font connaître sûrement son système. Dio'>^ène dit, à fexemple d'Anaximène, que l'air est la matière première et uni(jue de toutes choses^ D'un autre côté, avec Anaxagore et Archélaûs, il comprend la nécessité de reconnaître le rôle de fintelligence dans l'ordre de funivers; mais, au lieu de séparer fun de l'autre, comme Anaxagore favait l'ait, le principe matériel et le principe intelligent, Diogène

Voyez Panzerhleter, Diogenes Apol-

hniales ( i83o) , iii-H" ; M. Mullacl» , Fragm.

philos, gr. (Dklot) t. I. p. 257-258, tl

surtout M. Zeliir, Die Philosophie der

Hypotlièses.

Griechen, tome I, 3' C.iilion. pages 7i6- 2 35.

' Fragni. u tl m (Didol), tirés tleSiu» ■ plicius, l%s. r. Q u b. el f. 3a 6-33 a.

veut que l'air, matière première, soit en même temps le principe du mouvement, de la vie et de l'intelligence dans l'univers ^ Par un mouvement de condensation ou de raréfaction, l'air passe, suivant lui, par lous les degrés les plus variés de sécheresse et d'humidité, de froid et de chaleur, et produit ainsi toute la diversité des substances que nous observons, et en même temps toute la diversité des forces intelligentes qui détertninent et dirigent les déplacements de ces substances et des corps qui en sont composés". Dans la masse primitivement uniforme, un mouvement intelligont opéra, suivant lui, une séparation résultant de divers degrés de condensation et de raréfaction; par l'effet du tourbillonnement de la matière, les parties les plus denses s'agglomérèrent au milieu, et telle fut forigine de la terre; les parties les plus légères se poitèrent en liant, c'est-à-dire sans doute de tous côtés vers l'extérieur du tourbillon, et formèrent d'abord le solciP, corps plein d'un air plus chaud et plus intelligent que celui qui constitue l'âme humaine ^. Notre philosophe suppose sans doute qu'ensuite les autres astres se formèrent de même. Quoi qu'il en soit, il suppose qu'un mouvement circulaire, produit par la chaleur, fit prendre à la terre, d abord peu consistante, une forme arrondie [crlpoyyvXyjv) : ce qui veut dire, comme n(*us l'avons vu à propos du système d' Anaximandre, la forme d'un cylii-dre ou d'un disque, et non celle d'un globe; puis en dessous le froid consolida la masse de la terre, et en dessus le soleil sécha en partie la face supérieure, circulaire et

' Fragm. m , iv, v, et vi (Didot) , tirés de Sitnpiiciiis, Phys. 1". 32 b, f. 33 a, et f. 3G b. Voyez aussi Ari^tote, De l'âme , I . II, p. /io5 n. I. 2 1 flV'rlin).

' Fmcfm. III VI (l)i(lot), tirés de Siiii[»licius, //. ce. Voyez aussi Plular(|ue, Sirom.

dans Eusèbe, Prép. év. I, vin, p. 25 (Vigier), et Diogènc de L. , IX, 67.

' Voyez Diogène d'A[)()llonie dnils Pin (arque, Slroni. (Ensébe, Prcp. év. I, viii).

* Vracjm. vi (Didot), tiré de Simplicius. Phys. f. 33a (Aid.).

plane, de cette masse, sur laquelle les mers actuelles sont un résidu de l'humidité primitive ^ Les exhalaisons de la terre agrandirent le ciell Le soleil, la lune et tous les astres sont des masses poreuses, pénétrées par un air chaud et perpétuellement enilammé; mais cependant le soleil s'éteint, quand un air froid le pénètre ^- telle est l'explication des échpses de soleil suivant Diogène d'Apollonie. Telle devait être sans doute aussi l'explication des éclipses de lune et des phases lunaires pour notre philosophe, qui supposait sans doute que la pénéliation par l'air froid et l'extinction atteignaient tantôt l'astre entier, tantôt une partie seulement. Les aérolithes sont, suivant lui, des masses semblables à celles des astres, mais qui, habituellement invisibles, s'enflamment, puis s'éteignent en tombant sur la terrée La terre elle-même est pénétrée par l'air, qui produit les tremblements de terre quand, trouvant les issues bouchées, il ne peut plus sortir ^

