HYPOTHÈSE ASTRONOMIQUE D'EMPEDOCLE
Le sicilien Empédocle fut contemporain d'Anaxagore, d'Archélaiis, de Diogène d'Apoilonie et du sophiste Antiphon : il était un peu plus jeune que le premier de ces philosophes, mais plus âgé que les trois autres. 11 a emprunté aux pytha-
Voycz ci-dessus, S8, p. 16216/1.
goriciens certains préceptes religieux et moraux et certaines croyances superstitieuses sur la métempsycose et sur les démons. Nous verrons que, par certains points de sa doctrine sur la nature et l'origine des choses, il se rattache en partie à Parménide d'Elée, en partie à l'ionien Heraclite d'Ephèse, tous deux ses contemporains, mais un peu [)lus âgés que lui. Pour sa cosmographie et son astronomie, nous verrons que, sauf un petit détail qui lui est commun avec une partie de l'école pythagoricienne, Empédocle est un continuateur des ioniens, et qu'il est, comme eux, étranger à la notion de la sphéricité de la terre, notion introduite en Grèce par Pythagore. C'est donc hien ici que sa place est marquée dans l'histoire des hypothèses astronomiques.
Empédocle, né à Agrigente, vers l'an 496 avant notre ère, d'une famille riche et considérée, fut, comme homme politique, un défenseur de la démocratie : philosophe poète, comme Xénophane et Parménide, il fut de plus médecin, mais en môme temps magicien, et, nouvel Epiménide, il réussit à se faire admirer comme thaumaturge, et presque à se faire adorer comme un dieu. Au milieu des fahles, merveilleusement ahsurdes et très-souvent contradictoires entre elles, que l'antiquité nous a laissées sur sa vie et sur sa mort, un fait paraît certain : c'est qu'il fut contraint de quitter la Sicile, et qu'il mourut dans le Péloponèse vers 432. Parmi les ouvrages qu'on lui attribuait dans l'antiquité, deux seulement sont d'une authenticité certaine, savoir : le poënie De la nature et le poëme des Purifications '. C'est dans les fragments du premier de ces
' Sur la vie et les œuvre» d'Empédocle, voyez surtout Karsion, Empedoclis carminum reUquiœ , De Empedoclis vita cl stwliis (Amsterdam, i838, in 8°), p. 1-78 et
p. 5 1 8-5 19 ; Mullach, Fragm. philos, grœc. (Didol), De Empédocle, p. xiii-xxvn; et Zeller, Die Philos, der (jr. 3* éil. I. I, p Go4 608, noie 1 .
deux poèmes ^ et dans les témoignages des anciens ^ que nous trouvons la cosmologie d'Empédocle et ses hypothèses astronomiques.
Tandis que Parménide, ainsi que nous le verrons, donnait toute la partie physique de son système comme un jeu d'esprit sans vérité, Empédocle présentait ses théories physiques comme sérieuses et vraies^. En philosophie, il prenait tm moyen terme entre la doctrine de Parménide et celle d'Heraclite. D'une part, il se rapprochait du philosophe d'Elée en niant toute production de substance et tout anéantissement, en affirmant le plein absolu et sans aucun vide dans l'univers, et en supposant un certain état pendant la durée duquel tout dans l'univers était parfaitement homogène et immobile. Mais, même en cet état, qui était supposé exclure toute diversité saisissable, il distinguait pourtant dans l'univers quatre éléments différents entre eux, éternels et invariables. D'autre part, il se rapprochait du philosophe d'Ephèse, en admettant, qu'outre cet état temporaire d'homogénéité et de repos, le monde passait par d'autres états très-différents : pendant la durée de ces autres états, une variété très-grande régnait dans l'univers, tout était en mouvement, et le changement était perpétuel, tant pour les êtres particuHers qui se produisaient, que pour l'univers entier. Empédocle attribuait tous les changements aux mouvements et aux mélanges divers dos quatre éléments, qui seuls, suivant lui, ne changeaient jamais et
' Fracjm. philos, gr. (Didot), tome I, p. 1-1 4, avecle comiuenlaire de Mullach, p. i5-8o. Comparez Karsten, p. 791 5 1, et son commentaire, p. ib()-3oà et p. 5i8-
' Ces témoignages ont été recueillis le plus complètement par Karsten (p. Soy-
617 et p. 627-528) ; mais ils ont été mieux discutés et interprétés par Brandis [Ilandb. d. Gesch. d. gr. rœm. Philos, t. I, p. 19')- 232), et surtout par Zeller (t. I, 3' éd. p. 6o4 083).
^ Empedoclis fragmenta, v. Sa 67, 75 et 87 (Didot).
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Bksasi
constituaient toutes choses: ces éléments étaient la terre, l'eau, l'air et le feu. Des philosophes antérieurs avaient considéré comme principe de toutes choses, soit Tun de ces quatre éléments pris à part, soit l'ensemble de deux ou trois d'entre eux. Empédocle, le premier, les prit comme principes de toutes choses tous les quatre ensemble, et beaucoup de philosophes postérieurs les ont acceptés au même titre; mais beaucoup d'entre eux ont modifié cette doctrine en admettant la transformation d'un élément en un autre. Au contraire, suivant Empédocle, les quatre éléments sont immuables chacun dans leur lotahté et dans chacune de leurs parties : tout ce qu'on appelle production n'est qu'une réunion , et tout ce qu'on appelle clestruction n'est qu'une séparation des quatre éléments, dont chacun reste composé de particules toutes semblables entre elles par leurs qualités immuables. Quant aux qualités chan-'eantes des corps composés, elles dépendent uniquement des proportions suivant lesquelles les quatre éléments entrent dans la composition de ces corps, et du mode de rapprochement des particules composantes. Les corps semblables se désirent mutuellement, et les écoulements {dirôppototi] qui s'échappent par les porcs {^6çjfji) de l'un pénètrent facilement dans les pores de l'autre. En cela, Empédocle préparc la doctrine des atomistes, quoiqu'il n'ait pas enseigné expressément, comme eux, indivisibilité absolue des parties les plus petitt^s des corps, quoiqu'il n'ait pas admis, comnie eux, l'existence du vide, et quoique sa théorie des quatre éléments impiicpic la négation de la diversité infinie qu'ils attribuent aux atomes. Quant à la cause du mouvement, Empédocle, comme son contemporain Parménide, mais plus sérieusement, la cherche en dehors des éléments eux-mêmes : il croit la trouver dans deux forces éternelles, forces opposées entre
elles, que, dans son poème philosophique, il peisonnifie sous les noms à' Amitié et de Discorde, forces dont la première produit l'union des quatre éléments entre eux, et dont la seconde produit leur séparation \ Du reste, Empédocle ne paraît pas avoir considéré comme soumise à des lois fixes l'action de ces deux forces contraires; il signale seulement, dans les combinaisons qu'elles produisent, ceriains rapports {X6yoi)\ qu'il suppose déterminés en partie par la nécessité (dvdiyKv)\ et en partie par le hasard (TV)(r]) ".
