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HYPOTHESE ASTROiNOMlOUE D'ANTIPHON LE SOPHISTE.
Les .sophistes contemporains de Socrate firent profession de discuter sur toutes choses, et notamment sur la structure de l'univers. Sur ce point, l'oubli n'a pas épargné leurs doctrines peu sérieuses, dont Aristophane^ s'est moqué en les attribuant faussement à Socrate, leur adversaire, ennemi de toutes ces hypothèses'^ Cependant on connaît un peu celles du sophiste Antiphon d'Athènes, rival de Socrate pour féducation de la jeunesse, mathématicien, philosophe, physicien, observateur des prodiges et interprète des songes^; personnage qu'il ne faut pas confondre avec son contempoiain homonyme Antiphon de Rhamnonte, orateur et homme politique à Athènes^
Antiphon le sophiste avait exposé ses opinions philosophiques et physiques dans ses Discours sur la vcrité\ Ses doctrines astronomiques, s'il faut en juger par ce que nous en disent, avec assez de vraisemblance, quelques auteurs peu anciens, n'avaient rien de bien original, et surtout ne réali-
' Voyez surtout les Nuées.
Voyez Xénophon , Mém. [sur Socrate).
^ Voyez Xénophon, Mém. I, vi; Ari^fote, HP livre de sa Poétique perdue, dans Diogène de L., Il, 46; Didyme dans Hermogèiie. Des formes (oratoires), ll,v\i,Rhét. gr. t. Hf, p. 385-387 (Waltz); Suidas, au mot kvrt<Pù}v, I et m, et Arlémidore. Des songes, H, xiv, p. io3 (Rigault).
Contre cette confusion, commise dans les Vies des dix orateurs altrihuées faussement à Plularque, I, 11, voyez Zeller, die Phil. d. Griechen, t. I, 3' éd. p. 879, note 5.
' Voyez Hermogène, /. c, p. 385-387 Hypollii'ses.
(VValz), et Suidas, au mot khéi]T0s. On ne cite de cet Antiphon qu'un seul autre ouvrage aulhentique, intitulé: De l'interprétation des songes. Voyez Suidas, au mot AtT<(^wr , III. Com[)arez Lucien , Histoire vé ritable, \hx\\ni,elC'\céron,Dii'. I, x\, et II, i.xx. Le discours Sur la concorde n'est pas de lui, maisd'AntiphondeRhamnonle, comme l'a montré Spengel (Sura^w^); T«:;^i'wv, p. iiZ|-ii5), et c'est probahle ment à tort (jue Suidas (au mot Àvri(pà)v. 1), a donné à Antiphon le sophiste le nom de poëte composant des hexamètres, èiro-
TTOIÔS.
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saient aucun progrès. Comme Anaximaudre et Heraclite', il croyait que la lumière de la lune était propre à cet astre ^. Comme Heraclite^, il expliquait'* les éclipses de lune par le retourncnient de la nacelle dans laquelle était contenu, suivant eux et suivant iVnaximandre^, le feu de la lune, visible seulement par une ouverture; comme Anaximandre, comme Heraclite et comme Diogène d'ApolIonie^, il croyait que le feu du soleil se nourrissait de vapeurs aqueuses, et que le mouvement diurne de cet astre d'orient en occident, et sans doute aussi son mouvement annuel du nord au sud et du sud au nord, étaient causés pai- le besoin de chercher toujours de nouvelles exhalaisons humides pour s'en nourrir". Comme Anaximandre, comme Anaxagore et comme Empédocle^, il croyait que la mer était une sueur salée de la terre, sueur excitée par la chaleur^. Dans tout cela, il n'y a rien de nouveau.
Ce qui semble appartenir en propre au sopliiste Antiphon, mais sans lui faire honneur, c'est son explication des phases de la lune, explication plus inacceptable encore que celle d'Heraclite : suivant Antiphon"*, la lune est entièrement lumineuse à ï opposition, parce que c'est alors qu'elle est le plus loin du soleil, dont la lumière ne peut que faire tort à la sienne. Dans les
' Voyez plus haul, SS 4 el 6, p. ^S-bU . pt p. 93-96.
" Voyez Jean de Lydie, Des mois, III, VIII, p. 36 (Bekkcr;; Slobée, Ed. phys. I. xwii, p. 556 (Heeren), et le faux Plularque Op. d. philos. II, xxviii, S 3.
^ Voyez plus haut, S 6, p. 94.
* V oyez Slobée, Ecl ph. I, xxvii, p 558 (Ileeren), où il faut lire kvTiÇôiv au lieu <V\vri<^ctvzos.
* Voyez plus haut, S /| , p. /i8-5/|.
• Voy. pi. h., S 4. p 62. 5 6, p. 91- 93, et S 10, p. 1 83 -184. — ' Voyez Slobée, Ecl. phys. I , wvi , p. 5a4 (Heeren).
' Voyez plus haut, S 4. p. 48, S 10, p. 1 83 -184. et plus loin ,S 1 i , p. 195-196.
' Voyez le faux Plularque , Op. d. philos. III, XVI, s 4.
'• Voyez Jean de Lydie, Des nwis , Hl, viii, p. 36 (Bekker); Slobée, Ecl. phys. I, XXVII, p. 556 (Ileeren), el le l;ui\ Plularque, II, wviii, S 2.
— *■>{ 187 ).«— autres jDhases, une partie du disque lunaire est invisible, et cette partie non lumineuse est d'autant plus grande que la dislance de la lune au soleil est moindre, parce que la laible lumière de la lune est obscurcie par la lumière plus forte du soleil. Antiphon avait sans doute remarqué que la flamme d'un Mambeau se voit à peine, quand c'est au soleil qu'on la regarde. Il n'a pas remarqué qu'alors le spectateur voit à la fois le soleil et le flambeau, tandis que, pendant la nuit , on ne voit que la lune, et non le soleil. De plus, il paraît confondre la distance amjuJaire avec la distance rectilignc, et, par suite, exagérer la différence entre la distance reclilignc de la lune au soleil pendant fopposition et cette même distance pendant la conjonction. Mais surtout, s'il avait eu quelque esprit d'observation, il aurait remarqué qu'aux approches de la conjonction et après comme avant cette phase, la partie lumineuse de la lune est précisément la partie tournée vers le soleil, tandis que la partie la plus éloignée du soleil est obscure. Cette simple remarque aurait suffi pour détruire son absurde théorie des phases lunaires, théorie dont on peut remarquer l'analogie avec la théorie d'Anaxagore sur la voie lactée', mais en constatant qu'Antiphon a été encore plus malheureux qu Anaxagore dans une tentative d'application de l'optique à fastronomie.