Parmi les sept points de la doctrine de Diogène auxquels se rapportent nos sept dernières notes au bas des pages, les quatre premiers, comme on peut le voir, s'appuient sur des citations, textuelles ou résumées, du traité même de Diogène, citations dues à Alexandre d'Aphrodisias, à Simplicius et à Plutarque, qui paraissent avoir eu sous les yeux l'ouvrage même de notre philosophe. Le dernier point repose sur le témoignage de Sénèque, et les deux précédents sur celui de Stobée. Les quati^e premiers points, cjui ne peuvent pas être révoqués en doute et avec lesquels les trois derniers concordent très-

' Voy.Diogèried'Apoll. dans Alexandre, Méteor. f. (ji a, et f. ç)'d b (Aid.); Diogène de L., IX, Dy, et le fauv Plular(|ue, III,

XVI, n I

Voyez Alexandre , Méléor. i\ 98 b.

Voyez Slohée, Ed. phys. I, xxv, xxvi et xxvii, p. 5()8, i)28 et 552 (Ileeien.)

* Voyez Stobée, /. i\ p. 5o8.

* Voyez Sonèqne, ^at. qnœst. VI, xv.

bien, suffiraient déjà pour caractériser la faiblesse de f hypothèse astronomique de Diogène d'Apollonie.

Voyons maintenant quelle était son opinion sur les mouvements des astres. Ici nous devons nous appuyer d'abord sur Stobée et sur le faux Plutarque; mais leurs témoignages seront confirmés par leur accord évident avec ceux d'Alexandre d'Aphrodisias, dont surtout un texte très-précis les complète, comme nous le verrons, en nous donnant les expressions de Diogène lui-même. Anaximène avait dit que les astres tournent autour, mais non au-dessus et au-dessous de la terre, et nous avons vu comment, suivant x\naxagore et Archélaûs, ce n)ouvement circulaire, primitivement parallèle à f horizon, était devenu plus lard oblique. Diogène admettait, comme ces philosophes, que primitivement la révolution du ciel et des astres autour de la terre avait du être horizontale, et il supposait qu'ensuite, par l'effet d'un mouvement spontané. Taxe de cette révolution quotidienne avait cessé d'être vertical'. Mais Diogène supposait-il, comme Archélaûs, que c'était le pôle visible qui, du point vertical au-dessus du centre de la surface du disque terrestre, s'était incliné vers le bord maintenant septentrional de cette surface immobile? Ou bien pensait-il, avec Anaxagore, que le mouvement avait été accompli par le disque terrestre, dont un bord, maifitenant septentrional, se serait élevé en se rapprochant de ce pôle resté immobile, tandis que le bord opposé se serait abaissé en s'éloignant de ce même pôle.^ La seconde interprétation est celle qui paraît s'accorder le mieux avec les expressions peu claires de Stobée et du faux Plutarque sur cette opinion de Diogène^. Quoi qu'il en soit.

' Voytz Stohée, I, xvi, p 35<)-358 * Voyez Stobée et le faux Pliili»r(|(ie,

(Hecrcn), et le Taux Plutarque, II, vin. //. ce. Us tliscnl que, sur ce point, Diogèue Comparez Alexandre, Mâléoi. f, (j3 b. pensait tomme Ana\ag(ire, et nous avon?

suivant ce philosophe, c'est seulement depuis ce changement que la course quotidienne du soleil s'opère en partie au-dessus et en partie au-dessous du plan de la surface terrestre, de manière à produire une succession de jours et de nuits : auparavant, suivant lui, le soleil devait tourner toujours autour de la lace supérieure du disque terrestre, et ne descendre jamais au-dessous du plan de cette surlace, de sorte que, pour toutes les contrées de la terre, il devait y avoir alors un jour perpétuel et uniforme sans nuits, jour faible, qui ne devait offrir ni f éclat ni la chaleur de notre midi et surtout de notie midi d'été.

Un nouveau changement vint compléter les résultats du premier : le soleil et la lune, qui, comme les autres astres, se r.ourrissent des exhalaisons de la terre, commencèrent, suivant Diogène cité par Alexandre d'Aphrodisias \ à exécuter des mouvements du nord au sud, puis du sud au nord, et à faire ainsi comme un animal qui change de pâturages. Ce mouvement alternatif du soleil, ajoutant ses effets à ceux de l'inclinaison permanente que le disque terrestre avait prise du nord au sud par rapport au pôle céleste, dut produite désormais, pour toute la surface de ce disque, outre une même succession régulière des jours et des nuits, un même retour périodique des mêmes saisons, sans aucune différence de climats; car cette différence résulte de la sphéricité de la terre, dont Diogène n'avait aucune notion.

