‹ Mémoire sur les hypothèses astronomiques des plus anciens philosophes de la Grèce étrangers à la notion de la sphéricité de la terre [microform]Chapitre 27 sur 27 · HYPOTHÈSE ASTRONOMIQUE DE METRODORE DE CHIO · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE ASTRONOMIQUE DE METRODORE DE CHIO

Passons à un disciple immédiat de Démocrite, à Métrodore de Chio', qu'il ne faut pas confondre avec les deux Métrodore de Lampsaque, disciples l'un d'Anaxagore et l'autre d'Epicure, ni avec d'autres philosophes de même nom. Atomiste, mais avec une tendance très-marquée au scepticisme, Métrodore de Chio s'écarta de la doctrine de Démocrite sur quelques points, qu'il importe de signaler ici. Il paraît qu'il devança Platon et Aristote en disant que la terre reste au centre du monde parce que telle est sa place naturelle, de laquelle, par conséquent, elle ne tend nullement à s'éloigner-. Mais d'autres opinions attribuées à Métrodore constituent un pas rétrograde. A l'exemple d'Anaximandre^, il plaçait, dit-on, le soleil et la lune plus loin de la terre que les étoiles fixes', et donnait aux étoiles la forme d'une roue^ de chariot antique, c'est-tà-dire d'un disque^. 11 disait (fue les étoiles fixes, comme les planètes, n'ont qu'une lumière étrangère, qui leur vient du soleiP. Il considérait la terre comme un dépôt formé dans feau, et le soleil comme un dépôt formé dans fair^. Suivant lui, l'éther, en se condensant, engendre des nuages et ensuite de feau : cette eau, tombant sur le soleil, féteint d'abord, puis se volatilise et s'enflamme; le soleil, se solidifiant et se desséchant peu à peu, transforme l'eau brillante en étoiles, et c'est en s'allumant et en s'éteignant tour à

' Voyez M. Zeiler, 3-= éd. t. I. p. 77G. note 2.

^ Voyez le faux Plularque, III, xv, § G. ' Voyez noire S 4, [>• 87-88.

* Voyez le faux Plutarque, II, \v, S G.

* Voyez Slobée , Ed. phys. I , xxv, p. 5 1 o.

Hypothèses.

"^ Comparez ci-dessus noire S 4. Amidimandrc , p. 74.

' Vovez le faux Plulanjuc , II , xvii , S 1 ; le faux Galien, t. IV, p. 43 1. I. G, et Slobée, Ed. phys. I, xxv, p. 5 18.

'* Voyez le laux Plularque, III, ix, S 5.

loiir qiril produit le jour, la nuit et les éclipses'. S'aglt-il ici (le l'origine première des étoiles et d'une extinction antiffuc du soleil, qui, une fois rallumé, ne se serait plus éteint de nouveau ? Non , puisque, dans le fragment authentique de Plutarque

sur cette doctrine de Mctroclore de Chlo, tous les verbes sont an présent, et puisque, dans le monde supposé éternel , l'embrasement et l'exlinction du soleil sont donnés comme explication de phénomènes actiuls, ieh que les jours, les nuits et les éclipses de soleil. Ainsi, d'après Métrodore de Chio, c'est chaque soir que le soleil s'éteint et que les étoiles se forment et s'allument ; c'est chaque matin que le soleil, éteint le soir précédent, se rallume, et, à chacune de ses éclipses, il s'éteint et se rallume à ne heure inaccoutumée. Cette opinion se rapproche beaucoup le celle d'Heraclite et de Xénophane sur la formation et la dissolution quotidiennes du soleil et des. étoiles : elle était étrangère a Démocrite; mais elle fut une de celles entre lesquelles Épicure, sceptique en physique comme Métrodore de Chio, laissa le choix libre à ses disciples.

Terminonsce mémoire par quelques considérations générales sur les opinions astronomiques des atomistes et sur la place de ces opinions dans l'histoire de la science. Considérée dans son ensemble, la doctrine atomislique se rapproche de celle d'Héraclite, surtout en ce qui concerne la multiplicité, la production, la destruction et la succession des mondes et le perpétuel changement dans une matière persistante et éternelle. Seulement les atomistes n'attribuaient aux particules constitutives de cette malière que l'étendue, la pesanteur et le mouvement, tandis qu'Heraclite leur attrilniait d'autres qualités premières et des changements de qualités, considérés par lui comn)e

• Voyez, le vrai Plutarque, Slrom. clans ' Lettre à Pythocles,d^mD\o^euvihL..

Eusebe, Prip. év. 1, viii, p. 25 (Vigler). X , xcii. Con.p. Lucrèce. V, :)5o-5G/i.

causes des mouvements eux-mêmes'. Mais, pour ce qui concerne l'invariabilité des parties les plus petites de la malière et la production de la variété des corps et des phénomènes par les mouvements et les mélanges de ces parties, c'est à Anaxagore surtout que les atomistes ressemblent. De même, pour ce qui concerne la cosmographie et l'astronomie, c'est surtout à A naxagore qu'évidemment Leucippe et Démocrite se rattachent , tandis que, pour cette même partie de son système, Métrodore de Chio se rapproche davantage d'Heraclite et de Xénophane. Quand on écrit l'histoire de la philosophie, il faut présenter l'histoire de l'école d'Élée avant celle des atomistes, qui ont opéré une réaction philosophique contre cette école. Mais, dans l'histoire des hypothèses astronomiques, l'école atomistique a sa place marquée à la suite de l'école ionienne, à laquelle (^lle se rattache immédiatement par ses hypothèses sur les astres et sur leurs mouvements autour de la terre mince, plate et même concave en dessus. Dans cette même histoire, pour des molils analogues, Xénophane de Colophon, bien que fondateur de l'école d'Élée, doit avoir la place que nous lui avons assigné<' parmi les Ioniens, auxquels il appartient non-seulement par le lieu de sa naissance, mais surtout par ses hypothèses astronomiques. Quant à son disciple Parménide d'Klée, il a fait, en matière de cosmographie, de grands emprunts à Pythagore, qui, dans cette science, avait commencé un autre mouvement mieux dirigé et plus progressif. C'est pourquoi, dans la première section du chapitre suivant", concernant les partisans de la sphéricité de la terre en même temps que de son immobilité naturelle et absolue au centre du monde, nous parlerons d'a-

' Voyez M. Zellcr, 3* éd. t. I, p. Bog- dite des hypothèses astronomiques chez les 5-f,. Gi^ecs et les Ihmnins, liistoire dont le pré-

- Ceci se rapporte à notre Histoire iné- sent mémoire formera le cinpitre III.

bord (le Pylhagore et de ceux qui, parmi les pythagoriciens, ont conservé sa doctrine de la terre immobile, sans rotation et sans révolution, au centre commun de tous les mouvements circulaires du ciel et des astres; ensuite nous arriverons à I^arménide et à Platon, qui ont suivi (^ette même doctrine en la modifiant un peu pour l'adapter à leurs systèmes philosophiques, f.a seconde section du même chapitre montrera les développements et les complications que cette théorie astronomique a reçus entre les mains plus savantes d'Eudoxe, de Calli|)pe f't d Aristote.

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