‹ Mémoire sur les inscriptions de fondation du temple d'Esmoun à SidonChapitre 1 sur 3 · LIBRAIRIE C. KLIINCKSIKCK, RUE DE LILLE · texte numérisé non relu

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MÉMOIRE

SUR

Je désire entretenir l'Académie d'une des découvertes les plus surprenantes qui aient été faites depuis longtemps dans le domaine de l'épigraphie sémitique; je veux dire des inscriptions, aujourd'hui au nombre de six, toutes, à peu de chose près, identiques, qui ont été successivement découvertes, depuis deux ans, aux portes de Sidon, parmi les ruines d'un édifice antique dans lequel il faut sans doute reconnaître le temple d'Esmoun, mentionné sur la célèbre inscription d'Esmounazar.

Au mois d'avril 1900, je recevais, de M. Edmond Durighello, la copie, faite à la hâte sur un petit bout de papier, de quelques lettres phéniciennes provenant d'une grande inscription trouvée à Saïda. Cette copie communiquée, en même temps qu'à moi, à divers savants, soit en France, soit à l'étranger, avait provoqué de leur part certaines réserves et les avait laissés sceptiques.

Sur ces entrefaites, le Ministère de l'Instruction publique recevait de la même source l'envoi d'abord de deux, puis de quatre estampages différents, se rapportant tous à la même découverte.

Ces estampages, communiqués au Comité des travaux historiques,

135936 Ponolp

furent renvoyés à mon examen. Il me suffit d'y jeter les yeux pour reconnaître que j'étais en présence d'inscriptions commémora lives de la construction du temple d'Esmoun, inscriptions qui reproduisaient les termes mêmes dont se sert l'inscription d'Esmounazar pour dési- {jner cet édifice. Si ces inscriptions étaient authentiques» et si elles provenaient bien de l'endroit où l'on disait qu'elles avaient été trouvées, cette découverte était du plus haut intérêt, car non seulement elle nous livrait un nouveau texte phénicien, qui complétait et éclairait sur plus d'un point l'inscription d'Esmounazar, mais elle déterminait l'emplacement du temple d'Esmoun et nous mettait en présence de ses ruines.

Une correspondance suivie avec les différentes personnes qui, à Beyrouth et aux environs, étaient à même de suivre cette affaire et de vérifier par elles-mêmes sur place l'exactitude des premiers renseignements que j'avais reçus, ne me laissa bientôt plus de doute, sinon sur l'égale authenticité de toutes ces inscriptions, dont l'une ou l'autre pouvait bien avoir été fabriquée après coup, du moins sur la réalité de cette découverte.

Pour prendre date, le i4 mai 1900, je communiquai le texte et la traduction de ces inscriptions au Comité des travaux historiques, puis en comité secret à l'Académie des inscriptions, dans la séance du 1 8 juin 1 900. Le même jour, je communiquais tous les estampages que j'avais entre les mains à notre confrère, M. Glermont-Ganneau^ sur l'autorité duquel je tenais à pouvoir m'appuyer, en l'absence de , M. de Vogué, retenu loin de Paris.

Ma conviction était faite; toutefois, avant d'entamer des négociations officielles, une grande prudence nous était commandée, tant à cause du mystère dont on entourait cette découverte, que de certaines particularités que présentaient ces inscriptions. D'une part, en effet, leur ressemblance extrême avec l'inscription d'Esmounazar devait exciter les défiances de ceux qui savent quels progrès a fait l'art des faux; de l'autre, nous nous trouvions en présence d'un fait qui se ren-

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contrait pour la première fois''' dans i'épigraphie phénicienne. Ce n'était pas, en effet, plusieurs inscriptions différentes, mais quatre ou cinq exemplaires différents de la même inscription, identiques à quelques variantes près pour le contenu, que reproduisaient ces estampages. La réserve était d'autant plus nécessaire que ma conviction n'était pas partagée par tout le monde. Des savants, dont l'opinion en ces matières a trop de poids pour pouvoir être négligée, continuaient et ont continué jusqu'à ces derniers temps à considérer toutes ces inscriptions comme fausses, laissant entendre qu'ils savaient l'histoire de leur fabrication.

Dans ces conditions et pour m'entourer de toutes les garanties, comprenant qu'il était indispensable d'avoir sous les yeux les originaux afin d'avoir la preuve matérielle de leur authenticité, je demandai et je réussis à obtenir la communication de deux de ces pierres.

L'Académie comprendra que je ne m'étende pas sur les détails de cette transmission. Ce sont là des opérations délicates, et notre devoir est avant tout de ne pas créer de difficultés à ceux de nos agents qui mettent ainsi leur dévouement au service de la science française.

Je me contenterai de dire que, grâce à des négociations habilement menées, ces deux inscriptions ont pu être amenées à Paris et que finalement elles ont pris place dans nos collections nationales, où elles sont à la disposition de ceux qui voudront les consulter.

J'aurais voulu aller plus loin, et, une fois l'emplacement du temple d'Esmoun bien établi, j'avais espéré qu'il serait possible d'acquérir le terrain et d'obtenir du Sultan, grâce à l'intervention de notre éminent correspondant Hamdy-bey, l'autorisation d'y pratiquer des fouilles régulières. Des indiscrétions, dont je ne veux pas rechercher la source, et des démarches parallèles faites à mon insu,

''> Je fais exception pour l'inscription bilingtie de Malte, C. /. S., I, 133 et laa bU.

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ont empêché la réalisation de ce plan. Des indigènes et même des^ étrangers, mis au courant de l'intérêt de cette découverte et des. conclusions de mes recherches, se lancèrent à la poursuite des autres inscriptions qui furent dispersées à droite et à gauche; enfin Macridi-bey, commissaire ottoman pour les fouilles allemandes de Baalbek, fut chargé de diriger les fouilles sur l'emplacement du temple d'Esmoun, donné gracieusement par le propriétaire à son souverain.