Suivant Empédocle, ni l'une ni l'autre des deux forces contraires ne peut anéantir ou vaincre définitivement la force rivale, mais chacune alternativement l'emporte sur fautre, au point de la chasser peu à peu de l'univers et d'y régner seule; puis la force exilée levient progressivement et chasse l'autre à son tour, sans qu'il y ait aucun terme à ces alternatives nécessaires de changement, puis de repos dans fétat produit, de changement en sens inverse, et de repos dans l'état contraire. Ainsi, suivant Empédocle conime suivant Heraclite, l'existence éternelle de funivers se divise en périodes
' Sur toute celte théorie d'Empédocle, \oyez Empcdoclis fragmenta, v. ^g-iig, 126-133, 159-162, 262-270, 323,337, 338, 34o, 342 (Didol); Aristote, Métaphys. 1, m, p. 984 a. l 8-11; I, IV, p. 985 a, I. 26-27; lïf. >v, p. 1000 a, I. 24 et isiiiv. ; Génér. et corr. I, i, p. 315 a, 1. 3-8; I, xxviu, p. 3^4 b, 1. 26 35, cl p. 325 b, 1. 19-34 (Berlin), et II, in. vi elvii;Dttae/, m, vir,ellV,n; Platon, Ménon, p. 1 76 C ; Galien , Sur Hippocrate, Nat. de l'homme, I, ii, l. V, p. 6 (éd. gr. de Bàlc), etc. Comparez l'exccllenle discussion de M. Zeller, l. I, 3' éd. p. 6o4-
* Voyez Arislole, De l'âme, I, iv, p. 4o8 a; I, vu, p. 409-410; Métuphys. 1, x, p. 993 a; Parties des animaux, I, 1, p. 642 a; Génér. et corr. , II, vi , p. 333 (> , I. 10-20 (Berlin).
^ Emped. fracjm. v. 1-2, et 177-179 (Didol); Simplicius, Phys. \\ J07 a, iiii (Aid.); Sfobée, Ed. phys. I,v, p. 160 (Ilccren); Je faux Plutarque, I, xxvi, S 2, etc.
Voyez Emped. fracjm. v. 260, 271 .
u85, 3o5-3i2, etc. (Didol); Arislole, Parties des animaux, I, i, p. 64o a; Platon, l.ois, X, p. 883, etc.
it
composées chacune de quatre phases successives, qui reviennent toujours dans le même ordre; suivant Empédocle, ces phases sont : Funion absolue et le mélange homogène des quatre éléments, leur séparation progressive, leur séparation absolue, et leur retour progressif à l'union complète. Dans la première phase, l'univers, d'où la Discorde est alors bannie, consiste en une sphère dans laquelle les quatre éléments sont si bien mêlés, qu'aucun n'existe d'une manière distincte, et dont toute la masse est homogène et immobile. L'univers, que dans cet état Empédocle nomme sphère, mais au masculin, (j^oiJpog, n'est pas alors un monde, x6o-(i05, et il n'est pas non plus un monde dans l'état de séparation complète des quatre éléments K Le monde tel que nous le connaissons, avec ses mouvements et ses changements perpétuels, ne peut donc exister que dans les deux phases de transition, c'est-à-dire dans la seconde et la quatrième de celles que nous avons énumérées. De même, dans l'hypothèse différente, mais analogue d'Héraclile -, le monde tel que nous le connaissons ne peut exister que dans les deux éj)oques de transition de fembrasement à finondation et de celle-ci à un nouvel embrasement. Mais Empédocle paraît avoir admis que le monde proprement dit n'existe que dans la quatrième et dernière phase de chaque période de l'existence de l'univers, c'est-à-dire pendant le retour progressif des éléments à leur union complète et homogène. Suivant lui, avant que le monde actuel se lïit produit, il a fallu d'abord que la Discorde, s'introduisant peu à peu dans le (t^ouçjoç, vînt séparer les éléments, et qu'après une phase de séparation complète \ Amiliè chassée revînt peu à peu produire des unions variables et progressives des éléments. Pour opérer cette dernière révo-
Nous avons vu (S 8. |». 170) fjirAriaxagore conibatlait celte docirinc d'Einpétlocle en disant (jue ce seraient quatre aioades dans un seul. — ^ Voyez ci dessus, S G , |>. 89.
lution, suivant Empédocle, TAinitié, s'établissant au centre de funivers, produit un tourbillon, qui est le monde naissant, et dans lequel les éléments se mêlent, mais non entièrement, parce que la Discorde, n'étant pas chassée tout à fait ni repoussée hors des limites du tourbillon cosmique, entretient encore une certaine division des éléments, qui, par certaines unions, partielles et temporaires, forment les êtres périssables. Plus tard, l'Amitié, continuant son œuvre, rétablira à la place du monde le o-^arpos, avec son repos absolu, (jui durera jusqu'à ce que la Discorde y rentre pour préparer, par le retour des mêmes phases, la naissance d'un monde nouveau '.
