‹ Mémoire sur les inscriptions de fondation du temple d'Esmoun à SidonChapitre 2 sur 3 · Esmounazar I , roi des Sidoniens et prêtre d'Astarté · texte numérisé non relu

Esmounazar I , roi des Sidoniens et prêtre d'Astarté

2. Tabnit, roi des Sidoniens et prêtre d'Astarté. ( Ummastoret, prêtresse d'Astarté.

' II, roi des Sidoniens.

Bodastart, roi des Sidoniens.

Une série ininterrompue de quatre rois consécutifs appartenant à la même famille, en des temps aussi troublés que ceux qui ont suivi la conquête d'^exandre, est d'autant moins vraisemblable que la Syrie, de 3^0 à a8o, n'est pas restée sous la même domination, et que les Séleucides et les Ptolémées n'ont cessé de se la disputer.

Si Bodastart est le petit-fils d'Esmounazar II, on ne peut plus songer à placer la dynastie des Esmounazar après Alexandre. Il serait impossible de caser cinq générations dans l'espace, si resserré, qui sépare Abdalonyme de Philoclès. Mais cela est déjà fort difficile, en supposant qu'il était le cousin germain et le successeur immédiat d'Esmounazar II. En efifet, Abdalonyme, monté sur le trône en 33a, a régné un certain temps; d'autre part, Philoclès était déjà roi en Q78; il reste donc peut-être une quarantaine d'années pour quatre rois se répartis-

'*' M. Clennont'GaDDeaD snppoee qn'Ummastoret aurait ^rvécu à son jils et aurait épouse Philoclès. Si Bodastart a luccédé à Esmounazar, il Faut abandonner cette hypothèse.

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sant sur trois générations, et dont l'un, nous le savons, a régné quatorze ans.

Tous ces raisonnements ne tiendraient pas devant les faits, s'il était rééllemetit démontré que les sarcophages du type Esmounazàr n'ont commencé à être mis en usage que du temps des Ptolémées; mais je vois que les égyptologues sont assez partagés sur ce point. Déjà Mariette comptait un nombre à peu près égal de sarcophages de ce type sous la XXVP et .sous la XXX' dynastie, et Ton s'accorde généralement à reconnaître qu'il est presque impossible, sans l'aide des inscriptions, de les distinguer à coup sûr les uns des autres.

Une trouvaille, faite sur le lieu même, est peut-être de nature à jeter quelque lumière sur ce point. On a mis au jour, en faisant les fouilles, un fragment de cylindre en calcaire tendre, long de o m. lo sur o m. o3 de diamètre, portant sur deux côtés opposés une légende hiéroglyphique. M. Maspero, à qui elle avait été communiquée, m'écrit à ce sujet : « Le monument est d'Amasis, dont il porte les cartouches :

1 î = (q '^.♦J ^ ( — ^iVj i ^ ^ i ^'^^^ probablement un manche de sistre votif. C'est toujours, vous le voyez, la première époque saïte, celle dont Renan avait trouvé quelques restes*. Ainsi cet objet, trouvé dans les fouilles, remonte à la XXVI' dynastie. Sans doute, sa présence dans les mines ne prouve pas que le temple soit contemporain ; il y a pourtant là un indice dont il faut tenir compte.

11 faut y joindre enfin ceux qu'on peut tirer de la paléographie de ces inscriptions. L'écriture, nous l'avons dit, en est assez molle, plutôt négligée que de basse époque, et dans ses traits essentiels elle est identique à celle des autres inscriptions de Sidon. Or, sur celles-ci, Valef, le hé, sans être archaïques, ont une forme assez ancienne; cela est encore plus vrai du schin lunaire, qui est resté très voisin de sa forme primitive.

Sans doute il faut être très prudent en matière de paléographie, et certaines manières d'écrire ont pu se conserver plus longtemps en

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certains lieux, qu'en d'autres. Les monnaies autonomes de Phénicie ont conservé les formes de lettres que l'on relève sur nos inscriptions jusqu'à la fin du il" siècle; mais les légendes monétaires ont une tendance marquée à l'archaïsme. La frappe fixe les caractères comme les types monétaires et les immobilise. Nous avons un autre point de comparaison plus solide dans l'épigraphie phénicienne de l'île de Chypre, pour laquelle nous avons l'avantage de posséder une série d'inscriptions datées, allant de l'an 4oo jusqu'à l'an i5o. La paléographie cypriote se distingue de celle de la côte de Phénicie par certaines particularités , mais elle a parcouru les mêmes étapes et présente les mêmes altérations successives. Or, sur les premières inscriptions de Melecjaton qui datent de 38o, on trouve encore des traces de sckin lunaire ; il disparaît sous Poumjaton qui est contemporain d'Alexandre ; enfin la grande inscription de Ptolémée Philaddphe, qui date de l'an 280, est d'un type beaucoup pins récent que les nôtres.