Le résultat ne s'est pas fait attendre et, tout récemment, le docteur Schrœder, le savant orientaliste qui est consul d'Allemagne à Beyrouth, en visitant les fouilles, a pu voir encore en place une nouvelle inscription identique aux précédentes, prouvant ainsi, si elle avait encore besoin d'être démontrée, l'authenticité de la découverte.

Un rapport détaillé du docteur Rouvier''*, correspondant du Comité des travaux historiques, qui avait été chargé d'aller vérifier sur place l'authenticité de ces monuments, nous fournit les renseignements les plus précis sur le lieu de la découverte. Il est situé dans une propriété appartenant au cheik druse Nassib-bey Djemblat, de El-Baramieh, faisant partie du territoire du Liban, quoique limitrophe du kaimakamlikdeSaïda,qui dépend du vilayet de Beyrouth. Il se trouve àgaSmètresàl'est de l'embouchure du NahrAoulé et à 2,600 mètres au nord-nord-est de la porte septentrionale de Saïda; a,3oo mètres le séparent du point où le torrent El-Kamié limite au sud la nécropole d'Ayaa, où furent découverts en 1887 les sarcophages de Tabnit et celui dit d'Alexandre; 4,ooo mètres, du tombeau d'Esmounazar dans la nécropole d'Abloun . Enfin , il est à 1,100 mètres au nord du village de El-Baramieh, résidence du cheik Nassib-bey Djemblat, où ont été

'') Tout ce qai suit est empninté, presque mot pour mot, au rapport très circonstancié de M. Rouïier. ^

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découverts plusieurs sarcophages anthropoïdes, aujourd'hui au musée de Constantinople.

C'estuncoteau,àpente escarpée, atteignant à son sommet loo mètres d*aititude. Un peu plus loin, s'élève un mamelon qui dépasse 160 mètres.

Tout ce coteau, du sommet à la base, est parsemé de nombreux blocs antiques, dont quelques-uns sont utilisés pour soutenir d'étroits étages employés à la culture. La partie où ont été découvertes les inscriptions est à mi-côte, à cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer. A ce niveau, un talus, d'une hauteur totale de quinze à vingt mètres, s'élève à pic entre deux étages de terrain superposés. A sa base, une série de gros blocs bien taillés, sans bossage apparent sur la face visible, sont exactement ajustés les uns avec les autres, sans ciment ni mortier''*. Ils forment deux assises superposées reposant certainement sur plusieurs autres assises plus profondes!^'.

La partie apparente de ce talus forme une façade subdivisée en plusieurs plans verticaux, en retrait les uns sur les autres, et regardant tous sensiblement vers l'est. La longueur totale de cette façade orientale ne dépasse pas une dizaine de mètres. Elle se dévie ensuite pour devenir septentrionale, en décrivant une courbe de forme elliptique. Les assises de blocs disparaissent sur ce point, masquées dans la masse des remblais. Cette dernière façade a une longueur d'environ 19 mètres. Alors elle cesse, et est remplacée, après un coude à angle droit, par une nouvelle façade, la troisième, regardant vers l'ouest, dont la longueur ne dépasse pas quatre à cinq mètres. Un nouveau changement brusque de direction détermine, à angle droit, une quatrième et dernière façade regardant le nord.

<'' Voyez nosplaoches V et VI. ment dispame.d'où ont été exiraites les pierres

'*' Enfouies aajoard'biii dans le sol, cdles- i inscriptioiu. Cette excavation , ayant environ

ci étaient parfaitement visibles dans les pre- six mètres dans tons les sens, montrait que

miers Jours du mois de mai igoo. A cette toutes les assises étaient également composées

époque, le R. P. de Compois a constaté leur de blocs, ayant « peu près un mètre de bau-

existence,dansla grande excavation, actuelle- teur et de largeur.

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Ces ruines antiques n'avaient pas échappé à Ernest Renan, lors de sa mission en Pliénicie. Elles sont inscrites sur la planche lxvi, dressée par le docteur Gaillardot en 1 864. sous le numéro 4, avec la mention «Gros blocs ayant servi de soubassement à un édifice». II est vrai qu'il supposait que le temple d'Esmoun se trouvait non pas en cet endroit, mais plus au sud, au lieu dit Neby-Yahya^'l

La découverte, comme cela arrive le plus souvent en épigraphie, a été, paraît-il, purement accidentelle. Quatre ouvriers travaillaient à extraire des blocs pour le compte de Nassib-bey Djemblat. En détruisant méthodiquement une très large assise, au niveau de l'excavation signalée plus haut, ils s'aperçurent que certains blocs portaient sur leurs faces des inscriptions dont les caractères, gravés en creux dans la pierre, étaient peints en rouge.

Un marchand d'antiquités du voisinage, mis au courant de la découverte, acheta, pour quelques medjidiés, trois de ces pierres qu'on croyait appartenir à la même inscription.

Le volume et le poids énorme des blocs n'en permettant pas le transport, on les retailla sur leur épaisseur, qui fut ainsi artificiellement réduite à i5 ou 20 centimètres, et on ^sectionna , en outre, certaines pierres en deux ou trois morceaux. Le tout fut alors transporté soit chez lui, soit chez le cheik grec catholique du village d'Halalieh.

La disposition des blocs à inscription dans les assises mérite d'être signalée. Les inscriptions n'étaient pas placées de façon à être vues; bien au contraire, la face inscrite des blocs à inscription s'adapte très régulièrement avec les faces correspondantes, mais nues, des blocs voisins. On semble donc autorisé à croire qu'ils ne sont pas tombés là par suite d'un éboulement provoqué ou accidentel, mais qu'ils occupaient la place où ils avaient été cachés à dessein lors de la construction de l'édifice.

''! MUsioit de Phiiûeie, p. 394; C. I. S., t. 1, p. 18; cf. Joarn. Asiat.. janvier 1S68, p. io5.