Arrêtons nous ici, pour écarter ou prévenir quelques malentendus. Empédocle est poète en même temps que philosophe: c'est une raison pour ne pas prendre trop au sérieux certains détails qui, dans son œuvre, peuvent n'être que des ornements mythologiques"; mais ce n'est pas une raison pour écarter au même titre des doctrines qui appartiennent évidemment au fond même de son système, des doctrines qu'il exprime ou sup23ose partout, et qu'il ne contredit nulle part. Ainsi M. Zelier"^ a raison de rejeter plus fermement que ne fa fait Kaisten^ les fausses interprétations des néo-])laloniciens, de quelques auties Grecs de la même époque et de quelques modernes, d'après lesquelles le o-parpoî d'Empédocle serait pour lui soit la matière sans forme, soit la cause efficicnle, soit le monde idéal, et il a bien fait de rejeter de même f interprétation de Sim-
' Voyez surtout Kmped. fnujm. V, 62- 7/», i45-i53. i63 180, 189-200 (Didol); Platon, Sophiste, p. it^i \) i[\'S A; Arislole, Phys. VIII, I, [). 25o-25i ; Daciel, III. 11, p. 3roo (Berlin); et Sfmplicius, Dtt ciel, II, XIII, p. 206 è, I. ii-i3 (Karsten).
Hypotiièses,
' Par exemple, V Amitié et la Discorde sont pcul-êire, dans sa pensée, des faits personnifies poéticpiemtnt , plutôt que des valises réelles et indépeiulantes.
Enipedoclis curminum reliquiœ ,u. ^i\-
pliciiis' et (le Svrianus^, adoptée à tort par Karsten^ d'après laquelle, pour Empédocle, les quatre phases périodiques de Tunivers ne seraient pas successives, et ne seraient pour lui qu'une manière poétique de mettre en scène l'ordre permanent et invariable de l'univers. Dans son excellente discussion sur cette partie du système d'Empédocle, M. Zeller^ prévient aussi un malentendu qui consisterait dans la confusion de l'âge d'or avec l'époque du frÇoùpo^. Dans un passage de son poëme des Purificai'ions\ Empédocle décrit l'âge d'or comme une époque où ï Amitié régnait seule parmi les Jiommcs, sans aucune intervention de la Discorde. Mais, comme les hommes ne sont pas rnnivers, celte v^oque heureuse pour l' humain lé n'était ])as celle du r7(^oiïp09j c'est-à-dire du mélange homogène et immobile de tous les éléments sous l'action de l'Amitié régnant seule dans l'univers ; car, dans cette masse homogène et sans mouvements, l'existence de l'homme aurait été impossible. Enfin, quand Plutarque dit "^ que, suivant Empédocle, l Amitié produisit dans un tourbillon un premier mélange des éléments, qui auparavant étaient entièrement séparés les uns des autres, il faut bien se gaider de croire, avec Karsten ^, que ce premier mélange, auquel, suivant Empédocle, cité par Plutarque^, succède le monde actuel, soit le (7(poiîfjos d'Empédocle : d'où il résulterait qu'entre l'époque du <T(parpOb etcelledu monde, deux des quatre phases périodiques de l'univers seraient supprimées. Il s'agit évidemment, comme nous allons le voir, du premier des mélanges successifs qui, après la phase de la séparation
' Dtt ciel, I, X. p i37 b, el H. xiii, |). 287 a (Karslen).
' Métaphys. II, t. V, p. 859 h. d'Aristole (Berlin, 1870, in-4°).
' Emped. p. 385-39 1 .
* L. f I. 1.3' éd. p. 629637.
* EmpedocUsfraçfmenta, v. ^17 et^uiv.
(Didol).
* Strom. dans Eusèbe, Prép. év. I,vm , p. 24 C (Vlgier).
' Emped. p. 33 1 .
' I);«ns Eusèbe, /. c.
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complète des éléments, ont produit le monde actuel, auquel, au contraire, succédera le a^^ixïfjos.
Après avoir montré que la doctrine d'Empédocle, tant sur les quatre phases périodiques de l'univers que sur la formation du monde actuel, est sérieuse de sa part et qu'il la soutient d'une manière constante, arrivons aux détails de cette dernière formation, et, par suite, à l'explication de la structure présente du monde d'après la pensée d'Empédocle, et à son hypothèse astronomique. Suivant lui, dans la période actuelle de l'existence de l'univers, au commencement delà quatrième phase, où nous sommes et qui est celle du monde proprement dit, YAmitié produisit, par un tourbillon, un premier mélange des éléments, qui dans la phase précédente étaient entièrement séparés'; puis, sous l'action allaiblie, mais encore persistante, de la Discorde, une portion de l'air se dégagea de ce mélange et se porta vers la surface du tourbillon : cet air supérieur, désigné par Empédocle sous le nom d'éther, se condensa en une enveloppe sphérique de cristal". Ensuite le feu, se dégageant à son tour, s'éleva jusqu'à cette enveloppe solide,' au-dessous de laquelle il se fixai Au centre du tourbillon restait une masse compacte, conq30sée de terre, d'eau et d'air\ et retenue in)mobile par la rapidité même de ce tourbillon, qui l'enveloppait et la pressait de toutes parts l La force dJ
Voyez le vrai Plularque dans Eusèbe, /. c.
* Voyez Emped. fmgm. v. 233-236 (Dilol); yVristote, Géncr. et corr. Il, vi; le vrai Plutarque, dans Eusèbe, Le. Acbilles Talius, Irdrod. aux Phén. ch. v, p. 128 (Pélau, i63o); Diogène de L., VIII, 77; Lactance, Opif. Dci, cli. xvii ; Siobée, Ecl phys. I, XXIV, p. 5oo (Heeren); le faux Plutarque, II, vi , S 3, et Jl, xi , S 2 ; et le
faux Galien, Œaum. I. IV. p. 43o (éd. gr. de Bàle).
' Voy. Emped. frugm. v. 26» (Didot); le vrai Plu'arque, 5/7ow. /. c. el le Taux Plutarque, 11, VI, S 3.