Ainsi donc, l'archéologie et l'épigraphie nous conseillent de placer ces monuments au commencement du iv* ou du v* siècle. Ces résultats sont d'accord avec ceux des fouilles opérées depuis de longues années sur le sol de Carthage. Là aussi nous voyons, dans les tombes du VI' et du V' siède avant notre ère, l'influence presque exclusive de l'Egypte se révéler par le caractère égyptisant des amulettes et des bijoux déposés dans les tombes; au iv' siècle, elle est peu à peu remplacée par l'influence grecque, qui devient de plus en plus prédominante jusqu'au moment où Carthage passe sous la domination romaine.

Il semble donc que les grands courants que nous avons déjà eu l'occasion de signaler dans le bassin occidental de la Méditerranée, et qui ont soumis tous les pays occupés par les Phéniciens à une loi commune, se manifestant par la prédominance des mêmes influences et par l'emploi des mêmes types aux mêmes époques, s'étendent encore à la Phénicie propre.

On voit par là l'importance pour l'histoire générale de fouilles pratiquées avec suite et méthode sur un même point, même si elles

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ne donnent pas au premier abord de ces résultats qui frappent l'ima^ gination. Grâce à elles, nous commençons à pouvoir dégager les lois qui ont présidé au développement de la civilisation antique dans le bassin de la Méditerranée.

En tous cas, le règne de Bodastart est postérieur à celui d'Esmounazar II, car on n'entrevoit pas de lacune entre ce dernier roi et son grand-père Esmounazar I. Si le temple construit par Ësmounazar est bien celui dont nous avons retrouvé les pierres de fondation, il faut donc admettre qu'il a été reconstruit ou agrandi par Bodastart. Un mot de la première inscription semblerait indiquer quelque travail analogue. Bodastart y dit, en effet, avoir construit «ce qui a trait à ce temple » , expression vague qui laisserait supposer qu'il ne l'a pas- fait en entier.

Resterait à savoir si nous sommes bien en présence des ruines du temple ou de matériaux réemployés dans une construction plus récente. A première vue, ces inscriptions engagées dans la construction, la face cachée contre la pierre voisine, porteraient à croire qu'elles ont été détournées de leur destination primitive. Une inscription semble être faite pour être vue. La régularité de leur disposition, la répétition de la même inscription sur six ou sept pierres, enfin l'absence de date donnent beaucoup de vraisemblance à l'autre hypothèse, et il est possible que nous ayons là des pierres de fondation analogues à ces briques de Babylone sur lesquelles le constructeur avait imprimé son nom , le nom de son dieu et celui des édifices qu'il avait restaurés, mais qui étaient engagées dans la maçonnerie et n'étaient destinées à être vues de personne, si bien que la démoUtion seule de l'édifice devait nous révéler le nom de son constructeur.

Il y aurait dans cette continuation d'un usage babylonien [en Phénicie une preuve nouvelle des liens anciens qui unissaient les deux civilisations. Peut-être, une fois l'attention éveillée sur ce point, des fouilles suivies dans ce sol, qu'on n'a guère encore exploré qu'au hasard, nous en fourniraient-elles d'autres exemples.

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Ce mémoire, lu k rAcadémie des Inscriptions dans les séances des 6 et 37 décembre 1901 et 17 janvier 1903, était prêt à paraître dès le commencement de cette année. J'attendais, pour le publier, les résultats de la mission que l'Académie a bien voulu, sur ma demande, confier à M. Perdrizet.

L'enquête faite sur les lieux mêmes, par un ancien membre de l'École d'Athènes, d'une expérience archéologique incontestée et déjà familiarisé avec ces sortes de recherches par de nombreux voyages soit en Grèce, soit en Orient, eût été pour moi une garantie scientifique sur laquelle je désirais m'appuyer.

Des obstacles indépendants de sa volonté ayant obHgé M. Perdrizet à différer son départ, je n'ai pas voulu tarder davantage à livrer au public les résultats de ce premier travail, auquel une plus longue attente ferait perdre une partie de son actuaUté.

Le rapport de M. Perdrizet formera le complément naturel du présent mémoire; il le corrigera sur plus d'un point sans doute; il nous apportera surtout des documents plus riches que ceux sur lesquels j'ai dû établir ma conviction. Je crois qu'il n'en modifiera pas les grandes lignes, et qu'il confirmera l'importance d'une découverte contestée par tout le monde quand j'ai commencé à m'en occuper, et sur laquelle j'ai eu le privilège d'appeler le premier l'attention du monde savant.

Je tiens, en finissant, à remercier tous ceux qui m'ont prêté leur concours dans mes recherches, MM. Edmond et Eugène Durighello, M. le D' Rouvier, le Père Ronzevalle, enfin et tout particulièrement le Consul général de France à Beyrouth, M. le comte de Sercey, dont le dévouement éprouvé est toujours acquis d'avance, lorsqu'il s'agit des intérêts scientifiques de la France. C'est à eux plus qu'à moi que revient le mérite de cette découverte.

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