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[271] INSCRIPTIONS DE FX)NDATION DU TEMPLE DESMOUN. 7

Le schéma suivant permet de comprendre cette disposition particwlière. Les lignes noires marquent la place respective des faces inscrites.

Bloc intehcauirb.

Face a. {

Fàct C.

\ Face B.

Face A. — La face A se compose de trois blocs superposés, portant chacun une inscription. Leur ensemble constituait une sorte de stèle sans encadrement, haute de a mètres environ, sur i m. 5o de large, si bien qu'on a pu croire que la même inscription se continuait de l'un à l'autre.

La pierre supérieure a a été divisée en trois fragments secondaires et contient deux lignes et demie. (Deux, de ces fragments forment peut-être l'inscription n" 2 aujourd'hui à Paris.)

La pierre moyenne jS n'a pas été segmentée et contient quatre lignes et demie. (C'est sans doute notre inscription n" 1 .)

La pierre inférieure y est subdivisée en deux fragments et renferme quatre lignes et demie. Nous n'en possédons pas l'estampage, mais M. le D' Rouvier a vu le fragment de droite, qui était enfoui dans un champ du voisinage.

La face B se compose, paraît-il, de deux inscriptions gravées sur

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deux blocs non subdivisés. L'une de ces inscriptions, prise d'abord par le cheik d'E^-Halalieh, aurait, dit-on, passé entre les mains d'un personnage bien connu résidant à Beyrouth. (Elles correspondent sans doute aux inscriptions n" 3 et 4 « dont nous possédons les estampages.)

Enfin la face C ne comprendrait qu'une seule inscription de deux lignes et demie, et serait entre les mains de la même personne. Nous n'en possédons pas d'estampage.

A ces inscriptions, il faut enfin ajouter celle qu'a tout dernièrement découverte Macridi-bey et qui est longue de six lignes.

En somme, nous connaissons aujourd'hui six inscriptions toutes identiques, qui sont sorties de ces fouUles. En effet, les quatre inscriptions dont nous possédons soit les originaux, soit les estampages, reproduisent le même texte, à quelques variantes près. L'inscription dont nous n'avons pas d'estampage, mais dont le D' Rouvier a vu le fragment droit, portait, au commencement de la deuxième ligne, les mots Esmounazar melek ... ; enfin , celle que le D' Schrœder a vue en place commence comme les nôtres, par les mots: o Le roi Bodastart, roi des Sidoniens, fils du fils d'Esmounazar, roi des Sidoniens», etc., et finit par ceux-^;i : « a bâti cet édifice à Esmoun » , etc. Reste la cinquième , longue de deux lignes et demie , sur laquelle nous n'avons pas de renseignements précis; mais, par analogie , on est en droit de conclure qu'elle est identique aux autres.

Comme il arrive presque toujours en pareille occurrence, la découverte de ces inscriptions a donné naissance à des faux. Nous touchons ici à un point particulièrement délicat. Il résulte, en effet, des aveux du marchand d'antiquités dont nous avons parlé plus haut, qu'il s'est servi des pierres authentiques pour fabriquer deux pierres fausses. Un témoin, qui a vu les faux; assure toutefois, ce qui est assez vraisemblable, que cet industriel se serait borné à copier au hasard diverses lettres phéniciennes, et non pas une inscription pro-

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prement dite. Il est très difficile de fabriquer des faux sans commettre d'erreurs grossières, quand on est en présence de textes dont l'état plus ou moins délabré présente pour nous-mêmes certaines difficultés de lecture.

Ces faux, en tous cas, ne doivent pas nous donner le change sur l'authenticité des monuments découverts à Saïda. En dehors des conditions matérielles de la découverte, que nous sommes arrivés à préciser d'une façon qui ne ledsse, je crois, que bien peu de place à l'erreur, le texte même des inscriptions est une garantie de leur authenticité. Nous avons déjà signalé leur parenté avec l'inscription d'Esmounazar. Or, ce temple d'Esmoun , qu'Esmounazar, sur son sarco* phage , se vante d'avoir construit, Bodastart ici s'en attribue la paternité. Jamais un faussaire n'aurait eu l'idée de se créer ainsi des difficultés gratuites, et, pour donner plus de vraisemblance à son œuvre, il aurait bien plutôt cherché à mettre d'accord son texte avec celui de l'inscription d'Esmounazar.

Le texte présente bien d'autres particularités qui ne sauraient être l'œuvre d'un faussaire. C'est ainsi que le nom de Sidon est accompagné de titres ou de vocables, en partie encore inexpliqués, dont un ou deux reproduisent des lectures proposées dans le temps pour l'inscription d'Esmounazar par M. Halévy, et abandonnées dans le Corpus, lui donnant ainsi raison, d'une façon tout à fait inattendue, contre le Corpus. Je mets en fait qu'il n'y a pas dix personnes, en Europe ou ailleurs, capables de fabriquer un faux pareil.

L'examen paléographique n'est pas moins décisif. L'écriture est molle et assez né^igée, sans être pour cela de basse époque; les caractères ne sont pas très profondément incisés; mais ils sont faits d'une façon absolument constante, par un homme sûr de l'alphabet qu'il emploie, et ne présentent ni ces lettres retournées, ni ces lettres mal comprises qui sont la marque distinctive des faux. L'aspect de la pierre, enfin, confirme de tous points cette impression. Tel a été le sentiment du D' Rouvier en présence du fragment qu'il a pu exa-

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miner : «Tout dans ce fragment, écrit-ii, dénote 1 authenticité. La nature et la couleur du roc sur la partie inscrite et sur les bords libres; la forme et la gravure des caractères phéniciens; leur coloration à l'ocre rouge ; enfin , la brisure de l'angle inférieur droit qui intéresse les premières lettres de la cinquième ligne. » Telle a été aussi l'impression du D' Schrœder en présence de la nouvelle pierre qui l'a convaincu de l'authenticité de ces monuments dont il doutait jusqu'alors : même nature des blocs, même forme négligée des lettres, même emploi de l'ocre dans les creux, enfin, même texte. Tous ces monuments étaient contemporains.