Voyez Plutarque el le Taux Plutarque, //. ce.
Voy. Arist. Du ciel, il , xiii , p. 2gba: 111, II, p. ôooh, I. 2-4. Comp;uez Platon, Phédou, p. 99 B.
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lourbillon, comprimant cette masse vaseuse, en fit sortir l'eau et Fair qu'elle contenait : l'eau forma les mers et les vapeurs; un air mêlé d'une petite quantité de leu s'accumula dans une moitié de la sphère du monde, tandis qu'un feu mêlé d'air occupait l'autre moitié'. Primitivement, sous l'impulsion du tourbillon, ces deux hémisphères, le premier obscur, le second lumineux, séparés par un grand cercle, qui passait sans doute alors par les deux pôles du tourbillon, tournaient autour de la terre; mais, nous verrons que, suivant Empédocle, ils tournaient horizontalement sur un axe vertical, et avec une vitesse qui, très-petite alors, est devenue 3oo lois plus rapide, mais qui décroîtra un jour jusqu'à devenir nulle".
Suivant Empédocle, cette révolution, en s'accélérant, a changé d'axe en même temps que le disque terrestre a changé d'attitude\ et maintenant elle amène chaque jour successivement au-dessus de nos têtes, puis au-dessous de la terre qui nous porte, chacun de ces deux hémisphères : quand c'est l'hémisphère d'air peu mêlé de feu qui est au-dessus de la surface terrestre, alors nous avons les ténèbres et la fraîcheur de la nuit; quand c'est l'hémisphère de Feu mêlé d'air, alors nous avons la lumière et la chaleur du jour'. Quand l'air, principe des ténèbres suivant Enq)édocle comme suivant Homère et Hésiode^, prend la supériorité, et qu'en vertu de la lorce produite par sa condensation, il rrpousse violemment le
' Voyez le vrji Plularque. Slrom. I.c.
(oni parez les textes obscurs du fauv Plularquc , Il . vi , S 3 , cl II , \i , S 2 , et de SlobtM', Kcl. pliys. I, XXIV, p. 5oo (Heeren).
' Voyez la fin du prtsenl S.
^ Voyez les textes cilés plus loin à j)ro- |>os de la lornu- donnée à la lerre j'ar Empédocle.
* Voyez le vrai Plularquo, Slivm. I.c et Questions <le table, VIII, m, S 1.
' Voyez rfsposii . ténébreux, dans Homère, //. VIII. .3; W, 191; X\I, i->6; Odyss. XI, 57; XII, 80; XX, 04; Hymne à Hermès, 2 06; et dans Hésiode, Tliéog. I 19, 721,730, 807. Comparez Plulartjue, principe (lu froid , cli. ix.
feu de manière à s'étendre à l'est et à l'ouest au delà de son hémisphère, nous avons l'hiver et les longues nuits; quand, à son toui% le feu l'emporte et repousse l'air froid vers l'est et vers l'ouest, de manière à occuper de l'est à l'ouest plus qu'un hémisphère, nous avons fêté et les longs jours'. Lorsque fair et le feu se renferment chacun dans les hmites de son hémisphère, nous avons les équinoxes. Ainsi, dans le système d'Empédocle, la sphère céleste serait divisée en deux onglets, l'un obscur, l'autre lumineux, et chacun tour à tour plus grand et plus petit qu'un hémisphère, onglets qu'on peut nommer hémisphères, à cause de leur valeur moyenne et équinoxiale. La rotation diurne de cette sphère et la variation annuelle de la largeur des deux onglets suffiraient, même sans le soleil, pour expliquer, d'après Empédocle, la succession périodique, non-seulement du jour et de la nuit, mais aussi des saisons. Pourtant, dans cette hypothèse, le soleil ne reste pas inutile;
' Voyez Slobéc, Ed. ph. I, i\, p. 262
(Heeren); le faux Plutarque, III, vu i, S 1,
et le faux Galien, Œuvres, l. IV, y,. 433
(éd. gr. do Bàle). Chez ces trois auteurs,
dont les trois textes sont identiques, il ne
faut pas tenir compte des mots sis rd
ivâ>Tspov el sis to xarebrspov, mots (lui
viennent d'une confusion entre la doctrine
d'Empédocle sur Télé et l'hiver, ( t celle
des stoïciens. Suivant Empédocle, les
deux hémisphères , amenés allernafive-
menl chaque jour sur nos têtes par une
révolnlioii d'orient en occident . produisent
le jour et la nuit, en même temps (ju'en
s'élargissanl et en se rétrécissant tour à
lour annuellement d'orient en occident, ils
produisent les saisons. Celte doctrine
d'Empédocle diffère essentiellement de la
doctrine stoïcienne, d'après latpielie les
saisons résultent d'un monvemenl aller natif annuel, par lequel le soleil refoule l'air, puis est repoussé par lui, tantôt rer.s le haut [sisrd dvÛTspov), c'est-à-dire vers le nord cl le \)6\e supériucr, tantôt vers /« bas [sis ro xctrœTspov). c'est-à-dire vers It sud et le pôle inférieur. Il est vrai que. comme nous le verrons, dans une explication accessoire, Empédocle aussi a rlouné au soleil, pour les phénomènes des saisons, un certain rôle, mais secondaire, et sans expliquer, connne les stoïciens, les mouvements allernatils de cet astre vers les deux pôles. D'ailleurs, c'est de la théorie principale d'Empédocle, hien dillercntc de celle-là, qu'il est question dans ces lextes, et il ne fallait pas y mêler ces expression*, qui appartiennent à l'autre théorie, à celle desstoïeiens, sur les soisoiis.
aauagnillg,
ifT, ■i,-,.— <r ,^__
— Kj.( 198 )^^—
mais, conséquenl avec lui-même, Empédocle réduit cet astre au rôle d'auxiliaire : il s'en sert pour expliquer la lumière directe que ses rayons, par un ciel serein, ajoutent à la lumière diffuse, attribuée par Empédocle à riiéinisphèrc lumineux. En elFel, de même que son contemporain le pythagoricien novaleur Pliilolaûs", qu'il imite peut-être, mais sur ce point seulement, Empédocle considère le soleil comme une masse de crislai , formée d'air condensé de même que l'enveloppe solide du ciel, et il croit que cette masse, dépourvue de lumière propre, sert à concentrer et à nous renvoyer avec plus d'intensité la luunère et la chaleur de l'hémisphère de feu"^ dont le soleil suit les mouvements, de manière à y rester toujours en se déplaçant par rapport aux étoiles fixes.