Voilà ce que les documents antiques, bien compris et bien

vu (S 8, p. i57-i5()) qu'Anaxagorc attribuait ce niouvenienl au disque terrestre et non au pôle céleste.

' Voyez Diogène dans Alexandre, Météor. II, f. t)i a (Aid.). Nous prouverons

[FUstoiie des hypothèses uslrouoiiiiqiics , etc. cil. IV, 2'" section, S i, Hypothèse d'Emhxe) (|ue le coniiuenlalenr des Mélévrologiques est Alexandre d'Aphrodinas.

expliqués, nous apprennent sur les opinions astronomiques deDiogèned^Apollonie. Four aller plus loin dans la restitution de ce système, il faut recourir au raisonnement.

Comment et à quelle occasion, suivant Diogène, ce mouvement annuel Ju soleil du nord au sud et du sud au nord a-l-il commencé, et quelle était auparavant la position du soleil par rapport à la surface plane de la terre? En l'absence de témoi<,nia«^es précis sur ce point de la doctrine de Diogène, nous sommes réduits aux conjectures. \ oici celle qui nous paraît la plus vraisemblable: pour la forn)uler plus clairement, nous allons emprunter les expressious d'une science plus avancée que n'était celle de noire philosophe; mais ce sera pour rendre mieux sa pensée telle qu'elle nous paraît avoir dû être. Si, dès sa formation, le soleil, dont la révolution diurne, suivant Diogène, était alors horizontale, avait eu son mouvement annuel du nord au sud et du sud au nord, il y aurait eu chaque année un jour de six mois, pendant lequel le soleil aurait tourné un peu plus de 182 fois autour de l'horizon, mais aii-dessiis , et une nuit de six mois, pendant laquelle il aurait tourné de même environ 182 ïo\s au-dessous de l'horizon. Mais ce mouvement aniuiel, qui aurait été alors inutile pour le soleil et pour la terre, ne dut commencer qu'après que celle-ci, étant séchée en partie, n olïi it plus au soleil une alimentation aussi abondante. Avant le connnenc(unent de son mouvement alternatif du nord au sud et du sud au nord, le soleil, dans sa révolution diurne, circulaire et horizontale, devait rester toujours à la même distance du pôle situé verticalement au-dessus du centre de la lace supérieure du disque terrestre, face dont le plan coïncidait alors avec celui de l'équateur céleste. Mais, si cette distance avait été alors telle qu'elle est aujourd'hui au solstice d'hiver, ou telle qu'elle est aux équinoxes, la terre

n'aurait pas pu être délivrée des eaux par le soleil, dont le centre ne se serait jamais élevé au-dessus de l'horizon. Évidemment Diogène devait supposer que la distance du soleil au pôle était alors perpétuellement à peu près telle qu'elle est aujourd'hui au solstice d'été. Quand ainsi la surface de la terre, d'abord couverte d'eaux, fut suffisamment séchée par l'action continue du soleil, perpétuellement élevé au-dessus de l'horizon d'une quantité égale à la distance de l'équateur au tropique d'été, parcouru alors chaque jour par le soleil, à cette époque le

disque terrestre, poussé sans doute par l'air intelhgent, s'inchna de telle sorte qu'une extrémité d'un diamètre de celte surface circulaire se rapprocha du pôle, tandis que l'autre extrémité s'en éloigna; en même temps le soleil, astre intelligent, commença son mouvement annuel du nord au sud, c'est-cà-dire du tropique d'été au tropique d'hiver, puis du sud au nord, c'est-àdire du tropique d'hiver au tropique d'été, afin de ménager prudemment l'humidité des diverses parties de la surface du disque terrestre, dont les exhalaisons lui fournissaient sa nourriture. Telle devait être pour Diogène l'explication de l'origine et de la succession régulière des saisons par le changement périodiquedes déclinaisons du soleil, et Diogène devait expli(|uer d'une manière analogue la variation périodique des dcclinaisons de la lune '. Avait-il remarqué aussi les changements de déclinaison des cinq autres planètes.^ Nous l'ignorons. Quant aux étoiles fixes, elles n'avaient pas besoin de changer de position pour ménager les sources de leur alimentation, puisqu'elles étaient réparties dans toutes les régions visibles du ciel du nord au sud, et puisque la révolution diurne du ciel de l'est à l'ouest

On nomme dccliiiaison boréale ou aus- Irale d'un astre sa distance angulaire au nord ou au sud de Véqaulenr céleste, et

laltlude â\in astre sa distance angulaire au nord ou au sud de récliplique.

ni':

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