Reste à savoir si les deux pierres que nous avons entre les mains sont bien authentiques. Eh bien, pour la plus grande d'entre elles, aucun doute n'est possible. Tous les caractères que nous avons signalés plus haut s'y retrouvent : l'aspect de ta pierre, qui est antique, est le même que celui du fond des lettres. Les accidents qui intéressent la surface plane intéressent aussi les lettres; si beaucoup de celles-ci ont été grattées et présentent un trait mince et moderne, qui se distingue iâcilement de la gravure ancienne, d'autres présentent au fond du sillon de ces concrétions qui sont l'œuvre des siècles; enfin, plusieurs d'entre elles portent encore des traces d'une coloration rouge, que le temps a recouverte d'une croûte grisâtre.

Un seul point pourrait provoquer quçlque hésitation. La pierre est légèrement arrondie à gauche ; or, les lignes d'écriture suivent la forme de la pierre, et il ne manque qu'une lettre à la fin de la première, qui est pourtant beaucoup plus courte , si bien qu'il faut admettre que l'inscription a été tracée après que la pierre avait reçu cette forme, soit intentionnelle, soit accidentelle. Cette irrégularité ne surprendra d'ailleurs pas outre mesure ceux qui savent combien sont, en général, mal calibrées les inscriptions phéniciennes.

La seconde inscription, la plus petite, est plus sujette à caution. Gela tient en partie à ce que le fond des lettres a été passé à la mine de plomb, ce qui leurdonne une mauvaise apparence; la pierre aussi.

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de même que les caractères, a un aspect plus blanchâtre; enfln, elle présente au point de vue épigraphique certaines particularités qui nous déroutent. L'inscription est incomplète et nous n'avons que ia moitié de la longueur de chaque ligne; et pourtant la pierre présente, à droite comme à gauche, un espace libre, qui ne permet pas de croire à une cassure accidentelle. Nous y reviendrons plus loin. Aussi nous ne lavons prise que par-dessus le marché, et j'ai demandé qu'on ne l'acceptât qu'à titre de document de comparaison. Mais je dois dire que l'impression de M. de Vogué, ainsi que des autres épigraphistes qui l'ont examinée, a été unanimement favorable à son antiquité. En outre, c'est une des deux premières pierres dont nous ayons reçu les estampages, sitôt après la découverte, à un moment où il était bien difficile qu'on eût déjà fabriqué des faux , et elle répond , par le nombre des lignes, au signalement de celle qui est indiquée comme ayant été trouvée la première. 11 y a donc tout lieu de croire jusqu'à nouvel ordre qu'elle aussi est antique; de toute façon, si même elle avait été fabriquée après coup, il ressort de tout ce qui précède qu'elle a dû être copiée-sur un original authentique.

Il ne nous reste plus qu'à étudier, d'après les originaux ou d'après les estampages, ces monuments, dans l'ordre où ils nous seront parvenus.

Hantear : om. 5i; largeur : om. 87 ; épaisseur : om. 18.

L'original est à Paris.

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[ija p ans ^^D mn» [yia ^'îD] i

-IX DDIPT V-IK DDT DDW D> p 3 [*?»] n'K 1» pS 033 ETK VwD J 4

-ip le? p^K*! '"îKb p I ran 5

I [Le roi Boda]8tart, roi des Sidoniens, fils [du fils]

1 du roi E^mounazar, roi des -Sidoniens à Si-

3 don [maritime, des cieux élevés], terre desResefs, Sid-

i on [ qui domine sur ses enfants], Sidon [souveraine, ce qui touche à]

5 ce temple-ci il a construit à son dieu à Esmoun , prince sain-

Ligne î. Nous complétons mnw[na ^^], d'après les inscriptions 2, 3 et 4. Ces autres inscriptions prouvent que le titre royal n*était précédé d'aucune date.

[(]3 p. Par une singulière coïncidence, aucun des quatre textes que nous possédons n'a le mot dairement écrit au complet. La restitution est certaine. Comp. CI. S., I, i,l. i; 3, 1. i4; 93, 1. 4- ■

Lignes 2-3. di px «Sidon maritime*, littéralement «Sidon mer». Comparez □> YTKps «Sidon terre maritime», C.J. 5., I, 3, 1. i6 et i8. Sans doute par opposition à la ville située sur le continent; comme si Ton disait: Sidon continentale et Sidon port de mer. Comp. Isaïe, a3, 4 , où Ty r est appelée d' « la mer *'' » .

Ligne 3. om odbt « cieux élevés n. La coupure est certaine ainsi que le sens littéral; le lien avec ce qui précède est très obscur. Le rapprochement s'impose avec le passage de l'inscription d'Esmounazar où nous trouvons à deux reprises l'expression de oiin qdbt, l'une à propos du temple d'Astarté, l'autre à propos du temple d'Es-

'*' iSoîs confuse, Sidon, car ainsi parle la mer, la forteresse de la mer. ■

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moun Sâr Qodès. Nous reproduisons ici les deux passages en question :

DiiK DO» nnw» n>K ppM d* yik jnia mn»» ra L. i6. 011K ODC 'iaci ina Vrfiv Mp iw p»*tV na L. 1 7.

Les rédacteurs du Corpas, suivant en cela Schlottmann, avaient coupé autrement ces mots et lisaient: diikd dp ■ là avec des actions de grâces i, rapportant ces mots aux cérémonies qui accompagnaient l'installation du dieu dans son temple. Les deux locutions d&i zxm et D11K DDV sont certainement synonymes. Il faut donc corriger la leçon du Corpm et lire avec M. Halévy : u^^vt do» «les cieux magnifiques*.