' ^oll^ en parlerons dans !a suite de noire Ilist. «les hypothèses astron. chez les Orecs et les Ilomains, cli. v, S i. En atlendanl , vovez noire mémoire intitule IIypothèse aslionomique de PhiloUiiis [bulleUino di liihUocjraJia e di sloria délie scienze mate matiche e fisiclie, tome V, Rome, 1872, gr. in-4°).
' \o\vi Emi>cd.fra(jm. (Didol). v. 'il\'i, versohscnr, mais dont le sens est complété et expliqué par le vrai Plularque [Slrom. dans Ensèbe, Prép. t'v. 1, viii, p. 2^ D de Vigier, et des Oracles de la Pythie, r\\. \ii. où il faut lire 'ssspioLvyv avec VVyllenbu II et les autres meilleurs éditeurs, et non Tsepiyrfi' avec Karsten, Emped.frarjm p. iiaH). Il est vrai que Stohee [Ed. phys. I.xxvi, p. 53o) . le faux Plutarque ( II, \x, $S) et iefauxGalien (t. IV,p.43i), suivis à tort par M. Cornewall Lewis [Astronomy of the (incients. H, x, [>. 101), ayant mal compris le vers d'Empedocle et confondant sa doctrine avec celle de Pliilolaûs, ont cru q-j'Empedocle distinguni) tieux
soleils, l'un qui, couune le /eu central de Philolaiis. brillerait de sa lumière propre, mais serait toujours invisible pour nous, et l'autre qui renverrait vers nous la lumière du premier. Mais celte interprétation, contraire à lautorité plus grande du vrai Plutar(|ue sur ce point même, est d'ailleurs inconciliable avec I ensemble de la doctrine d'Empedocle; car, suivant des témoignages plus sûrs que ceux de ces trois compilateurs, il veut, connne nous l'avons vu, que les deux héraispbères célestes, l'un obscur, l'autre lumineux par lui-même, soient visibles pour nous tour à tour, (pie dans le second se tienne toujours le soleil unique de cristal sans lumière propre, et (pie tous deux tournent en un jour au-dessus et au-dessous de la terre immobile. V oyez Karsten , /. c. p. Ii2^- 43 1, ttZeller, tome I, 3* édition, p. 609, note 5. De même Diogène de L. (VIII, y y) a lort de dire (pie le soleil est, suivant Emped<»cle, un grand amas de feu.
— ^^( 199 )^^— Empédocle avait sans doute remarqué qu'au contraire ces étoiles, allant de l'est à l'ouest un peu plus vite que le soleil et que les deux hémisphères, avancent sur eux d'une révolution entière en un an, de manière que ces étoiles sont tour à tour, les unes dans l'hémisphère lumineux, dont l'éclat empêche de les voir, les autres dans l'iîémisphère ténéhreux, oii elles brillent par contraste. Sans doute aussi il supposait que l'axe de la rotation diurne des deux hémisphères autour de la l(^rre avait maintenant ses deux pôles dans l'horizon actuel, tandis qu'autrefois, avant le grand chano^ment dont nous avons parlé, cet axe, suivant Empédocle, était vertical et identique à l'axe du mouvement diurne des fixes tel qu'il était alors pa. rapport à la surface plane de la terre, axe dont maintenant ks pôles sont l'un au-dessus, l'autre au-dessous de l'horizon terrestre, mais non verticalement. Nous n'avons aucun document direct et précis sur ces deux points difficiles de la doctiine d'Empedocle; mais nos deux conjectures sont rendues pour le moins très-vraisemblables par leur accord avec l'ensemble de cette doctrine. D'ailleurs, la seconde des deux est confirmée par un texte d'Empedocle lui-même, qui, sans le dire exprèssèment, suppose que, suivant lui, l'axe des deux hémis])hères était devenu horizontal; car, malgré son hypothèse de l'hémisphère naturellement lumineux et de fhémisphère naturellement ténébreux, il dit expressément que la terre elle-mcine produit la ntiit en interceptant la lumière \ En effet, son système veut que, pendant la nuit, le disque opaque de la terre, par son interposition, empêche sa face supérieure, seule habitée, d'être
Empedoclis fragmenta. ( Didot) , v. 26 1 . Con)parez l'Iularquc. Questions platoniques. VIII, III. Mais, quoi qu'en dise M. Mullach (page 55. Didol). ce n'est
pas du font Empédocle dans Pline, c'est Pline seul [H. n. II, x), qui dit en son propre nom cpie la nuit est l'ombre de la terre.
— ».( 200 )<-.— f^clairéf par la lumière venant de riiemisphùre lumineux, qui passe alors au-dessous d'elle. Or on peut concevoir que, lorsqu'une partie seulement de cet hémisphère hrillant est avec le soleil au-dessous de la terre, une lumière crépusculaire, plus ou moins intense, doit suhsister encore sur toute cette surface plane. Mais la nuit complète et profonde aurait été évidemment impossihie, si une partie considérable de l'hémisphère lumineux par lui-même avait été au pôle nord dans ]«' cercle de perpétuelle apparition, dont, en moyenne, il aurait occupé la moitié.