Les mots « cieux élevés ■ , « cieux magnifiques > , sont-ils une expression purement poétique, ou n'auraient-ils pas une signification plus précise et plus localisée, analogue à celle que reçoit la mer, synonyme de Sidon? C'est une question que je me borne à indiquer, sans prétendre la résoudre actuellement.

Le lien si étroit que l'inscription d'Esmounazar établit entre Astarté et les Cieux magnifiques, suggère un autre rapprochement. Supposez au lieu de Samaim adirim son synonyme Samaim ramim, vous aurez Âstoret Samaim ramim, c'est-à-dire le nom même de Saméroumat, la grande déesse que les Grecs ont rendue par Uranie, et dont les auteurs anciens ont fait Sémiramis.

BSV) yiK ■ terre des Resefs ». Qu'on le prenne dans son sens mythologique ou dans son sens propre «éclat, flamme, éclair, pierre précieuse», comp. ÉzÉCHiEL, 28, i4, la lecture, àlaquelle je ne suis pas arrivé sans bien des tâtonnements, me paratt certaine. Pour le culte de Resef, voir CI. S., I, 10. Comp. aussi Arsouf ou Apollonia, sur la côte de Syrie, entre DoretJoppe.

Lignes 3-4. Le mot px, placé en tête des deux derniers attributs, de même qu'en tête des précédents, oblige, malgré ce qu'ils ont d'insolite, à y voir des titres de la ville de Sidon, et non des titres royaux.

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D33 BfK "îefD ps. Le sens le plus naturel, grammaticalement, serait : « Sidon qui domine sur eux » (phén. : tua — hébr. : oa) ; mais sur qui ? Sur les Resefs? Sur les deux élevés? On serait par moments tenté de lire Q?35 « les deux » (la terre et la mer] , ou bien peut-être wi2 « enfants B , en le prenant dans le même sens que Thébreu rfn2 , qui désigne les colonies ou les villes tributaires, par opposition à la métropole, comp. IsAÎE, a3, 4t et Ézéchiel, 36, 6; mais il faudrait cj^.

ib: ins « Sidon prince ». C'est le même titre qui est appliqué, L 5 , à Esmoun. Comp. Isaïe, 23, 8, où les marchands de Tyr sont appelés des Sarim. Je ne pense pas qu'il faille y chercher le mot iitf «tau-

Lignes 4-5. t nan [hv] n'K. Les deux lettres hv sont peu distinctes; si cette lecture est la bonne, il faut traduire : « Ce qui touche à ce temple » , qu'on entende par là les annexes du temple , ou , d'une façon générale, « ce qui a trait au temple ■. Par moments je croirais lire n% comme si l'on avait répété par erreur les deux dernières lettres de l'artide n>K. Noter que les autres textes portent simplement : 1 nan n'K « ce temple-ci ».

Lignes 5-6. vn^ iv pviè "^là ]2. Comp. la 2' inscription de Sidon, C./.5.,l, 4 : mncr^ 'bK'7...v^K pp n'K ...jm. La tournure estidenlique.il semble d'après cela qu'il faille corriger la leçon du Corpus, et lire nja *? a qu'a bâli » , et non jg? « a consacré ». — wip nv ■ prince saint ». La lecture est certaine. C'est ie même vocable que sur l'inscription d'Esmounazar (1. 17). U convient donc de corriger d'après cela le Corpus, et de lire là aussi avec M. Halévy: wip ic «prince saint», au lieu de wip y « bois sacré », ou oip 1» * gardien sacré ».

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Hanteor : o m. 3a ; largeur : o m. 88 ; épaiueur : o m. 31.

L'original est à Paris.

V) yiK oDT PDC D^ pan I nan ri>K

[o3ix h'td ity3»Ef« "i";© p]

[iB pX D33 E?K "îeîD pS Od]

Le roi Bodastart, roi des Sidoniens, 6U [du fils du roi Esmoanatar, roi des Kdoniens,]

à Sidon [maritime, des cieux élevés], terre [desResefs Sidon qtûdoimnesar ses entants, Sidon]

[souveraine,] ce lemple-ci.

La comparaison avec rinscription 1 prouve que nous ne possédons que la partie de droite de l'inscription. La seconde moitié de chaque ligne est perdue. En examinant attentivement l'original, on remarque en outre qu'un certain intervalle sépare la fin de la partie conservée du rebord de la pierre, il en résulterait que l'inscription, si elle est authentique, n'était pas gravée sur une seule pierre, mais sur deux pierres j uxtaposées.

Il faut remarquer, en outre, que l'inscription n'est pas achevée. Elle s'arrête, à la ligne 3, aux mots i nan h'k « ce temple-ci •, après lesquels on s'attendrait à trouver, par analogie avec les autres inscriptions : p tnp IV ^obJn'ï ^"ïk^ « a construit à son dieu à Esmoun, prince saint ». Comparez, à ce sujet, l'inscription du dos du sarcophage d'Esmounazar, CI. S., i, 3, qui s'arrête aussi au commencement d'une ligne, au milieu du mot Esmounazar.

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INSGRIPTIOIV 3.

Lonf^eor de l'inscripUoD : i m. &5 ; hauteur : o m. 3o.

Estampage en six colonnes, sur papier huilé. Les lettres ont été repassées à la mine de plomb sur l'estampage.

jif^Hf^ t^-K^h"/ 9V' '^A'I"' ^■^V? ^9"'A' 3

•jïra pï OBB? T v""* °o[-i] \p\ov D"! px 3 qjT s iVd ï

JDWK V '"îK^ p I [njanti »k \j\v i[i]s J3 wk 3

1 Le roi Bodastart, roi des Sidonlei», fils du fds du roi Eunonnazar

1 roi des Sidoniens à Sîdon maritime, des cieux élevés, terre des Resefs, Sidon ijui domine

3 sur. . . , Sidon souveraine, ce temple-ci a construit k son dieu à Esmoun,

A prince saint.

Le texte de l'inscription est identique à cdui de l'inscription n" 1 . Les dififérences qu'on y remarque proviennent presque toutes de fautes de copie. Seule, la colonne ^ prête à quelques doutes. Si on l'examine attentivement, on remarquera qu'elle ne rejoint pas exactement la colonne suivante, et qu'il y manque une lettre à chaque ligne. C'est ainsi qu'à la ligne 2 il faut compléter [q]dw, et à la ligne 3 [njan. Reste la ligne 1. L'estampage, repassé au crayon, porte 03 »»,. ce qui, en complétant une lettre, comme aux lignes suivantes, nous donnerait le mot D3i<s, qui est absolument incorrect, et serait de nature à nous inspirer des doutes sur l'authenticité de l'original. Peut-être pourtant, si l'on songe que la fin de cette colonne est mal venue, y a-t-il lieu

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d'admettre que celui qui a repassé l'estampage au crayon a lu un ■< à la place d'un t, et qu'il n'y avait rien après, ce qui nous donnerait la forme normale d3iï. L'espace est bien grand pour une seule lettre. Il convient d'attendre, pour se prononcer, que l'original ait été puUié.

LoD^eurde l'inKiiptioii i om. 8o; hauteur : oi]i.^5;

Estampage sur papier huilé, très mal venu.

[1*70 p] p DJi[s] i['j]d n[in]ipin3 i7\p\ >

d['' psja [d]3[t]x ['il'îD 1tïJ0B[i{] a -[33 EfN "îffD 1i]b [dDBt] Y-i[k] DDT DOB 3

'?[k]'ï [p t nan 'îEf nix] ^[E^ p]s o 4 ei[p ijcf id[0k'î '] 5

t Le roi Bodas[tar]t', r[oî des Si]donieiis, fils du fils du roi s Esmounazar, roi des Sidoniens, k [Sidon maritijme,

3 des cieux élevés, terre [des Resefs,] Si[don qui domine sur]

4 [■■.., Sidon souvejraine, [ce qui a trait à ce temple-ci a construit à] 5. [son dieu £s]moun, prin[ce s]aint.

L'estampage est presque illisible, et on ne peut y déchiflTrer que quelques lettres. On ne pourrait rien en tirer sans le secours des autres inscriptions similaires; mais leur rapprochement ne laisse guère de doutes sur notre restitution.

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ni

Les inscriptions du temple d'Esmoun n'ouvrent pas une nouvelle catégorie d'inscriptions. Elles rentrent dans une famille épigraphique qui nous est déjà connue par plusieurs inscriptions, en particulier par les inscriptions des sarcophages d'Esmounazar et de Tabnit, et par la seconde inscription de Sidon. Leur parenté épigraphique avec ces diverses inscriptions est si étroite, qu'elles se révèlent à nous du premier coup comme étant contemporaines et comme sortant du même milieu.

Toutes les lettres caractéristiques sont faites de la même manière. Il faut remarquer en particulier le tav si reconnaissahle des inscriptions de Sidon, et le schin, qui présente une forme intermédiaire entre celui des inscriptions d'Ipsamboul, contemporednes de l'an 600, et le sckin à queue., qui est devenu plus tard d'un usage courant en Phénicie.

Cette parenté ne s'étend pas seulement à la paléographie, mais au stNde général de l'inscription, aux formules et aux expressions qu'on y rencontre. Nous avons eu, plusieurs fois déjà, l'occasion de relever les points de contact que présentent nos inscriptions avec l'inscription d'Esmounazar : le nom même du roi Esmounazar, introduit par cette locution étrange >Els du fils d'Esmounazar», sur laquelle on a tant discuté , et surtout la mention de la construction du « temple d'Esmoun , prince saint», qu'Esmounazar, sur son sarcophage, cite parmi les édifices sacrés qu'il se vante d'avoir construits, de concert avec sa mère.

La parenté est plus étroite encore avec une autre inscription moins célèbre, la seconde inscription royale de Sidon, qui mentionne, suivant les uns, la dédicace d'un terrain, suivant les autres, une construction faite en l'honneur d'Astarté par un roi qui porte, lui aussi, le nom de Bodastart.

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Il suffit de les mettre en regard, pour se convaincre que le parallélisme est absolu.

-[s'ïJd nca ïBD n-fa i

^'îD mnersia iSo ' »

nnwna ins mit 3

[v]nK nn n'K mit i^e 4

Le cadre, l'aspect général et la disposition de l'inscription sont les mêmes de part et d'autre; le tour de la phrase est le même, la paléographie la même. H n'y a qu'une différence, c'est que la seconde inscription de Sidon porte une date, les nôtres n'en portent pas. Par contre, elle ne donne pas la généalogie de Bodastart, tandis que les nôtres le présentent comme étant le petit-fils d'un roi Esmounazar.

Il en résulte manifestement que ce sont deux inscriptions écrites par le même roi, et que le Bodastart de la a' Sidoniensis, dont nous ne connaissions pas la généalogie, est le petit-fils d'un des deux Esmounazar. Nous verrons plus loin duquel des deux.

Une autre conséquence du parallélisme des deux inscriptions, c'est qu'il faut sans doute corriger la traduction adoptée dans le Corpus povir la fin de la a" Sidoniensis. Si l'on compare en eflfet les deux formules finales, on verra qu'elles se répondent terme pour terme :

l' Sidoniensis : mnwy"? ••'îk'î . . . yn p» mu . . . .jaD Temple d'Esmoun: Wip iBf JDfK'î '«'îk'î 13 I nan n''«

Dès lors, 13D doit aussi répondre au p de nos inscriptions, et il faut y voir, non pas un verbe (i3?=-ir?) « a consacré », mais le verbe p « a construit » , précédé de la particule explétive -j . Il ne s'agit donc pas de la consécration d'un champ, mais de la construction d'un édifice analogue à celui dont nos inscriptions nous ont conservé le souvenir, quelle que soit d'ailleurs la façon dont il faille traduire Sârân, et compléter la lacune du commencement de la ligne 5.