Le soleil, qui, dans celte hypothèse, contrihue ainsi à produire le vif éclat des jours sereins, n'y est pas inutile non plus pour la dillérence des saisons. En eflet, dans le monde ainsi formé par le progrès du tourbillon primitif, monde qu'Empédocle considère comme unique et limité', le soleil qui, suivant lui, touche aux limites du monde'- et par conséquent à l'enveloppe solide du ciel, n'est ])ourtant pas ïï\e à cette enveloppe, ciistalline comme lui; mais, en même temps qu'il suit le mou\ement diurne des deux hémisphères de manière à être toujours au milieu de la largeur de l'hémisphère lun)ineux, c'est-à-dire de sa dimension de l'est à l'ouest, il se meut du nord au sud et du sud au nord suivant les saisons sous cette enveloppe sphérique, qui l'empêche d'aller en ligne droite, et deux C(^rcles, les tropiques, l'arrêtent et le forcent de ré-
' Emped.JnKjm. (Diilol), v. » 05 et v. aS;- 339; Simplicius, Phys. I, f. 38/» (Aid.); Du ciel, II , p. 229 « ( Karsten ; , el Stobee , I. xxm, p. 496 (Ileeren). Il est vrai que Slobée ( I , xxm , p. .\^lx) , le faux Plularque (I, V. $2) ctlel'auxGalien (t. IV, p. ^27), prétendent que , pour Empedocle , le monde n'était qu'une pelile partie de [univers; mais t'est parce qu'ils ont mal inierprete
trois vers d'Empédocle [Emped. fra(jw.
V. 196-198, Didotj, ou il est question de la formation lenie el progressive du monde inu(pie dans l'univers unique.
^ Empedoclis frmjmerttii (Uidol). v, 2^1; Slobée, Ed. phys. I, xmi , page /|/io (Ileeren); le fuix Plularque, II. 1. S .\ . et le faux Galien. l. I\ , p 429 (éd. gr. de Bàle).
trograder dans ce mouvement alternatif depuis un point solsticial jus(|u'à l'autre ^ 11 semble donc que, pour rendre compte de ce mouvement alternatif du soleil, au heu de recourir à quelque explication plausible, soit par l'animisme avec Diogène d'Apollonie, soit par la mécanique avec Anaxagore, Empedocle prêtait à ces deux cercles, comme à l'enveloppe cristalline du ciel, une réalité physique et une consistance solide; à moins que Stobée et les autres compilateurs, qui sont ici nos seuls garants, n'aient pris dans les vers d'Empédocle l'expression poétique d'un fait pour l'indication philosophique d'une cause. Quoi qu'il en soit, il était évident que, quand le soleil, plus rapproché du nord, était plus longtemps sur l'horizon, c'està-dire en été, il devait concentrer et nous renvoyer chaque jour plus de lumière et de chaleur que dans les autres saisons.
Mais quelle était l'opinion d'Empédocle sur la nature et la vitesse de cette lumière et de cette chaleur qui nous viennent de cet astre lointain? Aristole"etses commentateurs Alexandre^, Jean Philipon^ et Thémistius^, nous apprennent que, suivant Empedocle, la lumière concentrée, puis émise vers nous par le soleil, était un écoulement continuel qui nous arrivait ainsi de fextrémité du monde en un temps insensible à cause de son extrême rapidité. Empedocle était donc pour l'hypothèse de yéniission d une matière lumineuse et chaude, tandis qu'Aristote pensait que la lumière n'était qu'un mouvemenl transmis dans un milieu. Mais ni Aristoto, ni ses commentateurs anciens, ni aucun auteur ancien, n'ont jamais dit ce que Montucla^ croit
' Voyez Slobée, Ed. phys. 1, xxvi, p. 53o; le faux Plularque, 11, xxm, 8 3, et le faux Galien, t. IV, p. 63 1.
■ De lu sensation, cb. iv, [i. /»/i6a, el De iàme, 111, vu, p. ^iSh (Berlin).
Hy pot lisses.
' De la sensation, tb. vi , f. i lO h (Aid.).
* De l'âme. Il , vu , feuille K , feuillet 8 b (Venise, i G35).
* De l'âme, II, vi[, f. 79 « (Aid.).
' Hist. d. math. 3° éd. I. 1, p. 1^2.
avoir lu, il ne sait pins dans cjnel commentateur, et ce que M. Arago^ aurait mieux fait de ne pas répéter, savoir : que, pour se défendre contre une objection de ceux qui, comme Aristote, niaient absolument qu'il y eût aucun intervalle de temps pour la transmission de la lumière à quelque distance que ce fut, Empédocle niait le mouvement diurne du soleil autour de la terre et affirmait la rotation diurne du globe terrestre. Ni fobjection ni la réponse prétendue ne sont antKjues. Cette réponse, tirée d'une hypothèse astronomique si contraire à la pensée d'F^mpédocle et à ses erreurs bien connues, n'a pu être inventée que par quelque moderne, commentateur ou non, si elle ne l'a pas été par Montucla lui-même, qui a peut-être été tronn)é par quelque fausse réminiscence. Quoi qu'il en soit, contre une erreur historique manifeste et en faveur de laquelle on n'allègue aucune preuve, toute réfutation serait inutile.
Suivant la cosmogonie d'Empédocle telle que nous l'avons exposée, après l'ascension du feu et après la sortie de l'air et de l'eau hors de la terre, il est cependant resté dans la terre une certaine quantité de feu, et c'est ce feu souterrain qui a lait monter à la surface de la terre des blocs de rochers et qui les y soutient par son activité perpétuelle'-. Cette théorie phitonienne, où il y a beaucoup devrai, avait sans doute été inspirée au philosophe d'Agrigente par la vue de l'Etna et de ses éruj)tions volcani{|ues, de même que la théorie neptunienne de la formation des terrains par des sédiments sous-marins avait été inspirée à Xénophane par Fobservation qu'il avait faite de lossiles marins jusque dans les flancs des montagnes.