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Quel était ce temple construit à Esmoun par Bodastart? L'inscription du sarcophage d'Ësmounazar va nous renseigner sur ce point. Ce roi, pour s'assurer dans son tombeau la protection des dieux et des hommes, énumère sur son sarcophage les temples qu'il a devés de concert avec sa mère, les uns — - ce point est essentiel — dans la Sidon maritime, les autres dans la Sidon continentale. Ces temples se répartissent en trois groupes ':

1° Le temple des Alonim , temple [d'Astarté], à Sidon terre maritûne;

3° Le temple d'Ësmoun, prince Saint [à Én-Yidlal], dans la montagne;

la. Temple du Baal-Sidon; a' Les temples des dieux de Didon à 1 , , „ . , ■ n <

^,j ' I 0. lemple dAstarté nom de Iwal

Sidon terre maritime :

(ou : des cieux de Baal ).

Je n'insisterai pas sur les vocables si curieux et en partie encore mal expliqués qui accompagnent ces noms de temples ou de dieux. Us prêteraient à des rapprochements intéressants avec les épithètes en partie mythologiques qui accompagnent le nom de Sidon sur nos inscriptions. Il semble par endroits que Sidon y soit presque considérée comme une divinité, et l'on ne peut s'empêcher de songer à ces prophéties d'isaïe'*' et d'Ézéchiel'^' où Tyr, reine des mers, d'une beauté souveraine, est assise en Éden, au milieu des pierres étincelantes, sur la montagne Sainte de Dieu, et s'écrie : « Je suis Dieu, je suis assise sur le trône de Dieu, au sein des mers! »

Le seul point qui nous intéresse en ce moment est la locîdisation des temples de Sidon. Or l'inscription d'Ësmounazar cite en premier lieu un temple d'Astarté, à Sidon terre maritime, et un temple d'Ësmoun, prince saint, à En-Yidlal sur la montagne. 11 oppose donc le temple d'Astarté construit dans la ville maritime au temple d'Esmoun construit sur la montagne. Il ne peut y avoir de doute sur l'identité du temple d'Esmoun prince saint mentionné par Ësmounazar et de

'■' IsAïe, ch. 33. — '*' ÉzécHiEi, cli. a6-38.

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celui dont nous avons retrouvé les ruines; le vocable est le même et remplacement indiqué sur l'inscription d'Ësmoanazar répond bien à celui où ont été trouvées nos inscriptions. Il est vrai que les pierres de fondation du temple ne portent pas les mots « Én-Yidlal sur la montagne >. Mais les mots -inn, * sur la montagne ■, étaient une indication géographique utile à donner pour désigner l'emplacement du temple, et quinavait ancune raison défigurer surle temple lui-même. Etquant aux mots Én-Yidlaî, qui suivent le vocable d'Esmoun sur le sarcophage d'Esmounazar, il est possible qu'il faille les interpréter dans un sens aneJogue et y voir avec Renan, non une épithète du dieu, mais le nom de l'endroit où s'élevait son temple. Le nom En-Yidlal signifierait alors la source de Yidlal, et l'on comprendrait qu'Esmoun, dieu guérisseur, eût eu son temple sur l'emplacement d'une source douée de vertus curatives, comme Asclépios en pays grec'*'.

Ces indications si précises étaient nécessaires pour distinguer le temple d'Esmoun sur la montagne d'un autre temple beaucoup plus célèbre du même dieu, dont les auteurs anciens nous ont conservé le souvenir, et qui était construit dans l'intérieur même de la ville maritime. Grâce à elles, nous avons pu identifier les ruines du temple d'Esmoun sur la montagne, tandis que le temple de Sidon maritime a échappé jusqu'à présent à nos recherches.

Elles laissent pourtant encore un point douteux, c'est de savoir qui a construit ce temple. Deux rois différents, Esmounazar et Bodastart, s'attribuent, dans les mêmes termes, le mérite de l'avoir édifié. Nous avons là un exemple de ce qu'on pourrait appeler les mensonges épigraphiques. 11 faut, en effet, distinguer l'authenticité d'une inscription de sa sincérité; la pierre se laisse écrire de même que le papier, et, parce qu'une chose est gravée sur le marbre, il ne s'ensuit pas qu'elle soit toujours vraie; tous les documents officiels sont sujets à caution, parce que leurs auteurs ont trop d'intérêt à tirer à eux la vérité et

''' Comparez nussi l'inscription trilingue de Panlî Gerrei en Sardaî^e, C. I. S., I, i43.

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qu'ils ont en mains les moyens de le faire ; si bien qu'avec nos idées modernes nous serions tentés de nous demander lequel des deux a menti ? Peut-être serait-ce pousser les choses bien à l'extrême. Les mots bâtir, reconstruire, réparer, se confondent sur les inscriptions et s'emploient facilement l'un pour l'autre; celui qui a travaillé à un édifice se figure aisément avoir tout fait. N'en est-il pas ainsi parfois même en épigraphie ? Celui qui a le premier déchiffré une inscription croit volontiers qu'il a tout trouvé, tandis que ceux qui travaillent après lui au déchiffrement affirment avec la même sincérité qu'il n'avait rien vu et que tout le mérite leur en revient.

11 n'en est pas moins vrai que l'un des deux, d'Esmounazar ou de Bodastart, a travaillé le premier au temple d'Esmoun. Ce problème est intimement lié à celui de la date des inscriptions du temple d'Esmoun, et c'est la question qu'il nous reste à examiner.

L'inscription d'Esmounazar nous fait connaître une suite de trois rois de Sidon : Esmounazar I, Tabnit et Esmounazar II, ce dernier, l'auteur de l'inscription, ayant régné i4 ans. En outre, la seconde inscription de Sidon mentionne un roi Bodastart, dont elle ne nous donne pas la généalogie; enfin, une inscription bilingue de Délos nous a livré le nom mutilé d'un autre roi, qui doit se lire Abda[storet] et que l'on suppose, par suite de diverses conjectures, avoir aussi été un roi de Sidon. 11 ressortirait de la partie grecque de l'inscription que ce dernier roi, qui est distinct du précédent, vivait au iV siècle. A quelle époque se place la dynastie des Esmounazar? Pendant longtemps on l'avait considérée comme contemporaine de l'époque perse. Alors, le « Seigneur des rois » , VAdôn Melakim cité sur l'inscription d'Esmounazar comme lui ayant donné, en échange des services rendus , les villes de Dor et de Joppe , serait le roi de Perse , et l'inscription d'Esmounazar daterait des temps qui ont immédiatement précédé la conquête d'Alexandre.

M.Clermont-Ganneau lui a fait faire le saut. D'après lui, la dynastie d'Esmounazar serait non pas antérieure , mais postérieure à Alexandre.

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Après avoir détrôné le roi Straton, Alexandre plaça sur le trône de Sidon le représentant d'une ancienne famille royale, Abdalonyme, en 332. D'autre part, nous savons qu'en 278 ce trône était occupé par un certain Philoclès. C'est dans l'intervalle laissé vide entre le règne d'Abdalonyme et celui de Philoclès que M. Clermont-Ganneau place les trois rois de la dynastie d'Esmounazar. Il s'appuie principalement pour l'établir sur le titre d'j4Aîn Melakim, qui sur une inscription phénicienne de Chypre '^' désigne Ptolémée Philadelphe. A ses yeux, ce titre n'est pas le titre de Roi des Rois, bien connu de toute l'antiquité orientale, mais doit être considéré comme l'équivalent phénicien de l'expression xtipios ^àcrCKsmv, «le seigneur des basilies», par laquelle les Grecs ont rendu un titre égyptien propre aux Ptolémées. Gn peut objecter, il est vrai, que le titre è^'Adôn Melakim n'est pas exclusivement ptolémaïque et qu'il est employé sur l'inscription d'Oumm el Aouamid*''* pour désigner l'ère des Séleucides. Si, d'ailleurs, Adôn répond bien à xOpfOî, Melakim répond moins bien à ^atriXeiàiv , et il faut un peu lui faire violence pour en tirer le sens de « royaumes ».

L'inscription du sarcophage de Tabnit semble, au premier abord, apporter à cette théorie la confirmation qui lui manquait jusqu'alors. En effet, parmi les mots encore inexpliqués de cette inscription figure le groupe de lettres adlan, dans lesquels M. Halévy a cru reconnaître le mot grec eiSaXop.

Il est certain que la présence d'un mot grec sur cette inscription , sans être absolument décisive, serait un puissant argument à l'appui de l'hypothèse qui place ces monuments à l'époque alexandrine. Mais la traduction de M. Halévy est loin d'être certaine , et , par bien d'autres points, une étude attentive de la nécropole royale, dont nous devons la découverte à Hamdy-bey, et dans laquelle se trouvait le sarcophage de Tabnit, avec les beaux sarcophages de style grec qui sont au mu-

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sée de Constantinople, est loin d'être favorable à la modernité de la dynastie d'Esmounazar.

On trouvera dans le magnifique ouvrage de MM. Hamdy-bey et Th. Reinach sur la Nécropole royale de Sidon, exposés avec une grande abondance de preuves et une grande vigueur de démonstration, les arguments qui ont déterminé M. Th. Reinach à se rallier à l'opinion d'après laquelle la dynastie d'Esmounazar serait contemporaine des rois perses, et remonterait au v" ou au vi' siècle.

Le style des autres sarcophages, qui s'échelonnent duv'au m* siècle, leur disposition dans les chambres funéraires, la succession que l'on peut observer dans les divers modes d'inhumation, enfin la place occupée dans !a nécropole par le tombeau de Tabnit et le caractère exclusivement égyptien des bijoux trouvés autour de sa momie l'ont amené à la conclusion que le sarct^hage de Tabnit est antérieur non seulement au tombeau des Pleureuses et au sarcophage dit d'Alexandre, mais aux plus anciens sarcophages anthropoïdes qu'il reporte au V* siècle.

Sans nous permettre de pousser aussi loin lafBrmation, il faut reconnaître que les inscriptions du temple d'Esmoun confirment dans son ensemble cette manière de voir.

Le fait nouveau qu'elles nous apportent, c'est que le roi Bodastart était petit-fils d'un roi Esmounazar. Nous connaissons déjà le petit-fils d'Esmounazar I, c'était notre Esmounazar. La première pensée qui vienne à l'esprit est donc de voir dans Bodastart le petit-fils d'Esmounazar IL La chose , pourtant , n'est pas aussi certaine qu'elle le paraît au premier abord, et il n'est pas impossible qu'il ne faille y voir un second petit-fils d'Esmounazar I, successeur immédiat d'Esmounazar II.

On remarquera, en eflFet, que Bodastart s'intitule petit-fils d'Esmounazar, sans nommer son père. Il semble donc que son père n'ait pas régné. Esmounazar I avait laissé le trône à son fils Tabnit. Tabnit épousa sa sœur Ummastoret, prêtresse d'Astarté, et en avait eu Esmounazar II, qui mourut jeune, sans enfants, après avoir régné quatorze

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ansi en partie, en tous cas, sous la tutelle de sa mère ''*. Il est possible qu'après sa mort, qui laissait ce trône sans héritier, Bodastart, descendant d'Esmounazar I par un autre de ses fds qui n avait .pas régné, ait hérité de la royauté. Nous aurions ainsi la généalogie suivante ;

ESHOtHAZAR 1

Tabnit

Ou bien, en plaçant ces personnages royaux dans leur ordre de succession au trône :

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