Nous avons admis que, suivant Empédocle, la terre avait un(» lorme discoïde. Cependant, sur la forme qu'il attribuait à la
' Astronomie populaire, l. III. p. /il. — * \' .V\i\[ari\\iL\ Du principe <Uifivul,v\i.\m.
terre, nous n'avons aucun témoignage exprès et précis; mais nous avons vu et nous allons achever de voir que tout ce que nous savons de son système concorde avec cette pensée, d'après la(juelle la terre présente une surface plane sauf ses inégalités. Nous avons vu que, suivant Anaximène, pour qui la terre est un disque, les astres ne tournent pas au-dessus et au-dessous de ce disque horizontal, mais autour de ses bords, et que de même Empédocle admet la rotation horizontale du ciel autour des bords de la terre, non pas, il est vrai, comme un fait actuel, mais comme un fait primitif, qui a cessé. Sur ce changement, Empédocle est d'accord avec d'autres philosophes, pour qui de même la terre était un disque. En effet, de même qu'Anaxagore, qu Archélaûs et que Diogène d'ApoUonie, Empédocle croit, comme nous favons vu, que l'axe du tourbillon qui est devenu le monde était primitivement vertical, c'est-à-dire perpendiculaire à la surface de la terre posée comme elle l'était alors. A cette époque, suivant Empédocle, le dessus et le dessous delà terre devaient être j)erpétuellemenl éclairés; car chacun des deux hémisphères célestes, l'un sombre, l'autre lumineux, devait alors avoir toujours une de ses moitiés au-dessus du disque terrestre et fautre au-dessous, et ces deux hémisphères devaient tourner perpétuellement autour des bords de ce dis- (jue, de sorte que sa face supérieure devait recevoir surtout la lumière tantôt de l'est, tantôt du sud, tantôt de l'ouest, tantôt du nord de fhorizon , et ainsi de suite. Mais, à une certaine époque, suivant deux expressions contradictoires réunies par les compilateurs qui nous ont transmis celte opinion d'Empédocle \ les deux Ourses s'inclinèrent, c'est-à-dire sans doute
' Vo)ezSlobrc,£c/./y/m. î,vi,p. 358; lo faux i*liitar(|iio. Op. des pfiilos. II, viii, S 2 , et le faux Galien , t. I V, j). ^3o. Cor-
sini {Dissert. I, p. xix-xx, à la suite du faux Pln:,u(p»c', Fioreuce, 1750, m-h°) el KaisUn (p. 4'i5-/iî6), que M. Zeller
■iG,
(jue ces deux constellations voisines du pôle céleste supérieur s'abaissèrent du zénith vers le bord septentrional de l'horizon; ou plutôt, suivant la seconde expression, les contrées boréales s'élevèrent et les contrées australes s'abaissèrent, c'est-à-dire que le nord du disque terrestre monta vers le pôle céleste supérieur, tandis que le sud de ce disque descendit en s'éloignant de ce même pôle. Tout cela suppose que, pour Empédocle, la terre était un disque. Dans cette opinion de ce philosophe sur une diminution antique de la distance entre le pôle céleste visible et le nord de l'horizon terrestre, ce ne sont pas seulement les détails plus ou moins authentiques, c'est le fond même qui est inconciliable avec la doctrine de la sphéricité de la terre, doctrine qu'en efïét aucun auteur ancien ne lui a attribuée. Le mouvement de bascule du disque terrestre du nord au sud eut lieu, suivant Empédocle, parce que, disent les mêmes auteurs, l'air avait cédé éi un mouvement impétueux du soleil, c est-a-dire que l'air, refoule au sud par un mouvement du soleil du ])oint tropical d'été vers le point tropical d'hiver, avait exercé sur la partie méridionale du disque de la terre une pression qui avait fait pencher le disque de ce côté. Depuis que la distance angulaire, autrefois égale à un quart
(|). ()/»(), noie 5) M'iulile approuver, ont cru (jue, suivant Empédocl':, l'axe de rolilion du ciel avait été primitivement liori:onl(il , (yie la pression de l'air reibulé par le soleil vers le nord avait fait baisser le bord scptenfrional du discjue terrestre el hausser le bord méridional. Mais c'est là précisément le contre pied du sens clair, net et précis des expressions grecques, (jue nous avons traduites exactement, et, de |)l(is , cette lausse inlerprét ilion a contre I lie le rapproehement naturel de cette liy pothèsc d'Empedocle avec les liNpothèses
a peu près semblables d'Anaxagore, d'Archélaùs et de Diogène d'Apollonie , et surtout avec l'hypothèse d'Anaximène, daii^ laquelle les autres ont évidemment leur source commune. Pour tous ces phdosophes, comme aussi pour Leucippe el Démocrile, ce qu'il s'agissait d'expluimr. c'était pourquoi l'axe du monde n'était pas ou n'était plus vertical, et pour(|Uoi d éUïil maintenant incline vers le nord de Ihorizon, de sorte que les révolutions diurries des astres n'étaient pas ou n'étainit plus parallèles à l'horizon.
de circonférence, entre le pôle visible et le bord septentrional de l'horizon, s'est ainsi diminuée de plus de moitié, suivant Empédocle, les deux hémisphères, l'un obscur, lautre lumineux et seul pourvu d'un soleil de cristal pour concentrer et répandre sa lumière, passent tous deux successivement tantôt au-dessus et tantôt au-dessous de la terre, de manière à produire le jour et la nuit, tandis que certaines étoiles autour des deux pôles sont les unes toujours au-dessus et les autres toujours au-dessous de l'horizon. Ouant aux saisons, elles sont produites, suivant lui, par deux causes simultanées, savoir: d'un côté par l'empiétement alternatif du feu dans l'hémisphère d'air et de l'air dans l'hémisphère de feu, et d'un autre côte par le mouvement annuel du soleil du nord au sud et du sud nu nord.
Avant de compléter l'exposé de ce que nous savons de la théorie d'Empedocle sur le soleil, il faut voir ce (ju'il pensait des autres astres. Comme les pythagoriciens et comme Parménide, et probablement à leur exemple, il admettait que la lune cause les éclipses de soleil en s'interposant entre le soleil et nous\ Cependant la lune était, suivant lui, un disque'- de cristal, formé par la condensation de l'air qu'à l'époque de forigine du monde le feu avait entraîné avec lui en s'élcvant\ Empédocle ne remarquait donc pas que le soleil n'aurait pas dû être éclipsé par la lune, si elle avait eu la transparence du cristal. De plus, pour que la lune, même opaque, pût pioduire l'éclipsé, il aurait fallu que son disque et celui du soleil
' Voyez ÎStobéc, tJct. pliys. \, xxvi, p. 53o; Plutarque. Du visaqe dans la lune, ch. XVI, et l'Jmped. fraffm. v. 2/|8-25o (Didol).
* Voyez Plularque, (Juest. rom. ch. ci; Diogène de L., VIII. 77; le Taux Plu-
tar(jue. 11, vu, S 2; le f^ux Galien, I. I\, p. 4o 1 , et Stobee , Kcl. phys I , xwii, p. bb-j . ^ Voyez Plut;»rque, Shvni. dans Vaisèbe, / c. p. 2/iD, el Du visage dans ta lune, ch. v, et Stobée, l£cl. phys. I. xxvii , p. 552.
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fussent parallèles entre eux et qu'ils ne fussent pas toujours parallèles à riiorizon. Comme les pytliagoriciens et Parménide, el sans doute aussi à leur exemple, il admettait que la lune reçoit du soleil sa lumière ^ Son hypothèse lui permettait d'exnhnuer ainsi comment la kine pouvait briller dans l'hémisphère ténébreux, quoique cet hémisphère ne lui fournît pas de lumière à concentrer et à répandre ensuite. Mais nous venons de voir qu'Empédocle prêtait à la lune, de même qu'à la terre, la forme d'un disque et non celle d'un globe. Puisqu'il s'imaj^inait que l'illumination d'un disque pouvait produire les phases lunaires, il fallait qu'il ignorât, comme en général les philosophes de l'école d'Ionie, non-seulement les théories de l'opiiqiie, mais les observations les plus faciles et les plus simples sur les apparences des corps éclairés. Quant aux étoiles fix(*s, c'étaient, suivant lui, de petites masses de feu, qui, enq)oiiées par l'éther lorsqu'il s'était élevé pour lormer, en se condensant, renvelo|)pe solide du ciel, s'étaient trouvées prises dans cette enveloppe de cristal, tandis que les planètes étaient aussi des masses de feu, mais restées libres'^ comme les masses cristallines du soleil et de la lune. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer l'étrangelé des doctrines physiques siq3posées j)ar ces théories sur la nature des astres et du ciel.
Empédocle j)ensait, comme Anaxagore, que le soleil était |)lus grand et plus éloigné de nous que la lune^; mais, plus
•tM
' Vovez Plutaïque , Slrom. l. c. et surtout si\ vfis d'Eiiipédocle, l'rugm. v. aZia 3^7 (Didot).
- Vovez Slobée. EcL phys. l, xxv, p. 5o6, et le iau\ Plular<|ue, II, xiii, S 2.
^ Voyez Diogène de L., VHI, 77.
Achillès Tatius {Inir. uiu: Phcnom. cli. xvi el XX! , p. 1 'i5 K et p. 1 /i 1 B . Peta\ . Uranul.
iG3o) (lit même qu'F.inpédocle consiJérait la lune comme un fiagujeiit délarhé du soleil; mais c'est en vertu d'une interprétation évidemment fausse d'un vers d'Eujpédocle ([u'il cite isolément (p. 1 35 E). Ce vers [Fr(i(]rn. v. 245) concerne l'ori- 'Mue solaire de la lumière de la lune et non de sa masse cristalline. (Voy. v. 242-2A7.)
{ 207 )kh^
hardi qu'Anaxagore, il osait dire que le soleil est aussi grand que la terre '. Il se représentait l'orbite parcourue par la lune comme la plus rapprochée de la terre ^ et comme marquant autour de nous la limite des choses terrestres \ de même que forbite du soleil marquait, selon lui, fextiême limite du ciel\ sans doute pourtant au-dessous de l'enveloppe solide où, suivant son opinion, les étoiles fixes étaient enchâssées. Ainsi, suivant Empédocle comme suivant Anaxagore, le soleil était plus éloigné de nous que toutes les planètes. Le faux Plutarque et le faux Galien disent qu'Empédocle considérait la distance de la lune au soleil, dislance occupée par les orbites des cinq planètes, comme double de la distance de la terre à la lune*, ce qui revient à dire que la distance de la terre au soleil était, suivant lui, triple de la distance de la terre à la lune. Quant aux dislances absolues de ces corps célestes, aucun auteur ne dit qu'Empédocle ait essayé de les évaluer.
Stobée^, probablement d'après l'autorité du périj^atélicien Boéthus, qu'il cite ensuite, dit qu'Empédocle attribuait au ciel, et par conséquent à son enveloppe de cristal, une forme
' Voyez Stobée, Ed. phys. 1, wvi, double de celle de la lune au soKil
' Emped. fruijm. v. 2^6 (Didol). Comparez Plularque, Du visage dans la lune, cil. IX.
' Voyez saint llippolyte. Contre les hârsies, I , iv, p. i5 , I. lo-i 3 (Cruice).
* Voyez Stobée, I, xxii, j). à\o; le (aux Plutarque, II, i, S /| , et le faux Galien, t. IV, p. 429.
* Voyez le faux Plutarque, II, xxxi , S I , el dans Eusèbe, Prép. év. XV, lui, p 849 B (Vigier), et le faux Galien, t. IV, p. 432. Dans Slobée (I, xxvii, j). 566), on lit, au contraire, (pie la distmco. de la terre à la lune, suivant Enipédocle, était
M. Karslen (p. 433, note i36) a bien raison de rejeter cette fausse leçon, produiu par la transposition involontaire tie i\vm\ mots, comme le montre la suite de la plirase de Stobée. Mais M. Karsten a loil de rejeter aussi le texte des deux autres auteurs et de le refaire à sa guise. Des le temps d'Eusèbe, le texte du faux Plulai (pie. conforme à celui du faux Galien, était tel que nous l'avons. Stobée ne l'a pas copié; mais il a puisé à la même source, et c'est sans doute par les copistes des manusciits de Stobée que la faute a été commise.
^ Ed. phys. I, xxvii, page 566 (Heeren).